INTRODUCTION
Notre intention est d'étudier ici les altérations que présentent les muscles et leurs nerfs au cours de quelques maladies générales chroniques.
Il s’agit d’influences exercées par ces maladies sur le système musculaire strié envisagé dans son ensemble, et non d’amyotrophies survenant comme complications d’une affection locale, comme celles qui résultent d’une arthrite, par exemple, ou d’une compression produite sur les nerfs ou sur la moelle par lésions de la colonne vertébrale, ou bien encore de méningite, de tuberculose de la moelle, etc. Toutes ces complications peuvent survenir au cours des maladies qui vont nous occuper ; elles ne rentrent point dans notre cadre et nous avons éliminé avec soin les observations de ce genre. Pour des raisons analogues, nous avons nécessairement laissé de côté les cas où l'alcoolisme, le saturnisme, une maladie primitive de l’axe cérébro-spinal auraient pu modifier ou causer les lésions décrites. De la sorte, nous n’avons conservé que les types purs, et nous pensons être en droit d'attribuer à la maladie générale chronique les altérations que nous avons observées.
Notre intention est, à l’aide des observations que nous avons pu recueillir dans les services de nos maîtres, MM. les professeurs Cornil et Ball, dans l’espace de deux années consécutives, d'établir l'influence des
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maladies générales chroniques sur le système musculaire; d’étudier les symptômes qui révèlent ces altérations et d’en tirer les déductions possibles de diagnostic et de pronostic que peut fournir l'examen du système musculaire; de décrire les lésions rencontrées à l'autopsie et d'en déduire la marche du processus local et les formes anatomiques; d’établir — et ce point nous occupera particulièrement — les relations qui peuvent exister entre les lésions des muscles et celles des nerfs périphériques correspondants ; de fixer la fréquence, les causes, la pathogénie de ces lésions, enfin de tenter de dégager les formes cliniques qui résultent des observations qui vont suivre. }
Depuis les deux célèbres mémoires de Gubler, la thèse de M. Landouzy et d’autres travaux qui ont suivi, on sait jusqu’à quel point les maladies aiguës peuvent retentir sur le système des muscles et des nerfs.
L'analogie qu’on peut distinguer entre ces dernières et ces maladies chroniques, s’accompagnant d’une dénutrition non moins intense et parfois très rapide, ne serait pas sans justifier les recherches que nous avons entreprises, si déjà il n’avait été établi que dans certaines maladies chroniques conduisant au marasme, on ne puisse rencontrer les lésions qui font l’objet de cette étude.
Notre intention n’est pas ici de détailler un historique de la question, mais il est impossible de ne pas mentionner quelques travaux importants à la première page de cette étude.
Les atrophies musculaires, en général, n’ont été connues et étudiées que dans les temps modernes; les amyotrophies dans les maladies chroniques sont de date encore plus récente.
De monographie complète sur l’histoire de ces dernières, embrassant les symptômes, l'anatomie pathologique, la pathogénie, nous n’en connaissons pas.
mme.
Parmi les travaux qui ont éclairé ce point de la pathologie, on peut faire une double division : les uns ont trait à l’état des muscles dans les maladies chroniques, en particulier dans le marasme; les autres, et leur nombre croit chaque jour, sont ceux qui étudient la névrite des tuberculeux. Dans les premiers qui datent d'avant la connaissance histologique des névrites, les muscles sont seuls étudiés; dans les seconds, la description de l'altération des nerfs est seule mise en relief, tandis que celle des muscles est tout au moins négligée.
Parmi les premiers de ces travaux, il faut citer les études de Friedberg (Pathologie und therapie der Nuskellahmung 1858) où l’auteur.a divisé les altérations en myopathia marastodes et myopathia dyscrasia; la thèse d’agrégation de A. Ollivier (1869) qui, en traitant : des atrophies musculaires en général, fait brièvement mention de l’état des muscles dans des cachexies.
Ce n’est qu'avec les travaux de M. le professeur : Hayem (1874 et 1877) que l’histologie pathologique de ce genre d’amyotrophies est décrite avec détails. On les trouvera cités à l’Index bibliographique et dans le cours de nos chapitres.
Enfin les traités d'anatomie pathologique, en particulier ceux de MM. Cornil et Ranvier, de M. Lancereaux constatent également les altérations des muscles dans le marasme. |
Parmi les seconds, nous devons particulièrement mentionner le mémoire de notre éminent maître, le D' Joffroy, qui le premier constate l’altération des nerfs chez les tuberculeux (1879), et le mémoire de MM. Pitres et Vaillard sur le même sujet, publié en 1886. A côté de ces travaux, se groupent de nombreuses observations éparses de cas analogues.
Nous ne saurions prolonger cet historique. On trouvera à l’Index bibliographique tous les travaux se