‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 125 sur 220 · CAILLOTS PASSIFS. — INFLAMMATION CONSÉCUTIVE · texte numérisé non relu

CAILLOTS PASSIFS. — INFLAMMATION CONSÉCUTIVE

Ainsi les caillots passifs qui se déposent si souvent dans les anévrysmes traités par la méthode d'Anel, peuvent donner lieu à une oblitération définitive, se résorber et conduire lentement a la guérison ; ils peuvent encore être détruits par le choc du sang et conduire à la récidive, Il y a une troisième éventualité, beaucoup plus commune que les précédentes. Ces caillots inorganisables ont la plus grande tendance à se putréfier ou au moins à provoquer une inflammation suivie de suppuration , de rupture du sac et même d'hémorrhagie.

J'ai déjà décrit ces accidents lorsque j'ai étudié l'oblitération passive dans toute sa généralité (1) ; mais il est nécessaire d'y revenir ici, pour mettre en évidence l'un des inconvénients les plus graves de la ligature. Les hémorrhagies consécutives, la phlébite, la gangrène, la paralysie du membre , etc., prouvent que cette méthode est dangereuse; mais en y exposant les malades on espère du moins qu'après avoir traversé ces chances redoutables, ils seront guéris de leur tumeur. Il n'en est malheureusement pas toujours ainsi. La ligature n'est pas seulement une méthode pleine de périls ; c'est encore une méthode défectueuse, qui ne remplit pas la grande indication du traitement des anévrysmes. Le but du chirurgien est de transformer une tumeur inquiétante en une tumeur inolTensive, une tumeur qui s'accroît en une tumeur qui rétrograde. L'ancienne méthode de l'ouverture du sac n'a été abandonnée que parce que la ligature promettait d'atteindre ce but. La ligature n'a pas tenu sa promesse. On ne compte plus aujourd'hui les cas où les tumeurs anévrysmales, traitées et oblitérées au moyen de la méthode d'Anel, sont devenues le point de départ d'accidents ultérieurs, et ont fini par se rompre, laissant les malades clans un état plus fâcheux que s'ils eussent subi l'opération de l'ouverture du sac.

J'avais eu d'abord l'intention de placer sous les yeux du lecteur le relevé des faits de ce genre que j'ai rassemblés; mais j'ai dû renoncer à ce projet : la liste aurait été trop longue. Je n'ai même pas jugé nécessaire de pousser bien loin mes recherches. Lorsque j'ai eu réuni quatre-vingts observations , il m'a paru que

(1) Voy. plus haut, p. 173.

cela était suffisant pour étudier des accidents dont la fréquence ne peut plus être contestée.

Ces accidents, provoqués par la présence des caillots passifs, sont d'autant plus à craindre, qu'on applique la ligature plus près du sac. Ils sont plus communs à la suite du procédé d'Anel , qu'à la suite du procédé de Hunter, et le procédé de Hunter, lui-même, y prédispose en raison inverse du nombre et de l'importance des collatérales qui restent entre le sac et la ligature. Cette différence vient en partie de ce que , dans le procédé d'Anel, l'inflammation traumatique esttrès-rapprochéedu sac, et peut s'y propager aisément; mais elle vient surtout de ce que le procédé d'Anel, portant à la circulation anévrysmale une atteinte plus profonde, expose, plus que le procédé de Hunter, à la formation des caillots passifs.

Cela explique pourquoi l'inflammation consécutive du sac est surtout fréquente dans les anévrysmes rapprochés du tronc. Alors en effet le chirurgien est obligé d'appliquer la ligature à peu de distance de la tumeur. Les 80 cas que j'ai rassemblés sont répartis de la manière suivante :

Anévrysmes poplités 26

— inguinaux ou cruraux. . 22

— sous-claviers ou axillaires. . 18

— carotidiens 10

— de l'humérale 2

— de la radiale 2

Total. . . 80

En comparant ces chiffres à ceux qui expriment le degré de fréquence relative de ces divers anévrysmes, je trouve que si, dans les anévrysmes poplités, les chances de l'inflammation consécutive sont représentées par 10, elles s'élèvent à 16 lorsque l'anévrysme est inguinal ou crural; à 22, pour les anévrysmes de la carotide , et à 25 pour les anévrysmes de la sous-clavière et de l'axillaire. C'est parce que, pour l'anévrysme poplité, on applique la ligature sur la fémorale, à une grande distance au-dessus du sac; pour les anévrysmes cruraux, la ligature est déjà plus rapprochée; enfin pour les anévrysmes inguinaux, carotidiens, sous-claviers ou axillaires, on saisit toujours l'artère très-près de la tumeur.

Ces résultats ne coïncident pas parfaitement avec ceux de M. Norris, le seul auteur qui jusqu'ici ait accordé quelque attention à l'inflammation consécutive des anévrysmes traités par

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