‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 12 sur 217 · EXCÈS ALCOOLIQUES · texte numérisé non relu

EXCÈS ALCOOLIQUES

l'anévrysme (1). M. Webber, placé à la tête du service cbirurgical de rémigration coloniale aux Indes -Orientales, a visité l'hôpital des indigènes de Bombay, interrogé un grand nombre de médecins et de chirurgiens de l'Inde anglaise, et il résulte, de l'espèce d'enquête à laquelle il s'est livré , que les anévrysmes et même les maladies du cœur sont à peu près sans exemples parmi les naturels de ce pays. D'un autre côté, on trouve, dans un rapport de M. TuUoch , sur la santé des troupes dans les colonies anglaises, que 3 anévrysmes se sont montrés à Ceylan , dans l'espace de six années, sur mi elïectif d'environ 13,000 soldats européens, tandis que les soldats ou pionniers indigènes, formant un effectif d'environ 22,000 hommes, n'ont pas présenté un seul cas de cette affection. Ces documents semblent établh' que la prédisposition aux anévrysmes ne dépend pas seulement du climat et des habitudes , et qu'elle se montre de préférence sur certaines races d'hommes.

Pour expliquer ces résultats embarrassants , on a eu recours à plusieurs hypothèses et on a invoqué spécialement trois causes générales , savoir : l'abus des boissons alcoohques , la syphilis constitutionnelle et l'action des traitements mercuriels sur l'organisme. Il est certain que ces trois ordres d'influence n'atteignent pas à un égal degré les diverses populations , et que les Indous, par exemple, consomment moins d'alcool et moins de mercure que les habitants de la Grande-Bretagne ; mais je n'hésite pas à affirmer que ces hypothèses sur l'étiologie des anévrysmes sont en contradiction avec la plupart des faits qui précèdent.

Je ne conteste pas l'influence des excès alcooliques sur la vitalité et la nutrition des parois artérielles. Elle a été admise par d'éminents pathologistes. La gangrène sèche des membres inférieurs, consécutive à l'oblitération des vaisseaux, l'altération athéromateuse ou calcaire des deux tuniques internes des artères, et certaines affections organiques du cœur ont été attribuées à l'abus des boissons spiriîueuses. On a pensé que l'alcool, introduit dans le torrent circulatoire, était de nature à provoquer i'artérite, l'endocardite et l'inflammation des valvules du cœur.

(1) Crisp, lac. eu., p. 118 à 126.

56 ÉTIOLOGIE DES ANÉVRYSMES.

S'il fallait réfuter cette opinion par des consiclëralions physiologiques, les arguments ne me manqueraient pas et l'anatomie pathologique à son tour me permettrait de rejeter jusqu'à l'existence même del'artérite, puisque les deux tuniques artérielles internes, qui sont le siège des lésions de cette inflammation prétendue, ne renferment chez l'homme aucune trace de vaisseaux (1) ; mais il serait possible qu'on se fût trompé sur la nature des altérations pathologiques qui précèdent la formation des anévrysmes , tout en indiquant une étiologie réelle, et que les parois artérielles, quoique réfractaires à l'inflammation, fussent modifiées cependant dans leur nutrition par Faction de l'alcool. Je ne me prononcerai pas sur cette question ; les faits qui ont été invoqués jusqu'ici ne sont ni -assez nomJ)reux ni assez concluants pour lèverions les doutes (2) ; et d'ailleurs, lors même que l'abus des spiritueux serait capable de faire naître les tumeurs anévrysmales, cela s'expliquerait par les singularités de la répartition des anévrysmes dans les diverses races d'homme.

J'en puis dire autant de la syphilis, qui , certes, n'est pas plus commune dans la Grande-Bretagne que sur le continent. Elle n'épargne pas non plus les indigènes des pays lointains que les Européens ont envahis, et où ils ont importé, au lieu de la civilisation, l'ivrognerie et la vérole. La syphilis fait même, chez ces malheureux indigènes qui n'usent d'aucun moyen prophylactique et qui sont privés des secours d'une thérapeutique éclairée, plus de ravages que parmi les civilisés. — Et cependant on a vu que les naturels de plusieurs de ces contrées sont à peu près complètement à l'abri des anévrysmes.

Parlerai-je enfin du mercure ? On sait qu'il y a toujours des

(1) Foi/, en particulier un Mémoire de M. Tommasini , qui cherche à démontrer que les anévrysmes spontanés sont toujours dus à la subplUegosc des artères (^n;iate de thérapeutique de Rognetta , T. II , p. 86 ). M. Bognetta , en parlant de ce Mémoire , ne craint pas de dire que c'est un travail sublime [loc. cit., T. IV, p. 265 ).

(2) Je dois à l'obligeance de mon collègue et ami, M. Fol lin , un renseignement qui lui a été fourni tout récemment par M. Collis , chirurgien de :\!ealh-lIospilal à Dublin. Les anévrysmes ordinaires, si communs en Irlande, devinrent, il y a une douzaine d'années, beaucoup plus rares qu'auparavant. On attribue ce résultat à l'iictive et très-eflicacc propagande du 1'. Matthew, directeur de la Société de tempérance , et ce qui semble confirmer celle manière de voir, c'est que le P. Matthew, ayant perdu depuis trois ou quatre ans la plus grande partie de son influence sur la poi)ulaiion irlandaise, les ar)c\ rysmes, depuis celte époque, ont recouvré leur fréquence primitive. Ce document doit èire pris en sérieuse considération, mais il ne faudrait pas cependant en exagérer l'importance.

SIG^ES, MARCHE, TEUMINA1S0>S DES A?iÉ>RYSMES. 57

gens disposés à attribuer au mercure les accidents que d'autres attribuent à la syphilis. Je me borne à énoncer ce fait dont tout le monde connaît l'explication. Il n'est donc pas étonnant que ce précieux métal ait été accusé de ronger les parois vasculaires. « Peu de vieillards, s'écrie M. Porter, peuvent subir un traite - « ment mercuriel, sans succomber peu de temps après à la rup- <c ture d'un vaisseau, ou à l'apoplexie, ou à l'hémoptysie (l). )) On me dispensera de répondre à cette assertion que l'auteur émet sans aucune preuve , comme s'il s'agissait de la chose la plus incontestable et la plus incontestée.

Disons donc qu'à côté des causes mécaniques qui déterminent la formation des anévrysmes spontanés , il y a souvent d'autres causes dynamiques prédisposantes, qui agissent en altérant la structure ou en diminuant la résistance des parois artérielles ; mais ajoutons que nous ignorons la nature de ces prédispositions fâcheuses.

Quant à la lésion qui précède la formation de l'anévrysme spontané, elle occupe souvent une grande étendue, et on la constate à l'autopsie au delà du point qu'occupe la tumeur. C'est ce qui a lieu en général dans les anévrysmes de l'aorte ; mais , pour les anévrysmes externes , il n'en est plus de môme : le plus souvent, l'artère est saine au-dessus et au-dessous de l'orifice du sac. J'insiste sur cette particularité importante que beaucoup d'auteurs ont méconnue , et qui trouvera plus loin son application quand je parlerai de la ligature.

Page 1