‹ Des blasphèmes et imprécations [microforme]Chapitre 27 sur 36 · DEUX REMÈDES CONTRE LE BLASPHÈME · texte numérisé non relu

DEUX REMÈDES CONTRE LE BLASPHÈME

Il y avait à Paris, ua brave général qui n'avait jamais reculé devant l'ennemi, mais qui n’avait jamais reculé non plus devant un juron, et quels jurons !: Grand Dieu !. non pas à faire reculer une procession, mais presqu’à faire reculer un régiment. Ce général se fit vieux, il perdit la santé, la force, l’activité du jeune âge, mais il garda l'habitude de jurer, et cela le tourmentait, le digne homme, car il :

avait conservé dans le fond du cœur ‘des sentiments chrétiens, que l’âge et la souf-france avaient ranimés ; il voulait revenir à la pratique de la religion, et cette malheureuse habitude de blasphémer était un dernier obstacle cui le séparait encore du bon Dieu. “he :

{19 Des pLAisPHÈME

‘Sur ces entrefaites il fut atteint d’une | riolénte attaque de goutte qui le fit cruel- . Jément souffrir, et qui l’obligea à des soins

:” ‘sontinuels pendant quelques j jours. Il se

décida donc à demander une de ces saintes religieuses qui se consacrent âvec un al admirable dévouement au soin des malades, et, le soir même, une sœur de Bonsecours était installée près du vieux géaéral.

Celui-ci ne tarda pas, selon son habitude, à lâcher un gros juron, des mieux conditionnés. La bonne sœur faillit en tomber à la renverse. En fait de casernes, elle v’avait habité que son couvent, et, dans tes casernes-là, on parle au bon Dieu d’une manière un peu plus respectueuse.

Néanmoins, comme c'était une femme de tête, e lu se remit à l'instant même, et zronda le brave général comme ces saintes älles savent gronder.

‘ Que voulez-vous ma bonne sœur L dit le général un peu confus, je ne puis m’empêcher de jurer ! ! C’est ‘une habitude de trente ans, et j'ai beau faire, je ne puis m’en débarrasser.”

Allons donc !: reprit la Sœur en souciant, j'ai entendu dire, je crois, que le

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mot impossible n’était pas français, En tout cas, ce n’est pas un mot chrétien quand il s’agit d’un devoir à accomplir, Et, tenez, général, si vous voulez, mais là, sérieusement vous corriger de votre vilaine habitude de jurer, je vous assure, moi, que vous y: parviendrez. Voyons, le voulezvous !

— Eh ! certainement, je le veux.

. — Me promettez-vous de vous soumettre aux prescriptions ?

— Je vous le promets |

— Foi de général ?

— Foi de soldat !

— Eh bien, voici ce que je vous ordonne comme seul et unique remède. Chaque fois qu’il vous arrivera de jurer ou de blasphémer, vous me donnerez cent sous pour mes pauvres ? |

{ent sous par juron ! s’écria le général en bondissant sur son fauteuil ; mais vous voulez me ruiner, ma Sœur !

— Vous m'avez donné votre parole, général, répondit la Sœur en riant, et je ne vous la “ends pas. D'ailleurs, cela dépend de vous ; ne jurez pas, et vous n'aurez rien à payer.

4 Ne jurez pas | ne jurez pas ! cels est

facile à dire. Ces religieuses, ça ne doute de rien. Un joli remède que vous avez trouvé là. Vous verrez que, grâce à votre invention, il me faudra mourir à l'hôpital.”

‘Le général en dit encore danaiage - à mais il avait promis, foi de soldat.! et il n'avait plus qu'à tenir sa promesse.

A la première douleur aiguë que lui causa sa goutte, il lâcha un gros juron, selon son habitude.

‘ C'est cent sous que vous me doses pe lui dit tranquillement la Sœur.

à mettez-vous votre argent ? ”

:Le pauvre général lui montra la clef de * son secrétaire, et, tandis que la Sœur prenait la pièce de cinq francs qui. lui revenait pour ses pauvres, il se grattait la tête, et murmurait entre ses dents :

‘ Diable | j'avais déjà oublié la convention. Il faudra que j 4 fasse plus attention une autre fois.”

Une demi-heure après, seconde douleur, second juron ; mais cette fois, le, général n'alla pas jusqu'au bout et s 'arrêta tout court, à moitié chemin, en pensant aux cent sous qu'il allait encore perdre. 'Néan:

a comme le plus gros était dit, il fal-

lait, cette fois encore, payer les cinq francs convenus,

À la troisième douleur, le général, qui trouvait que dix francs perdus étaient assez pour ce soir-là, se contint si bien, qu'il commença à peine la première syllabe du fatal juron, A la quatrième atteinte, il ne dit plus rien du tout, et se contenta de joindre les mains en gémissant.

Le lendemain et le surlendemain, il lui arriva bien encore de s’oublier de temps en temps ; mais, comme chaque fois il payait cher son oubli, les jurons s’éloignèrent de plus en plus, et le quatrième jour, il ne jurait plus du tout. Il avait perdu quarante ou cinquante francs, que la bonne Sœur avait gagné pour ses pauvres, mais il était guéri de sa déplorable habitude.

Quelque temps après, il se confessa en brave soldat qu'il était, et depuis ce moment, il ne jura plus de sa vie, où du moins, si rarement et si peu, que ce, n’est pas la peine d’en parler.

Un paysan blasphémait toute la journée contre ses chevaux. Comme il se plaignait à son curé de ne. pouvoir se corriger de

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