SIGNES DE L'ANÉVRYSME VARIQUEUX
compression sur l'artère au-dessus ou au-dessous d'elle. De plus, lorsqu'on comprime la veine malade seule entre l'anévrysme et le cœur, on voit les battements de la tumeur redoubler d'énergie. Ce signe, dont j'ai reconnu deux fois la présence, est facile à constater lorsque l'anévrysme artério -veineux a son siège sur la veine médiane basilique. Il m'a paru que, dans ce cas, la compression exercée sur la veine au-dessous de l'anévrysme n'exerçait aucune modification appréciable sur la tumeur.
Tels sont les caractères de l'anévrysme artério-veineux rapproché de son début. Souvent les choses restent dans cet état pendant toute la vie, surtout lorsque la tumeur occupe le cou ou les membres supérieurs. William Hun ter , Gleghorn, et, depuis eux, tous les chirurgiens ont vu des anévrysmes variqueux qui étaient demeurés stationnaires pendant dix, vingt, trente ans, et même davantage (1). L'alïection alors n'a d'autre inconvénient que de donner lieu à un certain degré d'engourdissement du membre, qui est en même temps un peu plus faible que son congénère; mais ces symptômes n'ont pas assez de gravité pour que le chirurgien soit autorisé à pratiquer une opération sérieuse. Au membre inférieur le pronostic est déjà plus fâcheux non-seulement parce que la tumeur a plus de tendance à s'accroître, mais encore et surtout parce que les varices peuvent prendre un développement considérable , toujours fort gênant et quelquefois nuisible.
Cependant à côté des cas qui précèdent, et dont la bénignité contraste avec la marche si grave des anévrvsmes artériels , il y a d'autres cas , heureusement exceptionnels , où les anévrysmes artério-veineux font des progrès incessants, refoulent, détruisent les tissus, et finissent même par se rompre. Cette rupture eut lieu dans un cas publié par Physick ( de Philadelphie) , qui fut obligé pour arrêter l'hémorrhagie de faire une incision et de lier les deux bouts de l'artère (2). Le fait de M. Papini paraît tout à fait semblable au précédent, mais M. Morvan a émis des doutes sur le diagnostic porté par l'auteur, et je crois comme lui que les
(1) Voy. à ce sujet Benj. Bell, A System of Surqery. Edinburgh , 1787, in-8°, vol. I, p. 216.
(2) Aug. Morvan. De. l'anévrysme variqueux. Th.inaug. Paris, 3847, in-ft°, p. 12.
80 SIGNES, MARCHE, TERMINAISONS DES ANÉVRV.SMES.
signes indiqués par l'observation semblent se rapporter simplement à un anévrysme artériel traumatique (1) ; mais si ce fait est douteux, il y en a d'autres qui sont parfaitement concluants. Dans le cas de Park, la tumeur s'enflamma, suppura et s'ouvrit. Quelques jours après il survint une hémorrhagie qu'on réprima en fendant la poche anévrysmale et en liant les deux bouts de l'artère (2). — Il n'y eut pas de rupture dans le cas d'A. Bérard , mais la tumeur, bien que récente, lit des progrès rapides que la compression directe n'arrêta pas, et qui rendirent l'opération indispensable (3). On notera que, dans tous les cas qui précèdent, l'anévrysme variqueux occupait le pli du bras , région que l'on considère à juste titre comme l'une de celles où cette affection est le moins grave.
Ainsi il est bien établi que la tumeur de l'anévrysme artérioveineux est le plus souvent inoffensive, mais que, néanmoins, elle se comporte quelquefois d'une manière aussi fâcheuse que la tumeur de l'anévrysme artériel.
Gela posé , deux questions se présentent à nous : pourquoi la plupart des anévrysmes artério- veineux restent-ils stationnaires ? Pourquoi quelques-uns d'entre eux, au contraire, tendent-ils incessamment à faire des progrès ?
A première vue, il est naturel de supposer que cette différence clinique est liée à une différence dans la constitution anatomique des anévrysmes variqueux. Les uns sont enkystés dans un sac de formation nouvelle qui ne diffère pas du sac des anévrysmes faux consécutifs ordinaires ; qu'ils soient situés sur l'artère ( Rodrigue), sur la veine (A. Bérard) ou entre ces deux vaisseaux , ils reçoivent le choc du sang artériel , et on est porté à croire que leur paroi , dépourvue d'activité propre , doit céder peu à peu sous la pression de la colonne sanguine. — Les autres sont constitués par la dilatation pure et simple d'une veine dont la paroi contractile semble propre à lutter avec plus d'avantage contre l'effort de la diastole artérielle. D'après cela, on est tenté d'admettre que les anévrysmes variqueux par dilatation restent station-
(1) Gaz. médicale, 1836, p. 682.
(2) Médical Facts and Observ. London , 1793, in-8°, \ol. IV, p. 111.
(3) Archives générales de médecine ,18^5, T. VII , p. 38, sér.IV.