PURGATOIRE
Dans votre gondole, à son tour, Une autre vous parle d'amour; Mon portrait devait lui déplaire.
Dans les flots son dépit jaloux A jeté ce doux gage, et vous, Ami , vous l'avez laissé faire.
Hélas! hélas!
Pourquoi vers vous tendre les bras?
Non , je dois souffrir et me taire.
Hélas! hélas!
C'en est fait, vous ne prîrez pas.
Adieu, je ne reviendrai plus Vous lasser de cris superflus , Puisqu'il vos yeux une autre est belle. Ah ! que ses baisers vous soient doux! Je suis morte, et souffre pour vous.
Heureux d'aimer, vivez pour elle.
Hélas! hélas! Pensez quelquefois, dans ses bras, A l'abîme où Dieu me rappelle.
Hélas! hélas!
J'y descends, ne m'y suivez pas!
LA
Dans le Simplon
Ah! ali!... de la montagne Reviens, Néra, revien!
Réponds-moi, ma compagne.
Ma vache, mon seul bien.
La voix d'un si bon maître, Néra ,
Peux-tu la méconnaître?
Ah! ah!
Néra !
Reviens, reviens, c'est l'heure Où le loup sort des bois 5 Ma chienne, qui te pleure, Répond seule à ma voix :
Hors l'ami qui t'appelle .
Néra, Qui t'aimera comme elle?
Ah! ah!
Néra!
Dis-moi si dans la crèche, Où tu léchais ma main , Tu manquas d'herbe fraîche Quand je manquais de pain.
Nous n'en avions qu'à peine.
Néra ,
LA VACHE TERIJUE. 219
Et ta crèche était pleine.
Ah! ah!
Néra!
Hélas ! c'est bien sans cause Oue tu m'as délaissé.
T'ai-je dit quelque chose Hors un mot, l'an passé?
Oui , quand mourut ma femme.
Néra, J'avais la mort dans l'âme.
Ah! ah!
Néra!
De ta mamelle avide , Mon pauvre enfant crîra :
S il voit l'étable vide, Qui le consolera ?
Toi, sa mère nourrice, Néra ,
Veux-tu donc qu'il périsse?
\h! ah!
Néra!
Lorsqu'avee la pervenche Pâque refleurira , Des rameaux du dimanche Qui te couronnera ?
Toi, si bonne chrétienne,
Néra , Deviendras-tu païenne?
Ah! ah!
Néra !
Quand les miens en famille Fêtaient les rois entre eux.
Je te disais : Ma fille, Ma part est a nous deux.
A la lève prochaine, Néra .
LA VACHE PERDl E. 221
Tu ne seras pas reine, Ali! ah!
Vra!
Ingrate! quand la lièvre Glaçait mes doigts roidis, Otant mon poil de chèvre,
Sur vous je retendis.
Faut-il que le froid vienne .
Néra,
Pour qu'il vous en souvienne ' Ah! ali!
Néra!
Adieu! sous mon vieux hêtre Je m'en reviens sans vous.
Allez chercher pour maître Lu plus riche que nous.
Allez, mon cœur se brise, Néra ! . . .
Pourtant , Dieu te conduise !
Ah! ah!
Néra!
Je n'ai pas le courage De te vouloir du mal :
Sur nos monts crains l'orage :
Crains l'ombre dans le val.
Pais long-temps l'herbe verte,
L\éra; Nous mourrons de ta perte.
Ah! ah!
Néra !
In soir, a ma fenêtre, Aéra, pour l'abriter.
De ta corne peut-être Tu reviendras heurter.
Si la Camille est morte ,
Néra , Qui t'ouvrira la porte ?
Ah! ali!
Néra!
MONT SAINT-BEMARD.
Dans les Alpes
En avant, garde consulaire!
Vois-tu briller sur l'étendard
Ce beau jour dont l'azur éclaire
Les blancs sommets du Saint-Bernard ?
Ce jour, levé sur notre gloire ,
Sera sans déclin dans l'histoire.
is
En avant! marchons ; Par delà ces mon Is, A travers leurs pics, leurs rocs et leurs glaçons, Courons A la victoire !
Honneur au drapeau tricolore !
Fier d'un passage si hardi , De ses plis il ombrage encore Le chapeau vainqueur à Lodi.
Par leur fraternité de gloire Tous deux ils vivront dans l'histoire.
En avant! marchons; Par delà ces monts, A travers leurs pics, leurs rocs et leurs glaçons Courons A la victoire!
Soldats, point de bras inutiles!
Oue l'airain traîné sur ces mers