‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 85 sur 243 · PREMIER MÉCANISME · texte numérisé non relu

PREMIER MÉCANISME

et transformée en un cordon ligamenteux. Chose singulière ! Scarpa avait disséqué de ses propres mains une artère numérale restée parfaitement perméable après la guérison complète et déjà ancienne d'un anévrysme traumatique ; il avait vu que l'ouverture artérielle était exactement fermée par un caillot fibrineux aussi dense qu'une cicatrice véritable (1); il connaissait les deux faits analogues cités par Foubert ; il en attribuait même gratuitement un quatrième à J.-L. Petit, et, malgré tout cela, il persistait à dire que ces guérisons ne pouvaient pas être considérées comme radicales (2).

Scarpa ne niait cependant pas que la compression directe ne pût procurer des guérisons complètes ; mais il pensait que, pour obtenir ce résultat , il fallait porter la pression jusqu'au point de réduire entièrement la tumeur et d'exciter Y inflammation adhésive des tuniques propres de l'artère dans une certaine étendue (3). Briot avait déjà émis la même opinion deux ans avant Scarpa (U).

Telles sont les idées qui se sont succédé dans la science sur le mode d'action de la compression directe. La- diversité des théories s'explique fort bien par la diversité des résultats réels. Cette méthode , en effet , peut agir de trois manières bien différentes : tantôt elle fait oblitérer la tumeur par des caillots passifs ; tantôt elle y fait déposer des caillots actifs ; tantôt enfin elle fait rétrograder lentement l'anévrysme , qui finit par guérir suivant un mécanisme tout spécial, déjà pressenti par Arnaud.

1° L'oblitération par des caillots passifs est due en général à l'inflammation que provoque le bandage. Cela est assez rare lorsque l'anévrysme est petit; cela est plus fréquent lorsque la tumeur offre un volume moyen ; mais ce sont surtout les anévrysmes volumineux qui sont exposés à ce mode vicieux d'oblitération. Il est nécessaire, en effet, d'agir avec beaucoup de force pour maîtriser ces anévrysmes par une pression directe , et le froissement des tissus fait naître fréquemment une inflammation

11) hoc. cit., p. 378.

(2) hoc. cit., p. 221.

(3) hoc. cit., p. 370.

{U) Briot. Essai sur les fumeurs formées par le sang artériel. Paris, 1802 , in-8°, p. 1U.

qui peut se propager au sac et y faire précipiter des caillots passifs. En voici un exemple :

Un volumineux anévrysme fémoral était traité depuis quelques mois par la compression directe et par les saignées. A plusieurs reprises, le bandage avait redoublé la douleur et produit de la fièvre. Tout à coup, la tumeur prit une teinte livide et parut menacée de gangrène: on enleva le bandage. Le lendemain, les pulsations s'arrêtèrent; mais la couleur livide n'en persistait pas moins ; la partie inférieure du membre était froide et insensible. Peu à peu, la douleur diminua, la lièvre s'abattit, et l'anévrysme subit une légère diminution ; mais le malade ne se rétablit que fort lentement. Au bout de six mois, la tumeur, bien que privée de battements , était encore très-volumineuse, puisque la cuisse malade avait h pouces de circonférence de plus que celle du côté opposé. A partir de ce moment, la tumeur resta stationnaire pendant douze ans; puis elle s'accrut de nouveau en s'accoinpagnant de douleurs cruelles. Huit ans après, elle avait acquis un volume considérable; mais elle n'avait aucun des caractères de l'anévrysme : elle n'offrait ni pulsations ni fluctuation ; elle continua à augmenter pendant deux ans encoi§, et à cette époque , c'està-dire vingt-deux ans après l'oblitération produite par la compression , elle s'ulcéra et laissa échapper une grande quantité de matières brunâtres et grumeleuses. Le malade, épuisé par la fièvre et la suppuration , ne tarda pas à succomber (1). J'ai tenu à citer cette observation parce qu'elle prouve combien les caillots passifs se prêtent difficilement à la résorption et combien sont défectueuses les oblitérations qu'ils produisent.

La terminaison fut plus favorable sur un malade traité en octobre 1816, par J.-A. Albers, de Brème. L'anévrysme était gros

(1) Fr.EER. Observât, on Aneurism. Birmingham , 1807, in-4°, p. 106. La fin de l'observation a été publiée par Ilodgson , Maladies des artères, tr. franç., T. I , p. 145, 18e obs. Hodgson, qui ne connaissait pas les deux modes d'oblitération des anévrysmcs, crut que la matière grumeleuse et brunâtre contenue dans la tumeur était due à la putréfaction d'un caillot lamelleux, c'est-à-dire fibrineux. Mais, d'une part, ces caillots ne se putréfient pas, et, d'une autre part, ils ne présentent pas une teinte brunâtre. D'ailleurs , l'oblitération si rapide de cette énorme tumeur ne pouvait avoir été produite par un simple dépôt fibrineux. Toute la fibrine de sang de l'individu n'y aurait pas suffi. Enfin, la marche ultérieure des phénomènes, la stabilité de la tumeur, les accidents ultérieurs dont elle devint le siège, tout cela prouverait sans réplique que l'anévrysme avait été oblitéré par des caillots passifs, quand même on n'y aurait pas trouvé cette bouillie brunâtre dont ta couleur provenait évidemment de la matière colorante du sang.

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