‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 24 sur 93 · PROPAGATJOW DES BONS LIVRES. I · texte numérisé non relu

PROPAGATJOW DES BONS LIVRES. I

Le gouvernement a senti et proclamé ce double

besoin ; il a chargé une commission d'examiner les

livres élémentaires qui peuvent être placés utilement

dins les mains de la jeunesse. Plusieurs de ces livres

ont été et sont, dé temps en temps , diistribués aux

eofans indigens dans les écoles. Mais il faut que ces

distributions soient abondantes et qu'elles se re«

Qouvellent fréquemment. C'est à la législature autant

qu'au gouvernement à y pourvoir par des fortes

subventions.

Ne perdons pas de vue, en effet, que le but de la loi sur l'instruction primaire est autant de moraliser la génération naissante des classes laborieuses que de l'éclairer. Or, pour atteindre ce but, qui se lie aux intérêts les plus pressans et les plus sacrés de la nation , il faut propager abondamment les livres de lecture utiles aux enfans , livres dont la disette a été signalée par le gouvernement lui-même, dans des documens publics. Cette propagation est nécessaire, autant pour répondre aux besoins habituels des écoles, que pour intéresser et captiver l'attention des élèves par la variété des lectures; car l'esprit des enfans, en raison de sa faiblesse même, est plus mor bile et plus changeant que celui des adultes ; et Ton ne peut fixer, pour ainsi dire , cette mobilité que par des changemens répétés et habilement ménagés.

Il6 PROPAGATION DES BONS LIVRES.

Ceci est vrai principalement à l'égard des livres religieux et de morale. Malgré l'extrême douceur de la morale chrétienne, le fond de ses préceptes étant naturellement austère, l'instituteur serait impuissant à les faire germer dans le cœur de ses élèves, s'il ne les leur offrait sous des couleurs à-la-fois variées et attrayantes. Les contes, les nouvelles et en général toutes les productions qui tendent à introduire dans l'esprit des enfans une nourriture morale, appropriée à leur âge, sont également soumis aux mêmes conditions pour pouvoir remplir leur objet; il faut qu'ils soient revêtus d'une forme agréable et piquante par sa nouveauté : ce n'est qu'à C€ prix qu'il leur est donné d'éveiller et de soutenir h curiosité des lecteurs les plus fantasques et les plus difficiles de tous.

Après ces premiers besoins de l'instruction vien nent d'autres besoins presque aussi impérieux. L'en faut, au sortir de l'école, devient apprenti et bientô ouvrier. Mêlé dans le tourbillon social , il se trouva initié à une vie toute nouvelle. Là chacun est livré i ses propres forces : l'un tombe, l'autre s'élève; 1 malheureux rencontre quelquefois une main secou rable; mais, le plus souvent, il est délaissé par 1 foule avec indifférence. Les passions sont soumise à de continuelles excitations sur ce grand théâtre

PROPAGATION DES BONS LlVRliS. II «7

La discipline de l'enceinte domestique, celle de l'atelier, fondée sur des habitudes sages et régulières, y fait place à la plus entière liberté, et cette liberté se manifeste en beaucoup d'endroits sous les dehors turbulens du désordre et de la licence : l'exemple, les mauvais conseils, les mauvais livres, certains spectacles, combien de choses ne conspirent-elles pas à détourner le jeune homme qui débute dans la vie civile, du sentier de l'ordre et du devoir!

Pour ne parler ici que de l'influence des mauvaises lectures, il est certain que cette influence peut altérer profondémeiît la pureté des moeurs de celui qui ne sait pas s'y soustraire. Quelques hommes poussés par la cupidité ou la faim, et trop souvent par une funeste dépravation, écrivent dans la vue de plaire aux passions basses et honteuses de notre nature; ils tiennent effrontément bureau de corruption, et jouissent, dans un certain cercle de per^ sonnes, d'une vogue à-peu-près semblable à celle de ces êtres vils, qui, spéculant sur les mêmes passions, prostituent , au service d'autrui, leurs démarches ou leur (entremise pour les satisfaire.

Mais, à côté des écrivains qui infectent la société de leurs productions immorales, surgissent de nobles et pures intelligences, appelées par leur propre dévoûment à contrebalancer cette tendance perni-

Il8 ENGOl]RAG£MENS DUS

oieuse. La tâche qu elles se sont imposée est de calmer les cœurs au lieu de les troubler, de réchauffer ou d'entretenir en eux les affections douces de ja nature, d'inspirer le goût de la modération, de la vie domestique et de cette gaie science que Montaigne conseille avec une si aimable naïveté. Ces hommes d'élite ne sont malheureusement pas nombreux, et la morale publique s'en ressent. Un philanthrope sincère et vertueux, le vénérable Montyon, a fondé un prix décerné chaque année, par l'Académie française, à l'ouvrage jugé par elle- le plus utile aux mœurs. Pourquoi dans une nation telle qud la France, un semblable exemple ne trouve*" t«il pas des imitateurs ? Pourquoi des hommes comblés des dons de la fortune ne s'efforcent-ils pas , d'ennoblir la possession de leurs richesses, par des encouragemens offerts au mérite littéraire, dans l'intérêt; des bons principes et des bonnes mœurs ? Ils aspirent à l'estime , à la considération publique , et ils ne savent conquérir ni l'une ni l'autre quoiqu'ils en aient tous les moyens par devers eux ! Ils ne le savent pas , parce qu'ils ne sont préoccupés que d'eux-mêmes et de leurs familles : sécurité, repos et jouissances, voilà les seuls biens qu'ils connaissent et qu'ils apprécient. Leur vie tout entière est une école de personnalité ; comment donc pourraient-

AUX iCRIVAIlfS MORALISTES. 1 19

ils émouvoir en leur faveur les sympathies publiques^ ces sentimens qu'on n'excite dans les masses que par Tarnour des grandes choses, par le dévoûment et le sacrifice.

De toutes les formes littéraires que l'esprit humain a données à ses productions , le roman est celle qui a le moins vieilli , parce que les scènes intéressantes de la vie réelle s'y retracent comme dans un miroir, et que, sous une plume habile, les personnages viennent y prendre un corps , une âme , un visage ; la natare familière des sujets sur lesquels roulent ces sortes d'écrits, les rendent agréables à toutes le» classes de la société « et leur assurent une vogue tx» tréme lorsqu'ils se distinguent de la foule, dont le succès n'est dû , en général , qu'à la nouveauté , et passe vite comme elle.

Des romans fondés sur une pensée morale , composés avec art ^ et appropriés par une imagination souple et brillante au goût des classes laborieuses, seraient un incomparable bienfait dans l'état préseht des esprits, et offriraient un jour une lecture salutaire aux enfâns pauvres qui fréquentent les écoles gratuites. L'étude des mœurs populaires, entreprise par un esprit pénétrant et dirigée vers un but philosophique , serait une tnine neuve et féconde de vérités utiles autant que de sentimens tendres et

Page 1