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«Oti a donné le nom A' antiseptiques aux agents tbéi'apeuticjues propres à combattre la décomposition putride qui peut se manifester dans un ou plusieurs points de l’économie animale, » Telle est la définition que donne de ce mot le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Mais, comme les accidents septiques qui se manifestent dans l’économie résultent de causes très-diverses, et que, parmi ces causes, celle d’une plaie fétide et de mauvaise nature a plus spécialement fixé l’attention des chirurgiens de celle époque, Vantiseptique est avant tout désinfectant. Telle est la raison pour laquelle ce dernier mot, qu’on n’employait qu’en hygiène, est devenu synonyme du premier, comme désignant le même but qu’on se propose d’atteindre.
Une expérience aveugle guidait les anciens dans le choix des médicaments de ce genre. Les doctrines de l’humorisme en avaient fait surtout un sujet d’études spéciales, et quand il s’agissait de combattre l’entité morbide qui venait vicier les liquides de l’économie, ils marchèrent de pair avec les spécifiques et les préservatifs. De nos jours, les préservatifs sont devenus des prophylactiques, et, à dire vrai, ils se résument dans les règles de l’hygiène bien comprise et bien appliquée. Mais autrefois que n’a-t-on pas essayé pour se prémunir contre la peste, les épidémies, les virus?... S’agissait-il
d'altaquer les agents morbides de l’atmosphere, les substances odorantes de toute nature étaient employées tour à tour : vaporisation de parfums et d’eau spiritueuse, incinérations variées, lotions d’esprits, fumigations de goudron, de baies de genièvre, fumée de poudre à canon : tout était mis en œuvre. Tel médecin croyait sincèrement qu’il n’avait été préservé de l’épidémie, qu’en portant à son cou un tube plein de mercure. Mais il faut convenir que tou.s ces moyens s ni restés au-dessous de la réputation et des éloges doî)t ils furent l’objet. Le camphre a eu son règne, et, de notre temps, le charlatanisme n’a fait que le rajeunir. En 1832, lors de l’invasion du choléra <à Paris, sa vogue était immense, il y en avait dans toutes les bouches, ce qui n’a pas empêché que vingt-cinq mille victimes ne succombassent à l’épidémie. Tous les alexipharmaques, orviétans, confections aromatiques, nïéritent à peine qu’on les nomment.
Parmi les médecins qui voulurent justifier le plus l’emploi des antiseptiques, nous devons citer Pringle; le premier, il conçut l’idée tJe la méthode expérimentale pour comparer les différents antiseptiques sur lesquels il présenta huit mémoires à la Société royale de Londres, en 17,50; « Ayant remarqué, dit-il en commençant, que les corps deviennent très-alcalins par la putréfaction, j’ai fait les expériences suivantes pour connaître jusqu’à quel point cela pouvait être » On pourrait être tenté de croire que ces expé-
riences ont éclairé quelques phénomènes de la putréfaction, mais évidemment le problème était trop complexe pour son époque, et une induction fausse l’entraîne aussitôt loin du lésultat qu’il aurait dû chercher : Ainsi il se demande en premier lieu si l'alcali volatil poui ail entrer en putréfaction ^ et quelle inttuence il pouvait avoir sur elle?
Pour y répondre, il examine comment se comportait un morceau de viande avec de l’esprit de corne de cerf ou de sel ammoniac. comparativement à l’étalon. Cet étalon consistait en un morceau de bœuf, du poids de 2 gros, renfermé dans une fiole avec
2 onces d’eau de citerne et 60 grains de sel marin. Ce mélange, exposé à une température de 100® Farenheit restait trente heures à se putréfier.
Touj O ;rs à la rechei'che d’une substance qui résiste à la putréfaction, Pringle substitue au sel marin tous les sels connus, toutes les poudres pharmaceutiques usitées, et i! en conclut que l’alun est le meilleur antiseptique, que son effet est à celui du sel comme 30 est à I. Il accorde en outre un tr'ès-grand pouvoir à la poudre et à l’infusion de quinquina, au raifort, à la valériane et à la camomille.
Nous n’entreprendrons pas de suivre Pringle sur ce terrain, car on chercherait inutilement une conclusion raisonnable dans ses nombreuses expériences. Il joignait pourtant aux qualités de grand médecin , celles d’un bon expérimentateur, mais il lui eût fallu les découvertes des l.avoisier , Fourcroy , Vauquelin , pour simplifier les termes du problème et le mener à bonne fin. Aujourd’hui même que d’autres théories s’ajoutent à celles de Berzélius et de Liebig sur la putridité, que de mystères inconnus présentent encore le mécanisme de ce phénomène!
Ces théories sont celles de M. Pasteur, et elles ont l’avantage de ne plus être fondées sur une force catalytique ou l’influence d’un mouvement communiqué, mais sur la marche des phénomènes prise sur le fait.
A propos de la génération spontanée, M. Pasteur étudia la composition de l’air, ou, pour parler plus juste, il l’observa au microscope. A cet effet, il en tamisa une certaine quantité sur du fulmicoton. Ce fulmi -coton, dissout dans l’éther, abandonna au fond du vase tous les éléments solides de l’air, et parmi ces éléments se trouvèrent des œufs d’infusoires et des spores de cryptogames.
Dans une autre expérience, il prend des fioles, les remplit en partie d’une liqueur fermentescible, chasse l’air par l’ébullition, les ferme à la lampe et les ouvre ensuite les unes à Paris, les
autres au sommet des Alpes, li voit alors les unes se couvrir de mucëdinées et les autres ne rien offrir de pareil. D’où l’on peut conclur e que l’air est d’autant plus privé de matériaux solides, qu’on s’élève plus haut dans l’atmosphère.
L’origine des microphytes était trouvée, il restait à savoir quel était leur rôle. Il démontre alors qu’ils sont la condition sine qua non des fermentations, et qu’à chacune correspond une espèce particulière de microphytes. Il étudie successivement les fermentations lactiques, butyriques, acétiques, les maladies des vins et prouve qu elles sont l’œuvre d’infiniment petits. Enfin, comme Piingle, il observe les conditions de la putréfaction, et s’aperçoit qu’à l’air libre deux ordres d’êtres se partagent la transformation des matières organiques. Les vibrions en commencent la destruction, et la réduisent à des éléments moins complexes, qui sont repris par les mucors, les bactéries et les monades : ceux-ci les brûlent et les réduisent en éléments binaires.
La transformation est achevée : les composés quaternaires se retrouvent à leur point de départ, l’eau, l’ammoniaque et l’acide carbonique.
De tels faits montrent ce que doit être un antiseptique. 11 faut qu’il s’adresse à ces microphytes et les tue, qu’il détruise la vie à son origine cellulaire.
Lorsqu’il s’a[)plique à une maladie virulente, est-ce à dire qu’elle soit le résultat d’un infusoire qui envahit l’économie en y pénétrant par une piqûre anatomique, une pustule maligne, la morsure d’un animal enragé? Il est impossible de l’affirnjer, malgré le jour que jettent sur ce sujet les migrations des entozoaires et des trichines en particulier, ainsi que les expériences de M. Davaine sur les bactéridies de la pustule maligne.
La pathologie animée a fait assurément de giands progrès, mais nous croyons difficilement qu’une morsure de crotale, ou une inoculation de curare empoisonne l’organisme par des infusoires
qu’eiles y déposent. L’action des venins est tout aussi difficile à interpréter que celle des médicaments héroïques, comme l’opium, la strychnine, la digitale.
Nous croyons encore bien moins que dans le pus, les globules blancs jouent le rôle de ferment. Lorsqu’on étudie avec M. Virchow et M. Robin la genèse des leucocylhes, cette opinion n’est pas soutenable, et nous ne nous arrêterons pas à la réfuter.
Nous ferons remarquer en passant que certaines substances avec lesquelles la vie semble antipathique, laissent germer dans leur sein des microphytes parfaitement organisés. C’est ainsi que les bocaun qui eontieîuient la liqueur de Fowler se couvrent intérieurement de petites taches noires, et qu’une matière gélatiniforme nage souvent dans le liquide. Ce sont des algues appartenant à deux genres différents. L’un est caractérisé par de grosses cellules sans noyaux, juxtaposées bout à bout; l’autre par des tubes très-déliés, remplis de sporules.
* Ainsi donc l’arsenic, qui empoisonne les individus placés au sommet de l’cchelle des êtres, favorise au contraire le développement de ceux qui en occupent la base.
Il en est de même pour les deux insectes que dévorent les cantharides : le camphre tue la mite [aoarits domestiens, L.) et ne produit aucun effet sur Vantlirenes muscoriinij L.). Tandis que ce dernier ne résiste pas aux vapeurs mercurielles.
Beaucoup d’autres exemples pourraient se joindre à ceux-là, et ils prouveraient une fois de plus que l’espèce domine tout.
Elle domine en paléontologie, en histoire naturelle, en médecine. Les fermentations se ressemblent par la forme des phénomènes, mais elles diffèrent entre elles par la cause qui les détermine, et l’on ne saurait la combattre qu’en leur opposant la multiplicité des moyens.
Ces moyens ne sauraient être trop nombreux, et il faut les avoir tous présents à l’esprit pour s’en servir quand l’occasion se présente, ou les changer lorsque le besoin l’exigé.
1865. — Coste.
Nous ne menlionnerons ici que les principaux antiseptiques récemment employés, et nous omettons à dessein de parler du chlore, des hypochlorites, de l’azotate de plomb, etc..., parce que l’histoire de ces agents est parfaitement connue, et qu’ils trouvent plus d’applications dans l’hygiène publique qu’en thérapeutique chirurgicale.