CAS OÙ LA COMPRESSION EST INEFFICACE
responsabilité d'uno déterinlnatioii aussi grave, il faut être bien certain d'avoir épuise toutes les chances de succès de la compression. C'est là, comme on voit, une question très-délicate, et il importe beaucoup de préciser les cas où le chirurgien est autorisé ù renoncer à la compression pour recourir à la ligature.
11 serait indiqué d'abandonner la méthode compressive, si, malgré l'application des pelotes, l'anévrymc continuait ù faire des progrès, et à plus forte raison si le sac se rompait et que l'anévrysme devînt diiïus. Les cas de ce genre ont été jusqu'ici trèsrares; je n'en ai trouvé que cinq; et si on les analyse, on arrive à cette conclusion que presque toujours la compression a été mal appliquée. Ainsi, M. Jolley (n" 90) avait exercé une forte (flrm) compression sur la tumeur en même temps qu'il comprimait l'artère fémorale. Le sac, écrasé par cette compression directe, se rompit au bout de peu de jours. La ligature fut alors exécutée, mais elle fut suivie de gangrène, et il fallut en venir à l'amputation. — On ignore de quelle manière fut dirigée la compression sur le n" 9, qui éprouva le même accident. Le chirurgien anonyme à qui M. Adams a emprunté cette histoire, n'a même pas fait savoir dans quelle région était situé l'anévrysme. Tout le monde reconnaîtra que ce fait ne prouve rien. — Le n" li/i, atteint d'anévrysme poplité, après avoir été grandement améUoré pendant les premiers jours, vit sa tumeur s'accroître ensuite et dut subir la ligature au bout de Ik jours. Mais, le chirurgien n'ayant pas cru devoir appliquer plus d'une pelote, la compression continue n'avait pu être tolérée, et on avait dû se contenter de la compression intermittente. Je ne puis dire en quoi consistait l'appareil de compression qui est simplement désigné sous le nom de tourniquet de Skey, et dont je n'ai trouvé la description nulle part. Gela prouve qu'il est peu usité, et peut-être aussi qu'il est peu avantageux. En tout cas, la compression ne fut supportée par le malade que de 6 à 9 heures par jour, et, en moyenne, de 1 à 3 heures par nuit. La compression intermittente, ainsi pratiquée, a donné de nombreux succès; mais il est clair qu'elle est inférieure à la compression continue. Le procédé de Bclmas, qui n'a malheureusement pas élé mis eu usage, aurait vraisemblablement arrêté les progrès de l'anévrysme. On peut dire, en tout cas, que le chirurgien n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire pour assurer
le succès de la compression. — Le traitement du ir 27 fut un peu mieux dirigé, puisqu'on eut recours à la compression double et alternative; mais le choix des appareils et des lieux de compression fut fort mal fait. Il s'agissait d'un anévrysme poplité. Au lieu de placer une pelote sur chacun des points d'élection de la fémorale, on préféra, je ne sais pourquoi, appliquer le compresseur de Bigg sur le tiers moyen de la cuisse, là oii l'artère, ensevelie au milieu des muscles, ne cède qu'à des pressions trèsconsidérables. L'autre compression fut exercée sur l'aine avec un poids, le plus instable et le plus infidèle de tous les instruments. Il est possible que si on eût suivi un traitement plus méthodique, le malade n'aurait perdu ni l'appétit ni le sommeil, que la tumeur n'aurait pas continué à croître, et qu'on n'aurait pas été conduit à pratiquer la ligature au bout de 36 jours. — Enfin, le n° 162, atteint d'anévrysme poplité, ne fut pas mieux traité que les autres. M. Wright, chirurgien militaire, n'employa qu'un seul tourniquet de Signoroni ; il exerça donc la compression sur un seul point. Il voulut d'abord employer la compression totale, qui fut intolérable, comme on le pense; alors il se contenta delà compression partielle. L' anévrysme fut amélioré pendant les premiers jours; mais le sac se rompit au bout d'une semaine. Une seconde tumeur, molle, circonscrite et pulsatile, surmontait maintenant la première. Je suis convaincu qu'il était encore temps d'y porter remède par le procédé de Belmas; mais le chirurgien préféra pratiquer la ligature.
Ainsi , on peut dire que dans les cas précédents on a eu recours à des procédés insuffisants ou défectueux. La compression bien appliquée et bien supportée par les malades aurait-elle enrayé la marche de l'anévrysme? Je n'ose pas l'affirmer. Si donc le chirurgien, malgré l'emploi d'une compression partielle, aussi méthodique et aussi continue que possible, voyait l'anévrysme s'accroître au heu de diminuer, il devrait essayer la compression totale, et si elle échouait, il serait indiqué d'en venir à la ligature.
En dehors de ces cas tout à fait exceptionnels, la compression, même la compression intermittente , même la compression mal faite, arrête les progrès de l'anévrysme aussi longtemps qu'elle demeure appliquée ; mais il arrive quelquefois que c'est le seul avantage qu'on eu retire, La tumeur no subit aucune modifica-