‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 29 sur 220 · CONDITIONS OE LA COAGULATION · texte numérisé non relu

CONDITIONS OE LA COAGULATION

tion (1). J'ai eu l'occasion d'étudier cette pièce importante, qui fut présentée à la Société anatomique par ML Pierre , interne tic M. Laugier : les deux caillots, celui de l'aorte, et celui du cœur, étaient librineux et doués d'une résistance assez grande.

Ce ne sont pas seulement les corps étrangers venus du dehors qui provoquent ainsi par leur contact la solidification de la fibrine. Les masses cancéreuses flottantes qui pénètrent dans la cavité des veines, suivant un mécanisme que j'ai étudié ailleurs (1) , ne tardent pas à s'entourer d'un caillot plus ou moins épais.

Il n'est même pas nécessaire que le sang soit en présence d'un corps étranger pour qu'il soit disposé à laisser déposer des caillots. Il suffit qu'il soil en contact avec une membrane autre que la séreuse du système vasculaire ; il suffit même que celle-ci soit dans un état anormal. Ainsi, la phlébite, même légère, modifie assez la membrane interne des veines pour que le sang se solidifie au contact de cette surface altérée. La sécrétion plastique fournie par les parois de la veine enflammée, attire pour ainsi dire la fibrine du sang et en détermine la solidification. Quoique les artères ne soient jamais le siège d'une semblable sécrétion, le seul contact d'une paroi altérée fait coaguler la fibrine du sang dans l'affection qu'on désigne improprement sous le nom d'artérite. Le même phénomène se manifeste encore lorsque des dépôts athéroinateux ou calcaires ont consécutivement ulcéré ou érodé la membrane interne des artères. Beaucoup d'oblitérations artérielles spontanées ne reconnaissent pas d'autre cause. Dans l'aorte, où ces dépôts sont plus fréquents que partout ailleurs, il est rare que la coagulation qu'ils provoquent soit considérable et qu'elle suffise pour entraver la circulation. Le plus souvent, on ne trouve sur les surfaces altérées que de minces couches de caillots ou de petits dépôts de fibrine qu'on confond volontiers avec les dépôts athéromateux proprement dits; mais il faut tenir compte aussi de l'activité extrême de la circulation dans le tronc de l'aorte. La rapidité du mouvement du sang contre-balance la tendance à la coagulation. Quoi qu'il en soit, il n'est pas néces-

(i) Bulletin de la Soc. anatomique,!. XXIV, p. 334. Paris, 1849, in-8". (2) P. Broca. Mém. sur l'anat. pathol. du cancer, dans Jlém. de l'Acad. nationale de médecine, T. XVI , p. 610-6H. Paris , 1851 , m-U".

saire d'insister plus longuement sur un phénomène qui n'est pas contesté ; et je crois pouvoir établir en principe que tout contact anormal favorise la coagulation du sang.

Ceci nous ramène aux anévrysmes. Dans l'anévrysme vrai commençant, ou anévrysme cratériforme , le sac est fort petit; son ouverture est fort large ; la stagnation du sang est donc trèspeu prononcée. Le sang y circule presque aussi librement que dans l'artère ; en outre , la surface interne du sac est formée par la séreuse vasculaire simplement distendue sans autre altération appréciable. Pour ces deux motifs , le sang a très-peu de tendance à se coaguler. Voilà pourquoi la plupart des anévrysmes vrais, rapprochés de leur début , ne présentent à l'autopsie aucune trace de caillots.

Dans les anévrysmes sacciformes , les conditions sont toutes différentes. Quelle que soit l'origine de ces anévrysmes, la membrane qui les tapisse constitue toujours pour le sang un contact anormal. On ne saurait en douter lorsque l'anévrysme est faux, ou lorsqu'il est mixte externe. Lorsqu'il reconnaît pour cause une simple dilatation de toutes les tuniques artérielles , la chose est tout aussi certaine. En effet, la surface interne de l'anévrysme diffère tellement alors de celle des artères, qu'elle donne lieu à de nombreuses contestations; les uns prétendent qu'il s'agit d'un anévrysme vrai; les autres soutiennent que l'anévrysme est mixte externe ; les autres supposent enfin que la tunique interne de l'artère , simplement refoulée dans l'origine , a fini par disparaître, permettant ainsi à un anévrysme vrai de se transformer peu à peu en anévrysme mixte externe. De pareilles discussions n'auraient pu s'élever, l'existence des anévrysmes vrais n'aurait pu être mise en doute si la membrane interne des anévrysmes ne différait pas notablement de celle des artères. Ainsi voici déjà, dans les anévrysmes sacciformes, une première condition favorable à la coagulation du sang : c'est le contact d'une membrane anormale.

Quant à la seconde condition — je veux parler de la stagnation du sang — elle y est très-prononcée aussi. J'ai étudié plus haut le mécanisme de la circulation anévrysmale ; j'ai prouvé que le sang se renouvelait beaucoup moins rapidement dans le sac que dans les artères, et que ce ralentissement, assez faible au centre

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