‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 33 sur 217 · RÉFUTATION DE PLUSIEURS HYPOTHÈSES · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DE PLUSIEURS HYPOTHÈSES

pour les forcer à s'enflammer el i\ adhérer. Alors on a employé (les machines violentes, on a provoqué des accidents graves; et on a tellement compromis cette méthode précieuse qu'elle a disparu de la pratique pendant près de vingt ans , et qu'elle se déhat encore aujourd'hui contre le souvenir de ses anciens insuccès.

Je ne nie pas que la compression exercée par la tumeur sur la partie supérieure de l'artère ne puisse quelquefois favoriser ou même déterminer la guérison de l'anévrysme ; je nie seulement que la chose soit démontrée; je nie surtout que cette compression agisse en provoquant l'oblitération primitive du vaisseau. — Raisonnons un peu ; car, lorsque les faits manquent , il est bien permis d'opposer le raisonnement aux théories. Si le sac vient comprimer l'artère, il faut qu'il y soit sollicité par une force quelconque. Cette force, quelle est-elle, et d'où vient-elle? Il est évident qu'elle émane de la force qui fait circuler le sang dans le tronc artériel. A la pression extérieure de la tumeur qui tend à l'aplatir, l'artère oppose donc la pression intérieure du sang qui la traverse avant d'aller distendre la tumeur. ~ Il est vrai que la pression extérieure , agissant sur une plus grande surface , peut devenir plus considérable que la pression intérieure ; il peut en résulter une gêne plus ou moins grande dans la circulation de l'artère ; le cours du sang peut être entravé, mais il ne peut être supprimé. Supposons en effet, par impossible, qu'à un moment donné l'artère soit tout à fait aplatie. Qu'arrivera-t-il ? Le sac anévrysmal, ne recevant plus de sang, se videra aussitôt dans le bout inférieur de l'artère, s'affaissera, et cessera de comprimer le bout supérieur. Celui-ci redeviendra donc immédiatement perméable et ne pourra jamais s'oblitérer primitivement.

Les conditions seraient bien différentes si la tumeur, en se développant, rencontrait et comprimait le tronc d'une artère étrangère à la circulation de l'anévrysme , surtout si celle artère était relativement très-petite, comme cela aurait eu lieu , suivant Hodgson , dans le cas si contestable d'ailleurs d'A. Cooper. J'admets très-volontiers qu'un anévrysme de l'aorte puisse aplatir entièrement la carotide ou la sous-clavière. Ce qui est plus douteux , c'est que cela seul puisse amener l'oblitération définitive du vaisseau comprime; mais il est inutile de revenir sur ce point.

160 DE LA GUÉRISON SPONTANÉE DES ANfiVRYSMES.

Le raisonnement, d'accord avec les faits, ne nous permet donc pas d'accepter l'hypothèse d'Hodgson ni celle d'A. Cooper. Si la situation particulière du sac et la pression qu'il exerce sur sa propre artère étaient de nature à favoriser la guérison , ce serait par un tout autre mécanisme. J'ai dit que la tumeur pouvait à la rigueur gêner la circulation dans le vaisseau subjacent. 11 ne répugne pas d'admettre que cette gêne puisse retarder le mouvement du sang dans l'anévrysme, y faire déposer des caillots fibrineux et en amener l'obhtération ; mais nous nageons ici en pleine hypothèse, et il est plus prudent d'attendre des faits.

Je pense donc qu'on est autorisé à rejeter déjà trois des huit mécanismes qui ont été invoqués pour exphquer la guérison spontanée des anévrysmes, savoir: 1" l'oblitération spontanée, par un bouchon de lymphe plastique, du bout supérieur de l'artère enflammé isolément (Grisp); 2" l'oblitération de cette même partie de l'artère , par suite de la compression que lui fait subir le sac (Ev. Morne et Hodgson); 3" la même oblitération survenant après la rupture de l'anévrysme sans hémorrhagie extérieure, par suite de la compression qu'exerce sur l'artère le sang épanché dans les tissus voisins (A. Cooper).

Ces éliminations une fois faites, la question se trouve un peu simplifiée ; elle peut l'être davantage encore. En effet, on a distingué la guérison par inflammation de la guérison par gangrène. Or, ces deux modes de guérison, ou plutôt ces deux accidents, ne diffèrent pas essentiellement l'un de l'autre.

Il serait même sage de ne plus parler du tout des g uérisons par gangrène. Ce mot est très-mal choisi. La gangrène peut se produire pendant ou après le travail pathologique qui amène la guérison de certains anévrysmes; mais c'est un accident, une coinphcation très-souvent funeste , qui , aux chances d'une guérison spontanée , ajoute toujours d'énormes chances de mort. Les malades qui ont le bonheur d'y survivre peuvent dire qu'ils ont été guéris , non par la gangrène , mais malgré la gangrène. La véritable cause de la guérison, c'est l'inflammation; seulement, l'inflammation est un auxiliaire redoutable, et, lorsqu'elle survient dans les anévrysmes, le chirurgien, loin de s'en féhciter, doit trembler en songeant aux conséquences qu'elle peut avoir si elle produit la gangrène. En d'autres termes, l'inflauimation

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