COMPRESSION EN DEUX TEMPS
de moins d'un mois, occupe la partie moyenne du jairet gauche. Celle lumeur présente tous les caractères d'un anévrysme circonscrit, entièrement réductible. Douleurs vives au niveau de la tumeur, irradiées dans la jambe et dans le pied , redoublant à la moindre pression , au moindre mouvement. Le genou est légèrement fléchi ; œdème commençant du pied et de la partie inférieure de la jambe.
Quoique la peau du jarret ne fût ni rouge ni œdémateuse , la douleur trèsvive qui existait au niveau de l'anévrysme fit craindre l'inflammation du sac. Le malade fut tenu au lit; le jarret fut couvert de cataplasmes. La douleur diminua, mais elle resta assez intense pour priver entièrement le malade de sommeil pendant les deux derniers jours du mois de juillet.
M. Depaul, qui était alors chargé par intérim du service chirurgical de l'hôpital Necker, résolut de traiter cet anévrysme par la compression indirecte ; il me pria de voir avec lui le malade, et voulut bien m'inviter à appliquer mon compresseur à deux pelotes. ( Opium et digitale. )
Le traitement fut commencé le l^'' août à neuf heures du matin. La pelote inguinale fut serrée la première de manière à diminuer environ de moitié la force des battements dans l'anévrysme. Le malade , qui était fort intelligent , comprit parfaitement les indications qu'il fallait remplir et on lui confia le maniement alternatif des pelotes.
Pendant trois jours la compression fut partielle. Le jeu des pelotes fut alterné environ huit fois par jour.
Dès le soir du 1" août^ la douleur de l'anévrysme diminua beaucoup. Dans la nuit le malade put dormir pendant deux heures, sans interrompre la compression. — 11 y avait trois jours qu'il n'avait pu fermer l'œil.
Le 2, il n'y a plus de douleur spontanée dans la tumeur; l'œdème du pied et de la jambe a presque disparu. Le soir, le malade dort encore pendant deux heures. Rien de nouveau le jour suivant. — Quatre heures de sommeil dans la nuit du 3 au 4 août.
Le 4, à dix heures du matin, on suspendit un instant la compression pour explorer la tumeur. Celle-ci battait avec moins de force ; elle était tout à fait indolente, même à la pression; elle était devenue plus dure et n'était plus complètement réductible.
Ces caractères indiquaient qu'une quantité notable de fibrine était déjà déposée dans le sac. Je jugeai que le moment était venu de passer à la compression totale. En conséquence, l'appareil fut serré de manière à supprimer tout à fait les battements. Le malade, plein de courage et d'espérance, promit de remplir cette indication avec une précision rigoureuse, et je lui promis à mon tour qu'il serait bientôt guéri.
La compression totale fut exécutée sans interruption pendant vingt-quatre
heures. Le malade ne dormit pas pendant la nuit pour surveiller plus exactement l'appareil. Il souffrit peu.
Le 0, à la visite du matin, nous trouvâmes que la jambe et le pied étaient de nouveau devenus œdémateux ; mais l'anévrysme était déjà beaucoup moins volumineux. La compression fut enlevée pendant quelques instants. La tumeur, devenue très- dure, n'offrait plus ni bruit de souffle ni battements d'expansion ; on y trouvait seulement une pulsation très-légère.
La compression totale fut appliquée de nouveau et continuée pendant lé reste du jour. A minuit le malade, fatigué par l'insomnie de la nuit précédente et désirant dormir pendant quelques heures, desserra les deux pelotes et reconnut avec joie qu'il n'y avait plus le moindre battement dans la tumeur. Il s'endormit aussitôt jusqu'au matin.
Le 6, à la visite du matin , nous trouvâmes que l'anévrysme était entièrement obhtéré ; la pédieuse ne battait plus. A la partie postérieure de la tumeur, suivant une ligne verticale, on percevait avec le doigt une très-légère ondulation due ^u développement d'une artère collatérale. La guérison était obtenue.
Par excès de prudence, on continua à comprimer encore légèrement la fémorale pendant trois jours en permettant au malade de relâcher les vis pendant la nuit.
Le 9, l'appareil fut définitivement enlevé. La tumeur, très-dure, petite, profonde, immobile, était toujours privée de pulsations. Trois artères collatérales du volume d'une plume de corbeau, battaient sous la peau au niveau du genou .Les battements de la pédieuse n'avaient pas encore reparu. Il n'y avait plus d'œdème. Peu de jours après, le malade commença à se lever. La tumeur, toujours décroissante, durcissait de plus en plus. Il était devenu facile de déprimer avec la main le creux du jarret et de reconnaître que l'artère poplitée était oblitérée.
Le 23 août, la tumeur était réduite au volume d'une petite noix. Le malade fut présenté dans cet état à la Société de chirurgie (1). Depuis lors je ne l'ai plus revu ; mais M. Depaul l'a examiné plusieurs fois. La guérison ne s'est pas démentie ; le creux du jarret a repris sa forme et sa profondeur normales. On y trouve un petit noyau dur, sans le moindre battement. Le membre gauche est aussi mobile et aus§i fort que le membre droit.
Ainsi, trenle-lmit heui'es de compression totale ont suffi pour rendre complète et définitive la solidification de l'anéTrysme, chez un malade qui subissait depuis trois jours la compression partielle. Ce fait n'a pas l)esoin de commentaires.
La compression en deux temps, telle que je viens de la dé-
(1) Bulletins de la Soc. de chinirg., T. V, p. 86, 23 aoilt 18j?i.