OBSERVATION XVIII
(Leçon sur le cancroïde de la face de M. le professeur agrégé M. Pollosson.— Province médicale, ?5 janvier 1892.)
ne Le troisième malade que je vous présente est un homme de 74 ans, dont l’état général est assez bien conservé. Il est
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entré à l’hôpital, salle Saint-Sacerdos, pour une ulcération
située sur la joue droite. Cette ulcération part du milieu de
la face externe du nez, se dirige, d’une part, transversalement le long de la paupière inférieure, environ à 2 centimetres au-dessous, et, d'autre part, se coude à angle droit pour embrasser la narine droite. Elle est couverte sur une partie de son trajet de croûtes très épaisses, et sur une autre partie, elle se présente sous forme d’une ulcération. |
La peau avoisinante est un peu rouge, adhérente à l’os sous-jacent, et présente dans son épaisseur de petits nodules et des saillies.
À l'angle externe de l'œil droit, se trouve une grande ulcération, de la largeur d’une pièce de 1 fr., à coutours irréguliers, recouverte de croûtes ; la peau n’est pis alhérente aux tissus profonds. La lésion a débuté il y a deux ans par un petit bouton. VE
On trouve un petit ganglion induré en avant du maisséter.
Ce malade est atteint d’un cancroïde de la peau de la face...
Des observations ultérieures révèleront sans doute la présence des ganglions géniens ailleurs que dans les lésions tuberculeuses ou cancéreuses de la face.
Il est possible qu’à la suite de chancres simples ou
syphilitiques de la face, on puisse rencontrer des adénites de la joue. Les chancres des lèvres, qui
RSS Do provoquent d'habitude des adénites sous-maxillaires, ne pourraient-ils pas retentir sur les lymphatiques de la joue et sur leurs ganglions? A l’hospice de l'Antiquaille, il nous a été donné de voir, chez une femme porteuse d’un chancre situé au milieu de la lèvre supérieure, une tuméfaction occupant les deux côtés de la région sous-maxillaire. Cette tumeur, d'un volume considérable, dépassait largement, à droite et à gauche, le bord inférieur du maxillaire inférieur, et remontait jusqu'au niveau de l’arcade dentaire supérieure. On distinguait dans cette masse inflammatoire quelques ganglions sous-maxillaires, mais il était impossible de distinguer les ganglions prémassétérins, que l'infection syphilitique avait dû cependant atteindre.
Dans les quelques cas de chancre induré des lèvres (cette affection est d'ailleurs peu fréquente) (1), sur lesquels ont porté nos recherches, nous avons toujours eu la malechance de ne pas découvrir de ganglions lymphatiques géniens. Presque toujours, dans le chancre syphilitique des paupières ou de la joue, on signale l’engorgement des ganglions préauriculaires, souvent même, à l'exclusion des autres ganglions lymphatiques (2). Pourquoi les ganglions de la joue ne seraient-ils pas, eux aussi, tributaires de l'infection spécifique ?
La suppuration des ganglions atteints à la suite
(1) D'après une statistique de M. Fournier, le chancre labial serait au chancre induré des autres régions du corps, dans le rapport de 4 à 100.
(?) Trailé des maladies vénériennes de Rollet.
HUE de chancres indurés de la face, n’est pas chose excepuonnelle (1); il serait intéressant d'observer des abcès d’origine syphilitique dans l'épaisseur de la joue. |
Toutes les hypothèses que nous venons de formuler à l'endroit des adénites syphilitiques des joues, nous pourrions les reproduire au sujet des affections susceptibles de retentir sur les ganglions de la région génienne. |
Les nombreux lymphatiques qui servent de trait d'union entre les ganglions parotidiens et buccaux, nous permettent de croire que la parotidite suppurée peut retentir sur les ganglions de la joue.
Dans la diphtérie, où les chaînes ganglionnaires situées au-dessous du maxillaire inférieur peuvent acquérir un volume considérable, ne pourrait-on pas observer des adénites buccales? Les lymphadénomes des régions sous-maxillaires ou cervicales, ne pourraient-ils pas envahir les ganglions lymphatiques géniens ?
Mais, poursuivre cette énumération d’hypothèses, poser des problèmes dont la solution est si malaisée, serait chose puérile. Sans nous lancer dans des considérations inutiles et chimériques, contentonsnous des faits pratiques qu'il nous a été permis d'étudier, et résumons ce qui découle de nos observations, ce que nous apprend la longue expérience de M. le Professeur Poncet.
(1) Cliniques chirurgicales de Delpech.
On peut rencontrer, dans l'épaisseur des joues,
des lésions inflammatoires diverses, d'origine ganglionnaire, dont jusqu’à ce jour on ignorait la pathologie exacte. se
L’anatomie a démontré l'existence de ganglions lymphatiques là où la clinique les avait révélés à M. Poncet, et il nous semble difficile, dorénavant, de méconnaître ces inflammations. cn
On évitera une erreur de diagnostic en songeant à la possibilité de ces adénites.
Enfin, en dehors de certaines indications opératoires qui découlent du siège même de la lésion, de la tuméfaction plus ou moins grande du côté de la cavité buccale, on saura que dans les épithéliomas de la face, d’autres ganglions que ceux connus peuvent être envahis, et que pour faire une opération complète, il peut être nécessaire d’enlever les ganglions de la joue devenus secondairement malades. A ces divers points de vue, les lésions diverses dont nous nous sommes occupé nous paraissent mériter l'attention des cliniciens.
Nous proposons de les appeler adénites géniennes ou adénites de Poncet, leur donnant le nom du chirurgien qui les a découvertes.
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