HISTORIQUE, — ANEL, DI-SAUI.T ET HUNTER
En considérant ces trois opérations comme des modifications de la méthode de Hunter, Ev. Home fit acte d'ignorance. C'était une erreur, ce n'était pas une faute. Mais ses successeurs n'ont pas eu la même excuse; ils savaient très-bien que d'autres, avant Hunter, avaient lié l'artère au-dessus du sac, et, cependant, ils ont continué à dépouiller Anel de sa découverte, et, aujourd'hui, la plupart des Anglais croiraient manquer de patriotisme s'ils ne désignaient pas la ligature sous le nom de méthode de Hunter ou d'opération Imntérienne. Personne, sous ce rapport, n'est allé plus loin que M. Guthrie, qui, entraîné par l'exubérance de son amour-propre national , s'est laissé aller à émettre les assertions les plus inexactes (1). Ainsi, il prétend que l'opération d'Anel avait été promptement oul)liée , que le malade de Desault mourut au bout de quelques mois par suite de la suppuration; il donne à entendre que ce fait est postérieur à celui de Hunter, et se base, pour cela, sur un absurde passage qu'il extrait du Mémoire de Pelletan sur les anévrysmes externes: « Dans le même <( temps que l'opération de Hunter nous est parvenue, dit Pelle- « tan, M. Dessaut {sic), alors chirurgien-major de l'hôpital de la (( Charité, eut occasion de pratiquer la même opération. Comme c( l'histoire n'en est écrite nulle part, je vais la consigner ici (2). » L'intention de Pelletan est évidemment de représenter Desault comme l'imitateur de Hunter; mais il le prouve d'une singulière façon en citant aussitôt l'observation de ce fait. On croit peutêtre qu'il s'agit d'une ligature pratiquée au-dessus de la tumeur ? Point du tout, il s'agit d'une opération par la méthode ancienne, avec ligature de l'artère au-dessus et au-dessous de l'anévrysme ! On ne saurait douter ici de la mauvaise foi de Pelletan, qui cherchait toutes les occasions de ternir la réputation de Desault , qui affectait de ne pas savoir l'orthographe du nom de ce grand chirurgien , et qui parlait de lui avec un ton de supériorité vrai-
(1) Guthrie. On tlie Diseuses and Injuries of Arteries. Lond., 1830, in-S", p. Ifi5-15l.
(2) Pelletan. Clin. cMrurg, Paris, 1810, in-S", T. I, p. IW et 150. Je dois avouer que cette obseivalioii me semble fort suspecte. Elle ressemble irlliineiii à un fait lire de la pratique de Desault et publié par Petit, de l.yon, en 1790 [Journal de Vander monde, "X. I.XXXIII, p. 5/i), que je suis porté à croire qu'il s'agit d'un seul et môuie malade. Pelletan a parlé de ce fait avec des souvenirs confus ; il a placé la scène à la Cbarité , en 1780 ou \l?n [sic] , époque où Desault était déjà à rilôlil-Dicu. 11 a raconté la chose à sa manière , en se contredisant à chaque ligue, et j'ai peine à croire que M. Guthrie ail pu prendre cette légenile au sérieux.
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ment risible (1). Il est vrai que Desault n'était plus là pour se défendre.
C'est à cette source suspecte que M. Gutlirie est allé puiser pour rehausser la renommée de Hunter au détriment de celle de Desault. Mais ce qui est plus grave, c'est que, feignant de n'avoir pas lu le premier mémoire d'Everard Home, il dénature les motifs qui ont conduit Hunter à pratiquer sa première opération. Suivant lui , ce fut en méditant sur le mécanisme des cures spontanées que Hunter arriva à l'idée de la simple ligature. Avant de se décider pourtant à exécuter cette opération, Hunter aurait entrepris sur les animaux des expériences destinées à prouver que les hémorrhagies consécutives ne se produisent pas lorsqu'on agit sur des artères préalablement saines. Or, rien de cela ne se trouve dans le premier mémoire d'Everard Home. Ce fut seulement après son premier succès, après l'autopsie tardive de son opéré, que Hunter entrevit le mode d'action de la ligature sur les anévi'vsmes ; et, (priant aux expériences faites sur les animaux, il n'en est question que dans le deuxième mémoire d'Everard Home, publié en 1793. Je le répète, Hunter ne fut dirigé que par une seule idée, qui reposait même sur de fausses théories ; il ne s'éloigna du sac que pour être certain de trouver une artère susceptible de s'oblitérer par première intention, ou, si on veut, par inflammation adhésive; cette considération le dominait si exclusivement qu'il chercha à aplatir l'artère au moyen de quatre ligatures incomplètement serrées ; il provoqua ainsi une hémorrhagie grave et d'autres accidents auxquels son malade eut le bonheur d'échapper. Cette leçon ne fut pas perdue pour lui; l'expérience le conduisit à régulariser son procédé; ce fut alors qu'il étudia l'action des lésions traumatiques sur les artères des animaux. M. Guthrie suppose au contraire que Hunter a deviné tout cela du premier coup, par la seule force de son génie, et il part de là pour exalter Hunter aux dépens de ses prédécesseurs, (c L'opé- « ration d'Anel , dit-il , était oubliée ; celle de Desault ne fut u qu'une expérience malheureuse.... Celle de M. Hunter ne fut (( pas mie expérience; elle fut fondée sur un solide raisonnement, (( appuyée sur des expérimentations faites dans ce but et sur une
(1) Voy. entre autres T. 1 , p. 123. La rancune de Pelletan était dr^Jà ancienne. En 1785, il s'était mis sur les rangs pour obtenir In place de Ferrand , et s'était vn préférer Desault,