‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 56 sur 61 · CHAPITRE lll · texte numérisé non relu

CHAPITRE lll

TllAlTEMENT DES NÉVROPATHIES SYPHILITIQUES.

11 n’entre pas dans notre plan de traiter avec détails les applications générales de la thérapeutique aux maladies vénériennes : nous n’avons étudié, dans cet ouvrage, qu’une région particulière de cet immense sujet, et ce serait franchir les limites qui nous sont imposées que d’aborder, dans son vaste ensemble, le problème de la guérison de la syphilis. Les accidents nerveux qui peuvent en être la conséquence doivent seuls attirer ici notre attention ; mais, liés par une foule de rapports aux autres manifestations de la diathèse, ils ne sauraient en être entièrement séparés au point de vue du traitement. Nous croyons donc devoir signaler les principaux moyens qu’il convient d’opposer à la vérole, pour esquisser à grands traits la médication rationnelle que nous avons vue réussir dans presque tous les cas qu’il nous a été donné d’observer.

Par une exception malheureusement trop rare dans le cadre nosologique, la syphilis est l’une des maladies contre lesquelles la thérapeutique ne reste point désarmée : il existe des spécifiques de la vérole ; et c’est là, sans contredit, l’une des plus précieuses conquêtes de l’art de guérir. Mais, à toutes les époques, on a vu des observateurs du plus grand mérite incriminer ces médicaments héroïques, qui seuls nous permettent de lutter avec avantage contre cette terrible maladie. On a été jus-

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qu’à accuser le mercure de produire tous les accidents de la période tertiaire. Abandonnée depuis longtemps, cette idée a repris une nouvelle force depuis les travaux intéressants de l’école allemande, à laquelle nous devons un si grand nombre de vérités, mélangées toutefois de quelques erreurs regrettables. Voyons donc jusqu’à quel point ces assertions sont justifiées par les faits; voyons si l’on aurait raison de bannir complètement le mercure de la thérapeutique de la syphilis; et pour mieux en juger, examinons la marche de celte maladie abandonnée à ellemême, et parcourons les diverses phases de son développement naturel.

Sans remonter aux temps antiques, avant l’introduction du mercure dans le traitement des maladies spécifiques, tout médecin, qui s’est occupé des affections vénériennes, a parfois été témoin de la marche spontanée de la maladie. Dans les cas de ce genre, heureusement rares de nos jours, on voit se dérouler successivement les divers symptômes de la vérole, en l’absence de tout traitement mercuriel.

Un observateur qui avait fort bien étudié la marche naturelle de la syphilis, dans les cas où l’art n’ifitervient pas pour la modifier, Fergusson, a constaté le développement de gommes, d’exostoses, et d’autres accidents tertiaires, chez des individus qui n’avaient jamais subi 1 influence du mercure. Les résultats obtenus par Porter (1) vinrent confirmer les observations de ce médecin. Après avoir traité les ulcérations génitales, sans faire usage des agents mercuriels, il vit, chez un quart de ses malades, des accidents constitutionnels se développer; les douleurs ostéocopes, l’iritis, les papules, les ulcères,

(1) Dtihlin quarterly Journal, 18o7.

TRAITEMENT DES NÉVROPATHIES SYPHILITIQUES. 571 les condylomes, en un mot, tous les accidents que détermine la vérole constitutionnelle, furent observés chez ces individus (1). Il est donc évident que, sans l’intervention du mercure, la syphilis peut donner naissance à tous les accidents que nous avons énumérés. Il nous reste à examiner si le mercure, pris isolément, peut amener des désordres analogues à ceux de la vérole confirmée.

L’empoisonnement chronique, par les émanations mercurielles, présente une physionomie des mieux caractérisées : les tremblements, la salivation, l’éruption spéciale, en un mol, les diversphénomènesqui accompagnent la cachexie mercurielle, sont parfaitement connus depuis longtemps, et ne présentent aucune analogie avec les accidents syphilitiques. Mais c’est par son action sur le système osseux que le mercure se rapprocherait, quant à ses effets pathologiques, du virus vénérien.

Virchow, dans l’ouvrage qu’il a consacré à l’étude de la syphilis, a rassemblé tous les faits qui paraissent miiliter en faveur de cette dernière opinion. Il rappelle les observations de Lorinser, qui aurait vu des nécroses fort étendues se produire chez les ouvriers qui travaillent dans les mines de mercure. 11 fait observer que, si, d’après les remarques de M. Vénot, les fractures sont fréquentes chez les syphilitiques, elles le seraient également, d’après Jüngken, chez les ouvriers des mines d’Almaden (2). 11 rapporte également l’observation d’un berger, qui, après avoir frictionné des brebis galeuses avec une

(1) Les ulcérations des organes génitaux sont loin de donner toujours naissance à la vérole, et la proportion indiquée par Porter nous parait beaucoup trop forte. D’après une statistique, qui nous est personnelle et qui repose sur plus de den.v cents observations, les accidents diatbésiques ne se produiraient qu’une fois sur sept, dans des circonstances semblables.

(2) « Vénot range parmi les accidents tertiaires de la sypbilis la

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solution de sublimé, aurait été atteint d’une salivation abondante et d’une nécrose du tibia. Il aurait observé lui-même une vaste nécrose du maxillaire inférieur, survenue à la suite d’une cautérisation du col utérin, avec le nitrate acide du mercure. Enfin il va jusqu’à accuser 'ce métal de produire le rhumatisme chez des sujets qu’il aurait trop profondément débilités. Il suffit, croyonsnous, de réfléchir aux faits que nous présente journellement l’observation clinique, pour apprécier la valeur de ces assertions. On rencontre souvent, dans les hôpitaux, des ouvriers qui manient le mercure dans l’industrie. Frappés de tremblements, de paralysies et de tous les phénomènes d’une cachexie plus ou moins avancée, jamais ils ne présentent les accidents caractéristiques de la vérole constitutionnelle : point d’exostoses , point de gommes, point d’altérations spécifiques; en un mot, rien qui puisse être confondu avec les manifestations du vice vénérien, par les observateurs qui en ont suffisamment étudié les caractères. D’ailleurs, chez les sujets atteints de salivation, par suite d’une médication antisyphilitique trop active, voit-on jamais de telles lésions se développer? Si, dans les temps où l’on abusait du mercure, on avait quelquefois à déplorer des nécroses du maxillaire inférieur, c’est que cette affection peut résulter de l’inflammation des gencives et de la dénudation consécutive de 1 os. Enfin, pour ce qui touche aux cautérisations du col par le nitrate acide du mercure, nous ferons remarquer que M. le professeur Jobert de Lamballe emploie journellement cette médication, sans jamais déterminer au-

(i agilité des os et surtout des côtes, même chez les jeunes sujets : il pouiiait bien^ se faire que ces accidents fussent de nature merculielle, cai, d après Jüngken, les fractures sont communes chez les ouvriers d’Almadeu. » (Virchow, op. cit.)

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Clin accident sérieux d’iiydrarsyrisme chez ses malades.

On a également reproché au mercure d’exercer une influence délétère sur les centres nerveux. Cette opinion, renouvelée des anciens (1), a été soutenue par des observateurs contemporains. Une discussion fort intéressante s’est élevée au sein de l’Académie de médecine, à propos d’une communication de M. Reynaud (2). Un malade, qui avait été soumis au traitement antisyphilitique, mourut, neuf mois plus tard, avec tous les symptômes d’un ramollissement cérébral. A l’autopsie, on aurait rencontré du mercure dans la substance de l’encéphale. L’auteur en conclut que, chez le sujet de cette observation, la mort doit être imputée à l’emploi du mercure. Des expériences fort intéressantes furent instituées à ce sujet par M. le professeur Cruveilhier. Cet observateur éminent pratiqua des frictions mercurielles sur le ventre et à la partie interne des cuisses de plusieurs chiens. Après chaque opération, on renfermait ces animaux dans un sac de cuir, pour les mettre dans l’impossibilité de se lécher. Au bout de huit jours, ils succombaient à une véritable infection mercurielle. Ils étaient tellement saturés de mercure qu’ils en rendaient par les selles. Cependant, malgré les plus minutieuses recherches pour constater la présence de ce métal dans leurs tissus, M. Guérard n’en trouva pas un seul atome.

On ne saurait rien imaginer de plus concluant que ces expériences. Nous ferons remarquer, en outre, que si Otto (3), à l’instar des anciens, a rencontré du mercure

(1) On sait que Van Swieten prétendait avoir trouvé du mercure métallique dans les ventricules du cerveau , et que d’autres auteurs (Bonet, Sepulchretum) en avaient trouvé dans les os.

(2) Gazette médicale , 1836.

(3) Ollo, Patholofjische Anat:, t. 1, p. ISO.

574 tumtement des névrüi»atmies syphilitiques.

dans les os, que si Colson (1) en a trouve dans le sang des individus soumis au traitement hydrargyrique, et M. Grassi dans le lobe antérieur gauche du cerveau, ces résultats n’ont pas été confirmés par des recherches ultérieures. M. Personne, dont les analyses ont prouvé la présence du mercure dans le lait des nourrices qui faisaient usage de ce médicament, n’en a point trouvé dans l’encéphale de plusieurs malades qui ont succombé après plusieurs mois d’un traitement spécifique. Au reste, en supposant même qu’on ait toujours rencontré du mercure dans le cerveau de ces sujets, serait-ce une raison pour incriminer cet agent, toutes les fois que des phénomènes nerveux se sont manifestés? Pour arriver à une conclusion semblable, il aurait fallu démontrer, par des analyses comparatives, qu’à poids égal, le cerveau en contenait plus que le foie ou tout autre organe.

Au point de vue des affections nerveuses, la question dont nous venons de nous occuper n’est point oiseuse; car le mércure absorbé pourrait, dans certaines circonstances, donner naissance à des tremblements, des paralysies et .d’autres accidents de la même espèce, que l’on confondrait avec les effets de l’infection syphilitique. M. le docteur Lagneau (2) admet que les convulsions peuvent être consécutives à l’abus du mercure; mais il ne croit pas que cet agent puisse occasionner des accès épileptiformes.

Vidal (de Cassis), au contraire, a rapporté (3), dans son ouvrage, un fait de ce genre. Un homme atteint de psoriasis, ayant pris des bains de sublimé pendant \ingtdeux jours de suite, fut pris d’accidents convulsifs, avec

(1) Archives de médecine, 1826.

(2) T. Il, p. 345.

(3) Traité des maladies vénériennes, p. 306.

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écume à la bouclie et perte de connaissance. En revenant à lui, il fut atteint d’un tremblement nerveux, qui se prolongea pendant assez longtemps, en offrant des intermittences et des redoublements. — On serait tout naturellement porté, dans ce cas, à incriminer le mercure; mais ce malade était atteint de la vérole, et c’était pour en combattre les manifestations cutanées qu’on l’avait soumis à un traitement mercuriel; les accidents nerveux auraient donc pu résulter directement de la syphilis ellemême.

Il nous paraît inutile de prolonger cette discussion. Les faits cliniques donnent évidemment tort aux antimercurialistes. Aucun de ceux qui ont fait une étude approfondie de la vérole, ne souscrira à cette assertion hasardée de Virchow, qu’il est à peu près impossible de distinguer les lésions dues à la syphilis de celles qui sont produites par le mercure. Depuis les succès obtenus par Torella et Bérenger de Carpi, le mercure a régné souverainement sur la thérapeutique de la syphilis; et, dès cette époque, il avait des détracteurs. Voihà donc trois cents ans que le débat se prolonge; ne serait-il pas temps d’en finir? Les agents thérapeutiques les plus précieux n’ont-ils pas été également accusés de produire des accidents identiques à ceux qu’ils devaient combattre? N’a-t-on pas accusé le sulfate de quinine de produire des accidents cérébraux chez les rhumatisants? Est-ce une raison pour renoncer à l’emploi de ce médicament héroïque? Nous pourrions en dire autant du mercure. Il ne mérite aucune des calomnies dont il a été l’objet. C’est tout au plus à l’abus des mercuriaux, et non pas à l’usage modéré de ces agents, qu’on pourrait adresser quelques critiques. Mais, depuis longtemps, nous savons en renfermer l’emploi dans de justes limites.

Ce n’est pas seulement à la période secondaire de la syphilis que se développent les accidents nerveux; on : les voit aussi prendre naissance à la période tertiaire.

C’est dans ce dernier cas que l’usage de l’iodure de po- I tassium est indiqué. Ce médicament précieux a partagé, sous tous les rapports, le sort du mercure. Confondu d’abord avec une foule de panacées insignifiantes, il fut tiré de l’obscurité par Wallace, qui, le premier, en fit connaître les propriétés thérapeutiques ; mais, par un ) abus de logique analogue à celui que nous venons de combattre, on ne tarda point à lui attribuer la production des accidents les plus divers. Sans doute il peut, , chez certains individus, déterminer des accidents nerveux, en troublant la sensibilité, la motilité et l’intelligence ; il donne lieu, en un mot, à des phénomènes de stupeur du cerveau, comme l’a fait si bien remarquer M. Baumès ; mais ce n’est pas à son emploi qu’on peut attribuer les accidents présentés par les malades dont nous avons raconté l’histoire dans ce travail. La plupart d’entre eux, en effet, n’en avaient fait aucun usage, avant l’explosion des troubles dont ils furent affectés; et dans presque tous les cas, la guérison fut promptement obtenue par l’usage de ce médi- | cament.

Nous nous sommes efforcé de justifier les principaux agents de la médication antisyphilitique, des accusations mal fondées qui pesaient sur eux : nous allons maintenant en décrire succinctement l’emploi, en ayant soin de ne pas nous écarter de l’étude des manifestations nerveuses de la syphilis.

Les affections nerveuses de la syphilis appartiennent, ainsi que nous l’avons vu , aux deux périodes de la diathèse , savoir : à la période secondaire ou à la période

tertiaire (1). Les manifestations de la première catégorie ont été combattiiès, chez nos malades , par le mercure , celles de la seconde par Tiodure de potassium. Cependant on a dû remarquer qu’on se trouve souvent en présence d’un état intermédiaire qui réclame une médication mixte , c’est-à-dire l’emploi simultané des préparations mercurielles et de l’iodure de potassium.

Avant que les propriétés antisyphilitiques de l’iodure de potassium eussent été proclamées et constatées , le mercure servait à combattre les accidents de la vérole à toutes ses périodes. Aujourd’hui encore certains médecins l’emploient indistinctement contre tous les phénomènes de la diathèse. D’autres, par système, n’ontrecours à l’iodure de potassium que dans les cas où les préparations mercurielles ont échoué ; ce qui n’arriverait que fort rarement.

Vidal dit (2) que toutes les maladies vénériennes peuvent être traitées par le mercure avec succès. Cependant il avait lui-même recours à l’iodure de potassium dans la grande majorité des cas de syphilis tertiaire , ainsi que nous en avons été témoin nous-même : on peut, du reste, s’en convaincre en lisant son ouvrage.

(I ) Ce serait introduire la plus grande confusion dans la syphiliologie que d’admettre avec Sigmund (Wiener med.Vr ochenschrift, 1856), que tout ce qui paraît six mois après l’infection, appartient à la syphilis tertiaire. Tel malade n’ofl’rira toute sa vie que des accidents superficiels, tandis que chez tel autre la syphilis peut, dans l’espace de quelques mois, atteindre les organes profonds. La date de l’infection n’influe donc pas toujours sur la forme ou la gravite de la maladie, puisque dans la syphilis galopante la diathèse peut atteindre rapidement le suprômedegré de son évolution. Du reste, l’intervention d’un traitement mercuriel, même de très-courte durée, amène le plus grand désordre, quant à l’apparition chronologique des manifestations syphilitiques.

(2) Op. cit., p. 31 1 .

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Il esl évident que d’une manière générale le spécifique delà syphilis est le mercure, de même que le spécifique de l’intoxication paludéenne est le quinquina. Ainsi, même dans la syphilis tertiaire, lorsque parfois l'iodure de potassium n’agit pas avec rapidité contre ratfection syphilitique, le mercure employé, soit exclusivement pendant un certain temps, soit conjointement avec l’iodure de potassium, se rend facilement maître des accidents. C’est ce qui a eu lieu chez quelques-uns de nos malades : l’iodure de potassium, employé d’abord sans succès, fut remplacé par le mercure qui produisit une amélioration rapide. La gnérison définitive des accidents fut obtenue par l’association des deux médications.

Supposons-nous maintenant en présence d’un individu affecté d’une maladie syphilitique du système nerveux; quels seraient les moyens dont il faudrait se servir pour combattre les manifestations de la vérole ?

S’il ne s’agit que de phénomènes appartenant au commencement de la diathèse, tels que certaines névralgies, l’état général diathésique, etc., le mercure ' seul suffit pour tout dissiper, d’une manière rapide. Dans ces cas, le proto-iodure administré en deux fois matin et soir, et à la dose de 5, 10 ou même 20 centigrammes par jour, telle est la médication que nous avons employée ou que nous avons vu prescrire avec succès chez la plupart des malades que nous avons observés (1).

(1) M.Ricord prescrit ordinairement, comme on le sait, des pilules de 5 centigrammes de proto-iodure chacune, dont il fait prendre de I à 3, et parfois même 4 par jour. Nous préférons formuler des pilules de 2 cenügi-ammes. On peut ansi mieux tâter la susceptibilité individuelle du malade, en angmentant progressivement la dose du médicament; car il nous est arrivé de voir, lorsque o ou 10 centigrammes ne suffisaient pas pour modifier la marche de la

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Il est nécessaire de faire ici une remarque de la plus haute importance. 11 nous est arrivé bien des fois de voir l’amélioration des manifestations dialhésiques s’arrêter quelque temps après l’institution du traitement, jusqu’à ce que la dose du médicament ait été augmentée. L’observation LXXVI en présente un exemple remarquable. Lorsqu’il y a ainsi un arrêt dans la modification heureuse éprouvée par tes syphilis sous l’influence du traitement (ce qui peut arriver, quelle que soit la préparation mercurielle employée), il convient d’augmenter la dose du médicament et, si malgré cela la syphilis ne paraissait pas céder, changer les préparations ; remplacer, par exemple, le proto-iodure par le sublimé, etc.

M. Rayer, qui s’est beaucoup occupé de la syphilis et suriOLit de ses manifestations cérébrales, a obtenu d’heureux résultats par l’emploi des pilules de Sédiilot. Nous avons déjà cités plusieurs faits observés par ce maître éminent.

Chez les syphilitiques soumis à notre étude , nous avons été à même de faire une remarque qui nous paraît être des plus essentielles. Le mercure ne nous a semblé agir avec efficacité et d’une manière rapide que lorsqu’il avait déjà déterminé un peu d’éréthisme du côtédesgencives et de la muqueuse buccale ; à tel point qu’un léger ptyalisme nous paraît être la meilleure preuve de son action , et en même temps un avertissement pour le médecin que la dose nécessaire à l’individu est atteinte ; car, au lieu d’être toujours la même , celte dose varie suivant les malades.

Si nous jugions d’après ce que nous avons vu, nous

syphilis, l’aclministfalion d’une pilule de plus par jour amener des accidents buccaux ou intestinaux qui ont obligé de suspendre le traitement pendant un certain temps.

o80 TUAITJîMIîNT DES NÉVROPATHIES SYPHILITIQUES.

dirions qu’il faudrait que le médecin cherchât toujours à entretenir un léger degré d’irritation gingivale, en augmentant la dose du mercure, aussitôt que cette irritation ^ se serait complètement calmée. C’est là la meilleure preuve d’une saturation modérée de l’économie par le mercure , saturation qui nous paraît nécessaire pour dissiper promptement les manifestations syphilitiques. Néanmoins , si les accidents locaux venaient à dépasser les limites d’une stomatite bénigne, on s’empresserait de les combattre par le chlorate de potasse sous forme de gargarisme ou en potion ; par des purgatifs , par des cautérisations à l’aide de l’acide chlorhydrique incorporé au miel , etc.

Dans ces cas on ne reprendrait l’usage du mercure que lorsque les inconvénients, qu’il aurait occasionnés, seraient entièrement dissipés. Le médecin peut se trouver parfois en face de quelques cas extrêmement embarrassants. Le proto-iodure de mercure administré à haute dose, le sublimé corrosif, les pilules mercurielles de toute espèce ne parviennent pas à arrêter la marche de plus en plus grave de l’affection syphilitique dont les symptômes externes eux-mêmes continuent à devenir de plus en plus inquiétants.

Cette persistance de la diathèse dans sa marche active, en dépit du traitement , s’observe surtout dans la période de transition, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit des phénomènes secondaires tardifs, ou bien dans la période tertiaire. Dans ces cas heureusement rares , il y a une préparation qui a toujours arrêté les progrès de la syphilis chez nos malades : c’est l’onguent mercuriel qu’on prescrit tous les deux jours , ou bien tous les jours , à la dose de 2, 4,

6 et même 8 grammes, en frictions, exécutées chaque fois sur une nouvelle région du corps. Chez nos malades,

les onctions ont été pratiquées sur la colonne vertébrale, aux aisselles, à la face interne des cuisses , etc.

, Pour prévenir les résultats de l’irritation locale et les 'éruptions cutanées qui peuvent en résulter, il faut ordonner, de temps en temps , des bains savonneux ou tout au moins des lotions avec de l’eau de savon. Du reste, à part les raisons que nous venons de mentionner, il paraîtrait que le mercure est mieux absorbé lorsqu’il est appli- (jué sur une partie de la peau préalablement bien lavée et dont les porcs ne sont obstrués par aucun corps gras.

Le traitement hydrargyrique, employé pendant un certain temps , Unit dans quelques circonstances par fatiguer l’estomac et par irriter le tube digestif. Dans ces cas, il faut en suspendre momentanément l’emploi pour reprendre la médication plus tard , aussitôt que les troubles gastriques ou intestinaux auront disparu. Chez . les personnes dont le tube digestif est très-impressionnable, l’opium doit être associé au mercure, dans le but de prévenir ces troubles digestifs. Il est à remarquer que, d’une manière générale, le mercure est bien mieux supporté lorsqu’on lui a joint une petite dose de narcotique , par exemple, 2 ou 3 centigrammes d’extrait aqueux d’opium, par jour.

Enfin , il y a des malades dont l’estomac refuse avec opiniâtreté l’ingestion du mercure, quelle que soit la forme sous laquelle on l’administre. Dans ces conditions, il faut nécessairement employer les onctions mercurielles ou bien les fumigations cinabrées, sur lesquelles nous ne saurions assez appeler l’attention des praticiens. C’est là en effet un des moyens les plus énergiques, auxquels on puisse avoir recours dans les cas rebelles à la médication ordinaire.

Le traitement institué sur les bases que nous venons de

si'^iialer, et conlinué avec les précautions indiquées, o-iiérit constamment les manifestations de la syphilis. Il est impossible, néanmoins, d’établir à ce sujet une loi absolue; la médication doit être modifiée selon maintes circonstances que le médecin doit savoir apprécier. C’est donc à lui d’étudier soigneusement l’individualilé de son malade , et de diriger le traitement d’après les résultats curatifs qu’il en obtient et selon les effets du mercure sur la bouche , sur le tube digestif, etc.

Wallace est bien le premier qui ait employé l’iodure de potassium dans l’affection qui nous occupe. Mais cet auteur l’a prescrit et prôné contre tous les accidents vénériens, syphilitiques ou non ; de telle manière que pour lui l’iodure de potassium était la substance antivénérienne universelle. Ce médicament précieux aurait donc eu le sort de ces innombrables panacées, réputées infaillibles contre bien des maux, si un homme, doué d’un rare talent d’observation et du meilleur esprit cri tique, n’avait pris à lâche de le soumettre au creuset de la plus sévère expérience.

Après l’avoir employé sans succès contre les diverses affections vénériennes et même contre la syphilis secondaire, M. Ricord le prescrivit enfin contre les accidents appartenant à la période tertiaire de la diathèse, qui se sont amendés avec rapidité et qui ont promptement disparu. C’est donc à ce savant maître, que revient tout l’honneur d’avoir doté ta thérapeutique d’un médicament souverain dont il est inutile de faire ici le panégyrique, puisqu’il n’y a pas de médecin qui n’ait constaté et qui n’en constate journellement les effets bienfaisants.

Dans les affections nerveuses syphilitiques, l’iodure de potassium, employé à dose suffisante, amène une amélioration rapide, suivie, dans l’immense majorité des cas, de la disparition complète de tous les phénomènes mor-

TUAITK.MENT DES NÉVROPATHIES SYPHILITIQUES. 583

bides. Il ne faut cependant pas exiger l’impossible, ni s’allendre au rélablisseinenldes fonctions dont les organes ont éprouvé une modification trop profonde dans leurs tructiire. C’est ainsi que nous l’avons vu échouer contre l’amaurose syphilitique, consécutive à d’anciennes choroïditesou à des épanchements sous- rétiniens de vieille date.

Dans d’autres circonstances, une tumeur syphilitique a longtemps comprimé une portion de l’encéphale ou de la moelle épinière , de manière à en altérer la texture. Il n’y a donc pas lieu d’accuser ce médicament d’impuissance , s’il ne triomphe pas toujours des accidents tertiaires de la syphilis.

Dans certains cas, des affections secondaires peuvent se développer dans les parties contiguës aux dépôts syphilitiques, et donner naissance à des perturhalions fonctionnelles que les spécifiques ne parviennent jamais à dissiper. C’est ainsi qu’une tumeur cérébrale peut amener, consécutivement, un ramollissement cérébral, dont la marche ne sera nullement influencée par l’iodure de potassium, bien que ce ramollissement ait été occasionné par une tumeur syphilitique.

L’iodure de potassium fait donc constamment disparaître les manifestations tertiaires de la syphilis , à quelques exceptions près ; voyons maintenant à quelle dose il convient de l’administrer.

Il y a des médecins qui ne veulent jamais en donner plus de 50 centigrammes par jour ; ils prétendent en obtenir ainsi d’excellents effets contre la syphilis. 11 eu est d’autres qui vont jusqu’à 1 5 ou 20 grammes par jour. Entre ces deux extrêmes, il y a un juste milieu dans lequel nous croyons qu’il faut se tenir, en prenant pour limite ordinaire la dose de 4 grammes. On aurait tort de croire que ce médicament, employé ainsi à haute dose.

amène des désordres, soit du côté des fonctions digestives, soit du côté du système nerveux ; et sans parler de nos propres observations, nous rappellerons que M. Puche le prescrit à des quantités bien plus élevées, ainsi que nous l’avons vu faire pendant qüe nous étions son interne. Cependant, jamais ce praticien distingué n’a vu ce médicament déterminer des troubles sérieux.

Chez nos malades , on a commencé d’abord par 1 ou 2 grammes et l’on a atteint parfois la dose de 6 grammes. 11 va sans dire que la dose du médicament sera toujours proportionnée à l’effet obtenu et à la susceptibilité individuelle ; de sorte qu’il ne peut pas y avoir de règle inflexible, comme à l’endroit des préparations mercurielles.

Sans vouloir nullement atténuer les qualités résolutives et antisyphilitiques de l’iodure de potassium, qui, d’une manière presque constante, guérit, à lui seul, les accidents tertiaires, nous devons noter que dans certaines circonstances, lorsque ce médicament a échoué, son association au mercure peut triompher de la diathèse.

.\ussi plusieurs médecins, en tête desquels il faut placer M. Ricord, prescrivent-ils simultanément le mercure et l'iodure de potassium dans les cas de syphilis tenace et de vieille date. I.’onguent mercuriel en onctions, à la dose de 2 à 8 grammes, quotidiennement ou tous les deux jours, est la préparation qui agit avec le plus d’efficacité. C’est dans ces cas de syphilis invétérée que l’on doit surtout chercher à produire un léger degré de ptyalisme, qui sera la preuve certaine de l’action du médicament.

Les fumigations cinabrées, préparées avec 8 ou 12 grammes de sulfure, remplacent avec avantage l’onguent mercuriel , chez les individus dont la peau délicate ne supporte point le contact de ce dernier médicament.

Une préparation que nous avons vu employer avec

beaucoup de succès par M. Gibert, dans des circonstances semblables , c’est le sirop de deuto-iodure ioduré d’hydrargyre, à 1a dose d’une ou deux grandes cuillerées par jour; chaque cuillerée contient 1 centigramme de bi-iodurc et 50 centigrammes d’iodure de potassium. Ce médicament est très-actif; il acquiert peut-être, par une réaction chimique encore inconnue, une énergie bien supérieure à celle des substances qui le composent; toujours est-il qu’on peut en obtenir d’excellents effets et que l’on évite ainsi l’emploi de l’iodure de potassium et de l’onguent mercuriel à haute dose. Il a de plus l’avantage de constituer à lui seul toute la médication prescrite au malade.

M. le professeur Trousseau agit d’une manière différente, dans les cas de syphilis tertiaire ou secondaire tardive. Ce savant professeur prescrit d’abord le calomel , pendant deux ou trois jours, jusqu’à production d’une légère gingivite , après quoi il institue un traitement par l’iodure de potassium.

Ainsi qu’on l’a vu dans nos observations, le traitement spécifique, continué pendant deux, trois et quatre mois, finit d’ordinaire par faire disparaître toutes les manifestations syphilitiques, nerveuses et autres. Mais il n’est pas dit pour cela que la diathèse soit complètement éteinte et que le malade soit, à l’avenir, à l’abri de toute rechute. Nous avons vu maintes fois la diathèse faire explosion de nouveau tantôt quelques mois, tantôt quelques années plus tard ; c’est ainsi que dix et vingt ans peuvent s’écouler sans la manifestation d’aucun accident qui avertisse de la présence de la diathèse, restée à l’état latent. Dans certains cas, les accidents syphilitiques sont revenus malgré l’intervention d’un traitement prophylactique, continué plusieurs mois après la disparition complète de tout symptôme a[)préciable.

oSO TRAITEMENT DES NÉVROPATHIES SYPHILITIQUES.

Sans chercher à diminuer en rien l’importance des spécifiques, nous devons noter que la syphilis abandonnée à elle-même peut quelquefois suivre une marche intermittente: ses diverses manifestations peuvent disparaître d’une manière spontanée, et sans l’intervention d’aucun traitement. Par contre, dans certains cas heureusement très-rares, le traitement spécifique le mieux administré ne parvient qu’à produire des rémissions plus ou moins prolongées ; la maladie suit toujours sa marche ascensionnelle; les symptômes deviennent de plus en plus graves, et finissent par amener la mort, malgré les efforts les plus énergiques de la médecine.

Sans admettre les théories et les explications plus ou moins ingénieuses de quelques auteurs allemands, qui prétendent que, dans la vérole, un état particulier de la rate et des ganglions lymphatiques, qui ne produisent plus de globules, met obstacle à la crase du sang, il est incontestable que la diathèse syphilitique peut déterminer l’anémie : sous ce rapport, elle se rapproche des autres affections constitutionnelles.

L’état général de la plupart de nos malades a réclamé l’emploi des toniques, en même temps qu’une médication antisyphilitique. La nécessité de fortifier les sujets s’explique non-seulement par les effets délétères de l’infection , mais aussi par les conséquences de l’usage prolongé des mercuriaux et de l’iodure de potassium, médicaments qui défibrinent et fluidifient le sang, et déterminent une diminution de ses éléments solides, notamment des globules.

Pour toutes ces raisons, l’usage des amers et des ferrugineux est non-seulement utile, mais parfois même indispensable, pour empêcher le malade de tomber dans un état de prostration qui ne permettrait pas de continuer

TliAlTKMElNT DES NÉVROPATHIES SYPHILITIQUES. 587

la iHcdicalion spécifuiue. Nous donnons la préférence au fer réduit, pris deux fois par jour, au moment des repas. Nous y associons le vin de quimpiina, la macération de cassia amara, etc. Parfois même, les sujets sont tellement faibles et anémiques, qu’il faut les tonifier avant de les soumettre à un traitement spécifique.

Indépendamment des médications indiquées, d’autres moyens thérapeutiques peuvent être mis en usage contre les accidents nerveux de la syphilis; ces moyens auxiliaires seront appropriés à la forme de l’affection qu’on aura à combattre. C’est ainsi que pour les névralgies, les vésicatoires morphinés peuvent être de quelque utilité ; les antispasmodiques peuvent aussi être employés avec quelque avantage contre les accidents hystériformes, etc. Dans les paralysies, les larges vésicatoires promenés sur la colonne vertébrale, les cautères, et plus tard la faradisation des muscles, concourent à rétablir le mouvement ; pour certaines affections cérébrales, les vésicatoires appliqués au sinciput, et pansés avec un mélange d’onguent mercuriel et de pommade épispastique, les purgatifs etexceptionnellementles sangsues, sont employés avec succès par M. Ricord. Enfin, les bains sulfureux et les bains de vapeur, si l’état général des malades permet d’y avoir recours, ordonnés une ou deux fois par semaine, débarrassent les téguments des produits de la transpiration qui, comme on le sait, contiennent du mercure, chez les personnes qui en font un grand usage, et concourent ainsi à prévenir les fâcheux effets de l’hydrargyre sur les gencives ou sur le tube digestif ; en outre, les bains de Baréges sont utiles dans les cas de paralysie des membres, et notamment dans la paraplégie.

On pourrait croire a priori que l’hydrothérapie doit déterminer, chez des individus soumis à l’usage du mer-

cure, des accidents graves d’hydrargyrisme, accidents que l’on considère comme devant se manifester facilement chez les sujets exposés au froid et à l’humidité. 11 n’en est cependant rien ; plusieurs fois, des syphilitiques ont retiré d’excellents effets des douches froides administrées une et même deux fois par jour, dans le cours d’un traitement spécifique. M. Ricord lui-même les ordonne dans certains cas : lorsque par exemple les fonctions gastriques sont troublées, ou bien dans les cas de paralysie syphilitique, et cela sans aucun préjudice du traitement mercuriel que l’on continue sans interruption.

Tels sont, d’une manière générale, les moyens qui, joints à une nourriture convenable et à une bonne hygiène, sont parvenus à guérir les manifestations syphilitiques chez la plupart de nos malades, dans l’espace de quatre, cinq et six mois, selon l’ancienneté de l’affection et les circonstances particulières à chacun d’eux.

Quelques-uns de ces malades ont continué leur médication spécifique pendant des mois et même des années entières, dans le but de prévenir une récidive, qui s’est cependant produite, en dépit de. leurs efforts.

La médication la mieux dirigée échoue constamment lorsque la diathèse a atteint sa période ultime ; en un mot, lorsqu’il y a cachexie .syphilitique. Dans ce cas, loin de produire une amélioration dans la marche des phénomènes, le mercure et l’iodure de potassium, mal supportés par les voies digestives, aggravent presque toujours l’état du malade. Aussi une médication tonique habilement maniée est la seule qui puisse prolonger les jours de ces malheureuses viclitiies, vouées à une mort plus ou moins prompte et certaine.

TABLE DES MATIÈRES

Préface v

Plan DE l’ouvrage xvii

preiiiëre; partie:.

CHAP. I. — Ce qu’on doit entendre par affections nerveuses

SYPHILITIQUES i

CHAP. II. — De la diathèse syphilitique 7

A. Des principaux signes de la diathèse syphilitique M

1“ Marche de la maladie non influencée par les spécifiques 13

2° Marche de la maladie influencée 15

3“ Le traitement spécifique guérit-il toujours la

syphilis? 21

4® La médication spécifique n’influence-t-elle pas heureusement d’autres maladies que la syphilis? 21 R. Quelques mots sur la diathèse syphilitique héréditaire. 26 Observ. I. — Le père contracte la syphilis en 1849. — Aucune manifestation depuis. — En 1855, mariage; plusieurs avortements, puis enfant à terme, mais vérolé. — Spécifiques; enfant sain et à ferme 27

CHAP. III. — Syphilis des chevaux et accidents nerveux qu’elle

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