OBSERVATION XV
(Due à l’obligeance de M. le Dr Biot, de Mâcon.)
Adénite génienne commissurale droite.
Me D..., 39 ans, assez forte, brune, ayant le teint moyennement coloré et l'apparence d’une santé à peu près bonne est cependant sujette depuis douze ans à des poussées d’adénites suppurées des ganglions cervicaux. Elle attribue l’origine de ces accidents à une couche malheureuse qu’elle a eue en 1873. L'observation de cette couche fait partie d’un travail actuellement en préparation sur la Rétention plus ou moins prolongée, sans accidents d'enfants morts dans l'utérus, dont j'ai pu observer trois cas dans ma clientèle en quinze ans.
Le fœtus était mort à 6 mois et demi, à la suite d’un coup contre l’angle d’une table, et elle n'avait accouché que deux mois et demi après, c’est-à-dire à terme, sans aucun accident ni complication.
Est-ce vraiment cette rétention qui aurait lentement intoxiqué la mère, et produirait ultérieurement ces poussées successives, intermittentes, d’adénites? N'est-ce pas plutôt le résultat des conditions d'hygiène défectueuse où elle était placée à ce moment : habitation basse, humide, mal aérée, adossée à un terrain plus élevé que le sol du magasin, travail pénible, chagrins ou plutôt tournure d'esprit chagrine ? Je pencherais plutôt du côté de cette dernière hypothèse.
Quoi qu’il en soit, cette malade vient à peu près tous les trois mois à mon Cabinet me montrer un nouveau ganglion enflammé, en voie de suppuration. Après incision et curettage, je bourre la cavité d’iodoforme; mais la cicatrisation est généralement lente, donnant lieu à une petite suppuration demi-séreuse, difficile à tarir.
C'est généralement la région cervicale gauche qui est le siège de ces inflammations. Toutefois, au mois de mars dernier, j'eus occasion de lui enlever un ganglion enflammé,
QT, des
Sous-mentonnier, siégeant exactement sur la ligne médiane. Après l’ablation, il persista longtemps de l’induration, sans suppuration.
Le traitement général qu’elle suit depuis longtemps, phosphate, créosote, iodure, n’a pas sensiblement modifié cette tendance à la suppuration.
Il y a trois semaines environ, elle est encore venue, porteuse d’un ganglion sous-auriculaire gauche, rouge, tuméfié, douloureux. Une ponction à la lancette en fit sortir gros comme un pois de pus jaunâtre, ayant la consistance du mastic. En même temps, la malade me montre une petite tumeur qui s'était développée depuis huit jours environ dans l'épaisseur de la joue droite et qui l’inquiétait beaucoup, quoiqu’elle fût indolore.
Cette tumeur, de la grosseur d’un gros noyau de cerise, de forme allongée, de consistance très ferme, cependant un peu élastique, située à 3 centimètres environ en dehors et sur la ligne de la commissure labiale, était très mobile entre le plan cutané et le plan muqueux de la joue.
Je pensai à un ganglion; mais il n’y en avait pas dans la région sous-maxillaire de ce côté, à peine sentait-on quelques ganglions cervicaux droits très petits. Fallait-il accuser la dentition, qui est très défectueuse ? D'autre part, la région sous-mentonnière où j'avais précédemment enlevé ce ganglion enflammé était entièrement guérie, et je ne sentais aucune traînée entre ce point et cette nouvelle tumeur.
Bref, mon diagnostic resta hésitant. Toutetois, j'avais nettement proposé l’ablation par la face muqueuse pour éviter une cicatrice ; mais la malade déclara qu’elle préférait attendre ; je ne l’ai pas encore revue.
- Ce fait, après m'avoir intrigué, aurait sans doute été oublié,
si ces jours derniers je n'avais reçu un travail écrit par M. Vigier, sous l'inspiration de M. le professeur Poncet, et traitant là question des adénites géniennes.
Sa lecture me remit en mémoire les détails de mon observation, et me permit de faire un diagnostic rétrospectif ferme, sur lequel je n'avais pas osé être affirmatif, lors de l'examen de la malade, n'ayant pas eu l’occasion de rencontrer ni d'entendre citer des faits identiques.
C’est une observation de plus à ajouter à celle que le
D: Vigier a recueillies; je regrette seulement que la pusillanimité de la malade ne m’ait pas permis d'avoir la preuve indiscutable de la nature de cette tumeur.
Adénites cancéreuses.
Beaucoup plus rares que les adénites tuberculeuses de la joue, les adénites cancéreuses géniennes sont consécutives à des cancroïdes des paupières, de la joue, à des épithéliomas des lèvres. La lèvre inférieure envoyant presque tous ses lymphatiques à la région sus-hyoïdienne, il s'ensuit que les épithéliomas si fréquents de cet organe n’intéressent guère les ganglions lymphatiques géniens. Toutefois, dans une de nos observations recueillie dans le service de M. le professeur Poncet, il est question d’une malade porteuse d’un épithélioma de la lèvre inférieure, chez qui s'étaient engorgés les ganglions de la chaîne génienne.
En général, lorsque l'infection ganglionnaire se produit, le néoplasme est ulcéré ou a déjà pris un certain développement. Dans les trois observations que nous publions, il s’agit d’épithéliomas ayant envahi une étendue relativement considérable.
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L'adénite cancéreuse génienne semble coïncider presque toujours avec l’adénite sous-maxillaire. Comme les ganglions sous-maxillaires, les ganglions géniens deviennent ligneux; en se fusionnant, ils donneraient vraisemblablement la sensation d'une plaque indurée et résistante.
L'examen histologique du ganglion survenu dans le cours d’un épithélioma prouve d'une façon évidente sa dégénérescence néoplasique. Ce dernier fait présente une grande importance au point de vue du traitement chirurgical des épithéliomas. En pratiquant l’excision de ces néoplasmes, il ne faudra pas oublier de rechercher les ganglions buccaux, de les extirper quel que soit leur volume, si l’on ne veut pas s’exposer à des récidives dangereuses , si l’on veut éviter que le ganglion lymphatique devienne à son tour le point de départ d’une tumeur maligne. |
OBSERVATION XVI (Communiquée par M. Poncet. — Résumé.) Adénite cancéreuse de la joue droite.
X....., 10 ans, entre au commencement d'avril 1887 dans le service de M. le professeur Poncet.
Sur la lèvre inférieure, épithélioma à forme ulcéreuse, occupant les trois quarts de la lèvre, en partant de la commissure droite.
On constate dans la joue droite, un peu au-dessus du bord inférieur du maxillaire inférieur et correspondant à l’arcade dentaire, la présence d’une petite tumeur. Cette dernière, du volume d’une grosse noisette, offre une consistance ferme ; elle roule difficilement sous le doigt. Elle accompagne la faciale.
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Pas de ganglions sous-maxillaires ni sus-hyoïdiens.
20 avril 1882. — Excision de l’épithélioma. L’ablation de la tumeur révèle un ganglion ayant subi la dégénérescence néoplasique.