EFFETS DE LA COMPRESSION
douleurs spontanées dont la tumeur était le point de départ. Ces douleurs, dues à la pression que l'anévrysme exerce sur les tissus environnants, sont quelquefois très-vives et s'apaisent dès que l'action des pelotes permet au sac de revenir légèrement sur lui-même. On a vu plus haut (1) que ce fut le soulagement produit par la compression de la fémorale pendant qu'on explorait sa tumeur, qui conduisit le malade nommé Donohue à imaginer la compression digitale intermittente. — L'un des cas les plus remarquables est celui d'un malade de Liston (n° 96) , qui souffrait tellement d'un anévrysme de la cuisse, qu'il était entièrement privé de sommeil depuis vingt-six jours. On appliqua les pelotes. Quoiqu'on se servît du procédé vicieux de la compression totale , le malade recouvra le sommeil au bout de quatre jours et dormit très-bien les nuits suivantes.
Il n'est pas rare d'observer pendant les premiers jours un engourdissement du membre , accompagné ou non de fourmillements. Ce phénomène peut dépendre de la gêne de la circulation ou de la compression des nerfs.
On a constaté un petit nombre de fois un abaissement de température sur le membre soumis à la compression. La différence alors n'est guère que de 1 à 2 degrés Fahrenheit (voy. en particulier le n° 2k). Il est plus commun de trouver au contraire une légère augmentation de chaleur. Enfin il arrive souvent que la température reste normale.
Il était naturel de craindre que les pelotes , comprimant toujours à un degré quelconque la veine satellite de l'artère , ne gênassent le retour du sang au point de produire la tuméfaction œdémateuse du membre. Cette crainte ne s'est réalisée que fort rarement. Très-souvent, au contraire, ainsi que je l'ai déjà dit, la compression dissipe l'œdème préexistant déterminé par la tumeur anévrysmale {voy. les nos k9, 65, 67, 95, etc.); et même dans le cas de M. Clayton (n° 28) une hydarthrose du genou, provoquée par l'anévrysme , se résorba assez rapidement. Je ne connais guère que deux cas où l'œdème ait été accru par l'application des pelotes; ce sont les nos 56 et 100. — On conçoit que la compression fasse disparaître l'œdème produit par l'anévrysme ,
(1) Voy. plus haut, p. 810, obs. ft9.
et que la tumeur, légèrement affaissée , cesse de gêner le cours du sang dans la veine adjacente (1). Mais il semble que ce bénéfice devrait être contre-balancé par la pression que la pelote exerce sur la veine principale du membre. Un peu de réflexion permet de comprendre pourquoi il n'en est pas ainsi. Dans le cas d'anévrysme poplité, par exemple, la pelote inférieure appliquée sur le canal du troisième adducteur comprime la veine fémorale, mais respecte la veine saphène; quant à la pelote inguinale, lorsqu'elle est convenablement construite, elle concentre son action sur l'artère et atteint à peine la partie la plus interne du tronc veineux correspondant.
La circulation veineuse n'est donc jamais interceptée complètement , et est toujours beaucoup moins gênée que la circulation artérielle. Le sang, n'arrivant qu'en petite quantité, trouve des voies suffisantes pour son retour vers le cœur. Voilà pourquoi la compression ne détermine pas d'œdème et pourquoi elle dissipe même l'œdème préexistant. Tout au plus constate-t-on quelquefois une très-faible stase du sang dans les vaisseaux capillaires ; lorsqu'il en est ainsi la peau se colore légèrement. C'est dans les cas de ce genre que la température du membre s'élève un peu.
Tels sont les phénomènes qui peuvent se produire dans le membre soumis à la compression. Parlons maintenant de ceux qui se succèdent au niveau de la tumeur anévrysmale.
Dès les premiers instants qui suivent l'application des pelotes , le sac revient un peu sur lui-même , et la tumeur subit une certaine diminution de volume. Au bout d'un temps variable, elle devient plus ferme , moins réductible et moins pulsatile. Tantôt ce résultat est obtenu au bout de quelques jours, ou seulement de quelques heures, tantôt, au contraire, il se fait attendre plusieurs semaines, ou même plusieurs mois. Pendant tout ce temps, la compression doit être partielle. Lorsque la tumeur est arrivée
(i) Chez le nommé Panger, que j'ai traité à l'hôpital des Cliniques avec M. Nélaton, l'œdème, déjà très-considérable, s'accrut sous l'influence de la compression indirecte. L'autopsie donna plus tard l'explication de ce phénomène. La veine poplitée étaii complètement et solidement oblitérée au niveau de Panévrysme , qui était énorme et diffus. Il est clair que rien ne pouvait rendre à la circulation veineuse sa liberté primitive, et que la compression indirecte exercée avec les doigts dans le pli de l'aine, ne pouvait qu'opposer un nouvel obstacle au retour du sang ( voy. plus haut , p. 766 , obs. Ub 1.