‹ Des aveugles: considérations sur leur état physique, moral et intellectuel, avec un exposéChapitre 39 sur 67 · SVR · texte numérisé non relu

SVR

VALBNTIN HAtiY".

Les découvertes les plus utiles, celles qui honorent le plus les sciences et Thumanité, présentent assez souvent cette particularité remarquable, qu'elles reposent sur une idée sim- |de, accessible à Tesprit de tous, et que chacun s'étonne, quand elle est entrée dans le domaine public de l'intelligence, de n'avoir pas su faire jaillir en quelque sorte des ténèbres où elle était cachée : telle est celle qui concerne l'instruction des êtres privés de la vue. Des siècles s'étaient écoulés, pendant lesquels on avait été témom des efforts individuels faita par certains aveugles pour s'approprier les notions scientifiques ou les procédés des arts. Tantôt c'était un pauvre en-

(1) Celte notice a été lue dans la séance d'inauguration du bâtiment actuel occupé par rinstilution, le 22 février 1844. A la suite de cette lecture fut exécuté, en l'honneur de Valentin Haiiy, un chant heureusement mis en'rousique par M. Gauthier, et dont les paroles ne sont reproduites ci-«près que comme le complément de l'hommage que j*ai cru devoir à la mémoire vénérée du fondateur de l'Institution.

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dèa-)ors dans son esprit, il fallut du moips une circonstance fortuite e( bizarre pour qu'il se déterminât à Ut réaliser. Hauy Ta racontée lui-même dans les termes suivans : <• Une nouveapté d'un genre ^ngulier attirait, il y a plusieurs années , un ccHicours de monde à lentrée d'un de ces lieux de rafrmchissement placés dans les promenades publiques, où d'hcm* nfties citoyens vont se délasser à la chute ^u jour : huit ou dii^ aveugles, des lunettes sur le nez, postés le long d*un pupitre qui portait de la musique, y exécutaient une sympho* nie discordante qui semblait exciter la joie des assistanf • Un sentiment tout différent s'empara de notre ime ; et nous eoa* çdmes d^s Tinstant la possibilité de réaliser, à l'avantage de ces infortunés, des moyens dont ils n'avaient qu'une jouisf sance apparente et ridicule. L'aveugle, nous dimes-nous à nous-«iême, ne connaît-il pas Içs objets par la diversité df leurs ibrmesl Se méprend-il à la valeur d'une pièce de moa* naiet Pourquoi ne distinguerait-il pas un ut d'un sol, un.a d'tm g si ces caractères étaient rendus palpables (1)1 n

Telle fut l'origine du mode spécial d'enseignement créé par Haiiy. C'est ainsi qu'il en reconnut la base ingénieuse et simple qui consiste & remplacer toujours par un signe sensibte au doigt de l'aveugle, le signe ordinairement tracé pour l'œil du voyant. Parvenu à ce point, il s'^nquit d'abord de tous les procédés particuliers imaginés en France e^ dans ^étranger, pour suppléer aux inconvéniens de la cédté ; il réunit et coordonna des élémens partout épars, et obtint enfin un ensemble complet qui lui parut propre à remplir le bot Mais ce n^était rien encore, puisque sa théorie n'avait point passé par l'épreuve concluante de l'application ; il fellait un sujet sur lequel piit en être fait l'essai pratique. Haiîy avait remarqué depuis quelque temps aux portes des églises; un

(1) Précis historique de Cinstitution des en/ans aHugUt^ hw4**j 1786,

APPBMDIGB B. U9

jaane avengift appdë Lesuear (1), âgé d'envirpn dix-8a|4 aoB, dont la phyaûmomia et les manières l'avaient intéressé. Quelques qaes^ions adpesçées au hasard, lui firent piïpssentit chez ce jeune homme, dans son abaissement, d'heureuses dispqsitions. D l'attira auprès de lui et l'engagea à suivre ses leçons ; Lesœnr é^t plein de bon vouloir ; mais rauiqAii^ quotidienne qu'il recueillait, le iaisiiit vivre, et venait mdme en aide i sa &miUe. Alors Haiiy ne consultant (ptè ton zèle, s'engagea à compenser de sa bourse, ce que le tempa eonsaçN auy leçons triait lui faire perdre du produit de la charité. Ce fot dcmc ici le maître qui paya le disciple. Du reste, il eut bientôt la satisfaction de voir que ses soins et ses sacrifipes auraient leur récompense. Après six mois d'étu* des, le jeune iriendiant aveugle-né, au moyen de lettres et de chiffi?^ métalliques en relief, était en état de lire et de caU ca\$t avec ses doigts habilement exercés ; il savait de plus un peu de géographie et de musique ; cette prompte réussite excita l'intérêt de qudquesamis d'Haiiy, et peu après dans

(I) i^sfvciir (Firançoi^, né ktjoa en 17(16, df paneos très paurres, perék la vue ^ l'k^^ ie six seniaiq)^ \ i| vint à Paps en 1778 çt n*y prouva d'autre ressource que la mendicité, qu'il pratiqua aux portes de l'église Notre- Dame-deaonne-Nouvelle. Devenu rélève d'Haûy, il partagea d'abord sa journée en i^ parts, doi)t y une était consacrée à l'iostructipp, et Tautre au métier qi|} lui donnait à vivre. Mais bientôt les secours qui vinrent en aide à spn maitrei lui permirent de se livrer tout entier à l'élude. Il acquit une instruction variée et fiit plus tard capable de devenir professeur en chef de 1-împrijnerie à l'instUnljo^, e\ qi^e ^ y remplir, ce que niain^ lecteur aura gfi^ ^ orm^, \^ fonctions d'économe; \\ s'en acquitta néanmoins avec inteliige^e; il apposait sa signature sur 1rs pièces de comptabilité au moyen d'une griffé que conserve encipn; un \dp s«s anciens condisciples, Teftimable M. Gaiiiiod. Comme éeononi|^» il étflit quelauçfois pbligé de s'oppose^ aux désirs d|*^uy, do^t res|>jri^ était plus paternel qu'administratif; de là entre eux quelque mésintelligenoe accidentelle, qui a sans doute motivé le reproche d'ingratitude imputé à Lesueur envers son maître et son bienfaiteur (Rodeubacfa, lettre v, p. 40), maif dont on croit juste de laver sa mémoire. Lesueur est mort, jeune encore, pen« sioonaire des Quinze-Yingts.

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une séance publique de la Sociétl académique des sciences et arts, que présidait le lieutenant de police Lenoir, il fut invité à fiùre paraître son élëve, et à expliquer le procédé dont il s'était servi pour arriver à ce résultat. La surprise et Témotion furent générales, et l'instituteur se vit encouragé à appliquer à d'autres enfans aveugles son ingénieuse méthode. La protection de quelques hommes puissans, des ministres Vergennes et Breteuil, entre autres, le mit en effet à même de réaliser ses vues généreuses, et nous le voyons, en 1784, réunir, dans tftie maison de la rue Coquillière , quelques autres élèves dont il commença l'instruction sur le plan qu'il avait précédemment appliqué à Lesueur ; mais bientôt un secours plus efficace se présenta, et imprima un rapide essor à la naissante école. La Société philanthropique récemment fondée, et qui comptait alors parmi ses membres les Bailly, les Larochefoucault-Liancourt, et tant d'autres personnages dont s'honore la France, la plaça sous ses auspices ; avec cet appui, Haiiy put, en 1786 , se transporter dans un local plus favorablement disposé , situé rue Notre-Dame-des-Victoires , en fase de l'emplacement aujourd'hui occupé par la Bourse. Douze enfiuis y furent admis comme pensionnaires , et il s'y joignit bientôt quelques externes. Cest là proprement le berceau de notre Institution. Lesueur devenu capable d'enseigner à son tour, secondait son maître auprès des plus jeunes élèves ; les frais généraux étaient supportés par la Société philanthropique, qui administrait l'établissement concurremment avec l'instituteur , par une commission de cinq membres. Des exercices publics avaient lieu deux fois par semaine. Les objets d'enseignement s'augmentaient à mesure que se développaient les procédés propres à les mettre à la portée des aveugles. La confection de volumes en relief devint un puissant véhicule pour les progrès des élèves ; ce fut le hasard qui y conduisit. Un jour Lesueur se trouvait dans le

cabinet de son maître, et ses doigts errant sur le bureau rencontrèrent une lettre de faire part où quelques caractères fortement empreints formaient une saillie ; laveugle, en retournant le papier, reconnut un o; Haûy, fort surpris^ traça sur-le-champ , avec l'extrémité du manche d*un canif , d'autres lettres qui furent également reconnues. Ce fut pour lui un trait de lumière : les caractères dont on se servait jusque* là isolément vinrent se ranger dans des formes ; une presse cylindrique lui fut fournie par les dignes patrons de rétablissement, et c'est ainsi que fut créée une des plus intéressantes applications qui aient été faites du bel art typographique. Plus tard on a changé la presse, on a modifié les caractères» mais rinvention n'en doit pas moins être rapportée à Haûy. Une commission de l'Académie des sciences , à laquelle il soumit , à cette époque , sa méthode d'instruction , insiste particulièrement, dans son rapport, sur l'impression en relief, comme lui appartenant sans partage. En effet, ainsi qu'il a été dit, pour les autres objets il avait été mis sur la voie par quelques procédés employés individuellement ; mais ici il était véritablement créateur.

L'impression des livres en relief l'amena à la confection des cartes géographiques ; là il dut encore pour arriver au but passer par une foule d'essais; ce qu'il fallait obtenir, c'étaient des lignes et des points saillans pour tracer les contours des contrées et fixer les positions les plus importantes ; il y parvint par un procédé qui ne pourra être définitivement abandonné que lorsque les tentatives par lesquelles on a essayé de le remplacer auront été suffisamment éprouvées par l'expérience (1).

(1) Depuis que ces lignes ont été écrites un procédé nouveau , dont nous avons parlé ci-dessus, chapitre iv, page 147, et dont nous offrons ci-après un spécimen, a dû faire complètement abandonner celui qu'avait imaginé Haùjr.

a40 APPENDICE B.

Les persoiiiicb qui ont assisté aux exercices particuliers de nos élèves » savent avec quelle facilité leurs doigts se promènent sur ces cartes, et y retrouvent toutes les positions qui y ont été déterminées. Nous ne pouvons guère obtenir nous-mêmes un plus prompt résultat , et je peux presque dire qu ici la main vaut Toeil.

L'instituteur des aveugles rencontra de bien plus grandes difficultés quand il voulut aborder l'écriture. On concevra sans peine que cet art qui est placé pour nous avec la lecture au premier degré de Tinstruetion, doive passer au dernier pour les personnes privées de la vue. Avec ce 2èle persévérant devant lequel il n*y a pas d'obstacles» Haiiy parvint à imaginer une planche où la main se trouvait guidée ; longtemps on s'est servi à l'Institution de ce procédé, malgré ses inconvéniens ; d'autres essais ont eu un succès plus réel ; mais je m'arrête puisque ce sera l'objet d'une commumeation spéciale de la part de celui que je suis si heureux d'avoir pour collaborateur dans la tâche qui m'est dévolue (1).

L'écrit judicieux d'Haiiy lui avait suî-le-ehamp fait comprendre que tous ses élèves n'étuent pas destinés par là Bature à étendre fort loin l'instruction théorique^ et que cette i&struelion même leur deviendrait un jour inutile dans la coildition tKKÂïde bù ils devaient se trouver idaeési II introduisit donc divers travaux mattùds auxquels ses âèves s'applique» rent avec un sticcès riqpide \ le bartéhnage^ Ih eorderie} le fiett la ^mXktÛGtï de la sangle; dû iaeet aîouièreht tnix ressources de l'établissement en efihult à la etarmâté pnUiqile des prodsits anxquds Id situation de ceux qui leé èvéîent exécutés attachait un intérêt particulier. L'Iiiititut se treo^ vait ùe la sorte déjà pourvu de ce triple enseignement, intellectuel, manuel et industriel, qui, aujourd'hui encore, le

(1) M. J. Gtiaclei| instituteur.

partage en quelque façon en trois sections distinctei; o'est-*à* dire qu'en peu d*anhées son Foildatenr avait pu le rendre complet. A la un de 17S6, un suffrage élevé vint se joindre à tous ceux qu'il avait déjà recueillis ; le 26 décettibre de cette année un exercice public de ses élèves eut lietl ttU châ^ teau de Versailles en présence du roi et de sa fanriille , vingtquatre élèves de Tun et de l'autre sexe figurèrent darts mt exercice, qui excita au plus haut degré des sentimens dé viti sympathie chez lés augustes spectateurs.

Quelques années s'écottlërent pendant lesquelles l'Ittstitife^ tion lie vit qtle des jours prospères. L'art musical y |)rëttdU surtout un notable développement. Divers fcompOsiteUfS; entre autres le célèbre Gossec, se plaisaient à écHrë p(Mt son orchestre et pour ses chanteurs des messes, des h^nitlM qui étaient exécutées dans les églises de la capitale. Grêitk aux dohs de ses généreux pr'otecteursj l'établissement p«t augmenter d'année en année le nombre de ses élèves; ôii leui* donna Un uniforme ; on amélidra sous diters rapports tè régime intérieur. La rétblution de 1789; dans ses ndblM élans en faveur de l'humanité, ne pouvait oublier la créatkm si intéressante d'Haiij. Le 28 septembre 1791 , TAsdembiefe ilationalé tt)it> par utl décret, l'Itistitiitidn à lii chargé de l'État, et lût éësighd pdtit détneUi^ unè portion du bâtinient du couvent des CélestifiS} tbisfiii de l'Arséilal. Une Sdmtnè de 24^000 livteé était affectée à l'ëiitretiën des maîtres et des élèves. Haily tranêfêri donc éûï\ établisséiilënt ddhs ce lobâl, dbnt une autre pdrtioh était réservée à l'Ihstitutid» deê sourdft-tiiUëts ; et ainsi Sati pour la première fois; fbrniëft entre ces deux Classes d* êtres , Une asiiodation souvent reproduite depuis dans les t)ays étrangers.

L'Institution avait de la sorte dcqûis une basé sdlidë, mais bientôt elle lui manqua, et les jours mauvais cothrtencèrent pour elle. Parmi les crises terribles qui désolèrent

S4t APPENDICE B.

alors la patrie» les établissemens de bienfaisance durent naturellement tomber dans l'abandon ; Témotion publique se portait sur un plus puissant objet ; les bienfaiteurs montaient sur Téchafaud ou se dispersaient loin du sol natal. C'est maintenant quil faut voir le zèle ardent que va déployer Haûy» non plus pour faire briller, mais pour faire vivre ces pauvres enfans dont il ne veut pas se séparer. La subvention nationale n était pas payée, ou bien elle Tétait en papier qui subissait une ruineuse dépréciation, et la famine assi^eait les portes de l'établissement. Rien ne fut épargné par le digne instituteur pour accomplir le pénible devoir qu'il s'était imposé. A son imprimerie en relief, il avait associé une imprimerie usuelle, où ses élèves étaient ouvriers, et qu'alimentaient des affiches, des placards, des brochures, produit de cette active presse démocratique de l'époque. Une classe d'enfans voyans, que dirigeaient, au sein de l'Institution, quelques-uns des plus anciens élèves, ajoutait faiblement à ces ressources. Enfin, l'orchestre figurait çà et là dans quelque mariage civique, ou bien dans ces solennités municipales par lesquelles la république célébrait les triomphes de ses armées, et jetait ainsi le manteau de la gloire sur ses misères; mais ce n'était là qu'un revenu bien précaire, et, de mois en mois, les besoins du malheureux Institut devenaient plus pressans. Enfin, le Gouvernement, ou ce qui en tenait lieu alors, prit en pitié sa pénurie; une loi de l'an ni, r^ouvelant les dispositions du décret de 1791, le constitua de nouveau établissement national, en statuant qu'il serait fondé 86 places gratuites, c'est-à-dire une par département; on lui donna en même temps pour séjour la maison de Sainte- Catherine, située rue des Lombards, où il se transféra avec empressement. Là, toutefois, par suite des embarras financiers toujours renaissans sous les i)as d une administration sans force et sans crédit, sa situation ne fut guère meilleure.

APPENDICE B. d43

La subvention était acquittée en mandats du Trésor que les fournisseurs re&saient de prendre pour de l'argent ; les travaux déclinaient faute de ressources. L'établissement marchait donc , malgré les efforts de son chef , à une ruine prochaine. Ce triste état de choses est attesté par une pièce de vers qu'adressa alors au ministre de rintérieur, Avisse, un des élèves les plus distingués de l'Institution. Le ministre, qui avait été chargé de fêter le gâiéral Jourdan, à la suite de ses immortelles campagnes de 1794 et 1795» avait appelé chez lui les jeunes aveugles pour offrir au général le spectacle d'un de leurs exercices. Ce fut à l'occasion du souper qui suivit cet exercice, souper qui, dans la circonstance, était presque un événement pour les pauvres habitans de la maison de Sainte-Catherine, qu'Avisse composa une requête à l'effet d'obtenir que dorénavant les fonds alloués à l'Institution lui fussent payés en numéraire. Cette pièce ne se distingue, de même que la plupart de celles qu'a composées l'auteur, ni par un goût bien déUcat, ni par une versification très correcte ; mais on y remarque de ces traits d'une verve originale, d'une vivacité spirituelle, qui font pressentir ce qu'il eut pu faire, placé dans de plus favorables c(mditk>ns; la pièce se termine par ces deux vers :

Ou £GÛ8-nou8 tons les mois payer en numéraire » Ou £û8-nou8 tous les jours venir souper chez toi !

La requête fut suivie d'un succès momentané, mais la situation resta la même, et l'établissement continua de languir jusqu'en 1801, époque à laquelle se rapporte une nouvelle et plus triste phase de son existence. On avait depuis longtemps formé le projet de réunir l'établissement à l'hospice des Quinze-Vingts. Cette mesure, énergiquement combattue par Hauy, qui voyait dans son accomplissement la ruine de son œuvre, fut consommée par le ministre Cbaptal, à la suite

d'tm rapport développé qu'il soumit au Gouvernement consalaire j et dans lequel < après avoir insisté particuliërement sur dta raisons d'économie, il donnait eii outre à entendre qu'en rapprochant les ai^ehgles travailknrk^ comme oH w^ pelait alors nos enâins» des membres de Thosplde, on dëre^ lopperait chez eedk-ei une louable propension Vers le travail) ce qui était plus probable, c'est qu'en plaçant les enfinls an sèih même db Tasilé dont ils devaient apprendre à se passer un jour pttr leur aptitude intellectuelle ou manuellei on éteins dràit en eux graduellement toute émulation ^ on les àrrètenûl dans leur essors et c'est cfe qui arriva en effets

Qulii qu'il en soit , la réunion ayant été brusquement opérée, Hdfi]^, devenu premier instituteur des aveuglel dfc deuxième classe (ee iut le titre qu'on leur donna) ; ne tarda pas à prendra en dégoût la {Position qui lui était fkite. Il doit^ ^nait une leçoii le maiiii et vojrait, le reste de la jouîfnéë , Ml élbves condamnés à filer dans ufae manufkctturé de laine que l'administration venait d'ouirrir au sein de Thospiee ; el qui tij fht pas Idngtemps prospère. Peu à peu les bceopatidfifc variéiNi dont il avait ingéliietâêrneiit combiné tes t^rwCdéft étaidit délaifirfé^: Il refbsa de coopère^ plus tengtetnps k la destruction de ce qu'il avait labOriéuseittent édifié j et A» re^ tira (1 ). Alors il essaya de fonder, rue Sainte-Avoye, sous le titre àe Musée aes aveuglés ^ iih éiabiissemeni particulier. Mais , comme on le sait , le nombre des enfans atteints de oédté m) ^hf ûtie fbtile âë bausës, proportitfnfiëBOfiènt ^las rmifieint dfthi lëâ cldâSès ftidééd dé la dOèiété , et péM^

(1) Cest pour moi un devoir d'équité toutefois de rappeler ici les efforts bëdredx qiië fit, 4^ci4'i^^ aiiiiées àpfès, l'adininistralion dé Thôspiofe ^ fiûre refleurir Tlnstitutton. Les travaux reprirent aâsez d'activité, fet grâce fm soins de M. Gailliod, ancien élève de Haiiy, et aujourd'hui encore chef de la musique des Quinze-Vingts, l'orchestre fut réorganisé et outiiil dé bfîllàiis

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APPBNDICB B. 34»

n'est-il pas suffisant pour fournir à l'entretien d'une institua tion dénuée de l'appui de TaUtorité publique. Haûy» loin à'êttb sdutenu^ n'aVait plus qu'à attendre de secrètes entra-* veos Sur ees entrefaites» le Gouvernement russe lui fit adresser la t>rO|k)8Îtion de se rendre à Saint-Pétersbourg pour y introduire en &Teur des aveugles de ce pays ^ tes moyens d'instroetidli qui aVaient excité qublque temps l'intérêt des bôniihes éclairés et des amis du bien dand l'Europe entière, n accepta et quitta la France en 1806 ^ accompagné dé M. Fourdiër, l'tin de ses élèves les plus distingués. En pas-^ salit à B«iin i il fut présenté au roi de Prusse ^ à qui il ex^ pbsa sa méthode d'enseignement , et qui le combla des ténooignages les plus flatteurs. Arrivé à Saint-Pétersbourg ; et aeeneilli avec empressement par la famille impériale i il se fit bientôt à la tête d'tih établissement où tout pouvait lui nipper celui ^ue les eircoilstances l'avaient coiltraint d'à* bandonneri et vers lequel se concentraient toujours de Idii ses penséeé et ses affections.

Oose années ë'éèoulèrcnt ainsi: Parvaiu à un âge hvancé et sMëitit de quelques infirmités , Haliy éfirotiva le désir iê revoir la France, sa famille et ses amis. Il partit de Saint» Pétérsbavr^l au printemps de l'année 1817^ emportant les regnits de l'empereuir Alexandre, juste appréciateur du mé-» rite ; qm lui remit , lorsqu'il |)rit congé de lui , la croix de l'ordre de Skint-WladiiniK II arriva Hi France au mois d'do&t \ heureux de se retrouver èru ihilieu de séà arietenb âèstes; ^ui l'aeelieiUirent avée leë témoigniiges de la plus vive afl^tién.

M aifa don HbBehce avait été nmi^quée ^ar un nouveau ehaih gement pour l'inftlitutibn. Le Gôbvemement , revenant aux idées de son fondateur ^ l'avait) en 1815, séparée de l'hos-* picfe. Dans le bâtiment de l'ahcien séminaire Saint-Firmin i rue Saint^Ytetor; ou elle venait d'être transférée» une adnii-

nistration spéciale manifestait Tintention de rendre à cette école tout son ancien éclat. Le 22 août 1821 , Hauy, à qui une pension de retraite avait été accordée sur les fonds de rétablissement , fut invité à s*y rendre pour assister à une solennité préparée en son honneur. Là , il entendit de nonveau des chants par lesquels trente ans auparavant ses élèves remerciairat le ciel du bienfait dont il avait été pour eux l'intermédiaire. Là, on vit le visage du vieillard inondé de larmes , au milieu des transports que fiûsait éclater cette jeune famille en présence du père des aveugles I Mais cette visite , qui lui laissa un si touchant souvenir, ne devait plus se renouveler. Au commencement de Tannée suivante ^ le déclin rapide de ses forces , Tafiaiblissement de ses organes parurent annoncer le terme prochain de ses jours. D expira en chrétien et en sage le 19 mars 1822 ; il était âgé de 77 ans. Ses obsèques se firent le lendemain , dans l'église de Saint-Médard , où se pressait un concours nombreux d'anciens et de nouveaux élèves de l'Institution , jaloux d'apporter le tribut de leurs regrets à la tombe de l'homme qui leur avait voué tant de soins , qui avait déployé en leur faveur un zèle si ardent !

Déjà vingt années nous séparent de ce jour. Dans ce laps de temps , marqué encore pour l'Institution par quelques vicissitudes, les graves inconvéniens que devait avoir le sé^ jour qui lui avait été donné, en 1815 , se développèrent par degrés. Chaque année ajoutait aux conséquences funestes qui résultaient de cette coUocation si mal entendue. Des voix éloquentes éveillèrent à la Chambre Tattention du Grouvanement. Un projet de loi fut présenté en 1838» et Tannée suivante vit commencer Térection du bâtiment que nous inaugurons aujourd'hui. En portant mes regards sur ce vaste et beau local, si bien approprié à sa destination par son habile constructeur, une pensée se présente involontairement à

mon esprit : que n'a-t-il été donné au vénérable Haûy de pouvoir, dépassant les limites ordinaires de la vie, jouir du spectacle qui nous est aujourd'hui offert, celui que présentent ces en&oks qui lui furent si chers placés enfin dans une habitation digne de la sollicitude éclairée du Gouvernement , et où tout leur promet la santé et le bonheur ! Quelle n'eût point été sa joie de voir ses intentions comprises, ses vues développées, son rêve peut-être réalisé ! .... La Providence l'a retiré de ce monde , mais die nous a laissé le souvenir de son active et ingénieuse persévérance, de son invariable dévouement pour une classe d'êtres que son malheur rend si digne d'intérêt. Ce souvenir est toujours vivant parmi nous ; c'est lui qui nous guide et nous inspire dans la carrière oii Haûy a pris à tout jamais rang parmi les bienfaiteurs de l'humanité !

S4S ^ APPBKBIGB %.

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