CHAPITRE NI
Délires systématisés.
Des hallucinations de l’ouïe, de Podorat et du goût, des troubles de la sensibilité générale, interne ou externe, voilà la cause première des délires systématisès à évolution progressive. Ces troubles morbides, Pindividu va chercher à les interprêter. Au début, il ne sait à qui attribuer les phénomènes qu’il éprouve, il ne sait qui désigner, 1l se contente des termes « on », on l’insulte, on l'empoisonne... Plus tard, c'est une personne qu’il désigne, une secte, une caste, les jésuites, les francs-maçons, etc., qui le persècutent. On agit sur lui, par les moyens les plus variés, par «la physique, les grandes forces naturelles, lélectricité par exemple, et, dans un autre ordre d'idées. les puissances occultes, la magie, la sorcellerie, le diable, les esprits. Certains sont, pour ainsi dire, à Paffut de découveries nouvelles, dont le côte mystérieux leur permet de s'expliquer plus facilement, les sensations étranges qu'ils éprouvent. Ils parlent de
DR ON téléphone, de microbe, de magnétisme, hypnotisme, etc, etc!(l) >.
Si le langage ne suffit pas à exprimer leur pensée, à préciser ce qu’ils éprouvent, ils créent des néologismes. Mais, entre le système le plus logique, le plus achevé et les idées délirantes vagues, il y a une multitude d'intermédiaires, d’où des réactions très differentes. Ceux-ci répondront à l’attaque par l’attaque, ils iront se plaindre aux autorités, chercheront à se faire justice en frappant leurs prétendus persécuteurs. Ceux-là ne répondront point aux persécutions dont ils se croient l’objet. Tel s’isolera du monde, changera de domicile, émigrera ou, ce qui est rare, cherchera le repos dans le suicide. Tel autre se contentera de parer les coups de ses adversaires, opposera un système de défense, dont quelques traits pourront entrer dans notre plan à titre d’automutilations. Cependant la maladie fait son chemin, s'ouvre lentement une période de délire ambitieux qui se substitue, à la longue, au délire de persécution et aboutit, par une pente insensible, au terme de la vie mentale, la démence. Telle est dans son ensemble l’évolution du délire systématisé à évolution progressive ou délire chronique de Magnan. C’est le type achevé, la mesure à laquelle peuvent être rapportés presque tous les délires systématisés, car il en est qui sont fondés non sur des hallucinations, mais sur des interprétations délirantes. Entre ce type et les idées déliran-
(1) Magnan et Sérieux, Le délire chronique à évolution systéma-
fique,
D tes vagues, il est une foule d’intermédiaires, dus au défaut d'instruction, à la dégénérescence.
Nous venons de voir qu’à leurs ennemis imaginaires, les persécutés opposent parfois un système de défense. Parmi les moyens de défense, il en est qui correspondent nettement à la prédominance des hallucinations dans telle ou telle sphère.
A des hallucinations de l’ouie plus marquées, répondront des moyens de défense qui intéresseront le sens de J’ouie (mastic dans les oreilles, etc., etc.) À des hallucinations du goût répondront des moyens de défense qui intéresseront ce sens (voile devant la bouche, etc., etc...). Certains consistent en modificatons dela tenue, carton, papier, doublant le vêtement par exemple, ete., etc., dans l'emploi des moyens empruntès aux pratiques de l’ancienne sorcellerie, etc. dans lapplication de principes scientifiques vrais, comme la décomposition de l'électricité par les pointes, l'action isolante du verre, etc., etc. Nous ne poursuivrons pas plus loin cette énumération, les moyens de défense etant presque aussi nombreux que sont variées les formes de délires systématisés.
C’est parmi les moyens de defense mis en œuvre par les persécutès, que nous avons trouvé à cueillir quelques exemples d’automutilations.
Baillarger et Foville avaient déjà remarqué que certains persécutés usaient des moyens de défense. «Il y a des aliènés, dit le premier, qui s’introduisent dans les oreilles, dans les fosses nasales, de l’herbe, du linge, espérant se soustraire aux voix qui les injurient, aux odeurs infectes qui les poursuivent. »