‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 14 sur 61 · B. AFFECTIONS SANS LÉSION · texte numérisé non relu

B. AFFECTIONS SANS LÉSION

Après avoir insisté sur les lésions anatomiques que la syphilis peut produire dans le système nerveux, nous décrirons les divers éléments que le microscope a toujours fait constater dans les tumeurs d’origine syphilitique.

l^octioii I. — Afl’cctîoiis du système nerveux avec lésions.

§ I, — Lésions siégeant dans le système nerveux. — Lorsqu’on étudiant l’anatomie pathologique des diverses affections du système nerveux on cherche à établir le rapport qui existe entre les symptômes et les altérations matérielles, on est frappé de voir combien les phénomènes morbides sont peu subordonnés aux lésions pathologiques.

Cette réflexion peut s’appliquer à toutes les lésions nerveuses ou cérébrales, quelle qu’en soit la cause première, Tel malade, dans le cerveau duquel l’autopsie nous montre une tumeur volumineuse, ne présentait aucun indice morbide peu de jours avant sa mort. Abercrombie (1) cite l’observation d’un individu qui, la veille de sa mort, passa la matinée en partie de plaisir; l’autopsie fit constater dans l’intérieur de l’hémisphère gauche une vaste cavité remplie de matière albumineuse. Aucun symptôme n’en avait révélé l’existence avant les dernières vingt-quatre heures de la vie ; tel autre est en proie aux phénomènes les plus graves, aux douleurs les plus aiguës, bien qu’il ne porte qu’une tumeur à peine appréciable, ou qu’il ne soit affecté que d’une simple hypérhémie d’une partie de l’encéphale ou des méninges.

Les expériences entreprises sur les animaux, par M. Serres (de l’Institut), pour prouver que la masse encéphalique s’habitue à une compression graduelle, ne nous apprennent pas pourquoi tous les encéphales nepeu vent supporter également, et sans plus de danger pour les uns que les autres, une même compression, lors même que celle-ci leur est progressivement imposée. ün<

(1) Maladies de l'encéphale, Iraduclion française.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

voit tous les jours une tumeur du volume d’un pois, par exemple, engendrer plus de phénomènes morbides chez tel malade, qu’une tumeur de la grosseur d’une noix, siégeant d’ailleurs à la même région que la précédente, n’en produit chez tel autre. Cette diversité dans les résultats de la compression n’est-elle pas singulière et ne doit-elle pas être attribuée à l’individualité du malade?

1® Congestion et inflammation des méninges. — Pour éviter des répétitions fastidieuses, nous parlerons tout cà la fois dans ce paragraphe des congestions des méninges et de celles de l’appareil nerveux central; d’ailleurs, leur distinction n’est guère facile à établir chez le vivant, et les nécropsies sont trop rares pour qu’elles puissent éclairer suffisamment la question. Nous ne saurions donc tracer exactement la ligne de démarcation qui sépare les unes des autres; aussi préférons-nous les réunir toutes deux dans une description commune.

Les congestions de l’encéphale ou des méninges doivent être très-communes au début de la diathèse, si l’on en juge par la fréquence de la céphalalgie à une époque à laquelle la syphilis n’a pas le pouvoir de produire des tumeurs ou des lésions qui nous rendraient compte de cette céphalalgie; mais la mort ne survenant jamais à cette période de la maladie, l’anatomie pathologique reste muette.

Plusieurs médecins se sont crus autorisés à soupçonner parfois une méningite syphilitique ; mais nous ne savons sur quoi est basé ce diagnostic, auquel l’autopsie n’est jamais venue donner sa sanction. C’est ainsi que M. Read rapporte, dans un article spécial, plusieurs observations qu'il qualifie de méningites syphilitiques. Les malades qu’il cite, évidemment sous le coiq» de la dia-

affections du système nerveux avec lésions. o3

thèse, étaient afîectés de divers accidents cérébraux qirun traitement spécifique a fait disparaître. C’étaient des épileptiques, des paralytiques ou des paraplégiques. Dans aucun cas l’anatomie pathologique n’ayant été interrogée par ce médecin , on peut lui contester le droit de donner à ces affections le litre de méningites syphilitiques (i).

M. Rayer, qui a souvent observé et guéri des accidents cérébraux occasionnés par la syphilis, a constaté l’inflammation des méninges chez un malade dont l’observation a été publiée (2). En voici un court extrait : Un homme âgé de 40 ans entre dans le service de ce médecin ; il a le nez déformé, des ulcères au palais, des exostoses aux jambes, des douleurs ostéocopes et des céphalées. 11 éprouve en outre des vertiges; il est atteint d’une surdité presque complète à droite, ainsi que d’une hémiplégie du même côté. On ne peut avoir que des renseignements incomplets sur ses antécédents. Un traitement mercuriel est institué. Quelques jours après, le malade éprouve des convulsions épileptiformes, du coma, et il meurt. A l’autopsie, on trouve les membranes de ï hémisphère droit chroniquement enflammées^ épaissies ^ lardacées ^ adhérentes entre elles et avec le cerveau, soit à la voûte, soit à la base du crâne, mais d’une manière bien plus prononcée dans cette dernière région. Ce ne sont pas là les seules lésions cadavériques. On trouve, en outre, dans la fosse du rocher droit, une tumeur lardacée de la grosseur d’un œuf de pigeon, adhérente à l’os et formée par de la lymphe plastique comme les gommes syphilitiques. Par-

ti) The Dublin quarlcrhj journal of medical sciences. Febriiary,

(2) Annales de thérapeulique, t. V, année 1847, p. 338.

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tout OÙ les membranes adhèrent, la substance cérébrale est ramollie, surtout \ers la base. La substance de l’hémisphère droit est saine; la portion osseuse du rocher, à laquelle adhère la tumeur, est trouvée dénudée après la dissection de celle-ci. Le cœur adhère partout faiblement au péricarde. A propos de cette observation, M. Rayer dit avoir guéri trois cas de syphilis méningienne larvée, s’offrant avec les phénomènes du ramollissement encéphalique, de semi-paralysie et d’idiotisme, avec ou sans délire, avec ou sans aberration dans les idées. Qu’on nous permette de faire remarquer que chez le premier malade, la méningite n’était que consécutive à la présence d’une tumeur qui constituait la lésion principale. Or, pour que l’on admette la méningite syphilitique comme entité morbide, il faut nécessairement que des faits nouveaux viennent mettre hors de doute son existence.

Le malade qui fait le sujet d’une de nos observations, et qui a succombé à des accidents cérébraux très-violents, ne présenta qu’une bien faible congestion des méninges. Ce léger degré de distension des vaisseaux par un peu de fluide sanguin ne peut être considéré comme la source des symptômes qui furent rapidement suivis de mort. Cette congestion si peu prononcée n’était-elle pas plutôt causée par les céphalées intenses que le malade éprouvait, ou bien simplement par l’agonie, ainsi qu’on l’observe très-fréquemment chez des hommes qui n’ont jamais présenté aucun trouble cérébral pendant la vie?

M. Reeve cite un cas de méningite syphilitique suivie de guérison (i) ; mais après la lecture de l’observa-

(I) Gazette médicale de Paris, 1847.

AFFECTIONS DU SYSTÈME NERVEUX AVEC LÉSIONS. î)5

tion, on est peu porté à admettre le diagnostic de l’auteur.

Lallemand, dans son ouvrage (1) où nous puiserons des faits analogues à quelques-uns dont nous-même avons été témoin, dit, à propos de l’encéphalite syphilitique, qu’elle est quelquefois accompagnée de méningite ; ce qui la rend difficile â apprécier ; ce phénomène s’observe surtout lorsque la maladie s' attaque primitivement aux os.

Chez quelques-uns de nos malades, il paraîtrait qu’une congestion méningienne, déterminée par l’affection osseuse voisine, aurait donné naissance à des accidents cérébraux fugaces. Quoique la démonstration anatomique ne nous l’ait pas encore prouvé, nous pensons que la congestion de l’encéphale est fréquente chez les syphilitiques affectés de céphalées violentes. Elle peut nous expliquer certains accidents cérébraux que ces malades présentent lorsque leurs céphalées ont atteint leur maximum d’intensité. On verra dans quelques-unes de nos observations que des malades ont présenté, pendant leurs céphalées intenses, une exaltation poussée jusqu’au délire.

2° Lésions de la choroïde. — En anatomie transcendante., les membranes de l’œil, sont considérées comme un prolongement des méninges de l’encéphale; la rétine, qui n’est que l’épanouissement du nerf optique, représente l’analogue de la substance cérébrale; la choroïde ne serait qu’une dépendance de la membrane vasculaire du cerveau, de la pie-mère, pénétrée par <Ies corpuscules de pigmentum. La couche profonde de

(I) heures sur l’encéphale.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

l’iris est tapissée par un prolongement de la membrane choroïde. Cette similitude, qui peut paraître un peu forcée de prime abord, est prouvée par l’identité de structure de ces diverses parties.

Dans les Annales de thérapeutique ^ t. II, p. 270, il est déjà question d’une choroïdite déterminée par la syphilis. L’observation qui y est relatée appartient à un malade de M. Chassaignac. Cet individu avait, outre des accidents secondaires cutanés, une inflammation profonde de l’œil avec photophobie, douleurs périorbitaires, chémosis violacé, etc. ; les vaisseaux et le cercle choroïdien étaient fort injectés. On diagnostiqua une inflammation de la tunique choroïde de l’œil. Mais telle fut la violence de la maladie que trois semaines après l’œil s est affaissé et enfoncé dans V orbite ; il était mou comme un pruneau, et la vision était éteinte.

Dans un grand nombre d’amblyopies et d’amauroses, l’ophthalmoscope permet de découvrir dans la rétine et surtout dans la choroïde une injection considérable avec développement anormal des vaisseaux qui deviennent souvent larges et variqueux. Pour bien apprécier les modifications de ces membranes sous l’influence de la syphilis, il faut préalablement bien connaître leur aspect lorsque l’œil est dans l’état physiologique.

Quand on examine un œil à l’état normal à l’aide de Fophthalmoscope, la cornée étant un peu dirigée du côté de la racine du nez et l’observateur placé dans une position un peu plus élevée que celle du malade, on aperçoit immédiatement au fond de l’œil la papille du nerf optique, jaunâtre, resplendissante, de forme ronde, parcourue par la veine de la rétine et par son artère dont on peut quelquefois compter les pulsations. Ces vaisseaux, rayonnant du centre de la papille

vers sa circonférence, se perdent bientôt, et la rétine, diaphane de sa nature, présente une nuance rouge, claire, sans vaisseaux ni taches; nuance qu’elle tire de la choroïde, vue par transparence.

Cette constitution normale de l’œil étant connue, il est facile de constater les modifications que peuvent avoir éprouvées la rétine, la choroïde et la papille du nerf optique. Le corps liyaloïde qui remplit le globe oculaire n’oppose aucun obstacle à la pénétration des rayons lumineux lors([u’il a conservé sa transparence et sa limpidité physiologiques.

Pour ne pas nous engager dans des détails ophthalmoscopiques qui ne trouveraient pas leur place ici, .! nous ne dirons que plus tard quelles modifications I peuvent subir ces diverses parties dans la syphilis. Sans I nous occuper encore des tumeurs gommeuses de la I rétine, ni des épanchements sous-rétiniens, nous allons

i parler de la congestion des membranes de l’œil sous l’influence de la diathèse syphilitique.

La choroïde et l’iris sont quelquefois pris en même j temps. Mais comme la photophobie empêche de con- 1 stater l’inflammation de la première membrane, il faut I attendre pour l’examen à l’ophthalmoscope que l’iritis i ait disparu. Le plus souvent, la choroïde est atteinte I sans que l’iris participe à son inflammation, et cela I pendant toute la durée de la maladie, i Danslarétinite, on voit, à l’aide de l’ophthalmoscope, une injection considérable des vaisseaux de la papille du nerf optique, qu’on peut suivre sur une grande partie de la rétine. Congestionnés et en assez grand nombre, ces vaisseaux cachent, dans certains cas, la papille presque tout entière que l’on n’aperçoit alors que dans leurs intervalles. 11 arrive aussi que l’on voie

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du sang épanché sous forme de foyers plus ou moins nombreux, disséminés sur une grande partie de la rétine.

Dans la choroïdite, les xaisseaux de la rétine qui émergent de la papille même du nerf optique restent dans l’état physiologique ; mais la membrane vasculaire de l’œil est considérablement injectée. Ses nombreux vaisseaux se dilatent et peuvent revêtir un aspect variqueux. Parfois^on y distingue de petits foyers apoplectiques, et même des dépôts plastiques disséminés. Enfin, le résultat ultime d’une choroïdite violente et de longue durée peut être la désagrégation du pigmentum qui,dansrétat normal, forme unecouche uniforme, absorbant les rayons lumineux et couvrant d’une nuance foncée les vaisseaux choroïdiens. Dans certains cas, lorsque rinOammation de la choroïde est passée à l’état chronique, on remarque une coloration violacée de sa surface; les vaisseaux dilatés laissent facilement distinguer le sang veineux qu’ils charrient; on sait, en effet, que c’est de l’élément veineux qu’est principalement constituée la vascularité de la choroïde. Le médecin, par ses explorations réitérées, parvient quelquefois à suivre, de visu., les diverses phases que peut présenter successivement la choroïde, sous l’influence delà syphilis. C’est ainsi que chez des malades présentant l’état congestif et inflammatoire dont nous venons de parler, il voit dans certains cas survenir plus tard un épanchement plaslique sous-rétinien; épanchement interposé entre la choroïde et la rétine, et que nous décrirons plus tard avec détails.

Les malades alTectés d’une congestion de la rétine ou de la choroïde présentent tous les symptômes del’amblyopie ou de l’amaurose à leur début, ainsi que nous

le verrons en parlant longuement de ces affections.

Oiioiqne la congestion de la choroïde puisse exister en dehors de la syphilis, elle se rencontre bien plus fréquemment chez les individus qui sont atteints de cette maladie. Dans ce dernier cas, les malades fournissent des preuves évidentes de la diathèse syphilitique, ou bien ils en ont présenté des signes certains antérieurement. C’est seulement lorsque la choroïdite est d’origine spécifique, queles antisyphilitiques font disparaître - les troubles de la vision, en faisant justice delà ma- ) ladie qui les a occasionnés.

Nous sommes heureux de pouvoir constater ici la conformité de nos observations ophthalmoscopiques avec celles de MM. Gosselin, Follin, Cusco et Desmarres, en France, et Græfe en Allemagne (1). Du reste, la lecture des faits remarquables, insérés avec détails dans ce livre, dissiperait entièrement les doutes que pourrait faire concevoir la proclamation de pareils résultats.

3“ De l’épanchement gommeux ou plastique dans les : diverses parties du système nerveux. — Le sang des syphilitiques qui contient, comme on le sait, de la fibrine en . abondance, dépose à une certaine époque de la diathèse : 1 excès de cet élément dans les différentes parties de 1 organisme. Cette exsudation peut être comparée,

• quant a sa nature, à la sécrétion de nos organes atteints de plilegmasie; mais elle a ceci de spécial, que dans la presque totalité des cas, elle a lieu sans travail inflammatoire appréciable. L’influence générale de la 1 diathèse sur 1 organisme tout entier détermine la for- I mation de produits identiques, sur des points multiples j de l’économie.

(<) Deufsche Klinik, 1858, n® 21.

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Cependant, quoique les tumeurs gommeuses ne pa- 'I raissent être précédées d’aucun phénomène prélimi- inaire d’intlammation locale, il est difficile de conce- • voir l’exsudation d’un principe charrié par le sang, , sans une suractivité dans la sécrétion capillaire de ( l’endroit où le dépôt doit s’effectuer. Ainsi nous ne t pouvons nous expliquer la formation des épauclie- i ments gommeux et la rapidité avec laquelle on les voit se produire sans adroettreùu moins une hypérhémieou une congestion capillaire locale.

Dans tous les cas, cette suractivité des capillaires ne se trahit le plus souvent par aucun symptôme qui attire l’attention du malade ; surtout lorsque les tu- r* meurs gommeuses siègent dans des parties extensibles, [ comme la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, l’in- .jterstice des muscles, et même les tissus contractiles, i.

Des douleurs vives, avec un sentiment de chaleur p plus ou moins prononcé, peuvent accuser de très-bonne | heure leur formation lorsqu’elles se développent sous || le périoste, sur le trajet d’un nerf, au voisinage ou dans ! l’épaisseur de la masse cérébrale. Néanmoins, leçon- ■ traire peut s’observer parfois, l’indolence la plus com- • plète, lors mêmeque le dépôt plastique siège dans l’en- • céphale.

Parmi nos observations, on en trouvera trois qui i fournissent des exemples d’épanchement plastique dans le cerveau. Chez l’un de nos malades, le dépôt plastique siégeait autour de la moelle épinière. On trouve ' dans les auteurs des faits semblables dont nous tire- ; rons également parti. Enfin, nous avons déjà cité un malade décédé dans le service de M. Rayer, et dans le i cerveau duquel l’autopsie a fait découvrir une tumeur i gommeuse.

affections du système nerveux avec lésions. 6 J

1 il. De l’épanchement gommeux encéphalique. — Des i faits que nous citerons dans le courant de ce mémoire,

( nous apprennent que la matière plastique peut s’accu- » niuler dans l’encéphale de deux manières différentes. di C’est d’abord, et le plus ordinairement, sous la forme i' d’une tumeur arrondie, variable quant au volume, d’une c consistance épaisse et d’une coloration jaune verdâtre; 8 ce qui peut la faire comparer à du pus concret (voir aux j observations avec autopsie). Cette matière est semblable j à cplle que nous voyons constituer les gommes sousî cutanées, quand, elles s’ulcèrent et se vident. Elle est ( souvent entourée par de la substance cérébrale injectée,

I ramollie ou en suppuration. Dans ce cas, il y a une véritable encéphalite qui semble être consécutive à l’irritation produite par la tumeur, ou à la compression que celle-ci exerce sur la masse cérébrale. Quoi qu’il ' en soit, le microscope démontre péremptoirement que : ces tumeurs, malgré leur ressemblance avec du pus : concret, sont constituées par du tissu fibro-plastique I dont nous donnerons plus loin la description détaillée. Ce n’est pas seulement au milieu de la substance cérébrale que l’on rencontre de ces dépôts fibrineux. Chez l’un de nos malades il y en avait dans le sinus longitudinal supérieur, et même à la face interne de i la dure-mère ; au niveau de la lésion osseuse se trou- I valent deux masses de la largeur d’une pièce d’un sou, formées par une substance jaunâtre déposée à la face interne de cette membrane. L’examen au microscope y a fait découvrir d’une manière constante les mêmes éléments bbro-plastiques. Dans l’observation n“ 8i, on voit 1 existence de deux tumeurs, dont l’une de la grosseur d un œuf de pigeon et d’un gris cendré était entourée par delà substance cérébrale bypérliémiée et

ANATOMIE PATHOLOGIQUi:.

ramollie au voisinage. Celle tumeur avait compromis l’origine apparente du pathétique, de l’auditif, du moteur oculaire externe et du trijumeau gauche. La seconde, moins volumineuse et plus arrondie, entourée de. toutes parts par de la matière cérébrale saine, était située dans l’épaisseur de la couche optique gauche.

Enfin dans l’observation de M. le docteur Hérard, médecin des hôpitaux, une tumeur enveloppée par une coque fibrineuse et constituée par de la matière plastique, queM. Charles Robin considère, ainsi que nous, comme spéciale à la syphilis, siégeait à la base du crâne, vers la région sphénoïdale. Les nerfs qui traversent la partie externe du sinus caverneux étaient comprimés par cette tumeur, tandis que celui de la cinquième paire lui était simplement accolé.

Voici un extrait d’une observation fort remarquable avec autopsie, communiquée en 1848 par M. Courtin à la Société anatomique (1).

Une femme, âgée de 38 ans, eut des céphalalgies avec exacerbations nocturnes. Les douleurs étaient localisées à la partie droite du front. Elles disparurent, après six mois de durée, sous Tinfluence d’un traitement dont elle ignore la nature. Un an s’écoula sans qu’elle eût à souffrir d’aucun symptôme morbide; mais en juillet 1847 l’hémicrânie reparut dans le même endroit et la vue s’affaiblit du même côté. Voyant son état s’aggraver, la malade est entrée en novembre dans le service de M. Beau; elle était maigre et d’une teinte terreuse. La syphilis est soupçonnée, bien que cette femme affirme n’avoir jamais eu d’affection vénérienne. On ordonne un traitement mercuriel qui amène une amélioration rapide. Mais au mois de janvier la douleur reparaît, et la vue se trouble : la flamme d’une bougie paraît pâle et brisée aux yeux de la malade, La pupille gauche est

(1) Annales de thérapeutique, I. VI, p. 14.

immobile. Le 8 janvier, il survient un paroxysme des douleurs et les mouvements des membres sont incertains ; les mains sont automatiquement portées au front et au vertex où siègent de vives souffrances. 11 y a de l’hébétude. Les réponses sont lentes et sans à-propos. Ces phénomènes se dissipent après trente-six heures de durée^ mais ils reviennent le 13 accompagnés d’un tremblement général de tous les membres; la sensibilité est conservée. Plus tard la malade tombe dans le coma, puis elle meurt. A l’autopsie on trouve une congestion légère des méninges ; la face supérieure du lobe antérieur gauche du cerveau est rosée et ramollie, .\ussi ce lobe se déchire-t-il par la moindre traction. Par sa partie antérieure il adhère à l’apophyse-crista-galli. La dure-mère qui recouvre cette portion de l’encéphale est adhérente et d’un jaune grisâtre. A l’examen par le doigt on sent sous cette membrane des nodosités dures de grosseur variable. Autour de cette lésion ‘ de la dure-mère et dans une grande étendue, les méninges |i sont enflammées et adhérentes aux parties voisines. Il en est de même de celles qui entourent le nerf optique qui se trouve ' réduit à l’état pulpeux. Le chiasma est ramolli; le nerf optique I du côté droit est normal. La pie-mère adhère aux circonvolutions dont elle emporte une partie, lorsqu’on vient à l’en détacher. Au niveau des nodosités mentionnées, les circonvo- 1 lutions du cerveau sont uniformément ramollies; il en est de ► môme de la substance blanche correspondante. Ces nodosités sont formées par de petites masses dures au toucher,d’un blanc i mat à l’extérieur, comme fibreuses, jaunes et presque liqui- 1 des au centre, seu\h\àh\e%k des collections purulentes à divers ; degrés; leur volume yarie entre celui d’un grain de chènevis et celui d’un noyau de cerise. — Pas de tubercules dans les i poumons. M. Ricord a vu ces petites tumeurs qu’il considéra I comme des tubercules gommeux ou syphilitiques.

I Le.s anciens auteurs citent un grand nombre de tumeurs encéphaliques qu’ils attribuent à la syphilis ; mais à ce sujet on peut leur reprocher la trop grande facilité avec laquelle ils admettent leur origine spécifique. En effet, ils accusent la vérole, lors même que

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les malades n’onl jamais présenté aucun symptôme de la diathèse avérée; il leur suffit de découvrir dans le passé des individus quelque bubon, une ulcération ou une uréthrite, pour déclarer syphilitiques des accidents cérébraux divers.

Le microscope, en nous montrant dans les produits syphilitiques une texture spéciale, nous met à l’abri des erreurs que commettaient les anciens, lorsqu’ils confondaient lesquirre et le cancer avec les tumeurs d’origine syphilitique.

Lallemand (1) a publié une observation de Sanson. Le malade, qui a succombé à des accidents cérébraux et qui portait des marques certaines de la syphilis, présenta à l’autopsie une tumeur du volume d’une noix, jaunâtre, entourée par de la substance encéphalique ramollie semblable à de la gomme adragante , mais, ajoute-t-il, d’ apparence squirreuse avec tendance à se transformer en encéphaloïde . Cependant les caractères de cette tumeur nous font penser avec Lallemand qu’il s’agissait d’une tumeur gommeuse. Lallemand, tout en rejetant l’idée du squirre, justifie Sanson en disant que cet auteur n’a sans doute voulu que se servir d’un terme de comparaison pour exprimer la densité delà tumeur, et non pas pour en déterminer la nature.

Baillou cite, en quelques mots, l’observation d’un homme qui avait été affecté de céphalalgie, d’anémie, de convulsions, de rétraction des pieds, et dont l’autopsie fit constater une carie des os du crâne et une tumeur méhcérique du cerveau produite par la syphilis. Cette observation est si incomplète, qu’elle doitêtre considérée comme nulle.

(1) Lettres sur l' encêphole .

Pl'osf (1) nous fournil une observalion remarquable de tumeurs gommeuses encéphaliques. Le malade cité eut des accidents cérébraux; il était manifestement vérolé. A l’autopsie on constata la suppuration et la destruction des os du nez et de la cloison des fosses nasales. Vis-à-vis de l’union des nerfs optiques, vers la naissance des olfactifs, il existait des duretés oblongues dont l’une avait le volume d’un gros pois; une substance semblable et de même consistance que les premières fut trouvée plus avant dans le cerveau.

Enfin, MM. Ricord et Cullerier ont présenté à l’Académie impériale de médecine des exemples de gommes encéphaliques.

Les tumeurs gommeuses encéphaliques peuvent-elles disparaître sans laisser aucune trace de leur existence^ Le diagnostic de ces tumeurs étant très-difficile et toujours rationnel, il est presque impossible de répondre à cette question d’une manière satisfaisante, cependant nous avons vu que chez l’individu dont l’autopsie a démontré l’existence de deux tumeurs gommeuses encéphaliques, l’une d’elles était entourée par de la substance cérébrale saine, tandis que celle-ci fut trouvée ramollie et suppurée autour de. la seconde tumeur. Il est donc permis de se demander, si les observations connues autorisent à admettre qu’une tumeur gommeuse, n’ayant pas déterminé d’encéphalite suppurée, peut disparaître sans laisser aucune trace de son existence dans le cerveau. Le fait nous paraît devoir être admis, et M. Ricord semble partager cette opinion à propos d’une observation trèsremarquable insérée dans sa Clinique iconographique.

(I) Médecine éclairée par V observation et l’ouverture des corps, t. II, p. b9.

Zambaco.

anatomie pathologique.

Il s’agit d’un malade syphilitique dont les accidents cérébraux avaient disparu sous l’influence du traitement spécifique, et qui succomba peu après au choléra. A l’autopsie, les recherches les plus attentives, pour découvrir les traces d’une lésion encéphalique quelconque, sont demeurées sans résultat. Chez ce malade le diagnostic porté, comme dans tous les cas de cette nature, avec la plus grande réserve, avait été posé par analogie. Des tumeurs gommeuses situées sur des parties accessibles à la vue avaient disparu, en même temps que les phénomènes cérébraux, sous rinflueuce d’un traitement spécifique; on doit donc en inférer qu’une tumeur du même genre existait quelque part dans le cerveau.

Le dépôt plastique ])eut , au lieu de se réunir sous forme de tumeur^ constituer parfois un véritable épanchement^ ou bien pénétrer la substance cérébrale, moléculairement, pour ainsi dire. Quelques-unes de nos observations nous fournissent des exemples de celte manière d’être de la matière plastique qui a été trouvée consistante et jaunâtre, et qui fut reconnue à l’aide du microscope comme véritablement syphilitique.

Dans l’épaisseur des circonvolutions qui bordent la scissure de Sylvius et vers le milieu de la longueur de cette scissure, il fut trouvé une matière ressemblant à du pus concret, ne dépassant pas les limites de la substance grise et s’étendant sur plusieurs circonvolutions voisines ; sa consistance était supérieure à celle de l’encéphale.

Une lésion analogue à la précédente paraît avoir été rencontrée chez le malade qui fait le sujet de l’observation de Mediavia, insérée dans la neuvième lettre de Morgagni : La substance corticale était dure; elle avait

lii consistance dn foie, à la partie correspondante aune destruction osseuse.

Dans la remarquable observation de Bayle et de Kergaradec (1), il est dit: Jusqu’à la partie moyenne de l’hémisphère gauche, la substance cérébrale ramollie entourait une cavité remplie d’une substance filante, glaireuse, semblable à du blanc d’œuf qui a perdu une partie de sa transparence. Était-ce une tumeur gommeuse en état de résolution et de liquéfaction, ou bien un épanchement récent qui ne s’était pas encore solidifié? Le ramollissement de la substance cérébrale ferait plutôt pencher vers la première opinion (?).

Enfin, chez l’un de nos paraplégiques, l’autopsie fit découvrir dans le canal vertébral un vaste épanchement s’étendant de la moitié inférieure de la région dorsale jusqu’à la moitié de la hauteur de la région lombaire. Cette substance consistante et d’apparence gélatineuse comprimait manifestement la moelle épinière.

On trouve encore (2) un exemple de cet épanchement de matière gommeuse qui a été comparée par les observateurs à du pus solidifié. Au-dessous de l’arachnoïde, on voyait deux larges plaques jaunes, semblables à du pus concret, correspondant à des dépressions de la «urface de l’hémisphère; une altération semblable commençait à se produire du côté de la dure-mère et de l’arachnoïde.

b. Epanchement plastique dans l’œil. — L'épanchement syphilitique troublant les fonctions de la rétine et donnant naissance à des phénomènes amau-

(1) Nouvelle Bibliothèque médicale. 1823.

(2) Clinical Lecture Med. Gazett. janvier 1851.

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rotiques nous offre un sujet (]’6tude bien intéressant.

Il peut se présenter sous la forme de petites tumeurs de la grosseur d’un grain de mil, arrondies, jaunâtres, â contours très-détachés. Ces tumeurs sont situées sur la rétine -vivement injectée à leur voisinage; elles sont en tout semblables à ces petites tumeurs gommeuses que l’on observe souvent dans l’épaisseur de la peau ou du tissu cellulaire qui la double. L’observation d’une de nos malades amaurotiques nous offre un exemple remarquable de ces petits dépôts sus-rétiniens.

M. le D' Cusco nous a dit avoir été témoin d’un fait identique chez une femme qui avait eu des antécédents de syphilis constitutionnelle. Græfe (1) décrit dans la choroïdite syphilitique, des taches blanchâtres, entourées d’une auréole brun rougeâtre et siégeant surtout dans le segment postérieur de l’œil. Ce sont des exsudations peu étendues, situées entre la choroïde et la rétine, par conséquent sous-rétiniennes et qui produisent, comme nous le verrons plus loin, les symptômes de l’amaurose commençante.

Mais ce qu’on observe le plus souvent chez les amaurotiques par la diathèse syphilitique, c’est un épanchement irrégulier, unique et situé au voisinage de la papille du nerf optique (voir les observations). Chez le malade . de M. Follin, les symptômes amaurotiques et l’épanchement sous-rétinien se sont dissipés définitivement par l’effet des spécifiques, en même temps que les autres manifestations de la syphilis. L’ophthalmoscope nous a fait voir avec netteté, chez ce malade, une exsudation blanchâtre mal limitée, située autour de la papille du nerf optique. Cette exsudation était bien sous-

(1) Deutsche Klini/c, 1858.

I rétinienne, car elle ne masquait ni les vaisseaux de la I rétine ni la papille qu’on distinguait facilement avec son apparence resplendissante. Dans les cas de ce genre, la rétine décollée est poussée en avant par l’épanchement situé entre elle et la choroïde.

L’observation démontre que lorsque ces épanchements sont de date ancienne, ils s’organisent et résistent à toute médication ; dans ces cas, la vue s’améliore , mais beaucoup moins que ne le ferait supposer la disparition complète des autres manifestations syphilitiques. En tout cas, la maladie reste stationnaire; l’amaurose est arrêtée dans sa marche, et le malade j peut encore se livrer à des occupations qui n’exigent t pas une grande précision visuelle (voir les observations des amaurotiques). L’insuccès relatif de la médication I dans ces circonstances trouve son explication dans la comparaison de l’épanchement sous-rétinien avec les dépôts fibrineux de l’iritis; en effet, lorsque les exsudations ont eu le temps de s’organiser, elles restent permanentes et indissolubles , soit à la circonférence de la pupille qui prend une forme étoilée, soit à la face antérieure du cristallin; elles constituent alors une variété de cataracte pigmentaire.

Un de nos malades offre un exemple de ces dépôts ! fibrineux organisés sur la petite circonférence de l’iris.

' Les dépôts plastiques du diaphragme de l’œil coïnci- ' daient chez cet homme avec un épanchement sousrétinien; le malade incomplètement amaurotique fut à peine amélioré par le traitement. De même que les dépôts de 1 iris resteront permanents, de mêmel’exsu- I dation sous-rétinienne ne pourra jamais être résorbée. Mais telle est la finesse de structure et la délicatesse des fonctions de la rétine f{ue, malgré la résorption des

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

épanchements, résorption constatée par l’ophthal- • moscope, la Yue peut ne pas revenir dans toute son intégrité. La compression et la distension de la rétine, par la présence de l’épanchement plastique, ont peutêtre émoussé définitivement la sensibilité spéciale de ' cette membrane. Le fait existe ; quant à son explication,, elle ne peut être que plus ou moins hypothétique.

4" Név7'ome syphilitique. — Lorsque l’épanchement syphilitique a lieu sur le trajet d’un cordon nerveux, la compression qu’il y exerce entrave les fonctions du nerf, et détermine parfois des douleurs très-vives sur toute l’étendue du nerf ou dans les parties qu’il anime.

Existait-il un véritable névrome syphilitique chez les malades dont nous rapportons les observations, et qui présentaient des tumeurs gommeuses avec tous les signes de compression de quelques-uns des nerfs du membre thoracique? Il nous est impossible de répondre à cette question d’une manière catégorique. Nous n’avons pu observer les malades qu’à une époque où les tumeurs gommeuses adhéraient, parleur partie correspondante, à un point de la charpente du squelette; il était donc impossible de savoir si la tumeur s’était développée primitivement dans le nerf, ou si elle avait d’abord commencé dans les parties voisines. Ces tumeurs, dures, mobiles sous la peau qui conservait ses caractères physiologiques, n’ont éveillé l’attention des malades que lorsqu’elles avaient acquis un certain volume. Chez l’im d’eux, la tumeur gommeuse, de la grosseur d’un œuf de poule, donnait la sensation d’une véritable fluctuation. L’iodure de potassium a pu néanmoins en prévenir la perforation et en diminuer rapidement le volume. Nous n’avons pu étudier la struc-

turc tle ces tumeurs; mais leurs caractères physiques, leur mobilité au-dessous de la peau, leur Iluctualion tardive permettent de les comparer aux tumeurs syphilitiques sous-cutanées qui sont composées, comme on sait, d’un tissu blanc jaunâtre plus ou moins variable. Nous avons observé plusieurs cas de tumeurs semblables, et l’observation n" xvij nous en fournit un exem- I pie type. Chez le malade cité, la gomme siégeant dans l’aine déterminait une névralgie fémorale. Une portion de cette tumeur examinée par M. H. Lebert, en 1852, lui a montré des éléments fîbro-plastiques.

I Chez le sacristain (malade de M. Nélaton), la tu- ( meur, siégeant à la région de l’aisselle et au-dessous ' du tronc artériel, embarrassa de prime abord l’habile chirurgien qui ne posa son diagnostic qu’après mûre réflexion. La situation d’une tumeur gommeuse à cette i région est tellement rare, et les symptômes qu’elle avait I déterminés, dans le cas présent, ressemblaient tellej ment à ceux d’un anévrisme, que l’erreur aurait pu I être commise facilement (1).

Enfin, les épanchements plastiques peuvent, ainsi I que les dissections de M. Bouisson nous l’ont si bien appris, déterminer des accidents nerveux, en comprimant ou englobant les nerfs voisins.

5" Du rmnollissement cérébral chez les syphilitiques . — L’inflammation de l’encéphale se conçoit et s’observe consécutivement aux lésions des os du crâne ou i bien aux tumeurs gommeuses du cerveau ; mais, en I dehors de toute affection circonvoisine, la syphilis I peut-elle produire d’emblée une inflammation de la

(1) Voir l’observation n« 4o.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

substance cérébrale elle-même? C’est Ifi une question qu’il ne nous est pas encore donné de trancher définitivement, quoique deux de nos observations tendent à le faire admettre.

Lorsqu’on étudie les vieux auteurs, on trouve que plusieurs d’entre eux accusent la vérole d’avoir directement produit une encéphalite mortelle. Mais quelle est l’afTection que les anciens n’ont pas considérée comme pouvant être occasionnée par la syphilis?

Voyons avant tout ce que l’observation des malades nous apprend à cet égard. Selon Van Swieten (1), c’est par voie de continuité que la maladie se propage au cerveau; les os, atteints les premiers, communiquent leur maladie à l’encéphale. Il cite, à ce propos, une observation de Botalus (Aphor. 884). Les os étaient détruits à l’union de la suture sagittale et de la suture frontale, un liquide abondant et fétide s’écoula à l'ouverture du crâne; les méninges étaient q)utr é fiées ^ et au voisinage le cerveau était également altéré.

Dans l’observation de Bayle et de Kergaradec, on voit un cas analogue, ainsi que dans la lettre septième de Lallemand.

Les exostoses, en comprimant et irritant les méninges, produisent aussi soit une méningite, soit une méningo-encéphalite .

Ainsi que le prouvent nos observations, une tumeur gommeuse peut tînir par enflammer et ramollir la substance cérébrale environnante. Mais, selon Lallemand, outre l’encéphalite consécutive aux maladies des os déterminées par la syphilis, le virus vénérien peut agir directement sur le cerveau et renflammer par sa propre action. Beaucoup d' inflammations chroniques de nature

(1) Comm. in Boerrhaavii Aphorismos. Aphor., § 1442.

vénérienne déterminent, dit-il, le gonflement irrégulier , de plusieurs organes.

Mais à quels signes reconnaître l’origine syphilitique > du ramollissement? Observateur sévère et ne concluant j presque constamment que de l’examen des faits qu’il a I lui-même étudiés, Lallemand avoue que quant aux al- \ térations anatomiques, elles nont rien présenté qui pût \ les faire distinguer des ramollissements ou des suppurations . ordinaires. — Cependant lorsqu’on songe au grand 1 nombre relatif de jeunes gens syphilitiques qui pré- !| sentent les symptômes d’une apoplexie ou d’un ramol- [ lissement cérébral, il semble rationnel de soupçonner, i| d’admettre même l’origine diathésique de ces accidents . cérébraux. On verra de tels exemples dans les obser- ! valions insérées à la fin de notre chapitre sur l’hémiplégie; mais les malades cités ayant survécu, on ne peut se prononcer avec certitude sur la nature de leurs lésions cérébrales. Tout ce qu’on peut poser en fait, c’est que la syphilis détermine fréquemment des accidents apoplectiformes chez les jeunes sujets.

Qu’il nous soit permis de faire remarquer que Lallemand nous paraît un peu trop préoccupé de l’idée du ramollissement. Il déclare l’avoir vu souvent exister dans des cas non suivis de mort.

Les autopsies de quelques syphilitiques ont fait constater les altérations encéphaliques que l’on rencontre liabiluellement chez les aliénés paralytiques (i). En effet, les méninges étaient injectées, l’encéphale généralement ramolli, etla substance grise, adhérente aux méninges, s’enlevait avec ces dernières. Dans les deux observations de M. Rayer et de M. Courtin, la substance

(I) Voir 1 article sur la paralysie yénérale des syphiliiiques.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. '

grise était également ramollie. Mais, comme nous Va- ' vons déjà fait remarquer, la méningo-encéphalite paraît avoir été consécutive aux épanchements gommeux de l’encéphale.

Dans un cas d’encéphalite suppurée, chez un malade syphilitique soumis au mercure, M. Grassi a pu retrouver le métal dans la masse cérébrale. M. Ricord se demande à cette occasion si le mercure déposé sous forme globulaire dans la matière cérébrale ne pourrait pas servir d’épine en quelque sorte [pour produire un abcès. Cette idée serait conforme aux résultats des expériences entreprises par M. Cruveilhier (injection de mercure dans les tissus).

Quoi qu’il en soit, le fait deM. Grassi est resté seul dans la science. M. Personne, pharmacien en chef de l’hôpital > du Midi, pendant notre internat dans cet hôpital, nous a dit avoir vainement cherché le mercure dans l’encéphale des syphilitiques qui ont succombé à n’importe quel accident, pendant qu’ils étaient soumis à un traitement hydrargyrique, institué depuis quelques mois.

Les auteurs anciens avaient cru rencontrer le mercure dans le cerveau. Mais on ne peut accepter les faits qu’ils énoncent, sans crainte de tomber dans une grande erreur. C’est ainsi qu’on lit dans Van Svvieten(I), que le mercure sous forme métallique et en quantité considérable était contenu dans les ventricules cérébraux /

§ IL — Lésions des tissus ostéo-fibreux. — Nous n’avons l’intention que de signaler en passant les altéralions les plus fréquentes du squelette et seulement en tant que lésions pouvant occasionner, par leur voisinage, des accidents nerveux.

^1) Commenlarii i)i aphorismos , etc., loc. cit.

Les auteurs décrivent sous le nom de tumeurs blanches syphilitiques, certaines lésions de la colonne vertébrale, produites par la vérole constitutionnelle. L’altération et la luinéraction des os et des ligaments, ainsi que du tissu cellulaire environnant , en constitueraient les principaux caractères.

Parmi plusieurs faits très-curieux, nous extrayons le suivant: « M. J. Cloquet a disséqué la colonne vertébrale d’un homme mort d’une paraplégie qui avait résisté à toutes les médications; il y avait une exostose des lames de la dixième vertèbre dorsale, de la grosseur d’une balle, comprimant la moelle qui était réduite à ses membranes (1). »

Plusieurs médecins parlent d’exostoses comprimant la moelle et déterminant la paraplégie; mais l’examen nécroscopique n’a jamais confirmé leur diagnostic.

Nous avons vu pour notre compte une carie syphilitique du corps de la quatrième vertèbre cervicale, produire des symptômes de dysphagie et d’asphyxie imminente. Ces accidents n’ont pu être dissipés qu’après l’extraction du séquestre nécrosé qui faisait saillir la paroi postérieure du pharynx. Dans ce cas, à part les douleurs intenses qui existaient au niveau de la lésion et qui s’irradiaient quelquefois jusqu’aux avant-bras et aux mains, il n’y avait pas d’autres phénomènes nerveux. MM. Denonvilliers et Gosselin citent un cas analogue.

Chez le malade qui éprouvait une douleur violente à la nuque et qui était en proie à des mouvements convulsifs, pendant les mouvements de rotation de la tête (2), il existait probablement une lésion analogue

(1) Compendium chirurrjie, art. Exostose, t. II, p. 308.

(2) Voir l'observation n® 48 insérée dans l’article sur /es convulsions.

ANATOMIE rATHOLOGIQUE.

au voisinage des deux premières vertèbres cervicales; lésion qui exerçait, pendant les mouvements de rotation de la tête, une compression sur la moelle épinière; de là des mouvements convulsifs à la suite du plus léger déplacement de la tête.

La syphilis affectant fréquemment les tissus ostéofîbreux, il est rationnel de soupçonner une lésion de cette nature, siégeant au niveau des conduits traversés par lés nerfs, lorsque ceux-ci nous offrent des troubles dans l’exercice de leurs fonctions. Ne serait-ce pas là l’explication de .ces névralgies syphilitiques si communes, rebelles à tous les traitements, et qui cèdent avec tant de facilité aux résolutifs spéciaux (mercure et iodure de potassium) (1)?

Les exostoses de la selle turcique déterminent la compression des nerfs optiques, et consécutivement une double amaurose. Cependant, chez un sujet dont nous possédons la pièce anatomo-pathologique, la vue était physiologique, malgré la présence d’une tumeur plus forte qu’une pomme d’api ; tumeur situéè sur le corps même du sphénoïde.

L’épaississement du périoste de la fente sphénoïdale détermine la paralysie des nerfs moteurs de l’œil.

Les affections du rocher occasionnent, selon leur siège, la paralysie faciale ou la surdité; et lorsque la lésion s’étend dans les conduits traversés par les nerfs acoustique et facial, les deux maladies peuvent se rencontrer simultanément.

Une tumeur du fond de l’orbite, comprimant les nerfs de l’œil, peut déterminer des désordres en rapport avec cette compression, en même temps que l’exophthalmie. Dans tous les ouvrages de chirurgie, il est question

(1) Voir les observations qui suivent rarliclc sui' les névra'gics.

1 d’exopliilialmie causée par une tumeur syphilitique de I l’oi'bite, principalement par des exostoses.

On cite l’observation d’une femme affectée d’exor- 1 bitisme avec abolition de la vue. L’iodure de potassium ( produisit une guérison complète; la vue est compléte- 1 ment revenue (1) .

Une observation très-curieuse a été publiée par I W. Queretin (2) : Une femme était atteinte d’un tel exor- I bitisme que l’œil tombait sur la joue {sic) ; elle était en {i proie à des douleurs et à des céphalées intenses. Un t traitement spécifique a fait résorber la tumeur qui ex- ] puisait l’œil de l’orbite, et dissiper les céphalées.

Enfin, tous les auteurs s’accordent à dire que les ,■ exostoses déterminent des paralysies, des désordres de l’intelligence, des convulsions, etc. Mais rarement voit-on ces assertions basées sur des observations com- ; plètes et décisives.

Un fils du général Masséna est mort au milieu d’une î attaque d’épilepsie occasionnée par une exostose dé- I veloppée à la face interne du crâne, et de la forme de l’apophyse styloïde (3).

Lecat, Thèses de Paris {i Si ^) , a. \ U un militaire suc- ! comber avec tous les symptômes de la compression encéphalique. Une exostose du volume d’un œuf de poule : siégeait dans une des fosses occipitales inférieures.

Nous demandons la permission de ne pas accepter l’opinion de MM. Denonvilliers et Gosselin, à propos des exostoses. Selon ces auteurs, on ne peut être cer- 1 idinqu line exostose est vénérienne cju autant qu elle aura ! été longtemps précédée d'accidents primitifs^ et quelle

(1) Annales de Ihérapenlique, t. IV, p. 192.

(2) Clinique médicale de Montpellier , IE5 mai 1853.

(3) Compendium de chirurrjie, t. II, p. 716.

ANATOMIE PATUOLOGIQUE.

coïncidera avec d’antres signes d’ infection générale. «Bien des auteurs, ajoutent-ils plus loin, ont attribué, dans» ces derniers temps, les exostoses à l’action du mercure. »

Il n’est pas très-rare de se trouver en face de manifestations évidemment syphilitiques sans pouvoir remonter à la source de l’infection. Il arrive que les malades peu attentifs ont la profonde conviction de n’avoir jamais eu d’accidents primitifs. De plus, on rencontre des exostoses qui ne sont accompagnées d’aucun autre symptôme syphilitique. Enfin , nous ne pensons pas que de nos jours les médecins soient autorisés à soupçonner le mercure de produire des exostoses. Ne voit-on pas fréquemment des malades en présenter sur diverses parties de l’économie, lors même qu’ils n’ont suivi aucun traitement hydrargyrique?

Parmi les lésions fonctionnelles que peuvent occasionner les tumeurs, nous devons mentionner la paralysie faciale que fera naître la compression, exercée par un ganglion développé outre mesure, sur le trajet du tronc facial, à sa sortie du trou stylo-mastoïdien.

On a le droit de soupçonner ainsi la compression par une tumeur syphilitique dans une foule de troubles fonctionnels limités à un seul nerf ; mais l’examen nécroscopique nous ayant manqué dans les cas de ce genre, nous nous bornons à les mentionner. Du reste, à la suite de chacune de nos observations de ce genre, nous avons le soin d’insister sur toutes les remarques dont elles sont passibles.

Une compression longtemps exercée sur le trajet d’un cordon nerveux finit par en amener l’atrophie. Une de nos observations nous présente un exemple de cette lésion : les nerfs moteurs de l’œil étaient forte-

ment comprimés par une tumeur gommeuse, dans l’épaisseur de laquelle ils étaient contenus.

' § lit. De QUELQUES AUTRES LÉSIONS DU SYSTÈME

I NERVEUX PRODUITES PAR LA SYPHILIS. — Le nerf opüque I nous offre parfois l’atrophie de sa papille, reconnais- \ sable à l’oplithalinoscope, sans que nous puissions sa- I. voir la manière dont elle fut produite. M. Desmarres, \ M. Græfe et M. Follin ont déjà observé l’atrophie de la I pupille chez les syphilitiques. La tache brillante nacrée i perd alors de son éclat ; ses contours sont mal limités ; l’étendue de la papille diminue ; et ses vaisseaux, si facilement visibles à l’état physiologique, perdent de leur volume et finissent même par disparaître. Les malades, arrivés à ce point de la maladie, sont complètement amaurotiques.

Lallemand dit avoir vu deux végétations, semblables à des choux-fleurs vénériens, situées sur la moelle allongée d’un sujet dont les antécédents faisaient soupçonner la syphilis. Nous lui laissons complètement la responsabilité de ce fait.

Section H. — Affections du système nerveux sans lésions.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, nous possédons trois { observations d’accidents nerveux syphilitiques, suivis de I mort, avec absence de toute espèce de lésion qui puisse rendre compte des phénomènes graves observés pen- ( dant la vie. Nous renvoyons pour les détails de ces faits i aux réflexions qui les suivent (Voir plus loin).

Examen microscopique des produits syphilitiques . — Toutes les fois que le microscope a été interrogé sur la structure des tumeurs syphilitiques, il a toujours révélé les mêmes éléments constitutifs. Tous les micrographes sont d’accord sur ce point. MM. Charles Robin

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

et Lebert (1), dont lesiioms rontautoritéen pareille matière, sont arrivés par expérience à reconnaître à toutes les productions plastiques de la syphilis les mêmes éléments généraux,

La description qui suit est empruntée à une note de M, Robin.

Selon cet auteur, les tumeurs gommeuses sont composées :

r D’une matière amorphe, transparente, grisâtre, granuleuse, j

2“ Cette matière est parcourue par places par des fi- | bres d’un tissu lamineux plongé dans son épaisseur et ■ souvent difficile à apercevoir; ces fibres sont accompagnées de corps fusiformes, fibro-plastiques, peu nom- i breux du reste,

3“ Dans les parties blanchâtres, la matière amorphe | est parsemée d’un certain nombre de granulations graisseuses et de quelques gouttelettes d’huile,

4° Les éléments les plus abondants du tissu sont les cytoblaslions qui en représentent les quatre cinquièmes, Ils sont uniformément distribués dans la substance amorphe et entre les fibres du tissu lamineux; ils sont écartés les uns des autres par une substance qui égale à peine leur propre largeur. Par leur grand nombre et par leur distribution, ils donnent à la matière un aspect d’uniformité de composition très-remarquable.

La variété, noyau libre de cette espèce d’élément, est toujours la plus abondante. On y trouve quelques cytoblastions de la variété cellules. Le corps de la cel- j Iule est pâle, transparent, finement grenu, large de ' huit à onze millièmes de millimètre. Presque toutes les |

(I) Voyez H. Lebcrt, Truité d’anatomie pathologique générale et spé- ! ciale. Paris, 1861, t. II, pl. CXLVl, CXLYII, CXLIX. |

I cellules sont sphériques, quelques-unes ovoïdes, un 1: plus petit nombre anguleuses ; les noyaux ont un con- (I tour net, généralement foncé. Aucun d’eux n’offre de K nucléole. Dans quelques-uns, les granulations sont rapli prochées, presque cohérentes, difficiles à distinguer les I unes des autres,

5“ Quelques rares éléments embryoplastiques, ovoïi des et allongés, dont quelques-uns pourvus d’un petit I nucléole brillant.

6“ Quelques rares leucocystes (globules du pus) dont ! la présence dans ce genre de tumeur est assez ordi- I naire.

Zambaco.

DEUXIÈME PxVRTIE.

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