CHAPITRE XX
Du choix de la méthode suivant les cas particuliers.
Après avoir étudié successivement les très-nombreuses méthodes qui ont pour but de guérir les anévrysmes, il serait utile sans doute de les comparer entre elles et de fixer le choix du praticien sur celle qui répond le mieux aux indications thérapeutiques. Mais ce parallèle général est tout à fait impossible. Aucune méthode n'a la prétention de faire disparaître toutes les autres. Chacune a sa sphère d'application , et se reconnaît impuissante à guérir certains anévrysmes susceptibles pourtant de guérir par d'autres moyens. La méthode de Valsalva , la plus générale de toutes, puisqu'à la rigueur elle est applicable à tous les anévrysmes artériels, n'a aucune prise sur les anévrysmes artérioveineux,et l'ouverture du sac qui peut guérir tous les anévrysmes des membres et de la voûte du crâne, est obligée de reculer devant les anévrysmes du cou, de l'aine et de l'aisselle. La méthode de Brasdorn'a été imaginée que pour les anévrysmes inaccessibles à la méthode d'Anel; la compression indirecte se contente de réclamer la préférence dans les cas où les anévrysmes sont situés sur les membres à quelque distance du tronc. A quoi servirait de constater que la méthode de Valsalva est moins efficace que la plupart des autres, d'ajouter que la méthode d'Anel est supérieure à celle de Brasdor, et que la compression indirecte est moins grave que la ligature? A quoi servirait de dire que telle méthode, qui fait déposer dans le sac des caillots actifs , est préférable à telle autre qui expose aux inconvénients de la coagulation pas-
sive ? La physiologie pathologique , qui nous a été si utile pour comprendre le mode d'action des diverses méthodes , et pour apprécier la valeur de chacune d'elles, ne nous serait ici d'aucun secours , et les relevés statistiques mêmes, qui occupent dans cet ouvrage une si large place, ne pourraient que nous égarer. Si tous les anévrysmes occupaient le même siège, s'ils étaient tous de même nature, si, en un mot, toutes les méthodes étaient applicables à tous les cas, il deviendrait possible d'établir entre elles une comparaison rigoureuse et de choisir celle qui présente à la fois le moins de gravité et le plus d'efficacité. Cette appréciation ne serait pas sans difficulté; car il est digne de remarque que les méthodes les plus efficaces sont souvent les plus dangereuses. Mais le siège si variable de la tumeur, sa nature, son volume, l'état des parties qui l'entourent , l'étendue des complications , l'imminence du danger, sont autant d'éventualités qui viennent compliquer le problème. Il arrive souvent que le praticien n'a pas le choix des méthodes , et qu'il est obligé d'accepter, comme pis aller, celle que , dans toute autre condition , il jugerait la plus mauvaise. On ne peut donc songer à établir un parallèle général entre les méthodes, et, pour les comparer avec quelque avantage, il est indispensable de passer en revue les cas particuliers.
Je distinguerai d'abord les anévrysmes artériels des anévrysmes artério-veineux.