PÉRIODE IRLANDAISE. — CUSACK
sion uniforme sur tout le membre ; puis , pendant dix-huit jours encore , on exerça sur la tumeur une compression directe. Ce fut très-douloureux et entièrement inutile. Le 22 février , un mois après le début de ce traitement , la tumeur ne présentait aucune amélioration. Alors M. Cusack , qui s'était depuis longtemps déclaré l'adversaire de'la compression indirecte, ainsi qu'on l'a vu plus haut (1), invita M. Hutton à appliquer lui-même son instrument sur le malade. Cette" application fut faite effectivement avec le plus grand soin ; mais le malade soutfrit beaucoup , il ne put supporter la pression plus d'une heure et demie. Le troisième jour on fit une innovation importante ; au lieu de serrer la vis jusqu'à cessation complète des battements de la tumeur , on se contenta d'une compression moins forte destinée à diminuer seulement la force des pulsations. Le malade cessa de souffrir ; mais trois jours après, la tumeur n'ayant encore subi aucun changement appréciable , le chirurgien se découragea , et remplaça l'appareil de M. Hutton par un simple bandage roulé.
Néanmoins la compression indirecte fut reprise le 16 mars. Cette fois, le traitement fut dirigé avec plus de persévérance et de précision. On commença par débarrasser le membre du bandage roulé qui était resté appliqué pendant toute la durée de la première tentative. A l'appareil insuffisant de M. Hutton , on substitua un appareil imaginé par M. Philip Crampton pour la compression spéciale de la fémorale au pli de l'aine dans un cas d'hémorrhagie consécutive à la ligature ; cet appareil, décrit en détail par M. Tufnell , à qui j'emprunte la fig. 23 , était sans doute très-analogue à celui dont M. Crampton s'était servi en 1830 , dans un cas d'anévrysme fémoral , pour
Fig. 23.
Compresseur de Pliilip Crampton.
exercer la compression immédiate sur l'artère fémorale dénudée par une incision (2]. M. Cusack l'appliqua avec soin , de manière à diminuer simplement la force des j^ulsntions dans la tumeur (so as merely to lessen the impulse in the aneurism) , précaution sage qui permit au malade de supporter la compression sans trop de douleur , et de la conserver constamment. Le sixième jour , la tumeur était déjà plus dure , plus petite , et beaucoup moins pulsa-
(1) Voy. plus liant, p. "725.
(2) fotj. plus haut, p. îi98, observ. xiii, l'obscrvatioii du caporal Coulsoii, guéri par M. Pli. Crampton au moyen de la compression immédiate.
tile. Le lendemain , les pulsations disparurent pour toujours ; la compression, néanmoins, ne fut enlevée que deux jours plus tard. Les collatérales se développèrent promptement , et la guérison fut définitive.
M. Cusack avait ajouté * la compression indirecte un moyen qu'il est bon de noter ici. Il avait administré à son malade des préparations de digitale pendant toute la durée du traitement. Il se proposait simplement par là de remédier à quelques accidents qui existaient du côté du cœur ; mais plus tard on eut recours à la même médication, pendant l'application des moyens compressifs, dans le but raisonné de diminuer l'énergie des pulsations artérielles.
Le compresseur, dans le cas qui précède, avait été définitivement enlevé le 25 mars 1843. Ce jour-là , précisément, un autre malade, nommé James Hayden, atteint d'un anévrysme poplité, fut admis à Saint- Vincent's Hospital, et placé dans le service de M. O'Bryen Bellingliam, La compression indirecte fut encore employée ici, et donna un des résultats les plus remarquables qui aient jamais été obtenus (1).
M. Bellingham se servit d'un instrument semblable à celui de M. Crampton. La compression fut commencée le 3 avril, et enlevée le lendemain; elle fut appliquée de nouveau le 6 avril; le 7 , les pulsations s'arrêtèrent. Néanmoins on n'ôta l'appareil que quatre jours plus tard. Lorsque la tumeur cessa de battre, on calcula que l'application de la pelote n'avait pas duré, en tout, quarante-huit heures. Mais il n'en faut pas conclure, avec M. Tufnell, que la guérison ait eut lieu en moins de deux jours. Il est bien démontré aujourd'hui que la guérison a lieu par le dépôt graduel de couches fibrineuses dans le sac ; ce dépôt, une fois commencé sous l'influence de la compression, peut très-bien continuer à s'effectuer quoique la compression soit enlevée. — En réalité, par conséquent, il faut dire que sur le malade de M. Bellingham la guérison a été obtenue en quatre jours. Béduit à ces proportions, le succès est encore assez éclatant, et ce^brillant résultat n'a pas été sans influence sur le triomphe de la méthode compressive.
Quelques jours plus tard, le 22 avril 1843, les trois observations
(1) TuFNELL , loe. cit., p. 30. — Dublin Sied. Press, may Srd 18fi3. — Dublin Journal of Wed. Se, july 1843, vol. XXIU, p. UbU.