‹ Des Automutilations Chez Les AliénésChapitre 2 sur 54 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans le cours de notre internat à l’asile de Rodez, M. le Docteur Ramadiera attiré notre attention surles

automutilations qui pouvaient se produire chez les

aliénés. Il nous en a montré quelques cas chez ses malades, il nous a engagé à en rechercher les causes. On trouve éparses càet là dans différentes revues, des observations d’automutilations, mais 1l n'existe pas, croyons-nous, de travail d'ensemble sur ce sujet. D'ailleurs, ce thème nous a paru intéressant, par les questions philosophiques qu’ilsoulève, c’est pourquoi, si difficile qu’il puisse être, sinon en apparence, du moins dans le fai', nous n’avons pas hésité à l’entreprendre.

Nous prendrons le terme Automutilation, dans son acception Ja plus large. Nous embrasserons, tout ce qui de près ou de loin, peut altérer lindividu, être l’occasion d’une érosion, d’une déchirure, d’une infec-

= TO TAE tion, d’une maladie quelconque, etc., etc... Nous y ferons rentrer même les cas où l’individu, au lieu de se mutiler lui-même, se fait mutiler par autrui, désire, demande, exige lui-même la mutilation.

Nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet. Aux automutilations chez les aliénés, nous aurions pu rattacher quantité de mutilations ethniques. Nous aurions pu rappeler la coutume en vigueur chez certaines peuplades, de se peindre les paupières, les sourcils, de s’arracher ces derniers (nègres de Sierra-Leone), de se teinire les cheveux des couleurs les plus fantaisistes, de se pratiquer des sillons profonds sur la peau, de se suspendre aux oreilles, des métaux, des pierres, des morceaux de bois; au nez, des anneaux massifs. Nous aurions pu citer les amazones qui se faisaient l’ablation du sein droit afin de tirer l’arc, les premiers chrétiens quisesoumettaient à desjeünes, des abstinences prolongées, à des flagellations..… à des austérités de toute nature, et enfin, plus près de nous, cette dame dont parle Montaigne : « qui se fit écorcher pour seulementen acquérir le teint plus frais d’une nouvelle peau... etc., etc... »

Nous aurions pu faire le procès de nombreux fards ou cosmétiques, qui peuvent altérer les fonctions de la peau, du corset qui comprime la base de la poitrine au détriment de la sante et de l’esthétique, en particulier des souliers en pointe, si peu appropriés à la forme du pied, etc., de ces bandelettes dont se servent les Chinoises qui enserrent les pieds, les maintiennent dans un état de constriction extrême, provoquant tôt ou tard, la paralysie, la parésie des

LPS membres inférieurs, la gangrène, etc., etc., des skhopsis, ete., etc.

Tout cela eut été curieux; mais une incursion sur un sujet d’ailleurs traité depuis longtemps, nous eût entrainé trop loin, éloigné de notre but, qui est de traiter surtout des automutilations dans les principales formes de maladies mentales.

Nous étudierons donc les automutilations, leurs conséquences, leurs causes, dans:

1° La manie;

2° La mélancolie;

3° Les délires systématisés ; 4o Lesfolies névropathiques ; 5° Les folies toxiques ;

6° La paralysie générale ; 7° Les démences; |

8° Les dégénérescences.

Puis, cette revue terminée, nous en türerons les conclusions.

, \ Dans cette étude, nous nous sommes abondamment

inspiré des ouvrages de M. Ribot, professeur au Collève de France, directeur de la Revue philosophique,

notamment de ses « maladies de la volonté, de la

personnalité, de la mémoire, psychologie de lattention ».

Nous voici parvenu au seuil de notre sujet. Avant de l’aborder, nous devons adresser nos plus sincères remerciements à M. le docteur Ramadier, médecin,

LE3 1 S CR directeur de l’asile des aliénés de Rodez qui, non content de nous avoir initié aux maladies mentales, a bien voulu nous donner le sujet de notre thèse et nous aider de ses conseils. Qu'il reçoive ici le témoignage de notre profonde reconnaissance. Qu il nous soit permis de remercier, M. le docteur Rémond, pour l'honneur qu’il nous fait en voulant bien accepter la présidence de notre thèse.

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