ACTION SUR LA CIRCULATION ANÉVRYSMALE
mée, n'est-elle que suspendue, ou enfin, est-elle simplement diminuée ?
Jamais le cours du sang n'est supprimé dans l'artère ahévrysmatique; il n'est pas impossible qu'il soit suspendu pendant les premières minutes qui suivent l'opération , mais les collatérales ramènent presque aussitôt dans le tronc vasculaire une petite quantité de sang. Tous les anatomistes savent avec quelle facilité les injections les plus grossières arrivent jusqu'à l'extrémité des membres dont on vient de lier la principale artère. Un obstacle qui, sur le cadavre, n'arrête pas des injections poussées avec la plus grande douceur, ne saurait, sur le vivant, supprimer la circulation (1). Lorsque la ligature est suivie de gangrène, ce n'est pas parce que le membre est entièrement privé de sang, c'est parce qu'il en reçoit une quantité insuffisante.
Ainsi, la circulation de l'anévrysme n'est pas supprimée par l'action de la ligature. Hodgson connaissait déjà ce fait important (2) que les modernes n'ignorent pas, mais dont jusqu'ici les consé-
(1) J'ai fait sur les chiens plusieurs expériences pour apprécier l'influence immédiate delà ligature sur la circulation. On ne se fait pas l'idée de la rapidité avec laquelle le cours du sang se rétablit cliez ces animaux après la ligature de la fémorale dans l'aine. Je citerai entre autres Pexpérience suivante : sur un chien de grande taille, je passai une ligature sous ce vaisseau, puis, avant de nouer le fil, je désarticulai rapidement le genou. La plaie fournit aussitôt un jet unique volumineux, provenant du tronc de la poplitéo, et s'Olangant à 120 centimètres, dans la diastole, à 80 centimètres seulement dans la systole. Au bout de quelques secondes je serrai la ligature préalablement placée sous la fémorale dans l'aine ; l'hémorrhagie s'arrêta immédiatement, mais au bout d'une minute, le sang commença à bavera l'ouverture de la poplitée; au bout de trois minutes c'était un jet véritable, au bout de cinq minutes, le jet avait déjà 30 centimètres d'amplitude, limite qu'il ne dépassa pas pendant la fin de l'expérience. Il offrait à peu près la moitié du volume du jet primitif. Il n'était point saccadé ; on voyait seulement à chaque diastole la courbe osciller très-légèrement, mais l'étendue du jtt n'augmentait pas.
Dès la cinquième minute, un second jet, plus ferme et légèrement saccadé, de 20 centimètres d'amplitude, s'élança à travers une petite collatérale ; cinq minutes avaient suffi pour ramener e sang dans ce petit vaisseau.
Au bout de 10 minutes encore riiéraorrhagie était complètement arrêtée; le sang s'était coagulé à l'embouchure des vaisseaux, mais la circulation continuait toujours dans la cuisse, car ayant excisé dans la plaie environ un-demi centimètre de la poplitée, je vis le jet reparaître aussi fort qu'auparavant.
Au reste, les expériences faites sur les animaux donnent une idée inexacte de ce qui se passe chez l'homme après 1 1 ligature; chez les animaux lei collatérales sont beaucoup plus nombreuses, et se dilatent beaucoup plus rapidement. Jamais chez eux la ligature de l'artère principale d'un membre. n'esiisuivie de gangrène. Le rétablissement de la circulation s'effectue donc presque entièrement par les collatérales artérielles, et les anastomoses capillaires entrent à peine en action. Voilà pourquoi sans doute nous n'avons pas pu, M. Brown-Séquard et moi, consla- 1er l'élévation de la température sur les membres des chiens soumis à la ligatuie, j
(2) Hodgson, .)lalad. des artères, irad. franc., T. I, p. 360.
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qiiences n'ont pas été suffisamment étudiées. 11 y a là une lacune que je m'efforcerai de combler.
La quantité de sang qui traverse la poche anévrysmale pendant les premières heures qui suivent l'opération, varie beaucoup suivant les cas particuliers. Ily a d'abord les variations hidividuelles qui dépendent de Tétat anatomique des voies anastomotiques. Le nombre et l'ampleur des collatérales, la faciUté avec laquelle eUes se laissent distendre, ne présentent rien de fixe, et il n'y a peut-être pas deux individus qui se ressemblent entièrement sous ce rapport. Chez l'un la ligature de la partie inférieure de la fémorale produira la gangrène du pied ou de la jambe ; chez l'autre la ligature de l'iliaque primitive, ou colle du tronc brachio-céphalique, ne compromettra pas la nutrition du membre correspondant.
Le siège de l'anévrysme exerce encore beaucoup d'influence sur la quantité et sur la rapidité du sang qui continue à pénétrer dans le sac api'ès la ligature. Personne, en effet, n'ignore que le nombre et le volume des anastomoses artérielles varient beaucoup dans les diverses régions.
Il y a enfin une troisième cause plus importante que les précédentes, c'est la situation relative de l'anévrysme et du point sur lequel la hgature est appliquée. Ici encore, il faut distinguer le procédé d'Anel du procédé de Hunter.
Dans le procédé de Hunter le sang, ramené parles collatérales, rentre dans l'artère entre la ligature et le sac, et, reprenant aussitôt sa direction naturelle, va passer au-devant de l'anévrysme où il circule exactement de la même manière qu'avant l'opération, avec cette seule différence qu'il y marche beaucoup plus lentement.
Dans le procédé d'Anel les choses se passent tout différemment. Il n'y a aucun vaisseau collatéral entre la ligature et l'anévrysme; le sang ne peut donc revenir dans le sac que par le bout inférieur de l'artère; ramené par les anastomoses dans ce bout inférieur, il a fort peu de tendance à remonter, et ce n'est que par une sorte de reflux qu'il pénètre dans la poche anévrysmale. Je ne parle pas, bien entendu, du cas où une collatérale perméable s'alîouche directement dans le sac. Lorsqu'il en est ainsi, chose fort exceptionnelle d'ailleurs, le mouvement du sang dans l'anévrysme présente un peu plus d'activité.