LES PRÉSAGES
Adda berçait son entant dans ses bras . Et Memmo ne revenait pas.
(( — Mère , entre Rome et Terracine Que fait mon père, chaque nuit?
L'air des marais tue a minuit, Et sur la route on assassine.
ii MEMMO.
Mon Dieu ! quand donc viendra le jour t Mère, prions : j'ai peur, ma mère!
— Dors, cher petit-, dors, mon amour.
Et sois brave comme ton père !
» — Dans les grands pins le vent murmure Comme la nuit de Saint-Médard.
Quelle nuit! il revint si tard!
Elle saignait tant sa blessure!
Mon Dieu! quand donc viendra le jour?
Mère, prions : j'ai peur, ma mère!
— Dors, cher petit-, dors, mon amour, Et sois brave comme ton père !
» — On a frappé ! c'est lui peut-être. . . Non-, des morts c'est l'oiseau hideux Qui nous a regardés tous deux , En volant contre la fenêtre.
Mon Dieu ! quand donc viendra le jour ? Mère, prions : j'ai peur, ma mère!
— Dors, cher petit; dors, mon amour, Et sois brave comme ton père!
» — J'entends limier dans les ténèbres Les deux chiens noirs du vieux berger : Quelqu'un, dit-il, est en danger Lorsqu'ils poussent ces cris funèbres.
Mon Dieu! quand donc viendra le joui!1 Mère, prions : j'ai peur, ma mère!
— Dors, cher petit; dors, mon amour, Et sois brave comme Ion père!
» — Malheur! malheur!... \ ois-tu le cierge
Que mon père avait allumé?
Avant de s'être consumé,
11 s'éteint aux pieds de la Vierge!
Mon Dieu! quand donc viendra le jour?
Mère, prions : j'ai peur, ma mère!
— Dors, cher petit 5 dors, mon amour.
Et sois brave comme ton père !
» — On a tiré sur la colline :
Trois coups dans l'ombra ont retenti.
D'où vient qu'au second j'ai senti Passer du froid dans ma poitrine?
Mon Dieu! quand donc viendra le jour?
Mère, prions : j'ai peur, ma mère!
— Dors, cher petit 5 dors, mou amour.
Et sois brave comme ton père !
» — C'est le cri d'un homme en détresse ! , Écoute, écoule!... Ils le tûront.
j'ai peur : écarte de mon front Ce bras glacé qui me caresse !
Mon Dieu ! quand donc viendra le jour? Mère, prions : j'ai peur, ma mère!
— Dors, cher petit; dors, mon amour, Et sois brave comme ton père ! »
Le pauvre enfant s'endormit dans ses bras ; Pourtant Memmo ne revint pas.
CHANT QUATRIÈME