C . Provenant du père
Constitution. — I! est facile de comprendre que la constitution du père doit avoir une influence sur la vitalité du fœtus. Un liquide spermatique qui est encore mal élaboré, chez un homme trop jeune, ou altéré, vicié, chez un père usé par la vieillesse, par les plaisirs vénériens, par une vie déréglée, peut assurément ne vivifier le germe que d’une manière imparfaite. M. Guillemot donne un cas où le père, quoique d’un âgé viril, portait, déjà les caractères de la caducité ; ses enfants venaient tous au monde avant terme. I! mourut ; la femme se remaria, ét toutes ses grossesses, nombreuses, arrivèrent à leur fin naturelle. M. Pajot a vu trois cas d’hydropisie des villosités choriales; aucun des trois pères présumés n’était bien portant. D’ailleurs il ne répugne nullement à l’esprit d’admettre que des hommes dont la constitution est viciée donnent des produits maladifs ; l’enfant, comme on le voit souvent sans s’étonner, parce que c’est naturel, porte les traits de son père.
Etats morbides. — Comme état morbide de l’homme pouvant causer la fausse couche, on doit nommer surtout l’affection syphilitique. Lorsque la femmp est entièrement saine , si le fœtus naît infecté, M. Ricord a toujours su trouver chez le père les traces de cette infection. Or on sait que cette maladie amène facilement la mort du fœtus.
8° Causes accidentelles.
Les causes accidentelles ont été diversement appréciées par les différents auteurs. Les uns leur ont accordé une importance exagérée, les autres en ont à peine tenu compte, et chacun a cité, à l’appui de son opinion, des faits qui semblaient contredire ceux qu’avançaient ses adversaires.
Maurieeau raconte que, pour échapper à un incendie , une femme se laissa glisser d’un troisième étage ; elle lâcha prise en chemin, tomba, se fractura l’avant-bras, et sa grossesse ne fut point troublée.
M œe Lachapelle parle d’une femme qui avorta après avoir senti l’odeur d’une bougie mal éteinte.
Le même auteur cite une rachitique sage-femme qui se précipita du haut d’un escalier très-élevé; elle mourut des suites de ses blessures, sans avoir produit l’avortemeut par lequel elle voulait se soustraire à l’opération césarienne.
M. Cazeaux a vu une jeune fille abandonnée de son amant, qui, dans son désespoir, s’était jetée dans la Seine du haut du Ponl-iNeuf ; elle fut sauvée et n’avorta point.
Une femme de quarante-cinq ans est entrée, le 3 mars 1854 , à l’hôpital des Cliniques. Elle avait été traitée depuis quatre mois par trois médecins successivement, deux en province et un à Paris celui-ci, par la méthode de M. Raspail), pour une tumeur fibreuse de l’utérus et de l’ovaire droit (iodure de potassium, sangsues, etc.). L’enfant est arrivé à terme et est né vivant, malgré le traitement jugé très-propre à débarrasser la femme de sa tumeur.
On pourrait opposer à ces derniers faits des fausses couches survenues, a-t-on dit, par suite d’émotions morales mêmes légères. D’après certains accoucheurs, l’accélération du mouvement circulatoire qui survient dans ces circonstances peut produire la déchirure de quelques vaisseaux , et, à la suite de l’hémorrhagie, l’avortement. On a expliqué encore celui-ci par une syncope de la mère qui amènerait la mort du fœtus.
Évidemment des causes, telles que le chant, des cris, le cahotement d’une voiture, l’odeur d’une bougie mal éteinte, seraient peu susceptibles d’effectuer la fausse couche, s’il n’existait pas chez la femme une grande prédisposition à la favoriser. II faut se rappeler à ce sujet ce que dit de La Motte : «Les femmes les plus actives, les plus imprudentes, celles qui se livrent aux exercices les plus violents, n’en conduisent pas moins le plus souvent la grossesse à terme; tandis qu’on en voit une infinité d’autres qui avortent malgré les précautions les plus minutieuses, les attentions les plus soutenues. »
Î855. — Bctancês.
J’ai vu pour ma part (s’il m’est permis de citer ce que j’ai vu hors des hôpitaux), au village des Cabanes, sur la Méditerranée, la femme d’un pêcheur nommé Arago , très-active, qui, pendant plusieurs grossesses, s’était livrée chaque jour aux pénibles travaux de son état. Une heure avant son dernier accouchement, elle préparait elle-même, pour son mari, le poisson qu’il devait aller vendre à la ville. Jamais cette femme n’avait eu un avortement.
Il est pourtant certaines causes accidentelles ayant une influence qui leur est propre, et qui agissent sans le secours de la prédisposition : telles les chutes, les fatigues excessives, le coït répété. M. Cazeaux l’admet ainsi. M. Velpeau ne semble pas être de son avis ; voici ce qu’il dit à ce propos :
«Mauriceau, qui défend l’exercice et le coït vers la fin de la grossesse, et qui n’a point eu d’enfants en quarante-six ans de mariage, est combattu assez malignement par Dionis : Pour moi, dit ce dernier auteur, qui ai une femme qui a été grosse vingt fois, et qui m’a donné vingt enfants dont elle est accouchée à terme et heureusement, je suis persuadé que les caresses du mari ne gâtent rien. C’est donc, continue M. Velpeau, purement dans le sens poétique qu’il convient de prendre ces vers de Tillet :
Pour conserver le fruit de vos chastes plaisirs,
Réprimez désormais vos amoureux désirs;
Au feu qui vit en vous un autre feu peut nuire.
Et ce qu’Amour a fait, Amour peut le détruire.
D’autant plus, poursuit-il encore (sans ajouter, je pense, beaucoup de crédit à cette assertion), d’autant plus qu’Aristote accorde au coït, vers la fin de la grossesse, la propriété de rendre l’accouchement plus facile. »
Je crois qu’il ne serait pas hors du bon sens d’admettre que, suivant la conformation de l’homme, les caresses du mari peuvent bien gâter quelque chose; je m’abstiendrais pourtant s’il fallait déduire
de cette simple pensée rien d’injurieux pour Aristote ou pour Dionis.
Peut-être aussi certaines femmes chargées d’apaiser sans cesse l’incontinence publique doivent-elles à celte cause des avortements qui peuvent passer confondus avec le retour des menstrues.
J’ai dit, à propos des lésions chirurgicales du fœtus, ce que pensaient certains accoucheurs des causes qui pouvaient les produire, et, par suite, amener la fausse couche.
II est difficile d’admettre, comme le croyait Peu, que seulement pour s’être heurté le ventre contre l’angie d’une table, une femme accoucha , le septième jour, d’un enfant dont les deux moitiés de la tête, fendue jusqu’au cou, pendaient sur les épaules.
Il n’est pas besoin d’ajouter à tout ce qui vient d’être dit, et comme causes accidentelles, les appétits de diverse nature qui surviennent chez les femmes grosses, et par conséquent l’ingestion d’aliments nuisibles. On sait que l’altération du goût surtout peut aller trèsloin, et l’on se rappelle l’histoire de cette Hollandaise qui poussa la perversion de cet organe jusqu’à vouloir goûter de son mari; elle ne s en tint pas au désir, l’infortuné fut tué et salé.
Pour conclure, je dirai qu’il est utile de rechercher, en toute circonstance, si quelque cause prédisposante n’agissait pas en même temps que la cause accidentelle et d’une manière plus active.
S° Cause spéciales.
Je crois peu utile d’insister sur les causes spéciales de l’avortement. Je les passerai rapidement en revue en rappelant le danger qu’il y a dans l’emploi de ces moyens, lorsqu’ils sont appliqués par des personnes peu entendues. On peut en faire deux classes : médications eJ opérations.
Médications.—Les émétiques, les bains, les frictions, les purgatifs, les emménagogues, sont des moyens bien connus, mais qui heureu-
seraient manquent le plus souvent le but criminel qu’on veut leur faire atteindre ; aussi emploie-t-on sans trop de crainte ces remèdes, s’ils deviennent nécessaires pendant la grossesse. De La Motte a vu les évacuants les plus énergiques produire des gastrites, des entérites, des péritonites, la mort même, sans que l’avortement ait eu lieu. L’ergot de seigle même semble ne pouvoir produire tout son effet que lorsque l’utérus a subi son complet développement.
Opérations. —A l’aide de ces opérations, lorsqu’elles sont mal appliquées, on ne fait souvent que produire des désordres graves dans les organes génitaux, sans obtenir le résultat qu’on attendait.
Les saignées générales ou locales sont souvent inefficaces. Mauriceau parle de la femme d’un de ses confrères qui fut saignée quatrevingts fois durant le cours de la grossesse. M. Nicod a fait, avec un succès complet et sans produire l’accouchement prématuré, l’amputation de la jambe à une femme grosse de huit mois.
Je ne fais que nommer les méthodes plus ou moins employées, et consistant dans la perforation des membranes, le tamponnement, la dilatation du col, l’excitation des mamelles, et enfin les douches d’eau tiède.
4° Câîiiises eîSicâeaïtes.
Les contractions utérines, aidées des efforts musculaires de la femme, et ayant pour effet de dilater l’orifice, de décoller l’œuf et de le chasser au dehors, constituent à elles seules les causes efficientes ; il faut donc rechercher ce qui amène directement les contractions. Plusieurs théories ont été données pour expliquer ce phénomène au moment de l’accouchement naturel. Des accoucheurs anciens accordaient à l’enfant un rôle actif dans l’accouchement; personne ne l’admet aujourd’hui.
Antoine Petit l’explique par une sorte d’antagonisme entre les fibres du corps et du fond, d’une part, et, de l’autre, les fibres du col. Ces dernières, ramollies, relâchées seulement à la fin de la grossesse, ne céderaient qu’alors aux efforts des fibres longitudinales.
Cette théorie, admise encore par un certain nombre d’accoucheurs, n'a pas paru satisfaisante à tous; aussi quelques-uns, appliquant à l’utérus la loi qui régit les organes creux de l’économie, ont-ils dit : Toutes les fois que l’irritation porte sur le sphincter utérin, c’està-dire sur les fibres circulaires du col, le corps entier de l’organe subit des contractions. Or, pendant tout le cours de la gestation, le col conservant sa longueur, les parties déclives du fœtus ne sont en contact qu’avec l’orifice interne. C’est seulement lorsque la grossesse arrive à terme que le col effacé permet aux membranes de venir irriter son sphincter; tous les points de la périphérie tendent alors à se rapprocher du centre, et l’œuf est chassé par le point qui offre le moins de résistance.
La même objection a été faite à ces deux théories, et c’est justement dans l’avortement et l’accouchement prématuré qu’on l’a puisée. C’est que, dans ces deux cas, le travail se fait, et pourtant le col de l’utérus a conservé jusque-là toute sa longueur et toute sa dureté; aussi a-t-il fallu expliquer d’une autre façon les contractions avant terme.
Comme il a été dit plus haut, les causes efficientes se développent lorsque déjà les autres causes ont agi. En effet, si, sous l’influence d’une cause prédisposante quelconque, le fœtus vient à périr, il ne joue plus dans la matrice que le rôle de corps étranger. 11 s’y passe alors ce qui arrive, les mêmes circonstances étant données, dans toute cavité contractile; l’utérus se contracte, pour se débarrasser d’un corps inutile ou qui peut même devenir nuisible à l’économie, et le fœtus est expulsé. De même , une cause accidentelle, ayant agi, a pu produire la déchirure de quelques vaisseaux ; il se fait un épanchement (I). S’il est peu considérable, il peut ne produire d’autre
(1) Quand ces épanchements se font d’une manière instantanée, il y a ceci de particulier, que soudainement aussi ils déterminent des contractions ; celles-ci surprenant l’œuf, qui n’est pas détaché complètement et tendant à l’expulser à travers des voies qui ne sont nullement préparées, l’avortement est plus doulou-
accident que l'imperméabilité d’une partie du placenta par sà transformation en une plaque fibreuse; si au conlraire il se fait avec abondance, il peut s’étendre entre les membranes en les décollant et en déchirant encore quelques vaisseaux , puis s’arrêter là ou bien s’étaler davantage et arriver à l’orifice utérin pour constituer une perte externe. Dans le premier cas, il agira comme corps étranger, et il produira le même effet que le fœtus mort dans la matrice; dans le second, à la suite de la perte, l’utérus entrera en contraction et pourra expulser le fœtus vivant ou bien il restera immobile jusqu’à ce que la mort de l’embryon sollicite le travail. C’est ce dernier genre d’avortement qui se présente le plus communément; l’expulsion du fœtus ne suit que de loin l’action de la cause. On a même cité des cas de fausses couches survenues vers les premiers mois et dans lesquelles il n’y avait pas d’hémorrhagie. Alors, d’après M. Moreau, les vaisseaux étant atrophiés par suite de la mort du fœtus, le placenta peut se décoller sans qu’il en résulte le moindre épanchement sanguin.
Telle est la manière dont on explique les contractions utérines dans les fausses couches. Plus heureux ici que dans l’accouchement naturel, on n’a pas à se contenter de la théorie d’Avicenne et à dire « qu’au temps fixé, l’avortement se fait par la grâce de Dieu. »
reux que dans d’aulres cas où l’œuf semble s’être détaché spontanément. 11 y a une grande analogie entre les fausses couches arrivant ainsi tout à coup, et dans lesquelles l’œuf entraîne à peine quelques lambeaux de la membrane caduque, et celles qui sont provoquées dans un but criminel. Ici en effet, en introduisant un instrument dans l’utérus, on détruit subitement aussi des adhérences vasculaires ; de là des accidents sérieux dans les deux cas, souvent des métriles. En examinant l’œuf avec lequel on retrouve le sang épanché, et sans avoir assisté à l’accident, on peut annoncer souvent que l’avortement a été douloureux. (Leçons cliniques de M. P. Dubois.;
LES DIVERSES BRANCHES DES SCIENCES iVÉDK Al.ES.
Physique .— De la pression des liquides sur les parois qui les contiennent ; application au système vasculaire.
Chimie. — Des caractères distinctifs du cyanogène.
Pharmacie. — Des potions et des règles générales à suivre dans la prescription et la préparation de ces médicaments.
Histoire naturelle. — Des particularités d’organisation propres au grand embranchement des végétaux acotylédonés ou embryonés ; énumérer les principales familles de ce groupe.
Anatomie. — Faire connaître toutes les branches cutanées fournies par les divisions terminales du plexus brachial.
Physiologie. — De la circulation du chyle et de la lymphe.
Pathologie interne. — De l’emphysème des poumons, et de ses rapports avec les différentes maladies du cœur et des bronches.
Pathologie externe. — De l’hydarlhrose et de son diagnostic différentiel.
Pathologie générale. — De l’asthénie dans les maladies.
Anatomie pathologique. — Des perforations spontanées.
Accouchements. — De l’hémorrhagie utirine pendant l’accouchement.
Thérapeutique. — Des propriétés thérapeutiques des préparations d'argent. . .. , . . . ^ .
Médecine opératoire. — Du débridement des plaies.
Médecine légale. — Des lésions mentales dépendantes d’un des besoins physiques de l’homme , la faim, la soif, l’acte génital, et tenant à la non-satisfaction d’un de ces besoins ou consistant en une exaltation ou dépravation de ces besoins.
Hygiène. — Des tempéraments dans leur rapport aves les divers climats.
Vu, bon à imprimer.
BOUILLAUD, Président.
Permis d'imprimer.
Le Vice-Becleur de l’Académie de Paris,
CA YX.