‹ Des cas de dystocie appartenant au foetusChapitre 26 sur 28 · DÉVIATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE · texte numérisé non relu

DÉVIATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE

Fœtus gibbeux. — Une femme , à terme d’une quatrième grossesse , était en travail depuis cinq jours , les eaux étaient écoulées depuis trois. Le toucher montra que l’enfant était hydrocéphale, lecrânevidé. On en fit péniblement l’extraction au moyen du forceps ; mais, après l’expulsion de la tête et des épaules, des tractions énergiques furent

faites sans résultat; réitérées avec plus de violence, l’enfant fut extrait. Une saillie semi-ovalaire, ayant 2 pouces de diamètre dans un sens et 15 à 18 lignes dans l’autre, formait une gibbosité à la région lombaire. C’était cette tumeur qui, accrochée au pubis, avait empêché l’expulsion du fœtus. (Nivert, Arch. gcn. deméd., lrc série, t. XIII, p. 618.)

Fœtus cjibbeux.— On trouve dans la Lancette française (1832, p. 293) une observation longuement détaillée de Montault, relative à un cas de dystocie produite par une déviation vertébrale.

La nommée Sellier se présente à l’IIôtel-Dieu, pour accoucher, le 2 mars 1832. Le col dilaté, les membranes rompues, on reconnut une présentation avec procidence du bras. M. Montault constata avec surprise que les intestins de l’enfant pendaient hors de la vulve.

Une tentative impuissante de version permit d'observer une chose non moins étrange , c’est que les talons du fœtus, renversés sur son plan postérieur, touchaient l’occiput: l’enfant était courbé en cercle. Après de nombreuses tentatives, on finit par abaisser le bassin, et on fit enfin l’extraction des membres inférieurs, puis du reste de l’enfant. Il avait succombé pendant le travail. En outre de l’éventration que j’ai signalée, il avait un arrêt de développement du bras gauche, et quelques anomalies des organes internes qui n’ont point d’importance au point de vue que j’examine. Outre la courbe en arrière qui avait donné au fœtus une position si étrange dans la matrice, il en existait encore une du côté gauche, en sorte que l’épaule de ce côté touchait presque la hanche correspondante. Cette incurvation était à convexité tournée à droite et en avant; les côtes du côté gauche étaient rap-

prochées et même confondues, les droites distinctes et abaissées.

Ce fait est remarquable parmi ceux assez rares que possède la science ; la double incurvation de la colonne vertébrale était poussée à un degré si considérable qu’on comprend les difficultés qu’a présentées le travail. Il est intéressant à un autre point de vue, c’est qu’il nous montre l’enfant dans une position qui avait bien été signalée clans les opérations par les anciens auteurs, mais que jamais on n’avait observée sur le vivant, l’incurvation sur le plan postérieur, excepté cependant dans le cas de Capuron que j’ai signalé tout à l’heure.

Enfin, à l’instant de mettre sous presse, je reçois du très-savant professeur Stoltz une lettre dont j’extrais la phrase suivante :

« Il n’y a pas de doute que les gibbosités peuvent être congénitales; j’en ai moi-même observé un cas qui a donné lieu à une version et à une extraction difficile. »

Je pense que les faits de dystocie par ankylosé des membres et gibbosités du fœtus que j’ai cités sont assez nombreux pour que j’aie le droit de créer une nouvelle classe de dystocie sous ce double titre.

Hohi, dans son Manuel des accouchements ,

p. 696, donne l’indication bibliographique de 13 cas semblables ou analogues qui ont nécessité l'intervention.

1° Monstruosités par défaut.

Dans les cas d’acéphalie, raccouchemcnt peut se terminer spontanément.Ordinairemeut l’enfant vient par les pieds , mais parfois l’acéphale présente un développement très -volumineux des épaules et du ventre, et dans un cas de Ch. Meyer, relaté dans le Bull, de la Soc . des ace. de Berlin (p. 126, lre année), on a été obligé de pratiquer l’embryotomie pour une monstruosité de ce genre. 1s. Geoffroy- Saint -Hilaire ( Traité de tératologie , t. II, p. 246) dit que «le volume considérable des fœtus pseudencéphaliens rend nécessairement très-laborieux l’accouchement de leurs mères. » Comme il ne cite aucun fait, je dois me borner à mentionner l’opinion de Geoffroy. Quelques auteurs ont également voulu considérer l’absence de membres comme une cause de dystocie qui rend l’intervention très-laborieuse, et Peu raconte (p. 464) qu’il eut beaucoup de peine à tirer avec le crochet un enfant qui ressemblait à un oiseau de rivière habille pour la broche. 11 dut recourir au crochet, parce qu’il ne trouvait que des bouts d’ailes où il pensait trouver des bras. Hohl croit aussi que la scrofulose, qui rend les os cassants, est une complication des manœuvres. Je note simplement ces affirmations , sans y attacher beaucoup d’importance.

Xe CLASSE.

R«B|>t«ires ci lésions par causes fœtales.

J’indiquerai simplement les lésions de cette nature qui sont ducs au fœtus. Son volume considérable peut, comme dans les cas d’emphysème, amener des ruptures du vagin; cela a été observé deux fois par Merriman.

La vulve peut être lésée par le même mécanisme et la rupture comprendre le périnée. Lorsque la tète se présente au détroit inférieur en occipito-postérieure non réduite, cet accident peut se produire également ; on a même observé dans quelques cas la déchirure centrale du périnée et le passage de l’enfant entre les deux sphincters.

On peut encore considérer comme lésions traumatiques dues au fœtus les contusions, les gangrènes et les fistules consécutives, déterminées par son séjour trop prolongé au-dessus du détroit supérieur ou dans l’excavation après la rupture des membranes.

Quelques auteurs anciens pensaient que le fœtus pouvait déterminer par ses mouvements la rupture de la matrice saine; je note pour mémoire cette opinion, que personne n’accepte aujourd’hui.

XIe CLASSE.

Dystocie causée par des tumeurs appartenant au fœtus.

Il serait difficile cle classer clans un ordre anatomique les tumeurs qui se développent à la périphérie du fœtus; leur nature est fort diverse, et, dans les cas que j’ai rencontrés dans les auteurs, l’examen n’en a pas toujours été fait avec assez de soin pour qu’on puisse déterminer d’une manière exacte quels en sont les éléments; on peut au moins déterminer approximativement les régions où elle se développe le plus fréquemment.

C’est surtout vers la base de la colonne vertébrale qu’on les observe, plus rarement à la tête ou à la région cervicale. Leur forme et leur consistance auront certainement donné lieu à plus d’une erreur de diagnostic, et, dans bien des cas, on aura cru avoir affaire à une grossesse gémellaire avec engagement prématuré de la tête du second fœtus causant l’arrêt du travail.

Le mode d’intervention ne peut être prévu d’avance, on doit s’inspirer des circonstances; cependant il est un principe qu’il ne faut pas perdre cle vue, c’est qu’en cas de monstruosité ou d’anomalie du fœtus , tous les soins doivent être dirigés vers la conservation de la mère, et l’existence de l’enfant sacrifiée à son salut.

Dans le plus grand nombre des cas, ces tumeurs

sont liquides, et une ponction en débarrassera le fœtus. Le meilleur moyen d’étudier l’action qu’elles peuvent avoir sur le travail est d’en réunir un grand nombre. C’est ce que j’ai fait. L’enseignement qu’on pourra tirer de l’étude des observations sera plus profitable pour la pratique que les théories que je pourrais exposer.

Tumeur de la région sacrée , observée par Peu. — Un autre enfant me donna plus de peine, quoique la mère ne fût enceinte que de sept mois ; en sorte même que je me trouvai oblige' à la faire changer de situation, et retourner sur le ventre. Ce qui faisait la difficulté était une tumeur de figure ronde, deux fois plus grosse que la tête de l’enfant, située au bas de son épine, et qui occupait l’os sacrum et le coccyx. La plus grande partie de la matière dont elle était composée ressemblait à celle des loupes, et le reste était une quantité d’eau que je fis écouler par l’ouverture de la tumeur ou delà peau qui la couvrait, après quoi j’eus plus de facilité pour achever mon opération. Je disséquai ensuite ce corps étranger, au fond duquel je trouvai un canal gros comme le petit doigt , rempli d’un sang noir qui passait entre les os que j’ai dit, et traversait le bas-ventre, allait se rendre à la veine cave descendante par plusieurs principes, (Peu , la Pratique des accouchements, liv. h, p. 469.)

Le canal qu’il signale à travers les os et la quantité d’eau qui s’en écoule feraient croire qu’il s’agit ici d’un spina bifula; mais, dans les observations anciennes, la brièveté des détails ne permet pas toujours de reconnaître exactement la nature des choses.

Kyste séreux de la paroi abdominale.— Mme M ? âgée

- Il» —

d’environ 30 ans, déjà mère de plusieurs enfants, était depuis plusieurs heures dans les douleurs de l’enfantement , lorsque son accoucheur fut appelé le 9 mai 1832.

La poche des eaux était percée depuis la veille ; la tête et le tronc de l’enfant, jusqu’au sacrum, avaient traversé le col delà matrice ; l’enfant était évidemment mort. L’utérus, depuis plusieurs heures, était dans l’inertie, et malgré la sortie de presque tout le tronc du fœtus, le ventre de la mère n’était point affaissé, et l’on voyait à l’épigastre une tumeur arrondie qu’on ne pouvait palper que bien légèrement , eu égard aux douleurs qu’en éprouvait la malade. L’accoucheur procéda au toucher : du côté droit du bassin , l’introduction de la main était absolument impossible ; du côté gauche, elle pénétrait assez facilement. L’index étant donc glissé dans l’utérus, on reconnut que le bassin du fœtus n’en était pas encore sorti , et qu’il existait une masse unie à l’enfant qui paraissait être l’obstacle qui empêchait sa sortie.

Après quelques tractions inutiles, on fît appeler plusieurs médecins des environs, qui décidèrent qu’il fallait ponctionner la tumeur ; mais cette ponction fut reconnue impraticable. On recourut donc à de nouvelles tractions qui amenèrent le tronc de l’enfant ; on tira ensuite sur les deux jambes, dont une était sortie depuis longtemps. On sentit une vive résistance vaincue, et des flots d’un liquide jaune et limpide se répandirent dans l’appartement. On vit alors que la difficulté était venue d’une hydropisie enkystée du fœtus. La tumeur, du volume de la tête d’un adulte, s’étendait en haut à 1 pouce et demi au-dessus du nombril , en bas au pubis , et latéralement auxhypochondres ; elle était située entre les téguments et les muscles abdominaux , et formée d’un tissu cellulaire condensé et parsemé d’appendices d’apparence adipeuse.

La mère se rétablit. ( Gazette médicale, 1833, p. 418.)

Cette observation, la seule cle cette nature, relativement au siège cle la tumeur, quej’ai rencontrée, montre que dans certains cas non-seulement le diagnostic est impossible, mais que l’intervention n’est guère plus facile que le diagnostic.

Tumeur delà région périnéale. — Baudelocque(/^4rJ des accouchements , t. II, p. 257) rapporte l’observation suivante : « J’ai vu une tumeur dont les dimensions surpassaient de beaucoup celles de la tête d’un fœtus à terme, ayant 5 pouces de longueur et 4 pouces d’épaisseur en tous sens ; elle était placée au bas du tronc et pendait entre les cuisses. Sa nature était fongueuse et stéatomateuse ; sa surface , garnie d’un très-grand nombre de veiues, présentait le même aspect que la surface du cerveau recouvert de la pie-mère, tant la peau était devenue mince et transparente. La tète traversa, sans beaucoup de difficultés, le canal du bassin; mais j’en éprouvai de grandes à extraire le tronc, et, malgré tous mes soins, Tentant périt au passage. N’ayant plus rien à ménager de ce côté , je proportionnai mes efforts à la résistance que j'éprouvai; les téguments de la tumeur se déchirèrent, elle s’allongea et s’accommoda à la forme du bassiu. »

J’aurais voulu que Baudelocque indiquât au moins s’il avait fait quelques tentatives pour assurer son diagnostic et pour se débarrasser de l’obstacle autrement que par tractions à outrance. S’il n’avait, comme il le dit , plus rien à ménager du côté de l’enfant, il avait encore les intérêts de la mère à sauvegarder, et si Ton est excusable, à la rigueur, de recourir à la force aveugle , qui peut avoir pour la mère de fâcheuses conséquences, ce n’est qu’après avoir tenté vainement une opération sur le fœtus.

Piett, dont il rapporte l’observation, fut plus heureux ou plus prudent en ouvrant la tumeur qui faisait obstacle à l’accouchement.

Observation de Piett. — Piett fit voir à l’Académie de chirurgie, en 1787, un enfant qui portait une tumeur bien plus grosse encore, qu’il fallut ouvrir pour achever d’extraire cet enfant : il en évalua le diamètre à l pied. Elle était formée de deux lobes en bas, dont l’un était plus petit que l’autre. Le kyste, recouvert de téguments, distendu et desséché à l’instant où j’ai fait dessiner cette tumeur, présentait encore les dimensions suivantes : sa largeur d’une cuisse à l’autre , et au-dessus de sa division en deux lobes, était de 9 pouces et demi , et sa hauteur de 7 pouces et demi ; la largeur du grand lobe et son épaisseur de devant en arrière, de 8 pouces 8 lignes; la largeur et l’épaisseur du petit lobe, A pouces et demi.

Tumeur de la région cervicale . — Femme primipare , au terme de huit mois, accouche , au moyen du forceps , d’un enfant qui portait sur le côté droit du cou une tumeur du volume du cerveau d’un fœtus à terme; elle avait un pédicule de 8 à 9 lignes ; sa surface était sillonnée de nombreux vaisseaux variqueux; sa consistance était celle d’un lipome. A l’intérieur on trouva un tissu facile à déchirer, d’un blancjaune , parsemé de points noirs qui étaient les orifices des vaisseaux béants; au centre une petite cavité pleine d’une matière gélatineuse et d’un caillot sanguin. L’enfant vécut cinq heures. [Revue médicale, 1828, t. IV, p. 562.)

Tumeurs périnéales observées par AT. le professeur Dcpaul. — Notre savant maître a donné, dans son mémoire sur la rétention d'urine chez le foetus ,

page 5, une note sommaire sur deux enfants dont la naissance avait offert quelque difficulté et qui présentaient entre les cuisses une tumeur ovalaire presque aussi volumineuse que leur tête , entièrement distincte des parties génitales, naissant et paraissant se perdre dans le tissu cellulaire profond du périnée, et qu’une dissection attentive a fait reconnaître pour être constituée par du tissu encéphaioïde.

Tumeur de la région pubienne. — Une femme d’environ 32 ans, saine etrobuste, ayant déjà eu quatre couches heureuses, devint enceinte pour la cinquième fois. Lorsqu’elle fut arrivée au terme de sa grossesse, à peine les premières douleurs se firent-elles sentir qu’elles devinrent excessives : leur durée et leur fréquence avaient quelque chose d’extraordinaire. A la rupture des membres, on reconnut une seconde position de la tête ; celle-ci franchit la vulve , suivie de la partie supérieure du tronc ; mais la partie inférieure avait tant de peine à sortir, que la sage-femme fut obligée d’appeler à son aide. La main droite, introduite par-dessus l’abdomen de l’enfant , reconnut une tumeur énorme , qui partait de la région sus-pubienne et formait une espèce de coin entre ses cuisses; cette tumeur était dure, distendue, et élastique comme la poche des eaux dans le fort des douleurs. En cherchant à la comprimer fortement avec l’index, elle se rompit tout à coup , laissant écouler un liquide semblable à celui de i’amnios et en tout aussi grande quantité ; alors l’accouchement put se terminer sans peine. L’enfant était vivant : c’était une fille. La tumeur offrait les caractères suivants : elle était formée par un prolongement de la peau du bas-ventre et de la partie supérieure des cuisses ; son

volume était assez considérable pour lui permettre de tomber jusque vers le milieu des jambes ; elle pouvait contenir au moins 2 pintes d’eau. L’orifice de la vulve était placé directement sous cette tumeur. Du reste , la petite fille était bien conformée ; elle mourut peu d’heures après sa naissance. (Ozanam , Journal général de médecine , t. LX , p. 33.)

Tumeur cervicale. — Le Dr Clialmer fut appelé près d’une femme qui était en travail depuis longtemps : il y avait déjà une heure que la tête était au dehors; un bras l’avait accompagnée ; on alla chercher l’autre, puis les pieds, et cependant l’enfant ne pouvait être séparé de la mère. A laide du toucher, on reconnut comme une seconde tête qui , fixée immobile derrière le pubis de la mère , attenait au fœtus par une base assez large, et semblait un pivot sur lequel il pouvait tourner ; après maintes tractions, l’accouchement fut terminé. L’enfant était mort pendant le travail, car la mère assura lavoir senti remuer quelque temps avant qu’il eût commencé. La tumeur siégeait au cou , un peu déviée à gauche, et renfermait beaucoup de liquide ; la poche était très-vaste ; les trois premières côtes gauches et la partie correspondante des vertèbres , sur lesquelles la tumeur se trouvait implantée, étaient entièrement détruites. (The Lancet, 1828 , t. II, p. 638.)

Tumeur du siège. — Femme âgée de 20 ans , entrée à la Clinique le 18 décembre 1835. A terme, F accouchement par le sommet s’est fait normalement jusqu'à l’expulsion de la tête et de la poitrine; des tractions assez énergiques amenèrent le reste du corps. Alors on observa une tumeur de 5 pouces 6 lignes dans son diamètre transversal , et de 4 pouces d’avant en arrière; ses parois rougeâtres sont formées par un pro-

longement de la peau, sillonnée par des veines ; dure, bosselée, elle a l’aspect des tumeurs kystiques liquides, elle est transparente à la lumière. C’était, en effet, un véritable kyste, qui contenait, outre du liquide séro-sanguin cutané, de la matière colloïde etencéphaloïde. Le rectum aplati était refoulé contre la paroi du vagin.

J’emprunte cette observation à M. Kozlowski (th. de Paris, 1836, n° 51).

Le Dr Serrurier a publié dans la Lancette française (1833, p. 303) une observation très-curieuse d’une tumeur adhérente à la région coccygienne d’un fœtus et assez volumineuse pour qu’après rexpulsion de l’enfant, elle donnât lieu à un travail spécial et assez laborieux pour sortir à son tour. En effet, elle présentait une circonférence de 52 centimètres et une largeur de 15.

Cette tumeur, qui refoulait le rectum en avant et le coccyx en arrière, était constituée par des éléments multiples, et contenait, outre environ 2 livres et demie de liquide sanguinolent et très-fluide, comme cela est habituel dans ces sortes de cas, deux tumeurs renfermées dans des enveloppes particulières et séparées par une cloison mince, adhérente à la partie inférieure du coccyx. Elles étaient divisées en une foule de loges communiquant ensemble et contenant un liquide purulent ; la tumeur inférieure était de consistance lardacée. Quelques noyaux d’ossification se rencontraient dans l’épaisseur des parois des tumeurs, qui ne communiquaient point avec le canal rachidien, et on trouva

deux hydatides, l’une dans la masse générale, l’autre près du rectum.

Cette masse, remarquable par son volume, n’a donné lieu qu’à des complications mécaniques, et la femme s’est complètement rétablie.

La nature de la tumeur est assez difficile à saisir à travers la description assez peu histologique de l’auteur de cette communication. M. Lesauvage, dans une lettre publiée (page 320 du môme journal), a voulu voir là un fait d’inclusion parasitaire, un développement avorté d’un fœtus, situé dans la région périnéale de son frère. 11 s’appuie surtout sur le volume considérable que présentait le placenta. J’avoue que j’hésite à classer ce fœtus parmi les faits de dystocie par inclusion parasitaire, malgré la compétence de M. Lesauvage dans ces questions et l’affirmation si précise qu’il donne sur la nature de ce cas, qui pour lui ne fait aucun doute.

Kyste séreux de la région sacrée. — Le DrTanchou observa, en 1828, un enfant qui portait dans la région sacrée une tumeur de 40 centimètres de longueur sur 16 de largeur; elle était sans communication avec le canal rachidien. Cette tumeur était légèrement bosselée, molle et transparente par place. L’enfant, du sexe féminin, fut obtenu vivant. Au bout de quelques jours, la tumeur s’enflamma, s’ouvrit, il en sortit un liquide albumineux qui la remplissait, et l’enfant succomba.

Tumeur de Iq région périnéale, observée par Duvigneau,

— Le 15 février 1790, je fus appelé pour accoucher la femme du sieur X Je la trouvai dans des douleurs fai-

bles. Le volume excessif de son ventre m’obligea à pratiquer le toucher.

Je trouvai la poche des eaux tendue, large, plate, et d’un volume approchant de la tête d’un enfant ordinaire naissant, et l’orifice dilaté à son degré le plus éminent.

Je rompis les membranes pour me prémunir contre l’inertie utérine, ce qui était d’autant mieux indiqué que l’organe contenait un poids de 57 livres, suivant le détail ci-après. Je reconnus que l’enfant était dans une situation transversale; la poitrine répondait à la fosse iliaque droite , et les extrémités inférieures à celle du côté opposé. Ayant amené les pieds à l’orifice et voyant tous mes efforts inutiles pour les faire descendre, je cherchai la cause, qui ne pouvait venir que de l’enfant, puisque j’avais accouché précédemment cette femme trois fois naturellement. Je suivis à cet effet la fesse antérieure de l’enfant jusqu’au ventre, pour reconnaître s’il n’existait pas une hydropisie dans cette partie; mais, l’ayant trouvée dans l’état naturelle suivis la fesse postérieure. Je rencontrai une excroissance charnue très-volumineuse, qui me parut être une continuité de l’enfant; son adhérence était à la partie inférieure du bassin ; elle surpassait l’enfant tant en longueur qu’en grosseur. La consistance de cette tumeur me parut être très-solide et même squirrheuse, par conséquent point du tout propre à se mouler assez pour en espérer la sortie conjointement avec l’enfant.

Toutes mes vues se portèrent donc à séparer la tumeur du corps de l’enfant avec un instrument qui ne pût pas blesser la mère.

Je pris une rugine à long manche. Ayant garnison tranchant de cire pour l’introduire sans crainte, et l'ayant dirigé

avec Ja main gauche, introduite à cet effet et portée jusqu’au principe de l’adhérence, je séparai la tumeur d’avec l’enfant avec toute lafacilité possible. Je saisis les pieds avec la précaution que l’art exige. A chaque effort combiné des deux mains , je m’aperçus que l’enfant descendait , entraînant avec lui l’enveloppe et la tumeur. L’extraction de l’enfant fut achevée sans difficulté, la tumeur ensuite, et l’arrièrefaix lorsque la matrice eut repris son ressort.

La tumeur prenait son principe dans le petit bassin, entre la vessie et l’intestin rectum , auxquels elle adhérait par les ligaments ordinaires de la matrice.

Il est donc probable que la matrice a fourni le principe de cette tumeur, dont la longueur était de 13 pouces et demi, et la circonférence de 14 pouces et demi; son poids était de 3 livres , dépouillé de son enveloppe.

L’arrière-faix était d’une figure ovale ; il avait 15 pouces dans sa plus grande longueur, et 3 pouces d’épaisseur. Son poids était de 3 livres.

La matrice contenait 21 pintes d’eau, mesure de Paris , pesant 42 livres.

Cette femme a eu une suite de couches très-naturelle; son rétablissement a été parfait le dix-huitième jour. ( Journal de niéd., cliir ., pharm etc., octobre 1790, p. 61.)

11 est bien probable que cette tumeur est un cas d’inclusion parasitaire; l’absence de details précis m’empêche cependant de le ranger dans cette classe

Tumeurs de la région cervicale. — On trouve dans les Mémoires de T Académie des sciences ( 1754, p. 94) l’observation d’une femme de 32 ans, à sa huitième grossesse, qui accouche à terme d’une fille

portant à la partie postérieure du cou une tumeur de 27 pouces de circonférence. Les efforts employés pour vaincre la résistance qu’elle apportait à l’accouchement la déchirèrent , et il s’écoula du sang et quelques fragments de nature cartilagineuse. La tumeur, examinée avec attention, renfermait comme les rudiments d’une base de crâne, et des corps ronds, ondoyants, remplis d’une substance gélatiniforme. L’enfant était mort une heure et demie après sa naissance.

Spina bifida de la région lombaire. — Primipare, 22 ans; grossesse bonne, ventre volumineux. Travail normal, la tête s’engage dans l’excavation et reste immobile malgré les contractions énergiques de la matrice. Une application énergique de forceps amène la tête au dehors, on dégage les bras et les épaules, puis la progression du fœtus est arrêtée par un obstacle invincible. Le chirurgien introduit la main dans le vagin, et reconnaît sur la région lombaire une tumeur du volume de deux têtes d’enfant, molle et fluctuante, qui s’accrochait au détroit supérieur. La femme était épuisée. M. Vinchon perce la tumeur, dont il s’écoula un flot de liquide sanguinolent, et l’enfant est expulsé.

Il vécut quinze heures. L autopsie n’a pas été faite; mais on sentait à travers la peau un écartement des vertèbres, d’un demi-pouce environ, qui était le point de communication du sac avec le rachis. {Gaz. médicale , 1838, p. 366.)

Pseudo-spina bifida (observation de M. Guibout). — Une femme est apportée à l’hôpital, en travail; les deux jambes d’un fœtus passent par la vulve. Les tractions pratiquées en ville n’ont pu l’extraire,

Le toucher fit reconnaître à M. Michon une tumeur pédiculée, remontant au-dessus du détroit supérieur et arrêtant la progression de l’enfant. On passa un lacs sur le pédicule, et des tractions simultanées sur les jambes et le lacs, opérées par deux personnes, amenèrent l’enfant mort ; il avait succombé pendant le travail. La tumeur était irrégulièrement sphérique et avait 20 centimètres de diamètre environ. L’enveloppe était formée par la peau des fesses, et l’anus situé en haut et en avant de la tumeur, qui laisse écouler à la section 1 litre environ de sérosité limpide, légèrement teintée de sang. Les enveloppes sont formées par la peau ; une couche lainelleuse très-fine forme sur le tissu cellulaire une couche fibreuse assez dense, qui semble la charpente du kyste, et enfin une couche de matière séreuse qui tapisse tout l’intérieur de la tumeur, non pas d’une manière uniforme, car il y* a sur la partie gauche, en haut, un diverticulum semblant former un second kyste. Ce dernier n’avait pas de communication avec l’autre. La surface interne est parsemée de tractus qui semblent formés par les membranes internes froncées sur elles-mêmes, non par le fait de l’évacuation de la tumeur, car ces plis sont adhérents dans toute leur étendue et ne peuvent être effacés par la distension artificielle.

Le kyste n’a pas de communication avec le canal rachidion, il est fermé de tous côtés. La partie inférieure de la région sacrée cependant n’était fermée que par une toile fibreuse peu dense, ce qui me semble , dit M. Guibout, indiquer une communication dans les premiers temps de la vie intra-utérine. (Gazette hebdomadaire, 1857, p. 396.)

Cette observation mérite qu’on s’y arrête, et tout d’abord on se demande si cette tumeur est véritablement un spina bifida. On n’a absolument aucune

raison de l’admettre; le canal vertébral ne présente pas de lésion dans sa charpente, et la tumeur ne possède aucune communication avec lui. Et puis quel est ce kyste secondaire dont on n’indique pas le contenu et qui s’isole de la cavité d’enveloppe ? quels sont ces tractus qu’on observe à la membrane interne?

M. Lesauvage affirmerait certainement que cette tumeur contenait un fœtus endocymien, et peutêtre aurait-il raison; mais, à coup sur, il n’admettrait pas que ce kyste fût un spina bifida , et alors je serais tout à fait de son avis.

Les manœuvres qui ont été pratiquées me semblent peu rationnelles : le diagnostic avait eu assez de précision, la tumeur était assez accessible pour qu’on pût étreindre son pédicule au moyen d’un lacs ; on avait donc pu reconnaître la nature du contenu, et il était formellement indiqué de faire une ponction pour évacuer le liquide. On n’aurait pas eu alors à pratiquer ces tractions à outrance qui n’ont amené qu’un cadavre. Le fœtus serait probablement mort peu après sa naissance, comme cela arrive dans ces cas; mais au moins la mère, dont on n’indique pas le sort ultérieur, n’aurait point eu à souffrir de violences aussi inutiles qu’irrationnelles.

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