DOUBLE LIGATURE
M. Noms, de Philadelphie , appliqua cette méthode en 1842, dans un cas d'anëvrysme variqueux du pli du coude. Les battements s'arrêtèrent, mais ils reparurent le neuvième jour, preuve qu'une collatérale aboutissait à l'artère entre les deux ligatures. Le surlendemain, M. Norris se décida à ouvrir le sac, lia d'abord les deux bouts de la veine, puis une artère qui s'abouchait clans le sac. Il y eut plusieurs hémorrhagies. Le malade guérit (1).
Le fait tout exceptionnel de l'abouchement d'une collatérale dans le sac ne peut être invoqué contre la méthode de la double ligature. Aussi bien , M. Norris eût-il mieux fait peut-être de ne pas tant se hâter d'ouvrir le sac, car la tumeur eût très-bien pu se solidifier quelques jours plus tard.
Tels étaient les documents qui existaient dans la science , lorsque M. Malgaigne, en 1852 , eut recours de nouveau à la méthode de la double ligature, et la fit sienne, pour ainsi dire, par l'importante modification qu'il lui fit subir. — Au lieu de pratiquer sur la tumeur une longue incision, il fit successivement audessus et au-dessous du sac deux petites incisions isolées qui lui permirent de lier l'humérale en deux points, sans mettre l'anévrysme à découvert. En d'autres termes, il appliqua simultanément la méthode de Brasdor et la méthode d'Anel. Un beau succès couronna cette tentative ingénieuse, et M. Malgaigne n'eut pas de peine à démontrer que le procédé qu'il avait suivi différait entièrement de ceux qu'on connaissait jusqu'alors (2).
La double ligature, appliquée au traitement des anévrysmes variqueux, a sur la méthode ancienne l'avantage considérable de ne pas ouvrir la veine et de ne pas exposer à la phlébite. Elle doit donc recevoir la préférence lorsqu'on se décide à entreprendre, au moyen d'une opération sanglante, la cure de ces anévrysmes. On verra plus loin en effet que la méthode d'Anel donne en pareil cas des résultats désastreux.
Je ne veux pas dire que la double ligature soit exempte de dangers. Il est impossible de lier une artère de quelque volume, sans exposer le malade à des accidents sérieux. L'un des opérés de Roux a eu la gangrène, celui de M. Norris a eu plusieurs
(1) American Journal of Mcd. Sciences et Gaz. médicale de Paris , 18'i3, p. 319.
(2) Bévue mèdico-cldrurgicale de Paris, 1852 , T. XI, p. 156.