‹ Dernières chansonsChapitre 9 sur 54 · A ROSETTE · texte numérisé non relu

A ROSETTE

Mai sourit au firmament, Mai , le mois des douces choses ; Ton aveu le plus charmant Est venu le jour des roses.

Pour témoins de ce bonheur Nous avons pris, ô ma belle, Le premier lilas en fleur, Et la première hirondelle.

Le vallon sait notre amour, Les grands bois sont nos complices; Les lis gardent, loin du jour, Ton secret, dans leurs calices!

Les papillons nuancés Et les vertes demoiselles Portent tes serments tracés Sur la poudre de leurs ailes.

L'étreinte des lierres frais, Verts chaînons que rien ne brise, Figure, dans les forêts, L'ardeur que tu m'as promise.

Et pour qu'à notre dessein

Ton souvenir soit fidèle, Sur les rondeurs de ton sein, Tous les nids ont pris modèle.

Oh ! ne trahis pas ta foi !

Regarde, mon cœur, regarde:

Tout l'azur a l'œil sur toi, Et tout le printemps te garde!

Si tu venais à mentir, Les muguets, aux fines branches, Feraient tous, pour m'avertir, Tinter leurs clochettes blanches;

Les limaçons consternés , Comme des prophètes mornes , Par les chemins détournés, Me suivraient avec des cornes ;

Et les oiseaux, dans la nuit, Se heurtant à ma fenêtre, Me rapporteraient le bruit De ta rigueur prête à naître

beaux jours

N'ont qu'un temps, comme les roses.

J'ai peur des grands étés lourds Et des grands hivers moroses !

Ces mois-là n'ont rien promis, Et tous les crimes s'y peuvent , Sans que les blés endormis Ou les glaçons froids s'émeuvent.

0 mon ange! ô mon trésor!

Cher bonheur que Dieu me donne, Jure-moi d'-aimer encor, Lorsque jaunira l'automne!

Jure-moi!... — Mais tu souris De mes alarmes trop fortes...

Viens!... les rameaux sont fleuris, Oublions les feuilles mortes!

Tecum abeam libensi

(EÏORAT.)

Oh ! serait-ce vrai, ma belle,

Ce qu'un prêtre m'a conté,

Qu'une torture éternelle

Suit la douce volupté,

Que la blanche main des femmes

Sans cesse attire nos âmes

Au fond des gouffres ardents,

Et qu'au ténébreux empire

On doit payer un sourire

Par des grincements de dents?

62 DfcRNI-ÈRES CHANSONS.

Ta lèvre en doux mots abonde

Et tu riras de mes fers,

Juliette, dans ce monde,

Astarté, dans les enfers!

Oui, — je le sens, dans mon âme

Satan pour sœur te réclame

Aux rivages embrasés ;

Car ton regard est de flamme,

Et brûlants sont tes baisers!

Calmes dans leur allégresse, Jamais les élus aux cieux N'ont bu cette ardente ivresse Qui pétille dans tes yeux; Pour eux jamais, ô ma belle, Tant d'amour ne chargea l'aile Du timide séraphin, Et l'éternelle ambroisie Contient moins de poésie Qu'une goutte de ton vin!

Démon! démon! que m'importe

Que par une dure loi

Le ciel me ferme sa porte

Si j'ai l'enfer avec toi?

Fille des sombres phalanges, Rions des craintes étranges Qui planent sur les tombeaux ; J'aurais plutôt peur des anges, Quand les diables sont si beaux !

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