PAR
M. V. CORMIL
Médecin de l’hôpital de Lourcine.
PLANCHES XXIII à XXVL
Les ganglions lymphatiques offrent un grand intérêt dans la compréhension générale de la pathologie. Ayant très-peu de maladies primitives, car rhypertrophie ganglionnaire de l’adénie est, croyons-nous, la seule lésion importante et assez commune qui s’y développe primitivement, ils reproduisent purement et simplement, dans leur tissu, les lésions des organes avec lesquels ils sont en relation par leurs vaisseaux afférents. Ils emmagasinent et retiennent emprisonnés, pendant un certain temps, les produits pathologiques spéciaux qu’ils ont reçus, de telle sorte qu’ils offrent une barrière qui résiste quelquefois longtemps avant d’être rompue, et avant que l’économie tout entière soit infectée ensuite par le moyen de leurs vaisseaux lymphatiques efférents.
Au point de vue de l’histologie pathologique, qui doit seule nous occuper ici, les ganglions sont intéressants, parce que la structure de leur tissu est simple et connue, parce que les diverses inflamations communes ou spéciales, les tumeurs et productions nouvelles, toutes consécutives, se manifestent
dans ce tissu dépouillées des complications qui les masquent
dans d’autres organes plus complexes. Aussi les ganglions sontils un excellentterrain pour étudier la pathologie dans ce qu’elle a de plus général, et en particulier pour définir et différencier les unes des autres les diverses productions pathologiques. Par exemple, c’est dans les ganglions qu’on peut le mieux vérifier cette loi: qu’une tumeur se reproduit toujours loin du lieu primitivement affecté, avec les mêmes caractères histologiques que présentait la tumeur primitive.
Malgré l’intérêt qui s’y rattache, les lésions pathologiques de ces glandes, même les plus vulgaires et les plus importantes, sont loin d’être bien connues (1); nous ne voulons pas j^jHfer ici un cadre complet de leur pathologie, mais bien puiH^HFlement le résultat de nos recherches récentes sur quelques-unes de leurs altérations, en particulier sur celles qui sont dues à la syphilis, à la scrofule et à la tuberculose.
Nous n’avons pas l’intention de faire l’étude de la structure normale des ganglions. Il nous suffira de rappeler que les ganglions sont formés par un tissu réticulé fin (tissu finement réticulé des follicules et des cordons funiculaires), contenant dans ses mailles les cellules lymphatiques ; tissu entouré partout par un tissu caverneux composé de fibrilles et de mailles plus larges, dans lesquelles cheminent et où viennent se terminer les voies lymphatiques (vaisseaux et voies lymphatiques, sinus péri-folliculaires). Le ganglion ainsi composé est entouré d’une } coque fibreuse, qui se continue avec le tissu conjonctif du hile
(l) Parmi les monographies et mémoires récemment parus où il est question de l’anatomie pathologique des ganglions, nous citerons ;
Oscar Schuppel : Untersuchungen über Lymphdrüsen-Tuberkulose sowie über die damit verwandten und verwechselten Drusenkrankheiten. Tubingen 1871, mit 4 Tat'eln.
Malassez: Lymphadenôme des ganglions, in Société anatomique, page 70, 1872. Hypertrophie généralisée des ganglions, même année, page 50.3.
Baréty: De V adénopathie trachéo-bronchique en général. Paris 1874, A. Delahaye, éditeur, avec 6 planches lithographiées.
Thaon: Recherches sur l'anatomie pathologique de la tuberculose. Paris 1873, avec 2 planches lithographiées.
Ducastel : Anatomie normale et pathologique des ganglions lymphatiques. Rap* port présenté au nom de la commission chargée de l’anatomie normale et pathologique des ganglions lymphatiques. Société anatomique, 1874, page 60.
DES GAiNGLlOiNS LYMPHATIQUES. 3
du ganglion a l’aide des tractus fibreux qui accompagnent les vaisseaux de la capsule jusqu’au hile à travers le ganglion.
Cetle structure, que nous indiquons dans ce quelle a de plus général, assimile les ganglions au tissu conjonctif. Les fibrilles du tissu caverneux, les sinus et canaux lymphatiques, sont, en effet, tapissés, comme les fibres du tissu conjonctif, par des cellules plates, et le ganglion tout entier communique, comme le tissu conjonctif, avec la circulation lymphatique. Aussi les lésions des ganglions ont-elles beaucoup d’analogie avec celles du tissu conjonctif.
Dan=gy^Wammations et dans la plupart des tumeurs, les ganglid^pK atteints consécutivement à une lésion d’un tissu ou d’un organe voisin. Ce sont les vaisseaux lymphatiques qui sont les vecteurs de l’inflammation simple ou spécifique, ou de l’infection par des néoplasmes de diverse nature. Des vaisseaux lymphatiques afférents, les liquides et les éléments cellulaires passent dans les voies et sinus lymphatiques du ganglion et dans le tissu caverneux. C’est dans cette partie du ganglion que se manifestent les premiers phénomènes morbides. Plus tard, si l’inflammation, qu’elle soit simple ou spécifique, persiste, le tissu conjonctif des cloisons fibreuses, qui accompagne les vaisseaux sanguins, est modifié lui-même, et il en résulte une inflammation chronique interstitielle ou cirrhotique dont l’adénite scrofuleuse est le type.
Ces données générales sont très-faciles à vérifier dans les inflammations de diverse nature qui affectent si souvent les ganglions.