‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre (volume 3)Chapitre 6 sur 58 · CLASSES OUVRIÈRES VICIEUSES · texte numérisé non relu

CLASSES OUVRIÈRES VICIEUSES

rait probablement un nombre- d'ouvrières égal aus 4/5*" de la masse, soit 40^000, et les 10,000 femmes restantes seraient classées dans des professions de toute espèce, étrangères aux arts industriels. Ce résultat serait, je crois, le moins hasardé, et faute de données plus précises, je l'admettrai sans autre observation.

Outre ces 409OOO ouvrières, il n'y aurait pas d'exagération à évaluer à !^o,ooo celles qui sont célibataires et qui résident, soit dans le sein de leur famille, soit dans des chambres particulières. Ce chiffre et le précédent m'ont paru en rapport avec les nombreuses filatures et fabriques de papier peint établies à Paris, où les ouvrières forment plus de la moitié des personnes employées, et avec les ateliers encore plus nombreux, où se confectionnent des objets qui comportent par leur exiguïté et leur délicatesse la main-d'œuvre des femmes.

Dans le tableau que nous venons de tracer des classes ouvrières , il y aurait lacune si nous ne consignions pas le chiffre des apprentis ou plutôt des jeunes garçons en état de travailler, qui sont employés dans les divers établissemens industriels. On voit que l'acception prêtée ici au mot apprenti est , pour ainsi dire, illimitée, et sort des termes ordinaires. Le chiffre dont il s'agit peut être porté à deux par &*

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iftille d'ouvriers mariés ou vivant en état de concubinage , c'est-à-dire à 1 00,000.

Il existe donc à Paris a35,ooo ouvriers de toat sexe et de tout âge à l'époque du ralentissement du travail^ et a65,ooo pendant la période de pleine activité.

En exposant quels sont les principaux élémens de la classe pauvre mais laborieuse, jenedoispas omettre de faire connaître le nombre des chiffonniers , espèce de manouvriers qui se rattachent aux manufactures par la nature même des objets sur lesquels s'exerce leur industrie. Ce métier, qui est un des moins honorés, a, malgré le dégoût qu'il inspire généralement ^ un attrait particulier pour certaines gens et, surtout pour les enfans, parce qu'il n'assujettit à aucun apprentissage, et qu'en outre, il permet à celui qui Fexerce, de vaguer constamment sur la voie publique et de gagner aisément un' salaire raisonnable. On compte 2,000 cbifFonniers, et à-peu-près un pareil nombre de femmes et d'enfans exerçant la même profession , en tout 4,000.

Nous avons jugé à propos d'entrer dans quelques détails au sujet delà masse des classes ouvrières, pour faire voir qu'on ne pouvait guère espérer de la réduire à une expression numérique , à moins de recourir à des approximations plus ou moins arlii^

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traires. On remarquera peut-être que nous n'avons pas fait mention des bureaux de placement dans la désignation des sources que nous avons consultées.

Ces bureaux ayant cessé d^étre autorisés par l'administration y et étant devenus pour l'industrie un objet.de spéculation libre, le nonlbre s'en est beaucoup accru, et dès-lors il eût été difficile de les consulter tous. D'un autre côté , et dans la supposition où ils eussent été également accessibles à nos recherches, ils n'auraient pu nous fournir que des chiffres erronés ou incomplets; erronés en ce que les ouvriers étant sujets à des mutations fréquentes auraient pu être placés successivement par plusieurs bureaux, -et figurer dans l'effectif de chacqn d'eux comme autant d'individus distincts , tandis qu'en réalité ces individus n'eussent été qu'une seule et même personne; incomplets, puisque les bureaux n'étant pas des intermédiaires nécessaires entre l'ouvrier et l'entrepreneur, les documens émanés d'eux auraient offert d'autant plus de lacunes qu'il y aurait eu plus de placemens opérés sans leurs concours. J'aborde immédiatement la question dont les explications précédentes ont eu pour objet de préparer la solution. Cette question consiste à savoir quelle est la force numérique par profession , des

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ouvriers qui se livrent habituellement à la fainéantise ou à l'intempérance y deux vices qui ont beaucoup d'affinité l'un avec l'autre.

On ne saurait y répondre que de trois manières ^ ou par voie d'information auprès de la police administrative, ou en se mettant en rapport avec les entrepreneurs ^ ou par des renseignemens obtenus dans les estaminets et les cabarets.

Dans les grandes villes, et surtout à Paris, la po- ( lice ne peut exercer une surveillance assez directe ni assez étendue pour avoir action sur les individus qui ont coutume de mener une vie déréglée et licencieuse. Il faudrait qu'elle disposât de légions d'agens, et ceux qui connaissent les ressorts de cette grande et utile machine autrement que par les préjugés vulgaires, savent que ses moyens d'action sont très bornés, en raison de l'immense population de Paris. D'ailleurs, l^a police a pour mandat de poursuivre les faits qualifiés contravention, délit ou crime, par la loi pénale; et le vice proprement dit n'est pas punissable toutes les fois qu'il reste en dehors des prévisions de cette loi. Notre civilisation, quoique fort avancée, ne supporterait pas très probablement des mesures préventives de police, qui auraient pour effet de signaler, dans les cabarets et autres lieux de ce genre, les ivrognes et les joueurs,

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dans la vue de leur ôter les moyens de se livrer à leurs habitudes vicieuses. Ces mesures sont pourtant en vigueur dans la Nouvelle-Angleterre et dans les autres états de l'Union américaine, où les mœurs et les lois exercent une égale influence. Le législateur a prononcé des peines pécuniaires contre les che£i de ces établissemens qui n'observent pas les réglemens de police à ce sujet.

Pour nous, il ne nous est pas encore donné de prétendre. à cett^ hauteur de moralité publique. L'administration est désarmée en présence de l'homme vicieux, tant que ses excès ne tendent pas à troubler la paix de la cité. Elle ne peut juger de la corruption des différentes classes d'ouvriers que par les faits qui tombent sous sa juridiction; et ces faits, encore qu'ils aient leur source dans les désordres d'une mauvaise vie, ne forment qu'une faible partie de ceux que l'honnêteté publique réprouve. Le plus grand nombre de faits qui blessent celle-ci se dérobent nécessairement aux explorations de l'autorité, parce qu'ils se passent dans l'intérieur des cabarets et des estaminets où ses agens, quoique autorisés à les inspecter quand ils le jugent convenable, ne s'introduisent que lorsque la clameur publique ou des plaintes particulières les y appellent pour constater des actes déclarés répréhensibles par la loi.

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Il ea est de même des maisons de prostitation accessibles à toute heure aux préposés de la police^ mais où ils ne pénètrent d'ordinaire que par intervalle, soit pour y assurer l'exécution des réglemens de police, en matière de prostitution, soit pour y opérer la recherche des malfaiteurs.

Hors de là, les enquêtes de l'autorité appartiennent au domaine de la simple observation ; elles ne sont plus de droit étroit. Ces enquêtes ne sauraient avoir qu'un caractère très vague, puisqu'elles ne peuvent porter que sur les masses et non sur les individus. L'administration serait bien à portée de dire jusqu'à un certain point, d'après les allures habi'> tuelles des ouvriers de telle ou telle profession , que ces ouvriers sont plus ou moins vicieux, comparativement à des ouvriers exerçant une autre profes* sion; mais au-delà, il n'y a plus que doute, incertitude , obscurité. Du moment qu'il s'agit d'énoncer des £aits précis, des nombres, les moyens d'investigation font défaut aux agens de l'autorité; ceux-ci se perdent dans la foule des individus qui s'offrent à leur vue; leur esprit même ne sait où se prendre, tant il y a de degrés dans les désordres; les moyens de départ et d'évaluation leur échappent ; et si après beaucoup d'étude et de méditation ils peuvent se permettre d'asseoir une opinion, d'indiquer un

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nombre, ce ne peut être que par conjecture, ou plutôt par divination.

Si l'administration, avec l'ascendant moral de rautorité dont elle est revêtue, et avec les nombreux moyens d'action qu'elle tient à sa disposition, est hors d'état de déterminer même approximativement ( et par approximation , j'entends une estimation fondée sur des chiffres recueillis avec soin, discutés avec sagacité, et approchant plus ou moins de Tévaluatiou présumée être la vérité); si, dis-je, l'administration est hors d'état de fixer approximativement le nombre d'ouvriers vicieux que chaque profession renferme, quelle ne doit pas être l'impuissance du simple particulier pour atteindre le même but?

En supposant que son zèle ne se ralentisse pa^ pour mener à fin une si rude opération , trouverat-il accueil chez tous les marchands de vins qu'il devra consulter, chez tous les maîtres d'estaminets? Ces gens ne garderont-ils pas le silence de peur de nuire à leurs intérêts? S'i^s parlent, ne s'étudierontils pas à affaiblir la gravité du mal; enfin, dans le cas même où ils seraient disposés à s'expliquer avec franchise, seraient-ils capables de satisfaire la curiosité de l'observateur par âes renseignemens précis j ou , tout au moins, par des approximations? Je ne le pense pas, à en juger d'après le résultat des dé«>

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marches que j'ai &ites moi-même auprès de bon nombre d'entre eux. I^es fàih sont trop oonfus dans leur esprit , lorsqu'ils consentent à vous répondre , et la plupart s'enveloppent dans une circonspection qui ne permet pas de pousser l'enquête au- delà des premières questions.

Quelles lumières pourrait-on attendre des entrepreneurs? Les plus vigilans seraient sans doute en état de répondre sur la conduite t^uue par leurs ouvriers dans leurs êtabiissemens , mais hors de là, quel moyen de contrôle ont-ils? Aucuns. Ceux-là même qui s'informent avec le plus de sollicitude des mœurs de leurs ouvriers dans leurs familles et au-dehor3 ( et malheureusement ce n'est pas le plus grand nombre), ignorent beaucoup de choses. Ce qu'ils savent , ils le tiennent des contre-maitres ou des chefe d'ateliers^ que la prudence rend ordinairement très sobres de semblables communications, et qui, d'ailleurs, pour la plupart, sont aussi vicieux que les ouvriers.

Les recherches qae l'on ^serait tenté d'entreprendre à l'égard des mceors des ouvrières n'éprouveraient pas moins de diffîcoltés. Ia dépravation quoique plus cadiée dans cette partie de 1» population n'en est pas moins réelle pt échappe par son étendue même aux appréciations^ de la statistique. I. 3

34 GL4$S£fi . OUiHBlàRBS VJGZraSES.

Ce^ïïàsifAfrtoutf w. i^eoDimaîssant qixe les matéfi^vi^Xi^BqvkwX pow établir* des catégories et des naml^r^par profe$siftti^ je na dois pas taire qtie , selon mes impression^ et xnes conj^ctufes , le nombre dç^ Quvriers susfceptibles d'être pkoés dans la classe vicieuse n'est pas moindre d'un liers du maxir mnm de la masse , que nous avotts estimé à ia5,Qoo, Qt celui dQS ouvrières de la mén^ quantité. Cette Rouble «approximation parsuitra peut-être exagérée aupremier abord ^ mais j'espère convaincre le lecteur qu'elle ne doit pas être éloigitée de l'eatiniatioii la plus vraisemblable.

Nous poserons donc en fait qu« la partie vidéuse des ouvriers peut être évaluée à • 35/)oo et celle des ouvrières 4 . • ;; . . aoi^oon . Il n'est pas daus moa i Ateotîoh de ptétettdre qqe ks personnes rapré&eiitées par ces mmxbres soient toutes^ vicieuses auméîne degré. 11 ^r a dé& g[paâa* tions dans leur dér^emeiit , mais» à Fégard de& ouvriers que j'ai détachés de la BEiassey Vmleiiipéiwyee es>t %»n viee qui leur jest cominBit' à teias ^ et il en est prèa de ià moitié ( 1 7,000 ) ohez qui elleest p«)rtée jusqu'à l'abrutismemenl ; et , à Tégard des otitrières, OQ peut admettre que les deus tiers d'entre elles dmTent étre^ rangées dans ies cat^oriés lesphis t^or^ rompues de ta classe Tieîeuse , à cause dé la bassesse

âe tcnrt f fiôtrftâtiotïs , cte létir iimtKn^Hf é on de !énrs débordemens. Sur ce nombre, il en est !i,ooo qui entrent pour moitié dans le chiffre des filles publiques insoumises dont if sera question autre part.

Quant aux chiffonniers , nous en évaluerons la partie corrompue à la moitié , c'est-à-dire à a^ooo, y compris femmes et enfans. Ce nombfe, réuni aux fractions extraites des nombres précédens, donne un total de 33,ooo individus, lequel constitue un des principaux élémens de ce ramas d'individus formant dans les grandes villes la lie de la population.

Poilr achever le tableau de la dasee vicieuse , nous examinerons dans le chapitre suivant les élémens de cette classe qui se rattachent aux professions rangées dans la hiérarchie sociale au-dessus de celles exercées par les ouvriers*

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