‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 43 sur 93 · DES MALFAITEURS. I · texte numérisé non relu

DES MALFAITEURS. I

par fe même modf qui nous 6i. désirer le succès d'un homme aux prises avec une opération difficile. Venu au spectacle pour s'égayer, il rira de tout ce qui pourra Tamuser, jusqu'à ce que les incidens de la pièce soient épuisés, et que le héros, c'est-à-dire le voleur, chargé des applaudissemens de tous les spectateurs, sorte triomphant du péril dans lequel il s'est trouvé engagé , ou y succombe avec courage. Bans ce dernier cas, il le plaindra, de même qu'il aurait vanté son habileté s'il se fuit soustrait à l'action de la justice. Le peuple est ainsi fait et bon nombre d'esprits éclairés sont peuple sous ce rapport. L'homme bien élevé , l'esprit honnête , résistera aisément à ces impressions momentanées ; elles n'ôteront rien à sa haine pour le crime. Leur résultat sera-t»il le même chez l'individu vicieux , chez celui qui, par paresse ou par corruption, 'serait porté à fouler aux pieds les lois de la société? Sera-t-il le même chez les apprentis , dont le spectacle est la plus vive et la plus chère jouissance? On peut affirmer que les premiers puiseront dans le drame joué en leur présence des encouragemens et des leçons pour l'accomplissement de leurs mauvaises pensées, et que les seconds en rapporteront des impressions capables de fausser leurs idées sur le bien etsur le mal, et de dépraver leurs premières mœurs.

198 PASSION D£S ENFAlfS DU PEUPLE

L'enfant de Paris entre de bonne heure dans la carrière de la vie active. Dès l'âge de 5 à 6 ans^ il £ait les commissions du ménage; il va aux empiètes cbe? le boulanger, la laitière^ l'épicier; il est mêlé aux évènemens du quartier. Sa curiosité naïve est constamment excitée, parce que tout est nouveau autour de lui. Il est touché non-seulement des plaisirs qui sont à sa portée ^ mais encore de ceux qu'il n'a pas le pouvoir de se procurer , et que par cela même il convoite avec d'autant plus d'ardeur ; il sait par ses camarades que le spectacle est une chose ravissante; ils y ont été plus d'une fois^ par quels moyens? tous ne le lui dirons peut-être pas ; il s'en trouvera pourtant un moins dissimulé ou plus sincère que les autres , qui lui révélera le secret de leur jouissance { ce secret consiste à retenir quelques sous pendant la semaine sur le prix des fournitures de la famille, ou à les dérober dans l'occasion au père ou à la mèra II y a une foule de familles pauvres atteintes par ces larcins. Beaucoup d'entre elles ne l'ignorent pas, et elles sont néanmoins impuissantes à les prévenir malgré les menaces et les châtimens.

Le goût ou plutôt la passion des enfans du pauvre pour le spectacle est une des causes les plus ordir naires de leur disparution du domicile paternel; c'est une des principales sources du vagabondage.

PôtrU LES SPfiCTAGLES. igg

Cette observation ressort non-seulement des enquêtes de la société de patronage des jeunes libérés, mais aussi des revues anglaises qui s'occupent d'é« conomie sociale. La mère de famille riche ou aisée se livre tout entière à l'éducation de ses enfans ; elle ne néglige rien pour les divertir, pour captiver leur imagination naissante; elle va au-devant de leurs vœux, en calculant habilement leurs plaisirs, et c'est ainsi qu'elle les fixe auprès d'elle, qu'elle les soumet dès leur premier âge.à la discipline domestique. La ▼ie de l'enfant pauvre n'est pas arrangée avec cette sagesse : son père et sa mère ne mesurent le temps que par le travail, et quand leur journée est finie, tout leur plaisir est dans le repos; il faut donc qu'il se crée k lui-même ses amusemens et ses plaisirs : or, il ne peut les trouver que hors du logis dont la nudité et la tristesse suffiraient seules pour l'en éloigner. Le pavé de la rue, les quais, les boulevards, Toilà le théâtre de ses ébats. La liberté illimitée et précoce dont il jouit dans de pareils momens lui permet de tout voir, et développe en lui une surexcitation de curiosité qui a besoin d'être satisfeite.

Cette surexcitation s'explique, en effet, par le ^ntraste du dénûment de sa famille avec la richesse ^ le luxe qui l'environnent. Partout où il se montre.

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