HISTORIQUE
Dès l'antiquité la plus reculée, les Assyriens auraient cherché à déterminer l’insensibilité en comprimant les vaisseaux du cou chez des sujets qu’on voulait circoncire. Chez les Romains, suivant Pline et Dioscoride, on broyait une pierre dite de Memphis (carbonate de chaux), on la traitait par le vinaigre et l’on rendait insensible (sans doute par le gaz acide carbonique qui se dégageait) les parties qui devaient être coupées ou incisées. On se servait aussi de la Mandragore, que nous retrouvons employée par quelques chirurgiens du XVI siècle qui en mélangeaient lesucavec l’opium, la morelle, la jasquiame, la ciguë, la laitue vireuse.
Il faut venir jusqu’à la fin du siècle dernier pour trouver les premières données véritables sur l’anesthésie.
Vers 1795, Beddoes avait fondé à Bristol un institut pneumatique et avait placé à la tête de son laboratoire Hamphry Davy, qui n’était alors âgé que de 20 ans. Ce précieux auxiliaire était chargé de le seconder dans la préparation des divers fluides gazeux employés dans le traitement des maladies. Davy, en continuant ces travaux, reconnut bientôt dans le gaz nitreux des propriétés singulières, de nature stupéfiante, et après avoir expérimenté sur lui-même, dans le but de calmer des névralgies dentaires auxquelles il était sujet, il y réussit d’une manière assez satisfaisante, et il reconnut dans le gaz nitreux des propriétés anesthésiques assez efficaces. En parlant des propriétés de ce gaz, il s'exprime ainsi: «Comme les propriétés du protoxyde d'azote détruisent les douleurs physiques, probablement il pourra être employé dans les opérations chirurgicales, dans lesquelles il n’y a pas nne perte
AG PTE de sang très grande.» Dans ces quelques mots, se trouve formulée, avec assez de netteté, l'anesthésie chirurgicale.
Plus tard, les propriétés de l’éther ne passèrent pas complètement inaperçues des chimistes, ni des médecins, puisque l’on avait remarqué que cette substance pouvait produire de l’insensibilité et de la léthargie; mais ce ne fut qu’à dater de 1542 que ces mêmes propriétés furent utilisées.
Cette même année, un médecin d'Athènes, W.-C. Long, s’en était servi plusieurs fois pour anesthésier ses malades avant de les opérer; mais ses observations n’avaient eu aucun retentissement, de sorte que Jackson, après des expériences faites sur lui-même, ayant proposé l'éther dans les opérations chirurgicales, put revendiquer l’honneur de la découverte. Les premiers essais furent faits, sur la proposition de Jackson, par le dentiste Morton, en 1846, puis par Warren, et bientôt en janvier 1847, Malgaine ét Velpeau entretenaient nos sociétés savantes des succès qu'ils avaient obtenus à l’aide de ce même agent.
Pendant cette même année de 1847, Flourens communiquait à l’Académie des Sciences les résultats de ses expériences sur un grand nombre d’éthers, et, en particulier, sur le chloroforme, auquel il avait reconnu la propriété de faire disparaître le pouvoir excito-moteur de la moelle. Mais le mérite d’avoir le premier utilisé chez l'homme les propriétés anesthésiques du chloroforme, reconnues par Flourens chez les animaux, revient à Simpson, professeur à l’Université d’'Edimbourg. La publication qui fut faite le 10 novembre 1847, devant la société médico-chirurgicale de cette ville, ent un succès si considérable, que l’on vit aussitôt les chirurgiens français et étrangers étudier à l’envi cet anesthésique qui aurait dû être employé chez nous d’abord, à la suite des travaux de Flourens.