‹ Des caustiques dans le traitement du cancerChapitre 21 sur 23 · XXII. TUMEURS CORNÉES ET ÉPITHÉLIALES · texte numérisé non relu

XXII. TUMEURS CORNÉES ET ÉPITHÉLIALES

Mme Ve]\ 74 rentière, à Saint-Josse-ten-Noode, me consulte en 1877, pour une excroissance de tissu corné, de 2 centimètres de longueur et du diamètre d’un gros crayon, situé à la face dorsale de la main droite, entre le premier et le deuxième métacarpien.

Ligature de la tumeur au moyen du fil d’argent, excision et application de caustique; guérison définitive en quelques jours.

En 1879, tumeur semblable située à l’aile gauche du nez, même opération, guérison complète.

En 1880, une troisième tumeur de môme nature située à la joue droite, au-dessous de l’arcade zigomatique, cornée, d’une longueur de trois à quatre centimètres et dont la base est grande comme une pièce de cinquante centimes. Même traitement, môme résultat.

Le :22 décembre 1882, N... me consulte pour une

tumeur à la lèvre supérieure, près de la commissure droite, saignant au moindre attouchement.

Le microscope décèle un épithélioma ; trois applications de caustique sutlisent pour détruire complètement le néoplasme; rapprochement par des bandelettes au collodion, cicatrisation sans déformation de la bouche, le 4 janvier, c’est-à-dire en quinze jours.

L’analyse des urines n’a point révélé d’hypoazoturie ni d’hypochlorurie. J’ai revu M'”® N..., en 1883, et elle se portait parfaitement bien, en 1886, elle vivait encore en parfaite santé malgré ses 83 ans. Celte observation est remarquable par les diverses manifestations de tumeurs épithéliales qui se sont formées en divers endroits et sans aucun signe de cachexie, les urines ont toujours été normales.

XXIII. OnSKUVATION d’un cas DK CANCER KNCÉPIIALOÏDE DE l’aVANT-BDAS GAUCHE, AU NIVEAU DU l'UI DU CÜUDE, DESTRUC- TION DES OS, TEINT CACHECTIQUE; GUÉRISON MOMENTANÉE.

I>e nommé C..., trente deux ans, cultivateur, à Lstiennes-au-Mont, porte depuis deux ans un cancer encéphaloïde situé au tiers supérieur de l’avant-bras. 11 a été opéré par le bistouri, il y a un an; récidive

immédiate.

En mai 1873 la tumeur a 13 cenlimètres de diamètre, est irrégulière, bosselée et présente en c.ertains endroits une fausse iluctuation. Le, maladci est maigre, (h; teint gris-jaune très prononcé.

De plus il est atteint d’Iiydrothorax à droite.

Nous procédons, le docteur Dougard et moi, à l’opération de riiydrothorax par la méthode aspiratrice ; un

1/2 litre de liquide citrin est retiré. L’hydrotliorax se guérit. Le 24 mai 1875 nous appliquons le caustique, mais après trois applications, nous découvrons vers l’articulation du coude des poches remplies de putrilage infect et sanieux ; les os sont réduits en une espèce de bouillie et l’articulation du coude est largement ouverte, l’amputation du bras est nécessaire.

J’appliquai à l’union du tiers inférieur du bras avec le tiers moyen une couronne de caustique; quatre applications suffirent pour tout cautériser y compris les vaisseaux et les nerfs jusqu’à l’os que je sciai ; pas la moindre hémorragie; le malade n’a pas gardé le lit et a bien dormi et bien mangé. Je réappliquai dans le méat médullaire et sur toute la plaie une dernière couche de caustique ; le lendemain le malade se promena toute la journée à la campagne et trois semaines après la jilaie était parfaitement cicatrisée.

Nous l’avons revu en novembre et il se portait très bien. Nous avons appris qu’il était mort en décembre 1875 d’une maladie de poitrine, mais nous n’avons pu recueillir d’autres renseignements.

XXIV. OBSERVATION 1)’UN CAS DE CANCER ÉPITHÉLIAL DE l’avant -BRAS GAUCHE, RÉCIDIVÉ PLUSIEURS FOIS APRÈS DIVERSES OPÉRATIONS ET SUIVI DE GUÉRISON RADICALE PAR NOTRE CAUSTIQUE.

M. B..., 50 ans, employé à Namur, de très bonne constitution, s’est aperçu il y a un an d’une espèce de durillon, gros comme une noisette, à la région antérieure de l’avant-bras.

Le 8 janvier 1884, son médecin fit l’excision de cette tumeur qui fut suivie de suppuration et d’érysipèle

grave; cicatrisation incomplète et récidive avec augmentation de la tumeur. Celte fois le médecin fait une large application de pâte de Canquoin ; une escharre large et épaisse comme une grande figue se détache; cicatrisation rapide et complète au bout de quinze jours. Récidive à côté de la cicatrice. Au mois de mai le médecin réapplique la pâte caustique de Vienne, puis le canquoin, puis le fer rouge sans aucun résultat. La tumeur se reproduit avec une activité plus grande. Au mois d’août application de vésicatoires, de caustique de Vienne, de pâte de Canquoin et de fer rouge sans aucun résultat favorable, au contraire.

Le 8 novembre 1884, M. R... vient nous consulter. Tumeur ulcérée de 4 centimètres sur 2 1/2 centimètres, à base dure d’au moins quatre centimètres de diamètre, état sanieux caractéristique de l’ulcère.

Le malade ne peut attribuer la cause de son mal qu’à un violent effort musculaire après lequel il a ressenti souvent de très vives douleurs au pli du coude. Je trouvai le cas très grave et très rebelle et je redoutai un insuccès probable.

Mais le malade insista pour me faire tenter l’opération par le caustique. Dix applications suffirent pour détruire tous le néoplasme qui s’étendait jusriu’à l’aponévrose et en a nécessité la cautérisation ; le 19 novembre l’opéré quitte Bruxelles radicalement guéri.

L’analyse des urines faite plusieurs fois n’a jamais révélé d’hypoazoturie ni d’hy[)ocblorurie.

Depuis lors j’ai revu roj)éré bien d(;s fois et il vint me faire visite en avril 1888 pour moniiHu'sa belle santé et la cicatrice souple et lisse (ju’il j)orte au pli du coude et qui ne le gène en rien dans tous les mouvements du bras.

La cure radicale se maintient donc depuis bientôt quatre ans.

XXV, OliSERVATION d’ln CAS DE TUMEUR ÉRECTILE (NOEVUS VASCULAIRE ET HYI'ERTROPHIQUE DE LAROULRÈNE) DE LA LÈVRE INFÉRIEURE.

Le 28 janvier 1885 D..., de Namur, 19 ans, de

bonne santé et de bonne constitution, vient me consulter pour une tumeur sanguine qu’elle porte à la lèvre inférieure, s’étendant jusqu’à la commissure droite de la bouche, grosse comme un œuf de pigeon.

Cette tumeur date de sa naissance, elle augmente considérablement de volume depuis quelque temps, et son poids fait dévier complètement la lèvre, repliée en dehors vers le menton; ce qui empêche M'*® D... de conserver sa salive dans la bouche et de parler distinctement.

L’aspect de cette tumeur violacée et semi-fluctuante est horrible et fait la désolation de la malade; sept applications de caustique ont de^truit complèlement la tumeur; après la chute de l’eschare, réunion et rapprochements progressifs des lèvres de la plaie par les bandelettes au collodion.

Le 20 février 1885, àl"® D... retournait à Namur radicalement guérie et enchantée du résultat.

J’ai appris en 1888 que la guérison s’était maintenue et que D... venait de se marier.

XXVI. orservation d’un cancer du cerveau, opéré au MOYEN DU CAUSTIQUE, par le docteur brandis, chirurgien de l’hôpital Louise, à Aix la-Chapelle.

Lors d’un voyage à Aix-la-Chapelle j’eus loccasion de

causer du traitement du cancer par le caustique avec le docteur Brandis, qui me promit de l’essayer à la première occasion.

Voici ce que m’écrivit à ce sujet le chirurgien en chef de rhôpital Louise, le 23 mai 1876.

« Je n’ai pas oublié votre admirable caustique; je n’ai )) pas eu beaucoup l’occasion de l’employer mais j’ai » bien pu constater sa force. J’ai une vieille femme à » l’hôpital, atteinte d’un cancer énorme, ulcéré, de l’os » frontal et pénétrant jusque dans la boîte crânienne. » Après avoir détruit tout le cancer d’une épaisseur de » dix centimètres et d’une étendue de onze centimètres, » par trois applications de caustique, il ne reste plus w qu’une très petite partie du cancer et dans le centre )) de la plaie on voit le cerveau. Comment cela va-t-il se « terminer? Je vous donnerai 'des nouvelles plus tard. » Agréez, etc.

(Signé) D' Brandis.

Le l®’’ janvier 1877 le docteur Brandis m’écrivait :

« Permettez-moi de vous dire quelques mots du cas )) de cancer, dont je vous ai écrit, il y a quelque temps. » Après avoir appliqué le causticiue îcinq fois, le cancer » paraît être détruit complètement. Au milieu de l’os )) frontal on voit une ouverture large comme une pièce de cinq francs, au fond de laquelle se trouve le cer- )) veau â nu. La femme se porte assez bien, l^our moi il » n’y a plus de doute que sans votre remède la femme » serait déjà morte dej)uis des semaines. »

Agréez, etc.

(Signé) IP Brandis.

Le 28 janvier 1877 le docteur Brandis m’écrivait que la femme au cancer du front venait de mourir d’une atièction cérébrale ; (jue le caustiijue avait en tout cas

été très efficace à prolonger la vie et à diminuer les souffrances dans un cas aussi désespéré; et que s’il n’avait plus employé le caustique depuis, c’est qu’il n’avait pas eu de cas convenable pour son emploi et qu’il avait refusé les cas de cancer non opérables.

XXVIl. CAS DE CYSTO-SARCOME FASCICULÉ DE LA RÉGION PECTORALE ET DE LA PAROI ANTÉRIEURE DU CREUX DE

l’aisselle (observé chez un garçon de 17 ans). Opéré par le bistouri et récidivé; opération et guérison complète par la méthode des caustiques chimiques.

Cette observation, publiée par les docteurs Stocquart et Jules Félix, dans les archives de médecine et de chirurgie pratiques, année 1887-1888, fascicule 2, B, peut se résumer ainsi :

Le sieur P. F... fut atteint à l’âge de 15 ans, en janvier 1885, d’une tumeur à la région antérieure du creux axillaire gauche, au devant du muscle pectoral. Quatre mois après le début de cette tumeur, on en fit l’extirpation par le bistouri, à l’hôpital Saint-Pierre, le 16 mai 1885. Cette opération causa de la fièvre pendant dix jours et le patient quitta l’hôpital le 29 mai. La cicatrisation de la plaie ne fut complète qu’au bout de trois mois ; récidive. Le 5 mai 1886, le malade se présenta à la consultation du docteur Stocquart qui tenta la résolution par divers moyens, surtout les injections interstitielles d’acide phénique et d’acide lactique; ce qui donna comme un coup de fouet au néoplasme dont le développement augmenta rapidement. Au mois d’août elle avait un diamètre transversal de 18 centimètres sur la ligne mamellaire; 15 centimètres sur une ligne correspondant à félranglement axillaire. L’examen microsco-

pique des liquides et des parties bourgeonnantes des nombreux kystes que la tumeur renfermait et que le causiique nous fit découvrir, nous permit de constater que la tumeur tenait à la fois du sarcome et du fibrome.

L’analyse des urines souvent répétée ne donna aucun signe d’hypoazoturie, ni d’hypocblorurie.

Du 20 au 27 août 1885 nous avons fait sept applications de caustique pour détruire l’énorme tumeur; le 5 septembre l’escharre se détache et laisse une belle et énorme plaie, et au mois de décembre la guérison et la cicatrisation étaient complètes.

Depuis l’opéré se porte très bien; aucune trace de récidive n’existe; l’opéré peut se livrer ù tous les mouvements du bras sans gène ni douleur.

Pendant toute la durée de l’opération le thermomètre n’a jamais dépassé 38" C. La moyenne d’urée dans les 24 heures a été de 25 grammes environ.

Bruxelles, le 5 mai 1888.

D" Jules Félix.

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