ACCIDENTS INFLAMMATOIRES
A quoi faut-il attribuer ces coagulations tardives ? 11 me semble difficile de ne pas les considérer comme la conséquence de l'inflammation provoquée par l'action de l'électricité. Dans les cas qui précèdent, il est vrai, il n'y a eu au moment de la coagulation ni douleur, ni rougeur, ni empâtement des tissus. C'est sans doute parce que l'inflammation n'a pas été bien vive et est restée limitée à la membrane du sac ; mais il n'en est pas toujours ainsi. L'inflammation est quelquefois beaucoup plus énergique, et peut même devenir inquiétante. Dans un cas cle Viguerie, un anévrysme traumatique du coude , traité à deux reprises par la galvano-puncture , ne cessa de battre que trois jours après la seconde séance. Cette oblitération fut précédée et suivie d'une inflammation tellement intense que plusieurs abcès se formèrent. Le malade n'entra en convalescence qu'au bout d'un mois (1). Une femme traitée par M. Bossé présenta des phénomènes analogues ; l'anévrysme occupait encore le pli du bras. L'électricité fut appliquée le 27 novembre : elle rendit la tumeur un peu moins pulsatile; mais elle laissa la peau rouge et un peu enflammée. Le lendemain , il y avait un véritable phlegmon ; les battements disparurent ce jour-là. Du reste, il ne survint pas d'autre accident. Au bout d'une semaine, l'inflammation se termina par résolution , et la petite tumeur anévrysmale, parfaitement solide, commença à se résorber (2). L'issue fut moins favorable dans un cas de M. Capelletti : la tumeur, consécutive , comme les précédentes, à une saignée malheureuse, avait le volume d'un œuf de poule. Une première séance galvanique n'eut aucun résultat durable. Dix-sept jours après, on appliqua de nouveau l'électropuncture : les pulsations furent rendues plus obscures , mais ne disparurent pas. Quinze jours après , vive inflammation. La tumeur s'oblitère; mais, loin de diminuer, elle s'accroît les jours suivants, et atteint en moins d'un mois le volume de la tête d'un fœtus de sept mois. Les téguments se sphacèlent, une eschare se détache , le sac suppure et se vide des gros caillots passifs que l'inflammation y a fait déposer. Ces accidents auraient pu avoir les suites les plus graves. Le malade liait cependant par guérir
(1) Fréd. Dassier. Thèse inaug. Montpellier, 1850, n° 1U , p. 53.
(2) Gazette médicale de Paris, 1850, p. 610.
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et recouvra même, à un degré suffisant, les mouvements de l'articulation du coude ; mais cette guérison , comme on voit , avait été achetée au prix d'un danger sérieux (1).
On peut donc affirmer que beaucoup d'anévrysmes traités par la galvano-puncture ne s'oblitèrent que par suite d'un travail inflammatoire plus ou moins intense. Cela seul suffit pour jeter un jour défavorable sur une méthode qui appelle à son aide un auxiliaire aussi infidèle et aussi redoutable que l'inflammation anévrysmale.
Peut-être cependant ne serait-il pas tout à fait exact d'attribuer à l'inflammation toutes les oblitérations consécutives à la galvanopuncture. Il peut se faire que le caillot galvanique ne remplisse d'abord qu'une partie de la cavité du sac, et que ce caillot, au lieu de se dissoudre, s'accroisse les jours suivants sans inflammation appréciable. Est-ce parce que l'inflammation existe et est trop légère pour être évidente ? Est-ce parce que le caillot galvanique obstrue l'orifice du sac et force le sang à séjourner dans l'anévrysme? Cette dernière supposition semble s'être réalisée sur le malade de M. Amussat : Anévrysme de l'artère cubitale consécutif à une plaie faite par un canif. La tumeur est grosse comme un œuf. Galvano-puncture le 13 octobre 18^7 : oblitération partielle. La partie moyenne de l'anévrysme conserve ses pulsations. Seconde séance le 16 octobre: la tumeur devient plus ferme, mais elle ne cesse de battre que quatre jours après. Aucun accident; guérison solide (2).
Quoi qu'il en soit, il est bien certain que la galvano-puncture peut guérir les anévrysmes de deux manières : tantôt par la coagulation immédiate, tantôt par la coagulation consécutive du sang. Dans l'un et l'autre cas, l'oblitération est due-à des caillots passifs. Or, on connaît les inconvénients attachés à la présence de ces caillots; on sait qu'ils peuvent se dissoudre et donner chance à la récidive; qu'ils se résorbent difficilement; qu'ils exposent à l'inflammation, à la suppuration, à la gangrène locale; par eux-mêmes, et dans les cas les plus simples, ils ont déjà beaucoup de tendance à provoquer ces accidents inflammatoires;
(1) 3fém. de la Soc, de chirurgie, 1853, in-4°, T. III , p. 9a.
(2) Arcli. générales, sér. IV, T. XXVI, p. 496, 1851.
ACCIDENTS. — HÊM0RRHAG1ES. 329
mais, à la suite de la galvano-puncture, les conditions sont tout particulièrement défavorables : les trajets parcourus par les aiguilles sont autant d'épines qui facilitent le développement de l'inflammation, surtout lorsque le courant électrique a été assez fort pour produire de petites eschares. On peut donc dire que , sous le rapport de la physiologie pathologique, la galvano-puncture constitue une méthode défectueuse. Je suis loin d'en conclure qu'il faille la rejeter, car il y a des cas où on est trop heureux de posséder cette ressource ; mais je reviendrai plus loin sur les indications.
Je viens d'étudier le mode d'oblitération des anévrysmes traités parla galvano-puncture; ce n'est là qu'une partie de la question. Les courants électriques produisent d'autres effets que je ne dois pas passer sous silence.
M. Gérard avait déjà conclu de ses expériences qu'une hémorrhagie pouvait se produire au moment où on retirerait les aiguilles. Cette crainte ne s'est pas complètement réalisée. On ne peut rien conclure, en effet, de ce qui eut lieu dans le cas anonyme cité dans la thèse de M. Clavel (1) : on avait enfoncé et laissé à demeure dans la tumeur plus de cinquante tiges métalliques grosses comme des aiguilles à tricoter. Le fait de M. Velpeau n'est pas plus démonstratif : les aiguilles furent laissées en place pendant huit jours dans un anévrysme poplité. Pendant ce laps de temps , on appliqua deux fois le galvanisme : il survint une violente inflammation; les piqûres donnèrent lieu à une hémorrhagie tellement sérieuse qu'il fallut lier la fémorale; après quoi , la gangrène s'empara du membre et nécessita une amputation bientôt suivie de mort (2). Ces deux faits complexes prouvent les inconvénients de l'acupuncture et non ceux de la galvano-puncture. Il n'est pas impossible, toutefois, qu'il y ait une petite hémorrhagie lorsqu'on retire les épingles immédiatement après la galvanisation. Ce léger accident s'est présenté à M. Giraldès, qui s'en est bien vite rendu maître à l'aide d'applications réfrigérantes (3). Dans ce cas, ce fut un jet de sang rouge qui s'élança à travers les piqûres. Dans un cas de M. Viguerie, le sang
(1) Voy. plus haut, p. 302, 8e obs.
(2) Bulletins de la Soc. de chirurgie (22 nov. 1848), T. I, p. 131. P.iris, 1851, in-8°.
(3) Bulletins de la Soc. de chirurgie , T. I , p. 147. Paris , 1851 , m-8°.
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qui s'écoula était au contraire noir et épais (1). Le malade que M. Bossé traita par la galvano-puncture pour un anévrysme de l'aorte eut également une légère hémorrhagie à la deuxième séance. L'auteur de l'observation ne dit pas de quelle couleur était le sang (2). Somme toute, l'hémorrhagie immédiate est fort rare; elle n'a jamais été sérieuse, et tout permet de croire qu'il n'y a rien à craindre de ce côté.
On ne doit pas non plus s'inquiéter du dégagement des gaz qui résultent de la décomposition de l'eau. Si la circulation était complètement interrompue par deux ligatures placées au-dessus et au-dessous de l' anévrysme, l'oxygène et l'hydrogène séjournant dans le sac pourraient distendre légèrement la tumeur. Mais ce n'est pas dans de pareilles conditions qu'on pratique chez l'homme la galvano-puncture, et quelque soin qu'on mette à comprimer l'artère au-dessus et au-dessous du sac, on ne peut avoir la prétention de supprimer absolument la circulation anévrysmale. Or, quelque léger que soit le mouvement du sang, il suffit pour entraîner la plupart des bulles gazeuses à mesure qu'elles se dégagent. C'est précisément là ce qui a éveillé des craintes. On a pensé que la présence des gaz dans le sang qui circule était propre à produire de graves accidents. Mais si l'on songe à la facilité avec laquelle le sang absorbe et dissout les gaz , à l'innocuité de l'hydrogène, à l'existence normale d'une quantité notable d'oxygène dans le sang, enfin au peu de volume de la masse gazeuse dégagée , on est conduit à reconnaître que cette crainte est tout à fait illusoire , ainsi que l'expérience l'a bien des fois démontré.
Les gaz mis en liberté par le courant électrique ne semblent guère pouvoir s'accumuler dans le sac, si ce n'est à la fin de la séance, lorsque la tumeur solidifiée a cessé de recevoir les ondées sanguines ; mais , en général , on arrête la galvanisation dès que ce résultat est obtenu. Les gaz sont donc entraînés par la circulation, et il faut bien qu'il en soit ainsi, puisque, dans l'immense majorité des cas, rien n'en révèle la présence dans la tumeur oblitérée. Il est pourtant commun de voir une petite bulle gazeuse
(1) Thèse de Frédéric Dassier. Montpellier, 1850, n° lh, p. 55.
(2) Gazette médicale, 1850, p. 611.