‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 46 sur 243 · CONSÉQUENCES DES CAILLOTS ACTIFS · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DES CAILLOTS ACTIFS

membrane enveloppante préserve les tissus voisins de tout contact irritant? Ajoutera-t-on que les masses sanguines sont des corps étrangers inoffensifs ? Ce serait une double erreur, car l'oblitération des anévrysmes donne quelquefois lieu à des accidents formidables : c'est lorsqu'elle est produite par des caillots passifs , phénomène qui n'est pas rare à la suite de la ligature. Alors, sans doute , il n'est pas impossible que le sang coagulé se résorbe et que la tumeur disparaisse complètement; mais, trèsfréquemment, les caillots, agissant comme corps étrangers, provoquent une inflammation violente et une abondante suppuration au milieu de laquelle on les retrouve plus ou moins altérés.

Ainsi, quelle que soit l'opinion qu'on se fasse sur les propriétés des caillots actifs et sur leur vitalité , il faut du moins reconnaître, et c'est là un point capital dans l'histoire des anévrysmes, qu'ils ne jouent pas dans l'économie le rôle de corps étrangers, qu'ils savent résister aux actions chimiques et physiques , auxquelles obéissent les caillots passifs, et que, s'ils participaient à la vie commune, ils ne se comporteraient pas autrement.

La formation des caillots actifs a pour résultat immédiat de modifier sensiblement les signes des tumeurs anévrysmales , et bien que je n'aie pas l'intention, dans ce chapitre, de revenir sur la symptomatologie , je crois devoir m'arrêter un instant sur les caractères qui permettent de reconnaître la présence de ces caillots dans les anévrysmes.

On sait qu'à l'état de simplicité, l'anévrysme sacciforme est une tumeur molle, pulsatile, complètement réductible, devenant turgide lorsqu'on comprime l'artère au-dessous d'elle , s'alfaissant et disparaissant quelquefois entièrement, lorsqu'on comprime l'artère au-dessus, donnant lieu enfin à un bruit de souffle plus ou moins fort.

La plupart de ces caractères peuvent être atténués, masqués, ou même effacés, par la présence des caillots fîbrineux. Ainsi , la tumeur, grâce à l'épaisseur considérable des couches déposées sur la face interne du sac , peut devenir plus ou moins dure , et acquérir même une fermeté comparable à celle d'une tumeur fibreuse. Elle cesse d'être entièrement réductible et d'offrir des variations de volume appréciables lorsqu'on vient à comprimer les divers points de la longueur de l'artère. Elle peut même

VôU PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DES AîNÉVIttSMES.

perdre presque entièrement son caractère de réductibilité , la quantité de sang liquide qu'elle renferme ne formant plus qu'une petite partie du volume total de l'anévrysme.

Les pulsations deviennent en même temps moins énergiques pour deux raisons bien faciles à comprendre. En premier lieu, la capacité de l'anévrysme étant diminuée, la tumeur est mise en mouvement par une masse de sang moins considérable qui agit sur une surface moins étendue. Or, on n'ignore pas que la pression exercée par les liquides, toutes choses égales d'ailleurs, est proportionnelle à l'étendue des surfaces sur lesquelles ils agissent ; c'est sur ce principe bien connu que repose la théorie cle la presse hydraulique. Ainsi, la force effective à laquelle la paroi de l'anévrysme est appelée à résister se trouve amoindrie par suite de la diminution de la cavité qui reçoit le sang. Et notez que cette diminution est très-sensible, attendu que les surfaces sont proportionnelles non pas à leurs diamètres, mais aux carrés de leurs diamètres (1). — D'un autre côté, la paroi du sac, renforcée par des couches fibrineuses fermes et résistantes , se défend beaucoup mieux contre l'impulsion du sang que si elle était livrée à sa seule élasticité. Par conséquent la résistance s'accroît à mesure que la puissance diminue , et cela suffit pour expliquer l'affaiblissement des pulsations.

Ce résultat est d'autant plus prononcé que les dépôts fibrineux sont plus abondants. Il peut aller jusqu'à changer complètement le caractère des battements de la tumeur. Dans les anévrysmes ordinaires, les pulsations donnent la sensation d'une expansion uniforme qui refoule en tous sens les doigts du chirurgien. Cette sensation particulière sert à distinguer les tumeurs agitées de battements propres, de celles qui sont simplement soulevées par les pulsations d'une artère subjacente. C'est là, comme on l'a déjà vu, un précieux élément de diagnostic. On en est privé lorsque le sac anévrysrnal renferme beaucoup de fibrine. Alors , en effet, la dilatation de la poche est trop peu considérable pour

(1) Cette proposition n'est rigoureusement exacte que lorsque les surfaces sont parfaitement sphériques , ce qui n'a sans douie jamais lieu dans les anévrysmes. 11 n'en est pas moins vrai que, lorsqu'un dépôt fibrineux s'effectue sur les parois d'un sac anévrysrnal, l'étendue de la surface interne de la poche sanguine décroît toujours beaucoup plus rapidement que son diamètre.

Page 1