VERS PAÏ-LUI-CHI
L'écho douze l'ois frappé Par le vers sept fois coupé , C'est la cadence opportune D'un couplet bien échappe.
Ce galop sans halte aucune Semble une bonne fortune A tout poëte trempé D'une façon peu commune.
DERNIÈRES CHA.NSOiNS.
Et sur ce rhythme escarpé, L'oiseau, d'ombre enveloppé, Récite au clair de la lune Les vers de Li-taï-pé.
Le flot hennit ,1e vent crie.
Matelots de ma patrie, Vers l'empire du Milieu, Emportez-moi, je vous prie,
Afin que je puisse un peu, Avant le dernier adieu, Ecouter la sonnerie Des couvents de Lao-tseu;
Tandis que dans la prairie S'ouvre avec coquetterie Ton cœur d'or bordé de bleu, 0 ileur de la rêverie !
DKRMÈHES CHANSOiNS. 273
Hélas ! le ciel m'a leurré, Qui m'a mis, pauvre lettré, Dans ce dur pays des Gaules Par l'action dévoré !
Mon dos fléchit; mes épaules Ne sauraient porter les pôles; A tout géant plus carré Je laisse remplir ces rôles,
Moi dont le but avéré Serait de vivre, à mon gré, Parmi l'herbe, au pied des saules, En buvant du vin sucré !
Young-hao ! plus de tristesse !
J'ai fui, j'ai quitté Lutèce, Je suis un gros mandarin
Tout gonflé de politesse.
Jusqu'au bout, calme et serein, Je suivrai le même train , Et quand la Mort, sombre hôtesse, M'ouvrira son souterrain.
Mon fils, par délicatesse,
Un jour — je ne sais quand est-ce
Gardera dans un écrin
Les ongles de mon altesse.
DERMËNES CHANSONS. 275
Tandis qu'étalant aux yeux Ses ornements précieux, Retenu par vingt chaînettes Dans la chambre des aïeux,
Mon cercueil, aux planches nettes, Luira comme les planètes, Tout semé de camaïeux Et tout garni de sonnettes;
Et les pères sérieux Viendront prêcher en ces lieux, À tous les enfants honnêtes, La religion des Vieux. '
DERMERES CHA^NSOAS.
Ainsi mon cœur, qui s'englue A la beauté superflue , S'en va par monts et par vaux Loin de la route voulue.
Ainsi, doublant mes travaux, J'ai sur des rhythmes nouveaux, Seul, d'une main résolue Dévidé mes écheveaux.
0 lecteur de race élue !
0 sapience absolue !
0 char à quatre chevaux !
Le tout petit te salue !