ROYAUME DE SAXE
a. Princes de Saxe. — Les premières bractéates du duché
^e Saxe, proprement dit, ont été émises par le duc Bernard
d'Anhalt, de la ligne d'Ascanie, fils d'Albert l'Ours de
Brandebourg. En H 80, à la chute d'Henri le Lion, Bernard,
déjà comte d'Anhalt, obtint de l'empereur une partie des
États de ce dernier, et frappa monnaie comme duc de Saxe.
Pour ne point séparer les bractéates du duc Bernard, belle, nombreuse et intéressante série qui forme un tout des plus homogènes, nous les décrirons toutes ici, bien que les premières aient été frappées par lui comme comte d'Anhait, de 1170 à 1180, et les autres comme duc de Saxe, depuis cette époque jusqu'à sa mort.
Revenons en quelques lignes sur les origines si importantes des ducs de Saxe de la maison d'Ascanie.
Albert TOurs, d'Anhalt ou d'Ascanie, comte de Ballenstâdt, margrave des marches orientales et du nord, margrave de Brandebourg, duc de Saxe, de 1138 à 1142, mourut en 1170. (Pour ses bractéates, voyez margraves de Brandebourg.) Il eut sept fils, qui, à sa mort, se partagèrent ses États.
Otton , margrave de Brandebourg, 1170-1184, tige des margraves de ce nom, de la maison d'Anhalt ou d'Ascanie. (Pour ses bractéates, voyez margraves de Brandebourg.)
Hermann, comte d'Orlamûnde. (Pour ses bractéates, voyez Orlamûnde.)
Siegfried , évèque de Brandeboui^ , puis archevêque de Brème.
Henri, qui fut prêtre.
Adalbert (Albert), comte de Ballenstâdt (les bractéates de ce prince ne sont pas encore connues).
Dietrith, comte de Werben (voyez Werben).
Enfin, Bernard, comte d'Anhalt et d'Ascherleben, puis, à la mort de ses frères Albert et Dietrich, comte de Ballenstâdt, et d'une partie de la marche orientale. Le premier, il porta le titre de comte d'Anhalt. En 1180, lorsque Henri le Lion eut été* dépouillé de ses États, Frédéric T' nomma Bernard duc de Saxe; depuis cette époque, il s'intitula généralement dux Scuvonim. \\ mourut en 1212.
Son fils aîné, Henri, 1212-1272, lui succéda dans ses États héréditaires, et s'intitula comte d'Anbalt et d'Ascanie. (V. comtes d'Anhalt.) Le second, Albert 1", fut duc de Saxe, de 1212 à 1260.
Les premières bractéates connues des ducs de Saxe sont, comme nous l'avons dit, celles de Bernard (pi. 111, 31, pi. VI, 62). Très-belles généralement, rares, de taille presque toujours médiocre, mais d'un métal épais et d'un titre élevé, les unes portent le nom de Bernard en entier, les autres, écrit en abrégé. Sur ces belles bractéates et celles de ses successeurs, Bernard et ceux-ci sont presque uniformément représentés, debout, de face, armés de pied en cap, portant le heaume, la cotte de mailles, le manteau avec Tépée et la bannière, ou le bouclier ; plus rarement ils figurent à mi-corps ou assis. Sur beaucoup d'entre elles, l'effigie du seigneur respire une sorte de dignité noble et calme; quelquefois le duc est nu-tète. Ces bractéates ont probablement presque toutes été frappées à Wittenberg ; les armes de Saxe n'y sont point encore figurées. Plusieurs, parmi celles qui sont muettes, semblent appartenir par leur fabrication au premier quart du treizième siècle, et par conséquent au fils de Bernard, Albert, dont on ne connaît aucune bractéate avec légende certaine.
Les bractéates de Bernard peuvent se diviser en deux groupes, qu'il fit frapper, les unes comme comte d'Anhalt, de 1170 à 1180^ les autres comme duc de Saxe, de 1180 à 1212. Les premières portent généralement la légende Bemhardus cornes^ plus ou moins abrégée et correcte; les autres, la légende Bemhardus dux ou dux seulement.
On rencontre des exemplaires des deux variétés portant simplement le nom de Bemardus^ mais on les distingue alors par d'autres caractères indiquant leur âge relatif; enfin, un certain nombre sont complètement muettes.
Sur de belles bractéates, où figure la légende dux^ Bernard
est représenté à cheval, galopant avec le bouclier et la lance munie d'un pavillon. Plusieurs autres bractéates sur lesquelles figure aussi un seigneur à cheval, passant ou galopant^ sont muettes et ne peuvent être allribués h Bernard que par pure comparaison.
Sur une des bractéates ducales, mais appartenant encore à la belle époque, le duc, assis, saisit une bannière que lui présente un vassal dont on aperçoit le buste en bas à gauche, tandis que, du côté opposé, un autre personnage tient une épée, vers laquelle Bernard étend la main, comme pour la saisir ou prêter serment. Aux pieds du duc on aperçoit un lion.
Certaines bractéates de Bernard, frappées par lui comme comte d'Anhalt, se rapprochent tellement de quelques-unes de celles de son père Albert TOurs, et de ses frères, Otton de Brandebourg, Hermann d'Orlamûnde et Dietrich de Werben, que Ton ne peut s'empêcher de rapporter. toutes ces bractéates, également belles, au même atelier monétaire, peut-être à Côthen, peut-être même à un seul et même artiste. Rien de frappant comme la richesse de leur ornementation, la correction, l'élégance et la netteté de leurs types. Il faut les attribuer toutes à la même époque, aux dernières années du règne d'Albert, et aux premières de celui de ses fils; c'est-à-dire au temps des plus belles bractéates, du dessin le plus riche et le plus élégant, vers 1160. Malheureusement cette période ne dura guère, et les dernières séries frappées par Bernard, comme duc de Saxe, sont d'un type déjà très-inférieur. L'attitude du seigneur perd dé sa noblesse et de son uniformité. On le retrouve alors à cheval, ou plus souvent assis; d'autres fois sa tête seule apparaît. Enfin, Bernard finit par figurer sur des bractéates de plus en plus petites, nu-tête, avec la longue chevelure des margraves de Brandebourg. On n'y reconnaît plus trace des belles bractéates du début de son règne, et il
faut vouloir en faire des monnaies d'Anhalt, pour les séparer des bractéates presque absolument identiques des margraves de Brandebourg.
Nous avons déjà dit qu'il était fort difficile de classer les bractéates de celte dernière époque, muettes ou portant simplement la légende dux Saxoniœ, entre Bernard et son fils Albert, qui lui succéda comme duc de Saxe. Il est de même impossible de distinguer certaines bractéates anépigraphes de Bernard de Saxe, de celles d'autres seigneurs, ses contemporains, comme par exemple de quelques pièces également muettes du comte Ulrich de Wettin.
Sur un certain nombre de bractéates de Bernard, apparaît le mot denarins. Quelquefois on lit la curieuse expression denarius sum. Sur un exemplaire unique et inc;omplet, ou lit le nom du monétaire BVRCHARDVS-HELT. Sur d'autres fort curieuses, on voit BERNARDVS D€NA- RIVS COTN€, légende qui rappelle le nom de la ville et de l 'atelier de Gôthen.
Sur de -superbes bractéates, frappées par Bernard comme comte d'Anhalt, on lit BERNHARDVS SVM 60-DEN. ^ Berîihardus sum ego denarius , ou Bernhardi sum ego dena- ^^ius), ou d'autres fois BERNHRDVS ECO.
Sur d'autres bractéates ducales, on lit Bernardus dux est ou dux ego .
M. Dannenberg, dans le journal de numismatique publié autrefois par M. de Kôhne, à St.-Pétersbourg (t. VI), 51. décrit, entre autres, trois fort curieuses bractéates de Bernard. Sur l'une où figure un édifice à trois tours, la légende Bernardus dux est distribuée de telle manière, dans cleux cercles séparés par des anneaux perlés, que dans le plus intérieur on lit D€R et XVD (à rebours), tandis que, dans le plus extérieur, se voient, comme continuation du nom interrompu, les lettres HARDVS. Cette légende est intéres- Bante, à cause de son arrangement tout spécial, et comme
unique exemple de cette époque, d'une double légende complète circulaire, telle qu'on en rencontre plus tard sur les gros tournois. Sur la seconde bractéate, très-belle et de petites dimensions, portant la légende dtix, le duc galope à droite , monté sur un cheval caparaçonné , avec le bouclier et la lance en arrêt, exemple presque unique sur les bractéates, d'un prince allemand du moyen âge, figuré chevauchant dans l'attitude de l'attaque. Sur la troisième bractéate, le duc Bernard parait à niicorps, coiffé d'une longue chevelure flottante, et placé de profil, avec Tépée et le bouclier; la disposition de profil est fort rare à cette époque. Alors, en effet, aussi bien sur les bractéates que sur les deniers plus épais à double empreinte, cette disposition avait été presque abandonnée pour celle de Teffigie figurée de face; si bien que, même sur les bractéates frappées au type d'un cavalier passant, la tète de celui-ci parait toujours de face; et la difficulté seule de produire le raccourci fait que celle du cheval est placée de profil.
Nous avons déjà dit que les bractéates d'Albert P', duc de Saxe (1212-1260), sont muettes et se rapprochent beaucoup de celles de son père, le duc Bernard, dont elles sont difficiles à distinguer. Une seule porte le mot SAXONIE, mais pourrait bien encore appartenir à Bernard. Sur une autre où parait le buste du duc, en cotte de mailles et nu-tête, on lit les lettres A L; une autre encore porterait la légende ALBERTVS ELECT. D. S.; mais ce titre, complètement en désaccord avec l'époque de la bractéate, en démontre la fausseté, ou ne peut être que le résultat d'une mauvaise lecture.
Les bractéates saxonnes deviennent de plus en plus petites sous ce duc et ses successeurs; ainsi, au début, on en frappait 260 au marc, puis 430, enfin on alla jusqu'à 600 ou même 700.
Les monnaies des successeurs d'Albert V% Albert II (1260-1298), et Rodolphe r(1298-1356), sont, comme les siennes, dif6ciles à distinguer des pièces nombreuses et également muettes des margraves de Brandebourg de la ligne d'Ascanie, des princes d'Anhalt, de même souche ascanienne, des margraves de Misnie, etc. C'est toujours le même type*du margrave de face, armé, coiffé du heaume conique ou plus souvent bas et arrondi, plus fréquemment encore la tète nue, tenant l'épée, la bannière, etc., presque toujours debout, parfois assis, parfois vu à micorps, et souvent alors figuré sous la porte de la ville ou du château. (PI. V, 57.)
Les principaux moyens d'arriver à un résultat un peu moins vague, quoique toujours incertain, sont ici, comme ailleurs, la comparaison avec les rares monnaies de ces princes sur lesquelles figurent des légendes, et surtout les iodications données par le lieu précis de la découverte , «nfin, l'étude attenlive et détaillée du style particulier des monnaies appartenant à chaque prince, étude pour laquelle Tious renvoyons aux traités et aux monographies spéciales.
Rodolphe II, mort en 1370, prit le premier le titre ^'électeur ; après lui vinrent Wenceslas, Rodolphe III et Albert III, avec lequel, en 1422, s'éteignit la maison des 3)rinces de Saxe de la ligne d'Ascanie. L'électoral et le <luché de Saxe passèrent à Frédéric, margrave de Misnie. A <ette époque, les bractéates véritables avaient depuis longtemps disparu, et les princes de Saxe frappaient dans une foule de leurs ateliers, les gros, ainsi que ces petites monnaies auxquelles, à cause de leur apparence, on ne saurait toujours refuser le nom de bractéates, et qui constituent le passage aux véritables Hohlpfennige, simple monnaie divisionnaire. Ils en frappèrent des quantités considérables à Eisenach, à Gotha, à léna, à Weimar (v. toutes ces villes), €t surtout à Landsberg, dont les pfennigs aux armes de
la ville avec la légende LAND (v. Landsberg), avaient une grande vogue, sous le nom de Dresdener Briickenpferh' nige. Ils furent surtout frappés au quinzième siècle.
D'autres petites pièces unifaces de ces mêmes princes portent* les épées de Saxe avec un W, ou bien le mot Winslaus (Wenceslas, 1370-1588), ou bien encore les lettres A. D. S.{Al6ertiis duxSaxoniœ, Albert III, 4419-1422).
b. Abbaye ctAltenzelle, — Fondée en 1162, par le margrave Otton le Riche, de Misnie. On attribue aux abbés d'Altenzelle, mais sans pouvoir fournir des preuves positives, de nombreuses bractéates muettes de la fin du dou^ zième siècle, souvent retrouvées aux environs d'Altenzelle, et sur la plupart desquelles figurent des tours ou des édifices tourelés, à côté de divers emblèmes de dignité ec* clésiastique , croix, crosses, bannières d'église, longues croix, etc. Quelques-unes, sur lesquelles on voit les tètes affrontées d'un prince et d'un prélat, ont peut-être été frappées en commun par les abbés et les baillis. — M. de Posern- Klett est d'avis qu'il n'existe pas de véritables bractéates d'Altenzelle ; Erbstein et M. Leitzmann sont d'une opinion contraire.
c. Ville de Bautzen {Budissin). — Capitale de la haute Lusace, devint, en 1210, la possession des margraves de Brandebourg.
Beaucoup de ces grandes bractéates cupulaires de Lusace, de fabrique grossière, se rapprochant tant de cer* taines bractéates de Misnie, et frappées sous la domination des margraves de Brandebourg, ont probablement été émises dans l'atelier de Bautzen. M. de Posern-Klett cite entre autres les grandes bractéates au type de Lusace, portant un vaste édifice en forme de tour, disposé comme sur le sceau de la ville de Bautzen, et sur lesquelles figurent les
grandes initiales C. D. G. M {Conradus Dei gratia marchio, Conrad I", margrave de Brandebourg).
d. Burgraves de Dohna. — Ces burgraves avaient élé
désignés par les empereurs pour la garde de leur château
de Dohna; ils s'emparèrent, on ne sait à quelle date, du
droit de frapper monnaie. On leur attribue de grandes
bractéates de fabrique grossière , où figurent^ soit deux
cornes de cerf, soit un seigneur assis, tenant un massacre
ou seulement une corne de cerf. Sur une de ces bractéates,
se trouvent les initiales H. D. C. B. {Henricus Dei gratia
^urgravius). Il s'agit probablement ici d'Henri III de
Xohna, qui parait en 1235 et 1242.
e. Ville de Dresde. — Henri l'Illustre, margrave de Misie, y fixa sa résidence, et y frappa probablement beaucoup e ses bractéates.
f. Ville de Freiberg. — Atelier monétaire des * marra ves.
g. Ville de Leipzick {Leipzig). — Atelier monétaire des argraves. Sur une belle bractéale, appartenant au mar- ^^ave Otton le Riche (1156-1190), qui y établit probablement le premier un atelier monétaire , ce prince est eprésenté en pied, de face, armé, avec la curieuse légende appelant le nom de Leipzick : MARCHIO OTTO D€ «-IPI (pi. IV, 42).
Deux autres bractéates d'un type un peu différent, et avec ^es légendes rappelant beaucoup celle-ci, ont été publiées ^ans le journal de numismatique de M. de Kôhne, en 1862.
h. Burgraves de Leissnig. — Frédéric I" installa des l^urgraves à Leissnig, vers la fin du douzième siècle. On
connaît une bractéate du burgrave Albert (1233-1 259), où il figure assis entre deux tours, avec la légende A-L-V-P {Albertus Liscinensis venerabilis prœfectus ? ?).
D'autres bractéates ont été faussement attribuées à Leissnig, par Mader, dans son second essai sur les bractéates.
i. Ville de Lossnitz. — Appartint aux burgraves de Meissen, comme seigneurs de Hartenstein. Ils y ont frappé des bractéates fort rares actuellement, dont aucune ne porte le nom de Lossnitz, mais seulement les initiales du burgrave.
j . Margraves de Misnie. — Les bractéates des margraves de Misnie constituent une longue, riche et intéressante série.
Les premières connues sont du mai^ave Henri le Jeune, d'Eilenbourg (1106-1 127). On en a décrit trois variétés. Le mai^ave est figuré en buste de face, tenant l'épée sur l'épaule droite et appuyant la main gauche sur un bouclier quadrangulaire. La légende est HEINRICVS (pi. III, 29). Ces bractéates ont été faussement attribuées à Henri le Lion. (V. Eilenbourg.)
Les bractéates du successeur d'Henri d'Eilenbourg, Conrad de Wetlin, surnommé le Grand (1 127-1156), sont peu nombreuses et ont été attribuées par erreur à Conrad II. Elles portent une grande croix cantonnée d'emblèmes divers, et dont les branches se terminent par des croissants, avec la légende : CONRADVS-M, qui manque parfois. Ces bractéates ont les plus grands rapports avec celles des abbés et baillis de Pegau. On a aussi attribué par erreur à Conrad I" des bractéates plus modernes et plus petites, au type d'un margrave en pied, de face, aveclalégende : CORADVS MA, et qui appartiennent à son homonyme Conrad, margrave de Landsberg. (V. Eilenbourg.)Uneseuleet curieuse bractéate.
l'épée et la bannière, beaucoup plus souvent une croix ou un sceptre; d'autres fois sa tête seule est figurée; enfin quelquefois il est coiffé du heaume conique.
On range encore, parmi les bractéates des margraves de Misnie de la même époque, de nombreuses pièces de fabrique toute pareille aux précédentes, et sur lesquelles se voient un édifice religieux, une croix, ou bien une bannière ou une épée entre deux tours.
A la mort d'Albert, en 1195, et pendant l'absence de son frère Dietrich qui se trouvait en Palestine, l'empereur Henri VI s'empara de la Misnie, et y fît frapper de 1195 à 1197, de nombreuses bractéates absolument semblables à celles du précédent margrave ; quelques-unes portent le nom de Heinricusj la plupart sont muettes. L'empereur y paraît dans les mêmes attitudes que le margrave, mais couronné, et tenant le sceptre et le globe impérial simple ou double, ou bien la croix.
Après la mort de Henri, Dietrich l'Opprimé {der Bedràngte) (1196-1221) reprit, vers 1198, possession de la Misnie. Ses bractéates, généralement plus petites que celles de son prédécesseur, sont fort nombreuses et variées. Elles le représentent très-souvent à mi-corps; très-souvent aussi sa tête seule est figurée ; mais malheureusement presque toutes ces bractéates sont muettes, et non-seulement il est fort difficile, pour la plupart d'entre elles, d'affirmer positivement qu'elles n'appartiennent pas à un des margraves préci'dents, mais il est souvent tout aussi impossible de les distinguer des bractéates des divers seigneurs environnants, tels que les comtes de Wetlin et autres.
Quelques belles et grandes bractéates de Dietrich, le représentent debout ou assis de face, tenant l'épée ou la fleur de lis et la bannière, avec les légendes : TIDERICVS ou TEÔDERICVS MARCH,elc., OU bien encoreTE. D. GRACIA. I. MARCHIO, OU TIDERICVS MARCHIO Ml {snensis), etc.
Presque toutes les bractéates des margraves de Misnie de cette époque présentent ce type uniforme du margrave, la tète nue et bouclée, debout, assis de face ou vu à mi-corps, tenant la bannière, Tépée, la croix ou le sceptre fleurdelisé.
Des bractéates plus petites et muettes, qu'on attribue également à Dietrich, le représentent de face, coiffé d'un chapeau pointu à larges bords, surmonté de trois plumes, première apparition du cimier de Misnie. Enfin, comme bailli de Pégau, le margrave Dietrich a frappé des bractéates au type de la croix potencée et cantonnée des bractéates abbatiales (voyez Pégau).
Le fils de Dietrich, Henri rillustre- (der Erlauchté)^ monta sur le trône de Misnie et de Basse Lusace en 1221. Ce fut un des plus grands princes de^son temps. En 1247, il hérita de la Thuringe, après la mort du dernier landgrave Henri Raspe. Son long règne et ses vastes domaines donnent la raison du nombre considérable de ses bractéates; on en connaît en effet plus de cent variétés.
La fabrication de la monnaie tomba, sous ce prince, dans le plus profond abaissement. Au début, ses bractéates, grandes pour la plupart, offrent encore les effigies et les dispositions ordinaires ; mais peu à peu les types deviennent si grossiers, la fabrique si horriblement négligée, qu'il n'est plus possible de reconnaître une figure humaine, dans ces représentations informes du margrave, qui figurent sur ces feuilles de métal, plissées, ridées et bosselées. Il est difficile de s'expliquer avec quels instruments et par quels procédés ont pu être frappées d'aussi affreuses monnaies.
Le margrave est représenté en général, de face, debout, avec la bannière, l'épée, le sceptre ou d'autres emblèmes, deux flèches, deux lances, deux épées, deux sceptres, deux hallebardes.
On peut diviser, d'après leur aspect général, les bractéates
d'Henri en deux groupes principaux. Les plus anciennes et les mieux frappées sont plates et muettes ; celles frappées plus tard, et bien plus grossièrement, présentent, avec une portion centrale déprimée, des bords deux fois relevés; plus tard encore, la partie centrale est relevée, ainsi que les bords, et la bractéate semble plutôt le revêtement métallique de quelque gros bouton, qu'une véritable monnaie. Le nom et le titre du margrave y figurent souvent en grandes initiales : H.D.C.M.€.O.M.T.L.€.S.P. {Heinricus Dei gratta misnensis et orientalis marchio, Thuringiœ landgravius et {Saxoniœ Palatinus?) , ou bien : H.D.G.O — H .D.L.G, etc., etc.
Ces grossières bractéates cupulaires portent tantôt encore Teffigie du prince, tantôt les armes de ses diverses villes et provinces, des lions, des aigles, des casques, etc. , etc.
On connaît encore et on découvre chaque jour une foule de bractéates,. qui, par leur fabrique, se rapportent à la
Misnie et à l'époque du règne si prolongé de Henri l'Illustre, mais l'absence de légendes empêche de leur donner une attribution plus certaine. Elles peuvent aussi appartenir en partie à ces nombreux dynastes de Misnie, dont l'histoire numismatique est encore presque absolument inconnue. Nous renvoyons à l'article Lusace, pour les nombreuses et grandes bractéates, probablement frappées pour cette province par les margraves de Misnie. On sait, en effet, qu'en 1210, la Lusace fut partagée entre plusieurs souverains ; les margraves de Brandebourg en eurent une partie avec Bautzen et Gôrlitz, et les margraves de Misnie une autre non moins considérable. Une notable portion de ces grandes bractéates cupulaires dites de Lusace, à types variés, qui se retrouvent très-fréquemment dans cette province et ont une si grande analogie avec les grossières monnaies de Henri l'Illustre, ont très-probablement été frappées pour la Lusace^ soit par Henri, soit par d'autres princes de Misnie.
 cette époque aussi, les bractéates des margraves sont fort difTiciles à distinguer de celles des évoques de Meissen, surtout quand la crosse épiscopale fait défaut sur ces dernières.
En 1S65, Henri céda ia Thuringe et le Palatinat de Saxe à son fils aîné, Albert l'Indocile {der Unartigeon der Entartete)^ ^t donna au second, Dietrich, la marche orientale et la ville cle Landsberg, d'où lui vint le nom de Dietrich, margrave de liandsberg. Henri garda pour lui la Misnieet la basse Lusace, «t mourut en 1228.
Albert, 1265-1314, frappa monnaie aux types paternels, «t ses grossières bractéates cupulaires portent également comme légendes de grandes initiales, telles que A. D. G. L ou M« A. M. A, rappelant le nom du margrave et ses titres, lie type ordinaire de ces monnaies est toujours l'effigie du margrave, debout de face, avec la longue chevelure; plus rarement on y voit un casque orné de plumes, un lion , deux lions affrontés, etc.
Dans la suite, Albert frappa monnaie en commun avec son fils Frédéric ; mais ils se brouillèrent et Albert vendit ses provinces, entre autres la Thuringe, à Adolphe de Nassau, en 1308. Celui-ci fit frapper à Freiberg des bractéates identiques, à même aspect cupulaire, avec son effigie de face^ couronnée, mais sans légendes. Frédéric, rentré en possession de ses États, frappa d'abord des bractéates de même forme, mais au type du lion de Misnie avec légendes eomposées d'initiales. Ces bractéates sont fort rares. Une d'entre elles, grande et cupulaire, porte deux têtes bouclées, séparées par une tour; ce sont probablement celles de Frédéric et de son frère Dietzmann. Plus tard, Frédéric fit frapper de petites monnaies unifaces avec la légende Par- ^tis Misnensisj et peu après, dans le premier quart du quatorzième siècle, parurent les premiers gros de Misnie, fabri- «jtiés à l'imitation de ceux de Bohême^
k. Evêché de Meissen. — Les bractéates de cet évêché sont décrites dans Touvrage de M. de Posern-Klett.
Meissen est l'ancienne capitale de la Misnie, dont le nom allemand est également Meissen, L'évêché fut fondé en 968, par Otton I". Les monnaies connues de ses évêques ne remontent pas au-delà du treizième siècle. Leur extrême analogie de formes et de types, avec les bractéates contemporaines des margraves de Misnie, et avec les autres bractéates de celte province, empêche souvent de les distinguer nettement de celles-ci, d'aulant plus que, presque toujours, elles sont muettes. La présence de la mitre et de la crosse, ces insignes épiscopaux presque certains , est le meilleur signe distinctif de ces bractéates anépigraphes des évêques. Mais il arrive souvent qu'elles ne portent ni Tun ni l'autre de ces emblèmes, et la. séparation est alors presque impossible. On retrouve en effet dans ce cas, sur les monnaies des évêques^ absolument les mêmes croix, les mêmes fleurs de lis, les mêmes rameaux, les mêmes sceptres globuleux, jusqu'aux mêmes bannières et aux mêmes épées, qui figurent sur les bractéates des margraves. Quant à distinguer, par le costume, le margrave de Tévêque, lorsqu'ils sont tous deux la têle nue, c'est une entreprise impossible.
On divise, d'après leur forme et l'aspect des types, les bractéates épiscopales de Meissen en trois classes. Les premières plus plates, et les secondes cupulaires, sont les plus anciennes et d'un travail encore passable, bien que presque toujours muettes. Celles d'entre elles qui, par suite de la compression, ont perdu leur forme cupulaire primitive, se distinguent encore des suivantes par leur poids plus considérable, et surtout par la largeur bien plus grande du bord, largeur tout à fait caractéristique. Ce bord plat et large se retrouve sur les bractéates des margraves de Misnie, et surtout sur certaines bractéates de Lusace.
Les bractéates épiscopales de Meissen qui constituent la
troisième classe, rappellent par leur forme celle d'un bouton (ce que les Allemands appellent knopffôrmig)\ ce sont des bractéates cupulaires à portion centrale relevée. Une partie d'entre elles portent des légendes. Elles appartiennent à la seconde moitié du treizième siècle ; leur style est non-seulement dépourvu de toute élégance, mais absolument aussi barbare que celui des bractéates du margrave Henri de Misnie; l'œil exercé du connaisseur peut seul retrouver, au milieu d'un assemblage de points grossiers, l'apparence d'une forme humaine qui doit figurer le prélat. Lorsqu'on compare cet affreux travail avec les beaux coins du douzième siècle^ on se demande avec étonnement comment cette branche de l'art a pu faire si rapidement un tel pas en arrière, et nulle part ce fait n'est plus frappant qu'en Misjiie ; car, malgré l'abaissement extrême des types monétaires dans l'Allemagne^ pendant le passage du douzième au treizième siècle, partout cependant ils se sont encore mieux conservés que dans cette province. Une raison de ce fait pourrait bien être la découverte de plus en plus considérable de mines d'argent en Misnie, découverte qui fit augmenter le monnayage de cette province dans des proportions extraordinaires.
Les évêques de Meissen auxquels on a attribué des bractéates, bien plus d'après l'ensemble des caractères de ces monnaies, que d'après leurs légendes qui font presque toujours défaut, sont les suivants :
Brunon III (II?) 1208-1230
Henri 1230-1240
Conrad P' 1240-1258
Albert II 1258-1266
Witigon P' de Camenz 1266-1293 Une foule de bractéates de ces évêques demeurent incertaines entre deux ou trois règnes.
Nous avons déjà donné une idée des types qui figurent
sur ces bractéates; nous avons dit qu'ils rappellent ceux des bractéates margraviales de Misnie,et sont d'une uniformité extrême; il en est de même de leurs dimensions. L'évêque, presque toujours assis, et de plus en plus grossièrement figuré à mesure que les bractéates sont d'un âge moins avancé, tient dans la main les nombreux attributs ecclésiastiques ou mêmes princiers que nous avons tant de fois énumérés. (PI. V. 60, 61.) Tantôt l'évêque est coiffé d'une mitre basse, tantôt d'une sorte de cape ou de bonnet embrassant exactement la tête, tantôt et plus souvent il figure nu-tête avec une abondante chevelure bouclée } et cette tête finit, comme du reste tout son individu, par n'être plus représentée que par une série de points grossiers ou de perles globuleuses.
Nous l'avons déjà dit, la crosse et la mitre sont les meilleurs indices du caractère épiscopal de ces bractéates si grossières, si uniformes et si souvent muettes. Mais parfois la bannière et même l'épée, emblème peu religieux de ces belliqueux prélats, figurent seuls dans leurs mains, et ce n'est alors que par la légende, quand elle existe, ce qui est fort rare, qu'on peut les distinguer d'avec les margraves ou autres seigneurs non ecclésiastiques.
Quelques bractéates de l'évêque Conrad portent les légendes C. D. G. M. V. E. (Conradus Dei gratta Misnensis venerabilisepiscoptis). C. D. G. E. D. M. (Conradus Dei gratta episcopus de Misnia) (pi. V, 60). La légende suivante, composée de mots entiers, est fort rare : CVRRAD' D. G. €PI. M. Elle figure sur une bractéate fort ancienne, frappée, chose curieuse, au type de la croix potencée et cantonnée d'une clef, d'une roue, d'une crosse d'évêque, d'une tête humaine, type si caractéristique des bractéates de l'abbaye de Pegau.
Des bractéates de l'évêque Albert portent les initiales de son nom A. A. figurant sur la circonférence. Sur quelques-
unes, l'effigie de Tévêque fait place à deux grandes clefs en pal. Sur une autre un grand A occupe le champ de la bractéate, sur la circonférence de laquelle on lit: V. €. [venerabilis episcopus).
Sur les bràctéates de Witigon, on retrouve les initiales W. D. G. M. 0.€. (O pour V) ou W. D. €. M. {Witigo dominus episcopus Misnensis)^ etc. Une fois, exception rare, on lit : WITIGO. Ml. EPIS. Une autre fois, dans le champ, en place de l'évêque, figure l'agneau pascal avec la bannière. Comme ce sont là les armes de l'évéché de Meissen, il y a des raisons pour lui attribuer cette bractéate qui offre du moins une analogie extrême avec les autres bràctéates épiscopales misniennes, quand tant d'autres, qui en ont tous les caractères, et qui leur appartiennent peut-être, restent encore, faute de légendes ou d'indications certaines, dans la grande classe des bràctéates indéterminées de IMisnie.
Sur quelques bràctéates épiscopales de Meissen , les initiales N. ou D. N. ou bien N. N. signifient: Moneta^ Dena-' rius rumus, Nummus novus, etc.
1. Burgraves de Meissen. — Les burgraves de Meissen relevaient directement de l'empereur. Les comtes de Hartenstein furent, en 1126, investis de cette charge.
Leurs bràctéates, très-rares et peu nombreuses, tantôt les représentent assis, tantôt portent une croix cantonnée de besants. Elles sont cupulaires et appartiennent à l'époque du margrave Henri l'Illustre de Misnie. Les légendes sont : MEINHERVS MISNENSIS, OU bien : H.D.V.M .B (flWwncî^ X)eo vo lente Misnensis burgravius??), ou bien encore : H-M- H-M; quelques-unes de ces bràctéates burgraviales sont muettes.
m. Abbaye de Pégau (Bigowia, Pigavid). — Les brac-
téates de cette abbaye sont décrites dans Touvrage de M. de Posern-Klett.
Pendant plus d*un siècle , depuis le règne de Tabbé Henri r (H 50-1 168), les bractéates des abbés de Pégau furent frappées au même type, constamment uniforme, à savoir une grande croix potencée, dans les cantons de laquelle figurent très-fréquemment une lète humaine (celle de Tabbé ou d'un Saint, patron du couvent) et une crosse; plus rarement une clef, une croix, un croissant, une fleur de lis, etc. Ces bractéates abbatiales sont parfois muettes, mais plus souvent elles portent des légendes très-lisibles, complètes, formées de lettres belles et bien formées. Plates et d'un très-beau travail au commencement, elles prennent plus tard une forme de plus en plus bombée (cupulaire), un aspect de plus en plus grossier; mais elles restent toujours, comme fabrication, bien au-dessus des dernières bractéates épiscopales de Meissen.
On connaît^ trois bractéates d'un type tout différent, de dimensions Uen moindres, plates, et sur lesquelles figure, à mi-corps, un prélat à tète bouclée, portant une bannière ou une crosse, avec la légende : A€€S WITONO écrite à rebours : ce sont des bractéates du prédécesseur de Henri l^^ Windolf, qui régna de H 00 à H50.
Avec Henri 1" (H€INRICVS RICA ABBAS.) commencent les bractéates au type de la croix potencée. Elles se continuent avec :
Radbod, 1169-1181. (RADEPOTO.PIGOViCENSIS. ABBAS.)
Ekkelin, 1181-1183. EKELIN, etc., etc.
Siegfried, 1185-1224. lACOB APOSTOLVS SIFRIDVST, ou bien : ABBASfSIFRIDVS. OTTO. lACOBVS (il s'agit de Saint- Jacques, patron de Pégau, et peut-être de Saint-Otton de Bamberg), ou bien encore : SIFRIDVS. ABBAS. PlGAVl- CENI— DE PICOV— PICAVCIENSIS, etc., etc. (nombreuses variétés avec ou sans légende).
Henri II, 1224-1226. HEINRiC' A6. 1. PIGAV.
Thimo de Colditz, 1226-1239. W{e?ierabilis) T\MO.\BB\S. PIGOWE.
Henri 111, de Posern, 1239-1263. Nombreuses bractéates qui se distinguent de celles attribuées à Henri II par leur apparence plus moderne. (PI. V, S6.)
Tamho, 1264-1267. TAMMO ABAS PIGAV, etc.
Conrad r, de Liebenhain, 1267-1311. CVNRA DO ABA PI {Conrad dominus abbas Pig.)^ ou bien : C. D. A. P., etc. etc.,
Un certain nombre de bractéates muettes, ou portant seulement quelques initiales, sont d*une attribution difficile. Parfois, on lit : M. N. monetà nova y ou M. moneta.
Il existe un certain nombre de bractéates des baillis de Pégau ; elles sont frappées absolument sur le type de celles des abbés, et portent la même grande croix polencée, cantonnée des mêmes emblèmes variés, parmi lesquels nous citerons le faucon, une épée, une tête humaine, le monde crucigère, etc., etc. On y lit, en outre, les noms et les titres des divers baillis, entre autres ceux de Dietrich de Rochlitz, fils de Dedo IV et petit-fils de Conrad le Grand de Wettin, de son frère Conrad le Jeune, margrave de Lusace ou de Landsberg (pour ces deux princes, voy. Eilenbourg), de Dietrich TOpprimé, margrave de Misnie, des comtes Frédéric et Olton de Brena (voy. Brena), et d'un Albert, peut-être burgrave d'AItenbourg ou de Leissnig.
Les initiales V. A., qui figurent parfois sur ces monnaies des baillis, se traduisent par venerabilis advocaJus. Très-souvent aussi la légende est indéchiffrable , ou bien ce n'est qu'une simple pseudo-légende, et ces bractéates ne peuvent alors être attribuées avec certitude à aucun bailli en particulier.
n. yille de Plauen. — Cette ville appartint, jusque vers le milieu du treizième siècle, aux comtes d'Eberstein, puis, jusqu'en 1466, aux baillis de Plauen de la famille de Reuss.
Grandes bractéates cupulaires d'un style grossier, trèsanalogues à celles du margrave Henri Tlllustre {der Erlauchté) de Misnie,et sur lesquelles figure un seigneur assis, tenant une demi-fleur de lis et une bannière; légende en grandes lettres fort distinctes : H.A.D.P.N.M. {Henrictis advocatus de Plauen ?)
Le grand-juge, Henri de Plauen, apparaît de 1260 à 1291, et mourut probablement vers 1 303.
0. Ville de Strehla. — On attribue à cette ville, mais sans preuves certaines à Tappiii, une bractéate qui y aurait été frappée par les burgraves de f^eissuig, vers 1250, pendant qu'ils étaient en possession de cette ville. Un seigneur y est iiguré, comme sur les autres bractéates de Leissnig, avec la légende composée d'initiales A-S-V-V. {Alberttis Sirehlensis venerabilis prœfectusT). Cette bractéate n'appartient très-probablement point à l'atelier de Strehla ; car, à l'époque de son émission, les burgraves de Leissnig ne possédaient point encore cette ville, dont ils ne devinrent maîtres qu'au quatorzième siècle.
DUCHES DE SAXE.