PRÉFACE
Le travail que nous soumettons aujourd'hui à Tappréciatîon du public médical est le même, à quelques additions et corrections près, que celui que nous avons présenté en manuscrit au jugement de l'Académie impériale de médecine» en 1859.
On sait que les auleurs des siècles derniers rattachaient presque tous à la syphilis un grand nombre d*affections des viscères que le scepticisme de notre époque crut devoir en distraire. De temps à autre une voix timide, s'appuyant sur des faits isolés, osait à peine s'élever pour protester contre Tabsolu des doctrines régnantes, et, ces faits épars, perdus dans les recueils scientifiques, restaient lettre morte pour la plupart des auteurs spéciaux et des praticiens.
Tout récemment cependant, dans un travail remarquable présenté à TAcadémie de médecine^ M. Yvaren réunit un assez grand nombre de ces faits, leur en adjoignit d'autres c[u'il avait été à même d'observer, et les accompagna de réflexions très-judicieuses. D'autres auteurs encore, dans ces dernières années, ont publié quelques observations sur le même sujet, mais c'est surtout depuis que la question des aBcctions nerveuses syphilitiques a été proposée comme sujet
VI IMŒFACE.
de prix par rAcadémie de médecine, que les faits à l'appui se multiplient et abondent.
C*est à l'aide de ces documents, des faits assez nombreux
que nous avons pu observer nous-mêmes et auxquels sont
venues s'ajouter des observations que nous devons à quelques
confrères obligeants, que nous avons composé notre travail.
11 repose sur 270 observations (1) choisies parmi un beaucoup
plus grand nombre, car nous avons cru devoir élaguer toutes
celles qui, par leur brièveté ou leur obscurité trop grande,
avaient laissé quelque doute dans notre esprit. Peut-être nous
reprochera-t-on néanmoins trop peu de sévérité dans notre
choix et nous accusera-t-on d'avoir compté plutôt que pesé
nos observations. A cela, nous répondrons qu'il est facile,
dans la revue d'un aussi grand nombre de faits, de se laisser
induire en erreur par quelques-uns; qu'en tout cas, nous
pouvons afûrmer qu'aucun d'eux n'est entré dans notre cadre
sans offrir plusieurs caractères pouvant l'y faire admettre.
Ainsi, les antécédents vénériens n'ont jamais servi de seule et
unique base à notre diagnostic; nous avons toujours exigé
d'autres preuves et nous les avons demandées à la symptoma-
tologie, à la marche de la maladie et souvent à l'influence
bienfaisante du traitement spécifique.
Notre but a été de trouver des caractères distinctifs capables de faire reconnaître de prime abord les affections nerveuses qui se rattachent à la syphilis. Nos efforts n'ont pas été vains; et cependant nous aurions désiré approcher davantage de la
(I) Nous avons jugé suffisant de ne reproduire dans ce travail que l'abrégé des observations déjà publiées par leurs auteurs, tandis que nous avons donné in extenso tous les faits cliniques encore inédits.