LITTERATURE ROUGE
La France va être jalouse. Victor Hugo aussi. Il patauge, dit-on, à cette heure, dans son Quatre-vingt-treize, comme le diable dans le chaos. Il jauge cette boue et ce sang- dans lesquels il n'y a qu'une tête de Roi (à son regret peut-être). Eh bien, voici un poème allemand dans lequel on les abat toutes ! Régicide colossal ! Le livre de M. V. Hugo ne sera que l'apothéose du passé ; le poème que nous annonçons est l'apothéose de l'avenir. L'un n'est qu'un souvenir ; l'autre est une espérance, — l'espérance incompressible de toute la Démocratie européenne ! C'est la tuerie glorifiée de tous les Rois du monde, à un instant donné et... prochain, par le peloton d'exécution,
Vil DERNIÈRES POLÉMIQUES
cette douce invention de la philanthropie moderne, faite pour remplacer cette bête de guillotine, qui ne tue qu'un homme à la fois !
Ce poème, en huit chants, qui a la prétention d'être une épopée prophétique et dont l'action se passe en 1909, s'appelle La Dernière Bataille {Die letzte Schlacht). Il s'appellerait mieux Les Derniers Rois. Quoique frénétique d'idée et d'accent, ce poème cochenille est absolument nul... C'est simplement démocratique, atroce et bête ; mais connaissez-vous une combinaison plus puissante?... L'atrocité chevauchant la bêtise, ça fait plus rapidement le tour du monde que le drapeau tricolore de Mirabeau !
Et voilà pourquoi il faut en parler. Le danger redouble toujours, quand il y a bêtise. Les oies humaines ouvrent leur bec et avalent... Voyez ! il s'est tout de suite trouvé, en France, un traducteur pour mettre dans la langue la plus claire du monde cette exécrable rêverie allemande, qui serait morte étouffée sous son texte allemand, comme un escargot dans sa coquille. Le traducteur lui-même est convaincu de la bêtise de son poète, et, plus spirituel, puisqu'il est français, s'en excuse un peu, mais c'est à cela même qu'il se fie : car ce traducteur s'appelle avec une touchante modestie : un «petit coque-