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Des bienfaiteurs de l'École de médecine de Montpellier

Celui qai est le dernier à prendre la parole dans le genre de solennité qui nous réunit renaplit iine lâche honorable, mais ingrate. En présence d'une assemblée qu'on n'aborde pas sans émotion, il est obligé de demander à son sujet un intérêt exceptionnel, et c'est ordinairement dans le domaine de la philosophie, c'est dans la discussion d'une question générale et importante, qu'il va chercher des considérations qui saisis^ sent l'esprit, des pensées qui le transportent, et qui, dans tous les cas, prêtent aux séductions du style ou aux entraînements du talent. Pour une foule^de motifs, ma tâche s'accomplira dans une route moins ardue, et

mon dessein s'expliquera facilement. Un moraliste, qui a peint avec esprit le côlé faible du cœur humain, insinue que pour se faire agréer par ses auditeur silfaut leur parler d'eux-mêmes. Je me défie trop du moyen et j'ai une opinion trop élevée de mon auditoire pour cherchera m'attirer sa bienveillance par un pareil artifice. Je me contenterai, Messieurs, d'aborder un sujet bien placé dans vos souvenirs. Mais, comme la reconnaissance y a sa part, que notre cité y est en cause, que notre Ecole y est surtout rattachée par le respect qu'elle porte à ses bienfaiteurs, quand je vous entretiendrai de vos devanciers généreux, de vos compatriotes honorés, de vos médecins célèbres et dévoués, ce sera encore, en raison de la communauté des sentiments, vous parler de vous-mêmes.

Notre Ecole, qui a ses racines dans les profondeurs du moyen âge, qui, dès son origine, a senti du sang arabe couler dans ses veines, n'a pu fournir une aussi longue carrière sans intéresser à ses destinées beaucoup d'hommes amis de ses succès, partisans de ses doctrines ou enthousiastes de ses services. Créée par des efforts spontanés et par un ensemble de circonstances heureuses, l'antique métropole médicale reçut naturel ment l'appui ou les faveurs du Pouvoir, mais elle doit aussi une partie de 43on développement, de ses progrès ou de ses richesses matérielles à une intervention libre et individuelle. Des bienfaiteurs généreux l'ont dotée diversement, et ce sont ces dotations, dont quelquesunes sont déjà obscures, que nous voudrions rappeler; ce sont ces possesseurs de fortunes scientifiques léguées à notre Ecole que nous voudrions faire un moment revivre;. car jamais reconnaissance ne fut mieux méritée, et si l'histoire est la récompense posthume des grands

caractères, ne doit-elle pas aussi comprendre dans son œuvre rémunératoire les hommes dont la vie plus modeste est néanmoins remplie de belles actions et s'est terminée par un bienfait ?

Les seigneurs ou les souverains dont la domination s'établit à Montpellier furent les législateurs de TEcole de médecine. Ils lui donnèrent une existence officielle et des statuts organiques, dont le plus remarquable fut

^^ celui du cardinal Conrad, légat d'Honorius III, qui, au

commencement du XIII"* siècle, fonda réellement la Faculté de médecine en réunissant en corps les propagateurs libres de l'enseignement. Ces législateurs augmentèrent ou restreignirent les prérogatives de la Faculté, mais les traces de leurs constructions monumentales sont à peu près nulles. L'Université a même longtemps manqué d'un local fixe pour son enseignement,

"^^ et ses réunions solennelles s'accomplissaient dans un

édifice sacré, dans l'église Saînt-Firmin, qui a disparu elle-même de notre cité. La pénurie de moyens matériels, l'exiguité ou la privation des locaux, n'impliquent toutefois ni l'indigence des idées , ni l'infériorité de la pratique. Chaque chose doit être vue sous son jour, et, dans les Xlf* et XIII"' siècles, qui marquent l'origine de TËcole de Montpellier, le réveil des idées, le nombre des cures empiriques, les succès des professeurs, l'obligation où la rareté générale des livres manuscrits metlaitlesadeptes de venirdemanderl'instruction à la parole des maîtres, suffisaient pour attirer à Montpellier de nombreux disciples. L'enseignement étant donc théorique par l'empire des circonstances, l'Ecole pouvait répandre ses doctrines sans installation grandiose. II n'était question encore ni d'amphithéâtres, ni

6 — de collections qui pusseol eiciter le lèle des foodaleurs. £ic«plons D^anmoiDs de celle première période de notre histoire, qui se termine à l'inslituliou des professeurs royaux, le nom du pape Urbain V, qui laissa dai^e Montpellier des traces non elTscées de sa munificeace, et qu'on peut avec justice qualifier de premier bienfaiteur de l'Ecole de médecine.

Pendant le XIV* siècle, la ville de Honlpellier et son Ecole trouvèrent dans un pape frarçais des témoignages d'une sympathie extraordinaire, et que nous devons mentionner. Guillaume Grimoard était né, en 1310, h Grisac, près de Mende. Dès sa jeunesse, il quitta la baronie de son père pour entrer, à Montpellier, dans une maison de bénédictins et s'instruire dans les hautes sciences, dont ils eurent si longtemps le sérieux monopole. Versé dans la théologie et le droit, il avait cédé aussi à l'attrait des études médicales, et lorsque, parvenu plus lard aux dignités de l'Eglise, il alleignit le rang suprême et devint souverain pontife sous le nom d'Urbaiu V, il se souvint de sa patrie intellectuelle. Les traces de sa prédilection et de sa puissance furent marquées par des fondations et des monuments. Une de ses créations les plus intéressantes fut celle du collège des douze médecins, institution qui avait pour but de favoriser les études de douze de ses compatriotes. Ce collège, situé dans la rue Saint-Matthieu , près du lieu où siégeait aussi l'ancienne Ecole de médecine, fut ampleoEent dolé et pourvu d'une riche bibliothèque. La maison ou le collège était installé, et dont les mutations que le temps amène ont changé la destination, existi elle porte à l'un de ses angles un buste dégr où l'on croit reconnaître l'image de son fonda du pallium pontifical. L'édifice môme où noui

aujourd'hui réunis, et qui était autrefois un monastère annexé à la cathédrale , est l'œuvre d'Urbain Y. Après être devenu le palais des évèques, l'ancien prieuré fut choisi, après la Révolution, pour être la résidence de la Faculté de médecine, qui reçut ainsi, à longue échéance , un bienfait inattendu de son apostolique tuteur. Le nom du pape Urbain y, inséparable de notre histoire, reparaît encore quand il s'agit des hommes qui illustraient alors TËcole de Montpellier. Sa confiance pour Guy de Ghauliac, le père de la chirurgie française, n'était égalée que par son affection. Il lui en avait donné les plus hautes preuves pendant son séjour à Avignon et avant qu'il reportât à Rome le siège de la papauté, dont il sut augmenter rinfluence par ses vertus et sa sagesse, comme il avait augmenté celle des sciences par son exemple et sa protection.

L'enseignement de l'art de guérir se développait à Montpellier avec des proportions trop sévères, pour que la nécessité d'un progrès inséparable de celui de la vraie médecine ne s'y fît comprendre. Le besoin d'études anatomiques était fortement apprécié. A l'imitation de l'ËcoIe de Bologne, qui s'honorait de l'initiative de Mondini, celle de Montpellier donna presque aussitôt, en France, le premier exemple de la culture pratique de l'anatomie. Hermondaville, un des prédécesseurs de Guy de Chaqiiac, eut la hardiesse d'accomplir ce progrès, rendu si difficile par la répulsion publique, le respect naturel de la dépouille mortelle de l'homme, les préjugés religieux et môme les lois existantes. 11 fallut un édii spécial du duc d'Anjou, gouverneur du Languedoc en 1376, et des autorisations confirmatives de Charles de Navarre, seigneur de Montpellier, et des rois de France

Charles VI et Charles YIII, pour continuer limidement les premiers essais. 11 n'y avait, d'ailleurs, point de local où la science nouvelle pût abriter ses études furtives. Un anatomiste n^aurait pu se faire pardonner des découvertes qu'il fallait encore envelopper de mystère. 1/ Ce ne fut qu'au XVI* siècle qu'on osa et qu'on put donner une certaine publicité à la culture de l'anatomie par les dissections. Un lieu spécial fut consacré à cette science, et ce fut l'œuvre d'un bienfaiteur de l'Ecole, de Rondelet. Médecin éminenl non moins que naturaliste célèbre, créateur de l'ichthyologie, auteur de travaux encore consultés avec fruit. Rondelet signala fortement son passage dans cette Ecole et son séjour à Montpellier, où il était né, par son caractère ardent et son esprit progressif et pratique. Sa vie, comprise entre les années Î50Zet 1566, est parallèle à celle de ce joyeux penseur, à la fois érudit et novateur, philosophe et romancier, qui dissimulait la hardiesse de ses idées sous l'extravagance de ses fictions, de Rabelais, dont la présence à Montpellier a laissé les traces de son originalité, traces légères, toutefois, et moins utiles que celles de Rondelet; car si les profondes facéties de l'auteur de Pentagruel ont été la satire la plus spirituelle des abus de son temps, Rabelais n'a été ni juste ni constant envers l'art médical, qu'il a étudié à Montpellier. Transfuge de cet art, il n'a guère laissé parmi nous que le souvenir de son inscription sur nos vieux registres, de sa réception doctorale, de ses rares leçons etde la robe 1 égendaire qu'endossaient jadis les licenciés.

Rondelet, si injustement accusé par lui d'avidité, donna, au contraire, les preuves d'un désintéressement louable. Le roi Henri II avait ordonné la construction d'un amphithéâtre pour les leçons des professeurs;

Rondelet, qui avait sollicité celte ordonnance, aida à sou accomplissement par sa fortune particulière et inaugura ainsi un local destiné surtout à renseignement de Tanatomie. Rondelet; en créant l'amphithéâtre, préparait le ^ développement de cette science, pour laquelle il était passionné. Son œuvre ne fut point stérile : il suffirait, pour le prouver, d*énumérer les élèves de Rondelet qui acquirent plus tard de la célébrité. Sylvius, Goïter, Gaspard Bauhin, Posthiûs, Rousset, Joubert, Gabrcl, se formèrent au i leçons du mattre de Montpellier, et celui qui , à cette époque de réforme scientifique autant que religieuse, devait se faire appeler le Luther de l'analomie, Vésale, fut lui-même un de ses élèves. Mais f quelle n'était pas l'ardeur de Rondelet pour réunir, dans son amphithéâtre, les moyens d'instruction 1 Oseronsnous rappeler que le zèle du savant, faisant taire des sentiments naturels autant que sacrés, l'entraîna jusqu'à faire une démonstration publique d'anatomie sur le cadavre de son propre fils ?La chronique, qui aime à li- ^ vrer à la mémoire les faits étranges, s'est appesantie sur cette dérogation aux instincts les plus légitimes ; mais ce quMl importe bien plus de soustraire à l'oubli, c'est que Rondelet fut un des savants les plus sérieux de son époque, c'est qu'il affermit et augmenta la réputation de l'Ecole de Montpellier, et que par son zèle comme fondateur, par son talent dans l'art d'observer et d'enseigner, et par le caractère élevé de ses écrits, il a réuni la science positive aux idées larges et théoriques, il a fait une heureuse et d'ailleurs très-compréhensible association d'anatomie et de médecine philosophique, à ce point qu'il est placé par les uns à côté de Vésale et de Sylvius, dont il fut l'initiateur, et, par d'autres, entre Fernel et Baillou, ses contemporains.

La chaire de Rondelet avait déjà compté quelques successeurs lorsqu'elle échut à François Ranchin, Tua des hommes les plus complets de son temps, car il réunissait à une véritable science une vertu et un dévouement non moins grands, et, pour que rien ne manquât à l'exercice de ces dons du cœur, il possédait des richesses dont il sut faire le meilleur usage. Issu d'une famille honorée dans la magistrature , Rancbin préféra à l'étude des lois civiles celle des lois de la vie, dont il réussit à divers égards à diminuer l'obscurité. Ecrivain fécond, professeur disert, doué d'une autorité naturelle, il ne tarda pas à faire reconnaître par ses collègues une prééminence qui lui valut bientôt le titre de chancelier. Toutes les prérogatives dont il jouissait tournèrent à l'avantage de l'Ecole. Le collège médical d'Urbain Y, ruiné par l'incurie des évoques de Monde et les prétentions de la Faculté de droit, fut restauré par ses soins, et ses bâtiments relevés devinrent une espèce de succursale de l'Université. Sa fortune privée servit aussi à reconstruire l'ancien amphithéâtre d'anatomie qu'on devait à Rondelet. Non content de lui donner de plus grandes proportions et de l'approprier plus sagement à son but, il l'orna d'inscriptions commémoratives et de sculptures empruntées aux ruines monumentales d'une ville voisine.

Quelques-uns de ces débris de l'art romain, transportés depuis dans l'édifice actuel de l'Ecole, ofiTrent encore des problèmes aux archéologues. Deux bas-reliefs sont encastrés dans le mur du grand vestibule : l'un représente un lion 'dévorant une femme; l'autre, Homère entre deux Muses. Ranchin a-t-il voulu symboliser, par ce choix, les ravages de la maladie sur l'espèce humaineetl'inspiration sereine du génie qui plane sur le tableau de nos douleurs?

Le caractère arlistîque de Tancien chancelier autoriserait cette interprétation. C'est encore à lui que l'Ecole doit cette chaise curule, extraite des arènes de Nîmes, antique et grave attribut d'autorité, où siège le président de nos réunions solennelles. Enfin on sait que Ranchin est le créateur de cette riche et originale collection de >^ portraits, Ustoire vivante de notre Ecole et sujet constant d'intérêt pour le visiteur qui regarde avec surprise le visage énigmatique des anciens maîtres, sourit au portrait de Rabelais, s'incline devant les graves figures de Yieussuns, deSauvagiffS, deBarthez; sent renaître encore sa récente admiration pour Ghaptal, Delpech, de Candolle, et, dans tous les cas, rend. hommage à l'idée de cette imposante galerie médical e qui retrace une durée six fois séculaire.

Ranchin , en méritant le nom de bienfaiteur de la Faculté , n'a pas restreint son dévouement à un établissement scientifique. Sa nature essentiellement vertueuse a trouvé des occasions tristement solennelles qui l'ont mise en évidence. Pendant l'exercice des fonctions de maire, où l'avait appelé la confiance de ses concitoyens, une peste affreuse désola la ville de Montpellier. Ce théâtre de mort fut le champ d'honneur où notre prédécesseur exerça sans mesure cette qualité si prônée depuis sous le nom de courage civil. Magistrat dévoué, administrateur intelligent, il fit servir ses connaissances médicales au maintien d'un service public bien compris, pendant qu'il prodiguait lui-même son temps et sa vie dans le soin des malades. Sorti victorieux de la peste de 1629, Ranchin consacra les loisirs d'une vieillesse vénérée à des travaux de médecine estimés, et, devenu octogénaire sans que l'ardeur de son zèle fût affaiblie, il déploya le même dévouement dans une nouvelle épidémie

pestileotielle. Mais, cette fois, il y trouva la mort qu'il avait jadis impunément bravée. C'est noblement finir ; c'est léguer à sa profession l'exemple de ses bienfaits après ravoir favorisée par le digne emploi de sa fortune.

Rîcher de Belleval se place naturellement à côté de Ranchiu. Il a fait pour le jardin de botanique ce que le chancelier avait fait pour les bâtiments de Tuniversité de médecine. Nulle science n'a prospéré à Mont-, pellier d'une manière plus soutenue que la science des plantes. Depuis le XVP siècle jusqu'à nos jours, son développement est jalonné par les noms les plus illustres. La nature semblait réserver cet avantage à la docte ville dont le sol, largement pourvu de tous les produits de la vie végétale, recelait les trésors d'une flore exceptionnelle. Le climat méridional de Montpellier, sa station méditerranéenne, son territoire fertile, où, sur une surface de quelques lieues, plaines, montagnes, rivières, expositions et abris font varier la végétation et y réunissent les produits de plusieurs latitudes, en faisaient la patrie naturelle de la botanique.

Ces avantages n'avaient pas été méconnus par Richer de Belleval, professeur sous le règne d'Henri IV, et il obtint du bon roi la fondation du Jardin des Plantes de Montpellier. Ce fut, en France, le premier établissement de ce genre ; il date de \ 598, ainsi que le constate rinscription qui surmonte la grille monumentale de l'entrée du jardin. Le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, et le crédit d'André Dulaurens, anatomiste célèbre de Montpellier, devenu médecin de la cour, aidèrent au succès de Rîcher de Belleval. Mais ce ne fut pas sans luttes , sans revers ou sans efforts de tout genrt), que ce succès put être complet. Les guerres de

religion, dont la ville fui le théàire, et qui ne cessèrent que lorsque Louis XIII entra à Montpellier, avaient eu pour champ de bataille remplacement même du jardin de botanique à peine créé. On juge aisément des souffrances morales de Richer de Belleval. Mais son zèle lui fit surmonter les rigueurs du temps. Activité, travail personnel, dépenses, rien n'arrêtait sa vigilante ardeur. Cent mille francs, somme énorme pour Tépoque, détachés de sa fortune particulière au détriment de sa famille, attestent les sacrifices qu'il s'imposa , et cette abnégation l'absout de quelques inégalités de caractère et de quelques embarras qu'il suscita dans l'université , taches légères que l'historien Astruc n'a pas su lui pardonner, mais qui ne sont plus rien pour la postérité. L'œuvre de Richer de Belleval dota Montpellier et son Ecole d'une véritable richesse locale. Le Jardin des Plantes a pris un rang historique parmi les établissements consacrés aux sciences. Notre collègue, M. Hartins, a récemment tracé avec une élégante exactitude les phases diverses de son développement et Tessor de la science dont il a été la source ou le théâtre. Régi par Magnol, le maître de Jussieu, fréquenté par Jussieu luimême, dirigé par Sauvages, vanté par Linné, dépouillé par Commersou, enriohi par À. Broussonnet, transformé par de Gandolle , embelli par Ghaptal , remanié par de savants botanistes nos contemporains, le Jardin des Plantes de Montpellier se distingue encore par sa situation pittoresque , son tracé large et intelligent , la richesse de sa flore, le souvenir des ouvrages qu'elle a fait naître , les bustes des savants illustres placés à l'ombre des arbres qu'ils ont naturalisés sur notre sol ; il intéresse même par les légendes poétiques dont son histoire est ornée, et il assure à Richer de Belleval la

reconnaissance de noire ville, fièrede posséder un pareil établissement. Sa beauté est un nouveau droit aux faveurs qui doivent le maintenir au rang exigé par les progrès des sciences. Remercions à ce sujet nos autorités locales pour leur sollicitude , et surtout M. le ministre de Tinstruction publique^ dont la munificence pourvoit, en ce moment même, à de nouveaux et utiles embellissements.

Cent ans se sont écoulés, non sans gloire pour TËcole qui fut aussi un des rayons de Tauréole intellectuelle du grand siècle, et nous trouvons à inscrire dans le cadre qui nous occupe un des hommes qui ont le plus réellement honoré la ville de Montpellier. Lapeyronie ne fut pas seulementun chirurgien éminent, son nom ne se borne pas à indiquer une glorieuse étape dans le développement de la belle science inaugurée à Montpellier par Guy de Chauliac et qui aboutit à Delpech : ce fut un grand co&ur, un . caractère généreux, et son passage fut signalé par des actes où le génie de la vertu ne brille pas moins que celui de la science. Né à Montpellier en 1678, sa carrière fut marquée par une série de succès trop soutenus pour n'être que le produit de circonstances heureuses. Gomme il ne saurait entrer dans notre plan de tracer une biographie, bornons- nous à rappeler ce que Vart et rhumanité durent à notre illustre compatriote, depuis le moment où, devenu, à Montpellier, professeur brillant et chirurgien consommé, sa réputation le fît appeler à la cour, à côté de ses collègues Ghirac et Chicoyneau. Dans un milieu et à une époque où les degrés de la hiérarchie sociale étaient rigoureusement tracés, Lapeyronie sut les faire disparaître par la dignité naturelle de son caractère. Des lettres de noblesse que, pour la pre*

mièrefois, un roi couféraît h un chirurgien, indiquent assez quelle impression il avait dû produire. Jamais praticien n^avait exercé un empire aussi complet sur ceux qui possèdent souverainement le commandement et l'empire. Gréé chevalier par la reconnaissance du pape Clément IX, il obtint, dès son arrivée à Paris, la confiance et Vafiectlon'du régent, il donna ses conseils au czar Pierre I", qui visitait alors la France; il devint le tuteur médical de Louis XV, dont il absorba plus tard Vamitié, non à son profit personnel, mais k celui de son art. Appelé dans les cours étrangères, il y fit honorer la chirurgie, qu'il représentait avec tant de distinction. Le duc de Lorraine ayant reçu ses soins, on fit frapper dans sa capitale deux cents jetons en or portant à la fois les armes de Lapeyronie et celles de la ville de Nancy, heureuse de lui devoir la vie de son souverain. Recherché des puissants de Tépoque, Lapeyronie ne vit s'effacer aucune de ses vertus au contact dissolvant de la prospérité. Son âme compatissante recherchait avec désintéressement les souffrances obscures, et, pendant que les plus hautes faveurs le poursuivaient, pour ainsi dire, il s'y dérobait pour recueill ir dans son domaine de Marigny de pauvres riialades qu'il soignait de ses propres mains.

Jaloux de la dignité de l'art chirurgical, il employa tout son crédit à l'affermir sur des bases scientifiques, à perfectionner son enseignement, à le dégager de ses indignes alliances et a effacer les traces des rivalités ridicules qui divisaient alors les médecins et les chirurgiens. A son instigation, Louis XV signa un édit portant qu'à l'avenir tout chirurgien devrait être lettré. C'était d'un seul mot émanciper .une moitié de la plus utile des professions, et lui préparer, au profit de la

société, une métamorphose rendue nécessaire par rabaissement relatif que la chirurgie avait éprouvé sous Louis XIV et que ce roi lui-même avait eu à regretter. Mais Tœuvre capitale de Lapeyronie, son œuvre à la fois libératrice pour la profession et progressive pour la science, fut la fondation de TAcadémie de chirurgie. La science, jusqu'alors fruit d'efforts isolés et souvent stériles parleur isolement même, se développa dans des proportions inconnues. Les noms les plus éminents surgirent et brillèrent. Tout ce que pouvait fournir Tesprit d'association dans une compagnie qui comptait parmi ses membres les Quesnay, les Maréchal, les Louis, les Petit, les Morand, se produisit avec Tautorité de ces noms illustres et surtout avec l'autorité du progrès luimême. La face de la chirurgie fut changée : l'impulsion heureuse se transmit à la France et à l'étranger; chaque mémoire publié signalait pour ainsi dire une observation ou une découverte nouvelle. C'est à dater de ce moment, et sous l'impulsion de Lapeyronie, que la chirurgie est entrée dans cette voie prospère où elle est encore aujourd'hui. Depuis sa fondation jusqu'en 1793, nulle société savante n'avait mis plus d'activité au service de plus d'idées progressives et n'avait mieuic réussi à atteindre son but.

Lapeyronie n'a pas été seulement un Mécène de l'art chirurgical: il l'a cultivé en écrivain et en praticien. Les mémoires académiques de l'époque renferment de nombreux travaux de lui sur la physiologie expérimentale et sur la thérapeutique chirurgicale. Son nom est mêlé à une foule de questions, et si le temps ne lui a pas permis de composer des ouvrages étendus, du moins il a pu consigner ses idées dans des travaux partiels et originaux, source ordinaire de la vraie science. Toutefois, Tesprit

pratique dominait chez Lapeyrooie : ferme et cepeDdant sensible, hardi sans témérité, prompt dans Faction sans que ce fût aux dépens de la sécurité, possesseur de ressources personnelles que l'instruction développe sans pouvoir les donner, il avait atteint comme chirurgien les limites de son art.

A ces qualités admirables se joignait, chez lui, une aptitude organisatrice qui ne s'est nulle part manifestée d'une manière plus heureuse que dans ses fonctions de chirurgien d'armée. — Prédécesseur des Ravaton, des Percy, des Larrey, il a été l'un des créateurs de la chirurgie militaire moderne. Formé, dès sa jeunesse, sous les drapeaux du maréchal deYillars, aux devoirs de chirurgien d'armée, il en apprécia l'étendue avec plus d'autorité dans les diverses campagnes où il suivit le roi Louis XV, et surtout dans la glorieuse campagne de Flandre, qui se termina, en 1745, par la bataille de Fon* tenoy. Sa présence, comme celle d'A. Paré, ranimait le courage du soldat. Il visitait et installait les hôpitaux, réformait les abus, exécutait lui-même les opérations difficiles, répandait partout Tordre et l'activité, et diminuait ainsi là morlalité qui fait si chèrement acheter les victoires. — Avoir été le modèle et presque le créateur de ce type éminemment français qu'on nomme le chirurgien militaire sera toujours un des titres de Lapeyronie à notre reconnaissance. La guerre de Grimée n'a-t-elle pas révélé, de nos jours, les services de ceux en qui sont réunies les qualités du guerrier et du médecin ? Lorsqu'après avoir applaudi à la valeur des armées, on se replie sur les drames plus intimes de leur existence pour y chercher comment on les conserve, on retrouve, à côté de la discipline, le complément tutélaire de l'art chirurgical. Sur le champ du combat , dans les

ambulanoM^ dans les hôpilaaxi la cbirurgian militaire^ s'oabliant lui*inéme, brave la mort pour conserver la vie da soldat, s'éteint sans murmure et même sans gloire, sous les étreintes du typhus ou du choléra, et sait prodiguer à la fois son arl, son abnégation et son courage. Lapeyronîe mourut en 1747. Naturellement ennemi du luxe et de Tostentation , il n'avait pas prodigué sa fortune en brillantes superfluités : il la destinait à un noble usagOé Sa dernière pensée fut pour la science, pour la ville oiiil avait reçu le jour et pour l'Ecole dont il avait été l'élève. Le testament de Lapeyronie le dévoile tout entier. Après quelques dispositions à l'égard de sa famille, Lapeyronie lègue sa bibliothèque et une partie , de ses biens à la communauté des chirurgiens de Paris, l'autre moitié à la communauté des chirurgiens de Montpellier; il consacre les revenus de sa terre de Marigny à fonder un prix annuel que doit décerner l'Académie de chirurgie ; il établit une belle dotation en faveur du secrétaire de cette Académie ; il étend la même libéralité aux démonstrateurs du collège de chirjurgie établi à Paris ; crée pour Montpellier un enseignement du même ordre, pourvoit aux appointements des professeurs, leur cède deux maisons qu'il possède à la Grand'Rue, veut qu'on* élève sur leur emplacement un amphithéâtre monumental, et, pour que rien ne manque à la beauté et à la destination de l'édifice, il ajoute une somme de cent mille francs pour aider à sa construction. Cet édifice, un des plus beaux ornemants de la ville, dont il occupe le centre, fut élevé sur les plans de rbabile architecte Giral. Il se fait remarquer par sa façade d'un style sévère, par une belle colonnade intérieure, et surtout par son ancien amphithéâtre, dont la base octogone est surmontée d'une élégante coupole.

L'édîBce St-Gôme, autrefois consacré à la chirurgie, esi bien loin de son premier usage : on y a installé la bourse et le tribunal de commerce. Lapeyronie ayaît compté sans la Révolution; mais il n'en a pas moins laissé un monument qui porte assez haut sa gloire. Il a rendu à la science les richesses qu'il avait reçues d'elle , et celte restitution, qui s'ennoblissait par le but, révéla un grand citoyen à la ville de Montpellier.

Voici un nom plus modeste, qui n'a guère été remar-^ que que dans la docte cité , mais où il a du moins laissé le souvenir d'une e&istence honorée. Haguenot a mérité à la fois la reconnaissance de TËcole et celle des pauvres, dont il fut le bienfaiteur. C'était un de ces graves médecins du dernier siècle, tel que nous les dépeignait la tradition de nos pères, avec tous les attributs de cette autorité, à la fois austère et touchante, dévolue aux prêtres de l'art salutaire. Né dans une famille médicale, à la fia du XVU' siècle, Haguenot faisait présager, dès sa jeunesse, tout ce qu'on pouvait attendre d'une raison précoce et d'aptitudes pratiques déjà dessinées. Il avait à peine vingt ans, que Chicoyneau, celui-là même qui, en 1720, se signala par son dévouement dans la grande peste de Marseille, le faisait admettre dans l'Académie royale des sciences de Montpellier, fondée par Louis XIV en 1707. C'est dans les mémoires de cette compagnie, dont M. le conseiller Castelnau nous a laissé une intéressante histoire, que les principauK travaux d 'Haguenot ont étépubliés, travaux presque tous relatifs à l'hygiène publique, dont il fui un des inaugurateurs. Je me bornerai à citer son travail sur le danger des inhumations dans les églises. Haguenot avait précédé Guyion de Morvean dans l'examen de cette question, et avait pris texte d'un

grave accident de méphitisme survenu dans une église de Montpellier pour oblenir qu^on renonçât à multiplier les tombeaux dans les édifices religieux. Jean-Jacques Rousseau a dit de l'hygiène qu'elle est moins une science qu'une vertu. Elle est du moins, dans beaucoup de cas, ralliée naturelle de la vraie philanthropie. Haguenot la comprenait ainsi lorsqu'il faisait un digne usage de sa fortune pour agrandir, aérer et multiplier les salles de l'hôpital Saint-Eloi. A l'époque môme où l'abbé de St- Pierre introduisait dans la langue française le doux nom de bienfaisance, qui lui manquait, l'ancien professeur de Montpellier savait la pratiquer sous le nom chrétien de charité. Par ces largesses de son vivant et par une donation testamentaire, les hôpitaux de notre ville reçurent de nouveaux malades dans des locaux assainis , et ce bienfait, dont le pauvre seul pouvait alors profiter , annonçait déjà des services pour la science, car les institutions cliniques allaient être bientôt créées et devaient bénéficier de la munificence du donateur. Ajoutons, pour honorer la mémoire d'Haguenot, qu'il fut le fondateur de notre admirable bibliothèque. Il voulut d'abord que sa belle collection de livres fût mise à la disposition des élèves, et rien ne lui parut plus naturel que de placer à l'hôpital même, à côté des maux qui affligent Tcspèce humaine, le dépôt des ouvrages où l'on enseigne à les guérir. Plus tard, cette bibliothèque a été transférée à l'Ecole de médecine, où elle a pris des proportions qui en font un établissement modèle. — Haguenot fut le trait d'union entre Lapeyronie et une grande et nouvelle illustration.

En 1734, Barlhez naissait à Montpellier, d'une famille originaire de Narbonne. Ce professeur a longtemps personnifié TEcole. Il a été du moins celui qui a imprimé la plus forte trace sur le sol médical de notre ville, à laquelle il se rattache encore par le souvenir qu'il lui a légué, et qui nous permet de faire paraître dans la galerie des bienfaiteurs de l'Ecole son nom si souvent célébré et à des titres si divers. Reçu docteur à dix -neuf ans, après de fortes études littéraires et scientifiques, Barthez se rendit à Paris, où la nature de son talent le fit bientôt remarquer. Son premier succès fut un succès littéraire. Il fut couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans un concours où le sujet de la question se rappoftait à d'anciens problèmes historiques. Mais les lettres ne purent l'arracher à la médecine, et dès qu'il exerça celle-ci ce fut en observateur et en maître. Envoyé en Normandie pour étudier l'épidémie du Gotentin, il en fit une description que n'e&t pas désavouée Baillou. L'année suivante, ayant accompagné l'armée dans la campagne de Westphalie, il étonna le célèbre médecin WerlhofiF, qu'il avait eu l'occasion de connaître, par la précocité de sa valeur médicale. Revenu à Paris, et déjà apprécié comme i! le méritait, il collabora au Jouriial des savants et à V Encyclopédie j et forma d'illustres amitiés , qui suffiraient pour faire juger ses aptitudes. D'Alembert , Malesherbes et Falconnet furent surtout les hommes dont il sut mériter et conserver l'attachement. On voulait le retenir dans la. capitale ; mais Barthez avait conservé sa prédilection pouf le premier théâtre de ses études, où l'appelait peut-être le pressentiment de sa future célébrité. 11 vint concourir à Montpellier pour la chaire d'Imbert, subit ses épreuves avec une incontestable supériorité,

et prit ainsi possession d^une tribune pour ses idées. Quelques oppositions, suscitées par son caractère, ne pouvaient attiédir son ardeur : bientôt il ne connut plus de rival.

Chargé d^enseigner la médecine dans un lieu déjà si profondément médical , Barlhez sentait en lui la puissance de sonder les grands problèmes de la science et de la faire reposer sur des bases plus fortes. Son moyen de réforme fut l'introduction de la philosophie inductive dans la médecine. Hippocrate l'avait déjà appliquée , on sait avec quelle autorité, aux faits médicaux de son temps. Cette méthode, rajeunie par Bacon, qui en avait fait un nouvel instrument de progrès , un novum organtim comme il s'exprime lui-même, %t qui, sous l'impulsion de Newton , avait communiqué à la physique et à Tastronomie un essor si nouveau , parut à Barlhez le meilleur moyen de tirer la médecine du joug des théories où elle se débattait et de la remettre dans le courant naturel des progrès dont les sciences physiques et naturelles donnaient l'exemple. Mais n'est-ce pas une entreprise périlleuse pour celui d'entre vous qui , par son application habituelle à l'étude des faits concrets, a le moins de droit pour aborder la métaphysique médicale devant des collègues à qui elle est si familière , de réduire aux proportions d'un simple énoncé la doctrine abstraite du vitalisme ? Cependant, comment parler de Barthez sans rappeler son titre principal de gloire? Le grand maître osa donc déclarer l'inanité des systèmes en vogue : les théories mécaniques de Boerhaa ve, dernier débris du cartésianisme physiologique , l^animisme stahlien, dont l'importation réduisait le domaine des faits médicaux et annulait la thérapeutique ; les vues étroites de Cullen sur le solidisme, Thumorisme gaiéni-

— Sta —

que vaioeme^^t rajeuni par chimie , alor^ iaipuisiMiiie , ne pouvaient satisfaire Teaprit e&igeant de Barlhez. H voyait avec peine FEcole de MoDlpeUier, elle-méaie , malgré sa fidélité aux traditions hippocratiques, envahie et divisée par les opinions régnantes. Lui seul eut la force de traîner le char de la science sur ce terrain inégal et de le ramener dans une direction plus sûre et plus féconde. Empruntant à U philosophie naturelle le principe d'après lequel des phénomènes radicalement différents doivent relever de forces différentes , il éta-^ blit nettement que la vie est distincte de la matière et de l'âme , qu'en conséquence l'agrégat vivant est soumis à l'empire d'une force spéciale. Celte force ou principe de vie domine les faits d'une science placée , pour ainsi dire, entre la psychologie et l'anatomie. La physiologie ou science de la vie fut ainsi ramenée dans ses véritables limites; Barthez lui avait appliqué Tédit d'Auguste : de coercendo intrà fines imperio. L'homme devint le sujet de trois sciences principales : celle qui fait coupaitre sa structure ; celle qui recherche et explique les faits qui tiennent à la vie ; celle , enfin , qui dévoile les facultés et les opérations de l'âme.

A Barthez revient le mérite d'avoir vu l'homme complet, non pas seulement en naturaliste, en psychologue, ni même exclusivement en physiologiste , mais de l'avoir envisagé sous toutes ses faces, d'avoir fait pour lui ce que M. de Humboldt, l'auteur du Cosmos , fait aujourd'hui pour le monde entier, de manière à montrer la riche harmonie de ses forces , le rôle isolé et la concordance du dynamisme multiple de l'être humain, et d'avoir caractérisé ainsi le génie complexe de la science dont il est le sujet. Hemslerhuys élevant, par une comparaison hardie^ sa conception de la nature, disait : a Ce

n'est pas une machine , c^est un poëme. » Tel est aussi rbomme de Barthez, c'est-à-dire une action ayant une marche et un but déterminés , sous la conduite de divi« nités secrètes qui sont ^intelligence et la vie.

Une formule à la fois si simple et si hardie, et qu'on dégage sans peine de tous les écrits de Barthez, depuis VOratio de principio vitali hominis jusqu'aux Nou-veaux Éléments de la science de V homme , n'était pas seulement une conquête du domaine théorique; nulle doctrine médicale n'est descendue plus profondément dans les détails de l'application et n'a porté plus de lumière et de services dans la médecine pratique. Barthez ne l'a pas seulement prouvé par ses succès personnels dans l'art de guérir, mais par les écrits où il aborde les questions de thérapeutique. Sa distinction des méthodes analytique, naturelle et empirique, n'est-elle pas un fil conducteur pour le praticien? Ses vues sur les forces radicales et agissantes, les règles du traitement des fluxions, les lois de la dérivation et de la révulsion, la part quil faut faire aux dispositions générales de l'organisme et leur influence sur les maladies locales , le jeu des sympathies et des synergies mis en rapport avec les phénomènes des maladies, forment un ensemble toujours présent à l'esprit du véritable praticien ; et plus la médecine s'éclaire par de nouveaux faits , plus on s'assure que ces acquisitions scientifiques rentrent dans le domaine du vitalisme large et tolérant de Montpellier.

Exposée dans les ouvrages de Barthez dans un style vigoureux et expressif, sacrifiant la grâce à la concision, répandue avec plus d'abondance dans des leçons qui faisaient de tous ses élèves autant d'admirateurs et de propagateurs de ses idées, la doctrine de l'éminent professeur eut un succès mérité. Elle ne larda pas à se répandre

dans toute TËurope savante. Metzger et BlumeDbach renseignaient en Allemagne; Hureland, en Prusse ; Hunter, sans rendre justice à Barlhez, la répandit en Angleterre et rimporta dans la chirurgie, en renrichissant des données delà physiologie expérimentale. Elle eut de nouveaux adeptes en Italie et en Espagne ; elle acquit, surtout en France, une vogue immense , et Barthez se vit bientôt environné de gloire et d'autorité.

Plus de trois quarts de siècle se sont écoulés depuis la première formule donnée par Barthez à sa doctrine. A quel faux système a- 1- il été permis de régner ainsi sur les esprits , et n'est-ce pas déjà une preuve de vérité que ce culte durable qui lui est réservé à travers les nouveaux progrès de la science? Plusieurs fois attaqué au nom des espérances données par la physique et la chimie, le vitalisme fait aujourd'hui d'honorables et significatives recrues parmi les hommes qui cultivent ces sciences. Ses adversaires lés plus passionnés, les adeptes de l'école de Broussais , après avoir soutenu pendant près de trente ans, contre Montpellier, une guerre sans trêve, n'ont-ils pas eux-mêmes désarmé en présence de la persévérance de la moderne Gos? et ne faudrait-il pas manquer de clairvoyance pour méconnaître les progrès tacites ou éclatants que les idées de Montpellier font aujourd'hui à Paris? L'esprit médical de notre Ecole reparaît à côté des richesses de l'ob servation contemporaine, et les conquêtes partielles qui font tant d'honneur à notre grande rivale ne sont que plus solides en se laissant pénétrer par le dogme vivifiant de Montpellier.

Il paraîtrait peut-être hors de notre sujet de ranger Barthez au nombre des bienfaiteurs de l'Ecole pour lui avoir donné, au lieu d'une richesse matérielle, une doctrine, un

iegft ÎDtelIeduel. MaismUe doctrioe n^esUellepas daveaue la propriété patrimoniale de l'Ecole I II faut du moins reconnaître qu'elle a attiré des élèves pour recueillir ses enseignements^ qu'elle a appelé dans nos murs de nombreux malades réclamant des conseils éclairés par sa sage influence. Elle a groupé pour sa défense et sa propagation des apôtres fervents, alliés parTesprit, formant école, faisant irradier son action salutaire. Elle a excité des talents qu'un stimulus moins puissant eût peut*être laissés improductifs. Elle a occupé enfin l'existence scientifique tout entière d'un maître qui est une de nos plus chères illustrations. Chacun a nommé M. Lordat, le vénérable patriarche de notre école , l'héritier, le fils adoptif de Barthez, qui, pendant un demi^siècle, n'a eu d'autre occupation que d'affermir , d'étendre, d'orner cette doctrine, de l'implanter dans l'esprit de ses élèves, de la faire accepter par les médecins de son temps , et qui vivra assez pour être, comme Fontenelle, le contemporain d'une postérité qui l'honore.

Barthez a mérité, du reste, notre reconnaissance par le don qu'il a fait à l'Ecole de sa riche bibliothèque. Il aimait passionnément les livres; dès son enfance, il les recherchait avec avidité. C'étaient les jouets de sa jeune intelligence avant d'en devenir l'appui et la source. Toute sa vie, il les recueillit en bibliophile, pendant qu'il se les assimilait en savant. Il forma ainsi cette belle collection de près de six mille volumes, qui est, pour la bibliothèque de laVacuUé, ce que la bibliothèque d'Alfieri est pour celle de la ville, une sorte de fortune historique. On ne peut parcourir ces livres précieux sans être saisi d'une sorte de respect en lisant tant d'annotations m,arginal0s tracées par la main de Barthez luimême, non-seulement sur les livres de médecine; mais

snr des ouvrages littéraires écrits en langues tKverses ; et cette recherche nous explique la prodigieuse instruction de BartheZ; qui était versé dans la connaissance approfondie de Tantiquité ; dont la mémoire souple et vaste montrait y comme celle de Mezzofante, une étonnante réceptivité pour les langues, et qui croyait n'avoir rien appris tant qu'il lui restait quelque chose h apprendre. Dans une aussi belle intelligence, la science ne pouvait exister avec ses aridités. Le sentiment poétique illuminait cette association si vaste de faits et d'idées, et Ton n'a pas été surpris de trouver après sa mort, parmi ses manuscrits, un ouvrage inachevé sur le Beau. — Après une vie exclusivement consacrée à l'étude , premier plaisir et dernière préférence des esprits supérieurs, Barthez couronnait sa carrière par l'examen de l'esthétique, aspiration platonicienne qui voit dans le beau la splendeur du vrai.

A l'époque où l'Ecole florissait par l'élan médical que Barthez lui avait imprimé , un de ses professeurs, après avoir enseigné avec éclat la chimie, après avoir fondé à Montpellier des industries prospères, allait rendre à son pays des services dignes du nom de Napoléon , qui avait deviné ses aptitudes administratives. C'était Ghaptal , l'un des personnages historiques de l'ère impériale, qui , parvenu aux plus hautes dignités par les sciences, allait employer à les protéger le pouvoir qu'il tenait déciles. Ce fut un grand honneur pour l'Ecole de Montpellier de voir un de ses membres passer d'une de ses chaires au gouvernement de l'intérieur et de l'instruction publique, et ce fut surtout un sujet de satisfaction quand elle le vit, résistant aux enivrements du pouvoir, reporter vers elle ses souvenirs et

-~ 28 — les traduire en bienfaits. Pendant les quatre années de son ministère^ qui avait commencé en 4800 , Ghaptal se montra animé d'une constante sollicitude pour le bien public. La science de Téconomie politique, dont le chirurgien Quesnay avait été un des fondateurs dans le siècle dernier, lui était familière et se renforçait de toutes les applications économiques de la nouvelle chimie , si féconde à cette époque sous Timpulsion de Berthollet, de Fourcroy et sous la sienne propre. Ghaptal protégea le commerce par la science. Des encouragements furent accordés aux arts et à Tindustrie; il créa des enseignements pratiques au Conservatoire des arts et métiers, agrandi par ses soins ; les revenus des hospices furent augmentés; par ses instructions et l'activité émanée de son ministère, la découverte delà vaccine fut vulgarisée. On reconnaissait dans tous ses actes le législateur éclairé et souvent inspiré par le médecin. A ce dernier titre, il ne pouvait oublier la Faculté de Montpellier, et il le prouva par le soin qu'il prit de perfectionner sa réorganisation et son enseignement, aussi bien que par les sacrifices personnels qu'il s'imposa dans le but d'agrandir ses bâtiments et d'accroître ses collections. L'amphithéâtre où nous sommes réunis fut construit à l'aide de sa fortune privée , en même que par l'intervention de l'Etat. Son buste en marbre , sculpté par l'habile ciseau de Gomoli , rappelle en ce lieu même notre reconnaissance, et l'inscription qui le surmonte atteste l'acte généreux de Ghaptal : Impensâ publicâ suâque fierijussit. — L'amphithéâtre de chimie , le Jardin des Plantes , la bibliothèque portent des traces de sa munificence ; enfin, c'est à sa faveur que nous devons le buste d'Hippocrate, rapporté du Vatican comme un souvenir de victoire et que le premier consul donna à la moderne Gos , comme

sil le reDdait à sa patrie: « Olim CoUs , nunc Monspeliensis Hippocrates ». Une séance publique eul lieu pour l'inauguralion de ce chef-d'œuvre de l'art grec, et ce fut pour Barlhez roccasion d'un discours admirable sur le génie d'Hippocrate. Avec le concours de Ghaptal, on construisit encore la salle des Actes, où ce buste est religieusement conservé , et où deux autres images ^emblématiques, celles d'Esculape et d'Hygie , sculptées en marbre par Dejoux , attestent aussi les libéralités de Tancien ministre. La Faculté, ne voulant rien perdre de la gloire quMl reflétait sur elle , se l'attacha comme professeur honoraire, et sera toujours fière d'avoir vu sortir de son sein un homme qui fut à la fois un savant illustre, un administrateur habile , un citoyen généreux.

Il y a environ trente ans, dans les derniers jours de la Restauration et sous le décanat de M. Lordat, la Faculté reçut une donation dont elle fut particulièrement touchée. Elle provenait d'un de nos concitoyens, passionné pour les beaux-arts. M. Xavier Atger, beaufrère de l'ambassadeur Bonnier d'Alco , dont le nom avait douloureusement retenti sous le Directoire par sa fin tragique à Rastadt, s'était trouvé dans des circonstances assez favorables pour réunir une collection de dessins au crayon, à la plume ou au lavis, tracés par de grands maîtres. Cette collection, qui ne comprend pas moins de trois cents tableaux sous verre, se recommande par une circonstance qui donne plus de prix à sa valeur artistique. Elle contient, en effet, une réunion spéciale de dessins composés par les peintres célèbres du midi de la France, et peut ainsi servir à l'histoire de Fart dans nos contrées.

11 me paraîtrait hors de propos d'énumérer les œuvres

brillantes qui composent celle collection. Il me suffira de rappeler qu'elle a été très-apprécîée par ses nouveaux possesseurs. Les services que le dessin et la peinture peuvent rendre à la médecine ne se rapportent pas seulement à l'art de reproduire les sujets d'analemie ou d'histoire naturelle médicale. La peinture , dans son but le plus élevé , peut prétendre à représenter autre chose que des détails d'observation physique, c Les arts ne sont tels , a dit récemment M. Cousin, qu'autant qu'ils expriment l'idée cachée sous la forme, et s'adressent à l'âme à travers les sens, d C'est ainsi que les grands peintres et surtout Raphaël, Poussin et notre Sébastien Bourdon ont compris la haute destinée de l'art qu'ils ont illustré. Qui pourrait soutenir que V École d' Athènes j de Raphaël ; que les Sacrements , du Poussin, et les sept Œuvres de miséricorde, de Bourdon, ne sont que des représentations où le sujet sert de pré* texte aux enchantements de la forme et de la couleur ? Le véritable appréciateur y découvre aisément la leçon, l'idée abstraite et profonde révélée par le geste, la pose, l'attitude, le choix et le groupement des personnages, et, quand on est familier avec ce noble langage qui s'écrit avec le pinceau et le crayon des artistes supérieurs , on convient sans détour que la philosophie , la morale et les principes généraux des sciences sont encore du domaine de la peinture. Une collection du geare de celle que nous devons à M. Alger est donc bien placée chez nous, et professeurs et élèves peuvent admirer, dans les sujets qui la composent , l'union intime de l'art et de la science, s'exercer dans la compréhension de cette langue artistique formulée par des chefs-d'œuvre, et s'habituer à dégager la médecine de ses dehors vulgaires pour retrouver encore ses ensei^ements sous le pinceau des grands mattres.

Dans celte éDoméraiion des largesses faites k la Facalié, noos ne saiirioos oublier celles qai nous ont tsIu notre nouveau Conservatoire. L'art médical est trop complexe pour ne considérer que les choses de Tesprit. L'enseignement de cet art n'est complei que lorsque les faits qui lui appartiennent peuvent être en même temps présentés dans leur réalité matérielle. Aussi, concurremment avec la stimulation de Tintelligence au moyen des bibliothèques et des leçons verbales, faut-il exercer les sens par des collections scientifiques. Les musées d'anatomie normale et pathologique, les collections d'histoire naturelle et de matière médicale, les produits chimiques, les appareils de physique, les instruments de chirurgie et en général toutes les ressources qui révèlent un fait utile par son côté objectif, doivent faire essentiellement partie des moyens d'instruction. Un pareil assemblage sert à montrer combien la science est grande^ même dans les petites choses, selon l'expression de Pline; il sert aussi à la faireaimer en rendant ses abords faciles, et à la faire comprendre en frappantlès sens pour mieux atteindre l'esprit. Or une réunion d'objets si nombreux et si divers ne peut être ni l'œuvred'un journi celle d'un seul homme; elle est le fruit du temps et du zèle. On n'a point à volonté des idées originales, une doctrine féconde ; on n'a point à volonté des collections matérielles immenses et dignes de l'idée philosophique dont elles sont la représentation morte. L'Ecole, assez heureuse pour avoir cré^ les idées, a été aussi assez favorisée pour posséder ou recevoir les pièces qui servent à leur démonstration. Elles se composaient des sujets provenant du musée de Fontana , qui avait sculpté la cire avec un art digne de Florence, patrie die la belle sculpture ; d'une remarquable collée-

lioD ichthypiogique et de beaucoup de sujets rapportés des voyages d'Â. Broussonoet ; d'admirables pièces dues à Delmas, qui avait atteint et surpassé Tbabileté de Laumonier, son premier mattre; d'un nombre immense de pièces d'anatoroie humaine et comparée , normale et pathologique, dues en grande partie au zèle persévérant du professeur Dnbrueil. Mais ces collections , éparses et cependant précieuses , étaient dispersées sans ordre dans tous les locaux de la Faculté ; leur intégrité était menacée, leur conservation devenait impossible. Un musée, destiné à Texhibition de ces maiérjaux négligés et stériles , était indispensable. La Faculté réclamait avec instance un local modeste; un ministre généreux lui accorda un monument magnifique, trop peu connu, trop peu visité par les habitants de notre cité. L'Ëcole de Montpellier ne doit pas être ingrate envers M. de Sal-vandy, le défenseur du caractère de notre profession , le promoteur d'une réorganisation désirée, l'appréciateur des doctrines scientifiques de Montpellier. Salvandy , comme Chaptal , a des droits que ne peut méconnaître la science, qui poursuit son œuvre et paye ses dettes à travers les vicissitudes politiques.

Nous venons de retracer des actions louables ; ces actions, nous les avons recueillies dans la vie d'hommes qui , pour la plupart , ont agrandi la science par leurs travaux ; TEcole, la ville de Montpellier, ont profité des bienfaits qu'ils ont répandus dans une large mesure, bevons-nous réduire à une admiration muette les sentiments qu'ils nous ont inspirés ? Je crois devan cer la pensée de tous en proposant une récompense posthume à deux de ces nobles caractères.

On a eu l'idée grandiose de faire écrire l'histoire de

France par les beaux -arts. La peinture et la sculpture remplaçant, cette fois, les couleurs de la poésie el le mâle burin derhistoire, ont élevé, à toutes les gloires de notre pays, le monument le plus expressif et le plus Doublement conservateur. C^est à Versailles que se trouvant réunis tous ces récits, figurés ou plastiques, qui consacrent les grandeurs de la patrie. Tout un peuple de héros y revit sur la toile ou dans le marbre ; tout ce qui a été grand par Tépée, par la pensée, par Téloquence, par les vertus ou la science, se presse dans ces galeries jadis royales, mais aujourd'hui asile de tous ceux qui rnéri*tent de la France, car la souveraineté du pouvoir y a été remplacée par celle du génie. Indépendamment de ces apothéoses dont le palais de Versailles est le théâtre, la ville de Paris décerne avec prodigalité ses louanges im-> mortelles à toutes les célébrités du pays. Le nouveau Louvre, Thôtel de ville, les places publiques, offirent aux regards les images vénérées qui font vibrer les cmurs« La France, à l'imitation de sa capitale, consacre aussi son admiration aux célébrités locales en leur élevant des statues. Nos grandes cités et même les humbles villes se parent de ces trophées ravis à Toubli. Notre ville de Montpellier pourrait-elle être la seule en arrière dans ce grand mouvement de reconnaissance publique ?

Elle s'occupe, il est vrai, d'ériger une statue, non à un de ses enfants, mais h un citoyen qu'elle a adopté, et qui, développant ane idée éclose à Montpellier même, dans rimaginaiioo créatrice d'Arnaud de Villeneuve, s'est signalé par une invention pratique importante, Edouard Adam, l'heureux protégé de l'opinion, a doté les pays viticoles d'une nouvelle source de richesses par son appareil distillatoire. Sachons reconnaître que, par le temps où nous vivons, l'avènement de tous

aux biens de rexisteoce est un progrès social qui a pour condition Taugmenlation delà richesse publique, et honorons sans détour ceux qui travaillent à ces questions et ceux qui y comme Edouard Adam, savent les résoudre par une utile invention. Mais les représentants des intérêts intellectuels et moraux, ceux qui donnent satisfaction à des besoins plus élevés et non moins ardents que la soif du bien-être, n^ont-ils pas des droits égaux, sinon supérieurs, dans notre reconnaissance, et n'est-ce pas dans cette enceinte, où, mieux qu'ailleurs, on comprend les grandes aspirations de Tâme, que Ton doit honorer ceux qui savent et les solliciter et les apaiser ?

Parmi les hommes distingués par leurs généreuses pensées dont j'ai mis la suite sous vos yeux, il en est deux dont il faut surtout rappeler les services. Tous deux nés à Montpellier, dont ils sont l'honneur, ont atteint le degré le plus élevé de la considération ; l'un représentant la chirurgie dans son œuvre d'émancipation et marchant dignement à la conquête de la vraie science , l'autre représentant la médecine assise sur les bases les plus solides et s'élevant jusqu'aux régions sereines de la philosophie ; le premier devançant Monthyon dans ses libéralités envers les sciences, le second accroissant leur domaine par le tribut direct de son génie ; Lapeyronie laissant à sa ville natale un monument qui la décore , Barthez lui laissant une doctrine qu'on peut appeler aussi un monument. £n eux se révèle la personnification la plus expressive de ce qui dislingue Montpellier entre tontes les villes, l'art médical. Avec de pareils services, Lapeyronie et Barthez n'ont- ils pas mérité que leur mémoire soit consacrée par le marbre ou le bronze ?

Cette récompense tardive sera à la fois une justice et un heureux exemple. Honorons l'émotion sublime qui

pousse les graûds hommes à travailler à leur însQ pour l'immortalité. Leorooeor bat pour on bonheur idéal, qui traTerse et illumine comme un édaîr 1 obscurité de notre existence. Le talent, qui tient par ses racines à ce qu'il y a déplus divin dans rhomme, estenchaioé dans notre carrière si courte , et grandit par le vague espoir de se survivre. Il est une manière d'assurer cette survivance à ceux qui ont mérité au moins de durer dans notre mânoire : c'est d'éterniser le souvenir de leur image. Que Lapeyronie et Barthez reçoivent cet honneur, qu'ils n'ont point ambitionné, mais qu'ils ont conquis I

Ce genre de témoignage envers les hommes qui se sont imposés à l'admiration de leurs contemporains ou de la postérité est une sorte de tradition universelle. On sait quel respect l'antiquité professait pour ses grands citoyens. C'est à ce culte que nous devons les chefsd'œuvre de l'art statuaire , qui ont iiùmortalisé à la fois et le sculpteur et le héros. Puisque notre nouvelle civilisation reproduit encore ces types heureux dont l'exemple nous enflamme , imitons aussi l'antiquité dans ses élans inspirés et respectueux. Que l'influence des élus du génie soit rendue plus durable, et que leur image soit une excitation perpétuelle à les imiter ou à les surpasser. Virorum illustrium imagines incitamenta animi^ disait le philosophe romain qui , par ses vertus , mérita la colère de Néron. Où cette belle pensée pourraitelle mieux germer qu'à Montpellier, terre d'élection pour les œuvres de l'esprit , qui dès sou berceau vit fleurir l'enseignement du droit et de la théologie à côté de celui de la médecine ; où la continuité des hommes éminenls en tout genre n'a pas éprouvé de lacune , et au sein de laquelle la noblesse du cœur a brillé comme celle de l'esprit, depuis le saint Vincent de Paul

du Xiy* siècle, depuis Arnaud de Villeneuve, jusqu'à Sébastien Bourdon, le grand peintre ; jusqu'à Rouoher, le chantre des Mois ; jusqu'à Lapeyronie el à Barthez , que nous proposons de glorifier ? N'est-ce pas un devoir pour la ville littéraire et scientifique, où philosophes et médecins, peintres et poëtes, saints et guerriers, administrateurs et hommes de loi, attestent une force productive en tout genre; où des académies ont brillé d'un Mai que n'atteignent pas les villes du même ordre ; où le niveau moyen de l'intelligence est rehaussé par (a ,^^

tradition et par les institutions, d'exposer (^ux yeux de |

tous les images vivantes de sa fécondité intellectuelle ? Que l'étranger, en pénétrant dans nos murs, cesse de s'étonner que la métropole scientifique du midi de la France ait été avare de son culte envers les hommes qui ont fait son illustration, et qu'en contemplant les statues de Barthez et de Lapeyronie il se sente, comme nous^ pénétré d'ardeur et de vénération.

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