‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 60 sur 243 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

11 ét h ode «lMnlyll us

(ouverture du sac).

La méthode de l'ouverture du sac est désignée à juste titre sous le nom de méthode ancienne. Les anciens, il est vrai, ont connu aussi la méthode de l'extirpation ; mais ils n'en ont parlé que pour la blâmer et la rejeter delà pratique.

Les auteurs qui ont précédé le 11e siècle de l'ère chrétienne ont ignoré jusqu'à l'existence même de l'anévrysme, circonstance vraiment inexplicable, car les anévrysmes consécutifs à la saignée du bras devaient être alors bien plus fréquents qu'aujourd'hui, et on ne comprend pas qu'ils aient pu échapper à l'attention des praticiens. Rufus d'Éphèse, contemporain de Trajan , paraît être le premier auteur qui ait parlé de l'anévrysme (1). L'art ne possédait encore aucune ressource contre cette affection, et Galien lui-même, postérieur à Rufus de quelques années, ne se doutait pas qu'il fût possible de la guérir.

Mais Rufus et Galien avaient du inoins rendu le service d'appeler l'attention des chirurgiens sur ces tumeurs dangereuses. D'après les doctrines du temps, la gravité des anévrysmes venait des propriétés délétères du sang accumulé dans la poche, et on ne tarda pas à chercher les moyens d'évacuer cette substancenuisible. — Ainsi naquit la méthode de l'ouverture du sac.

Les premiers tâtonnements conduisirent sans doute à pratiquer une incision pure et simple, et de terribles hémorrhagies durent en être la conséquence. On voulut alors, et ceci n'est plus une supposition, extirper les anévrysmes comme on aurait extirpé toute autre tumeur malfaisante; mais il fallut y renoncer, à cause de l'hémorrhagie.

(1) Rufus ne s'attribue pas la découverte de cette affection ; — « Il se fait, dit-il, une tumeur qu'on appelle anévrysme , c'est-à-dire dilatation de l'artère. » Ce chapitre de Rufus a été conservé par Aétius, Tetrabiblon IV, serm. Il , cap. EJ. —Dans Artis mcdicœ Principes d'Henri Lstienne. Paris? 15G7; in-foU, col. 716 , E.

Il s'agissait de trouver un moyen moins dangereux, permettant de donner issue au sang anévrysmal et d'empêcher l'écoulement du sang artériel. Ce fut Antyllus qui résolut ce problème; ce fut lui qui créa la chirurgie des anévrysmes.

Un pareil service rendu à l'humanité aurait dû assurer à Antyllus la reconnaissance de la postérité , et cependant la plupart des auteurs qui ont écrit l'histoire des anévrysmes n'ont même pas mentionné son nom. D'autres ont dit en passant qu'Antyllus connaissait la méthode de l'ouverture du sac; mais ils l'ont présenté plutôt comme le précurseur que comme l'inventeur de cette méthode, réservant la gloire et les éloges pour Paul d'Égine, plagiaire du vir siècle. Le fait est qu'il y a vingt-cinq ans à peine les travaux d' Antyllus sur l'anévrysme n'étaient connus que par un passage incomplet, obscur et inexact du Continens de Rhazès. L'auteur arabe n'admettait pas qu'il fût permis d'opérer les anévrysmes ; il défigura donc à sa manière le texte d'Antyllus et le rendit incompréhensible. Ajoutons à cela que la plupart des éditeurs de Rhazès ont tronqué ce passage et en ont fait disparaître tout ce qui est relatif au traitement de l'anévrysme, et nous comprenons pourquoi on a si longtemps refusé à Antyllus la justice qui lui est due (1).

Il est difficile de préciser l'époque où vécut ce chirurgien, ce grand chirurgien, suivant l'expression de Paul d'Égine qui, par parenthèse, l'a pillé sans scrupule et n'a pas toujours jugé à propos de le citer. On croit qu'il florissait , vers le milieu du me siècle, sous le règne de l'empereur Valérien. — Haller et Peyrilhe le font cependant vivre vers le milieu du ir siècle, et le considèrent comme à peu près contemporain de Galien. A coup sûr, Antyllus écrivit avant le règne de Julien dit l'Apostat, puisque

(1) Pour prendre connaissance du texte complet de Rhazès, j'ai dû consulter le magnifique manuscrit de Faradj qui se trouve à la bibliothèque impériale ( MSS. n° 6912, in-fol., T. III , lib. XIII, fol. 28). L'anévrysme s'y trouve simplement désigné sous le nom de Ruptura arterie, mais on lit dans le titre du chapitre ( fol. 27, verso, col. 1 ) : De ruptura arlerie que vocatur abursima. Le texte de ce manuscrit précieux est assez exactement reproduit dans l'édition de iUSQ, qui se trouve à la bibliothèque Sainte-Geneviève (Brixiae, per Jacobum Britannicum, in-fol. goth., fol.CC2, recto, col. 1, lib. XIII , cap. VII ). Seulement, l'anévrysme y est désigné sous le nom d'abursima. C'est déjà quelque chose. Il est vrai qu'un peu plus haut l'anévrysme s'appelle amplwrisma, fol. CCj, verso, col. 1. Dans la plupart des éditions ultérieures, dans celles notamment qui ont été divisées en cinquante livres à l'instar de celle de Paulus Venetus ( Venise, 1509, in-fol.), on trouve quelques mots sur les signes de l'anévrysme, mais rien sur le traitement.

202 MÉTHODE D'AINTYLLUS.

Oribase, le médecin et l'ami de ce grand empereur, nous a conservé plusieurs chapitres de ses ouvrages. On peut dire, par conséquent , que le traitement chirurgical des anévrysmes remonte à une époque où les sciences antiques étaient encore dans toute leur splendeur.

Mais les barbares approchaient, les barbares du dehors et les barbares du dedans. Les écrits d'Antyllus furent anéantis , ceux d'Oribase furent dispersés, et lorsque l'œuvre des ténèbres fut achevée, Paul d'Égine, au vir siècle, put, sans être bafoué comme un plagiaire, copier audacieu sèment , dans le XL Ve livre d'Oribase, le chapitre de l'anévrysme, extrait textuellement de la Chirurgie d'Antyllus.

Ce XLVe livre a été considéré pendant longtemps comme entièrement perdu, et manque, ainsi que beaucoup d'autres, dans toutes les éditions ; mais M. Angelo Mai l'a retrouvé, il y a vingt- cinq ans, et Fa fait imprimer à Rome, avec plusieurs autres manuscrits grecs de la bibliothèque du Vatican. Cet important recueil renferme des fragments très-disparates : des discours de rhéteurs, des morceaux de philosophie et de théologie , et enfin plusieurs livres inédits cle la grande collection d'Oribase. L'éditeur a traduit en latin la plupart des écrits littéraires, religieux ou philosophiques de son recueil ; mais, étranger aux sciences médicales, il n'a pas entrepris de traduire Oribase; il s'est contenté de publier le texte grec, sans y joindre le moindre commentaire , et c'est pour cela , sans doute, que, jusqu'ici , les médecins n'ont pas profité de la trouvaille précieuse de M. Maï.

Or, le chapitre XX du XLVe livre d'Oribase est intitulé : De l'anévrysme, tire d'Antyllus, Ier livre de la chirurgie. Il est assez important, assez peu connu pour que je le reproduise ici, et je dois avant tout remercier mon savant confrère, M. Bell , bibliothécaire de la Faculté , qui a bien voulu me communiquer et le texte grec et la traduction manuscrite qu'il en a faite luimême (1) :

« § 4. Il y a deux espèces d'anévrysmes. L'une se produit parla dilatation locale d'une artère : c'est de là que la maladie emprunte son nom d'ané-

(1) Angelo Maï. Classicorum auctorum e Vaticanis codicibus editorum, tomuslV, p. 56. Romse , 1831, in-8°. — P. 90 à 92 du manuscrit du Vatican,

Page 1