CONSÉQUENCES DES CAILLOTS ACTIFS. Î
donner an chirurgien la sensation d'une véritable expansion. On ne sent qu'on soulèvement obscur, et comme en même temps l'anévrysme est devenu assez dur, on est tenté de le confondre avec une tumeur solide agitée par les battements de l'artère voisine.
Quant au bruit de souffle, il subit des dégradations analogues. 11 se produit au moment de la diastole, lorsqu'une ondée sanguine pénètre brusquement dans le sac, et son intensité est proportionnelle, en général, à la quantité de sang qui traverse l'anévrysme dans un temps donné. Or, l'affaiblissement des pulsations est l'indice d'une diminution dans la force des ondées sanguines qui produisent le bruit de souffle. Celui-ci s'atténue donc peu à peu ; il est même fréquent de le voir disparaître tout à fait, quoique les pulsations conservent encore une certaine force.
Telles sont , au point de vue de la symptomatologie, les conséquences de la présence des caillots fibrineux dans les anévrysmes. — Elles sont de nature à rendre le diagnostic douteux, dans certains cas où on n'est appelé à examiner la tumeur que lorsqu'elle a déjà subi ces importantes modifications. Elle fait encore naître certaines difficultés pratiques, même lorsque le chirurgien ne conserve aucun doute sur la nature de la tumeur. Le traitement par la compression indirecte a pour but, comme on le verra plus tard , de faire oblitérer la poche anévrysmale par des dépôts graduels de caillots actifs. Or, il arrive fréquemment que la tumeur, devenue petite, dure, sans souffle, et ayant déjà perdu tous les caractères des anévrysmes , continue cependant à présenter des battements obscurs; si, de plus, elle est placée sur le trajet d'une artère profonde , comme la poplitée , le chirurgien est quelquefois fort embarrassé. Il se demande si l'anévrysme est encore perméable , auquel cas il faudrait continuer la compression , ou s'il est tout à fait oblitéré et simplement soulevé par les pulsations de la poplitée, auquel cas il faudrait suspendre le traitement. — Cette incertitude donna lieu à une récidive sur un malade traité par M. Poland (1). On crut que l'anévrysme était oblitéré , et on attribua les battements presque
(1) Dublin Médical l'rcss, 1853, vol. XXIX , p. 20. — i'oy. le n" 23 du deuxième tableau à la lin du Volume.
imperceptibles dont il était le siège à la persistance des pulsations de l'artère poplitée. Le malade fut donc considéré comme guéri, et reprit ses travaux. Mais la guérison ne fut que passagère, et il fallut, l'année suivante, recourir de nouveau à la compression dont le succès, cette fois, fut définitif.
Je ne fais que signaler ici cette cause d'erreur qui se présente très-souvent à la fin du traitement des anévrysmes par la compression. J'aurai l'occasion d'y revenir plus tard.
J'ai surtout eu en vue, dans les remarques précédentes, les anévrysmes qui renferment une couche très-épaisse de caillots actifs. Ce ne sont pas là les cas les plus ordinaires. En général , les dépôts fibrineux sont moins abondants, et les signes de l'anévrysme présentent des modifications beaucoup moins prononcées.
La présence des caillots fibrineux n'influe pas seulement sur les symptômes; elle a des conséquences plus importantes : elle ralentit la marche des anévrysmes, et elle peut même, dans quelques cas heureux, en amener la guérison spontanée.
Je n'ai pas besoin de rappeler que les anévrysmes tendent naturellement à s'accroître. Bien que douée d'une élasticité qui lutte sans cesse contre l'effort du sang , la poche anévrysmale , privée de l'activité presque dévolue aux parois d'un artère saine , cède lentement et se laisse peu à peu distendre, souvent même aux dépens de son épaisseur. Devenue plus spacieuse , elle présente une plus grande surface , et donne plus de prise à la pression de la colonne sanguine; par conséquent, sa résistance diminue en même temps que l'action qui la sollicite s'accroîl. Le résultat de cette lutte inégale est facile à prévoir, et si rien ne vient contre-balancer d'aussi fâcheuses tendances, l'anévrysme devra s'accroître promptement, donner lieu à des pulsations chaque jour plus énergiques, comprimer, refouler ou atrophier tous les tissus environnants , se rompre enfin , soit à l'extérieur, soit dans une cavité naturelle, soit dans le tissu cellulaire ; accidents presque toujours suivis d'une mort très-rapide.
Les anévrysmes abandonnés à eux-mêmes, finissent le plus souvent par se comporter ainsi; mais au lieu de parcourir ces diverses phases en quelques semaines comme on pourrait s'y attendre d'après ce qui précède, et comme cela a effectivement lieu quelquefois, ils ne marchent en général qu'avec une assez grande