‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 164 sur 220 · COMPRESSION INTERROMPUE · texte numérisé non relu

COMPRESSION INTERROMPUE

exemple, dans le cas de M. Hargrave (n° 60). Pendant les premiers jours, on ne pouvait pas comprimer plus d'une heure de suite, et il fallait relâcher les vis pendant cinq à six heures avant de recommencer. Plus tard , on put accroître la durée de la compression , sans jamais réussir à la rendre continue; néanmoins, au bout de vingt jours la tumeur cessa de battre , et l'on calcula que la compression avait duré cent trente-quatre heures, ce qui représente une moyenne d'environ six heures et demie par jour. — D'autres fois la douleur est supportable pendant le jour, mais elle prive le malade de sommeil, et, lorsque le traitement se prolonge , il devient nécessaire de relâcher l'appareil tous les soirs. C'est ce que fit M. Tufnell (n° ikl), qui finit néanmoins par guérir son malade au bout de quarante-deux jours.

La compression interrompue est celle que l'on est obligé d'abandonner pendant quelque temps par suite de circonstances accidentelles , et que l'on reprend ensuite une ou plusieurs fois à des intervalles variables. On est tenté de croire, au moment où l'on réapplique les appareils , que le bénéfice de la première compression doit être perdu : il n'en est rien cependant, et l'on est quelquefois surpris de la rapidité avec laquelle la guérison suit les nouvelles manœuvres. Le n° 59 avait subi la compression pendant quelques jours, lorsqu'il fut atteint de varioloïde. L'appareil fut enlevé. Quand la varioloïde fut guérie, on replaça les pelotes , et vingt-quatre heures plus tard les pulsations avaient cessé. — Le même résultat fut obtenu dans l'un des cas de M. Bellingham (n° 16) : compression commencée le 3 avril, abandonnée le lendemain , et reprise le 6 avril ; le 7 au matin , on trouve que l'anévrysme a cessé de battre. — Malgré l'emploi de l'opium à haute dose, le malade de M. Banon (n° 15) n'avait pu fermer l'œil pendant quatre jours. On relâcha la vis , et aussitôt il s'endormit profondément. Le sommeil se prolongeait beaucoup; on resserra la vis sans réveiller le malade : six heures après , la tumeur était entièrement solide. — Quelquefois les interruptions sont plus prolongées. Le n° 96 nous en offre un exemple. On avait voulu employer la compression totale; et l'on avait si bien serré qu'il s'était formé deux eschares, l'une sous la pelote et l'autre sons la contre-pelote! On changea l'appareil de place; de nouvelles eschares se formèrent. On fut donc obligé, à di-

verses reprises , d'interrompre la compression , et néanmoins l'anévrysme finit par guérir. — Après sept jours de compression intermittente , le n° US éprouva dans le membre de vives douleurs accompagnées d'un œdème assez considérable. On enleva les appareils pendant cinq jours , puis on les appliqua de nouveau , et en quarante-huit heures la guérison fut obtenue. Les nos hQ, kht &6, 70 fournissent des exemples analogues. Dans tous ces cas, malgré l'interruption de la compression , la poche anévrysmalc a fini par s'oblitérer d'une manière définitive.

Il semble difficile, au premier abord, de comprendre comment la compression intermittente et la compression interrompue peuvent donner des résultats aussi satisfaisants. Il semble que les avantages obtenus pendant l'action des appareils devraient être neutralisés parle libre retour du sang dans la tumeur. lien serait ainsi, sans doute, si l'oblitération graduelle de l'anévrysme était due à la formation de caillots passifs; ceux-ci, en effet, se laissent facilement dissocier et entraîner par le choc du sang. Il est donc bien certain que la compression intermittente s'oppose à la guérison des anévrysmes par le mécanisme exceptionnel et défectueux des caillots passifs. Elle se prête, au contraire, trèsbien à la guérison par le dépôt de caillots fibrineux ; ceux-ci , beaucoup plus stables , beaucoup plus résistants que les caillots passifs, peuvent se défendre pendant longtemps contre l'action directe du courant sanguin. Les couches fibrineuses déjà formées persistent donc, quoique la compression soit suspendue; et lorsqu'on applique de nouveau les pelotes quelques instants, quelques heures, ou même quelques jours après, l'anévrysme est à peu près dans les mêmes conditions qu'au moment où on les a enlevées. Il est clair, seulement, que ces interruptions prolongent la durée du traitement ; mais c'est un inconvénient très-secondaire si on le met en parallèle avec les graves dangers auxquels on exposerait le malade si l'on en venait à la ligature toutes les fois qu'on est obligé de renoncer à la compression continue.

Grâce à la compression interrompue , et surtout à la compression intermittente , on verra peu à peu disparaître de la pratique les cas jusqu'ici assez nombreux où l'on en vient k la ligature avant d'avoir épuisé les chances de guérison qu'offre la méthode

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