CHAPITRE VI
Des fraudeurs. — > Des divenes espèces de fraudes mises en pmtiqne à Paris. — Définition de chacune d'elles. — De quels élémens se* compose la population des fraudeurs. — Elémens permanens, élémens mobiles et accidentels.
L*octroî est une des contributions indirectes qui , dans notre système dHmpôt, atteignent les objets de consomniation ; à Paris , le produit de cette perception est sans comparaison le plus important de ceax qui composent les ressources financières de la cité. Soustraire aux droits d'entrée , par des moyens cachés , certaines denrées destinées aux besoins de la capitale, et sujettes à ces droits^ est un trafic usité dans plusieurs familles de la classe malheureuse , quoiqu'il soit l'objet d'une sévère surveillance et de * peines graves prévuesparlaloi.Cetrafic, que le législateur qualifie fraude ajuste titre, n'est pas continu; il varie suivant l'état des circonstances de la cité, ou plutôt suivant la difficulté des temps et la rareté du travail. '
On distingue quatre sortes de fraudes : la/raude êous vêtement j \^ fraude par escalade^ \^ fraude par
jet de vessie par-delà le mur d'enceinte , et \à.fraîêde tm moyen d^ excavations souterraines.
La fraude sous vêtement s'opère à l'aide de vessies superposées et formant corset, ou bien à l'aide d'une espèce de cuirasse en fer*blanc. Le liquide qu'on a le dessein de soustraire au droit d'octroi , est introduit dans les vessies ou dans la cuiras&e adaptées à la stature, du fraudeur.
loi/raude par escalade se pratique la nuit, avec le secours d'une échelle, à l'extrémité supérieure de laquelle est attachée une forte corde. Cette échelle est appliquée au mur d'enceinte , de manière que la corde soit rejetée de l'autre côté du mur, et procure aux fraudeurs chargés d'un sac en peau rempli de liquide , la facilité de descendre de ce côté , en glissant le long du mur, par le moyen de la corde.
tA ftauie par jet de vessie a lieu en plein jour. Le point de correspondance étant convenu entre les fraudeurs, l'individu qui est dans l'intérieur de la ville reçoit la vçssie qui lui est jetée par-dessus le mur d'enceinte. On introduit aussi par jet de la viande qui n'est pas admise dans le commerce.
La dernière espèce de fraude , celle qui s'exécute au moyen d^excavations souterraines, est la plus difficile à découvrir, et la plus préjudiciable à Fintérét municipal et à Tintérét du tréj&or, parce qu'dle
MOBURS BBS FEAUDEURS. ao3
peut s'exercer sur de grandes quantités de denrées. Voici quels en sont les procédés. Les fraudeurs prennent à loyer une habitation peu dî||ante du mur d'enceinte, avec ses dépendances, qui consistent en cour^ jardin ou terre labourable; et ils combinent leur choix de Ëiçon que cette habitation corresponde au point où ils ont placé leur débouché. Ce débouché est établi dans un bâtiment situé dans Tiotérieur. C'est à ce bâtiment que les fouUles pratiquées par puits ou autrement aboutissent; et c'est de là que les denrées amenées par voie souterraine sont expédiées chez les débitans qui sont en rapport habituel avec les fraudeurs.
Ceux qui exercent communément la fraude sont des fainéans, des mauvais sujets, des voleurs, des femmes et des enSsms qui s'y vouent comme à une industrie légitime. Dans les temps difficiles, nombre d'ouvriers sans travail s'y livrent également pour pouvoir subsister. Toutefois, dès qu'ils ont le moyen de rentrer dans leurs ateliers, ils cessent de tirer parti de cet expédient condamnable. Les chefs des fraudeurs s'appellent chefs d'équipes ; plusieurs font la fraude à main armée, et engagent quelquefois des collisions ouvertes avec les agens de l'octroi. Les ruses employées par les fraudeurs, pour tromper la surveillance de ces derniers, sont inépuisa-