‹ Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavageChapitre 34 sur 43 · LOCUTIONS NÈGRES · texte numérisé non relu

LOCUTIONS NÈGRES

LETTRE (a), FACE 161.

Les nègres tout stupides qu'on les dise font grand cas de l'esprit.

« L'esprit c'est manman bien. » — L'esprit, c'est la mère du bien. — Il engendre le bien pour celui qui en est doué.

n Ca qui sote chien mangé déjeuné li. «—Celui qui est sot, le chien mange son déjeuner.

« Gens sote rété la case papa yo. » — Que les imbécilles restent à la maison de leur père , — autrement leur sort sera assez misérable ;

« Gabrite qui pas malin mangé nen pié morne. » — Le cabri qui n'est pas adroit, mange au pied du morne. — Il ne sait pas grimper pour trouver les bons morceaux , il broute là où tous les voyageurs ont foulé l'herbe. Tant pis pour lui , qu'il ne s'en plaigne pas.

« Pétite qui pas capable teter maman li , tété ma grande. —Le petit qui ne sait pas téter sa mère, est obligé de téter sa grand mère *. — Sachez donc vous tirer d'affaire, et surtout ne comptez que sur votre travail.

« Gambette ous trouvé nen gan chimin , nen ganchimin ous vas pede li. » — Le couteau que vous avez trouvé sur le grand chemin , vous allez le perdre sur le grand chemin. — Ce que vous n'avez pas gagné,

* Ce proverbe pourrait aussi s'entendre : • Quand on ne peut faire ce qu'on veut , il faut faire ce qu'on peul. •

vous le dissiperez aisément ; bien mal acquis ne profite pas. Ne vous rebutez point, travaillez-

« Jadin pas jamais chiche pou maiteli. » — Le jardin n'est jamais avare pour son maître , — il donne toujours à celui qui le cultive. Au contraire.

« Chita, chiche. » — Àueyes-vou* est chiche. — On dit en créole chita, pour asseyez-vous. De là, par une métaphore fréquente dans leurs formes de langage, les nègres disent que monsieur chita , monsieur asstyex-vous est chiche, c'est-à-dire celui qui reste assis, reste pauvre.

Au moyen des images prises toujours , comme on peut déjà s'en apercevoir dans les choses le plus communes de la vie , ils expriment souvent ainsi des idées très profondes.

« Maite cabrite mandéli , ous pas capable di li plainde. » — Le mat- Ire du cabri vient le redemander, vous ne devez pas dire qu'il a tort.— On trouve là une vive leçon aux ingrats. Ces idées nous paraissent s'élever quelquefois jusqu'au sublime.

« Acoma tombé toute mounc dit : c'est bois pourri. » LA coma est le géant des gigantesques forêts des Antilles. Debout , on l'admire , on s'extasie ; renversé par l'ouragan , on marche dessus, et les passai» disent : c'est du bois pourri. N'est-ce pas l'histoire entière de la fortune des grands qui tombent. Au faite de la puissance, on ne les approchait qu'en tremblant ; déchus, on les regarde à peine, on en vient vis-à-vis d'eux à la familiarité ;

« Feu mouri , petite chien badiné nen cende. » — Le feu mort , il n'est pas jusqu'aux petits chiens qui ne viennent jouer dans la cendre.

« Langue capaud, trahit capaud.» — La langue du crapaud le trahit — En coassant , il indique où il est. Ainsi soyez prudent , ne dites que ce que vous voulez dire.

« Toute mangé bon pou mangé, toute parole pas bon pou dt. » — Toute chose à manger est bonne à manger, mais toute parole nVst pas bonne à dire car

« Miraies fini zoreilles. » — Les murailles ont des oreilles. — Ne vous exposez donc pas inconsidérément,

« Peu gade, vaut mieux m'en moque ben. » — Il vaut mieux dire prends garde que je m'en moque bien. — La circonstance , d'ailleurs, est grave. Ne vous lancez que préparé et muni de bonnes armes.

« N'en chimin géné quimbé chouval malin. » — Dans un chemin difficile ayez un bon cheval. — Et puis songez que votre adversaire est sur son propre terrain.

« Chien fo la case maite li. » — Le chien est fort dans la maison de son maître. — Encore une fois de la prudence.

« Couleve qui vlé vive li pas promené nen gand chimin.» — La couleuvre qui veut vivre , ne se promène pas dans le grand chemin. — Vous allez trop à découvert , on vous prendrait vraiment pour un enfant.

« Petite moune connaît couri yo pas connait caché. » — Le petit monde ( les enfans ) sait courir , mais il ne sait pas se cacher. — Vous ne voulez pas m'écouter , vous avez tort , songez à ce qui est arrivé à votre voisin.

« Quand babe camarade ous prend di feu ; rôsez celle à ous. » — Quand la barbe de votre voisin prend feu , arrosez la vôtre * . — Votre voisin était plus fort que vous, il a succombé, ayez peur qu'il ne vous entratne dans sa chute.

« Quand vent roulé pilon calebasse pend gade corps li. » — Quand le vent roule des pilons , la calebasse n'a rien de mieux à faire qu'à prendre garde à son corps. — A l'heure de la catastrophe , vous vous repentirez, vous direz : Ah ! si j'avais su. Mais il ne sera plus temps.

« Si moin te connait toujours deière. » — Si je l'avais su , vient toujours derrière ; — lorsque la sottise est faite et irréparable. Vous voulez, dites-vous , vous adresser au sorcier; allons donc, je sais bien que

• Honte fait ous boit wanga. » — Que la honte vous fait boire le wanga ** ; — que l'on suit les préjugés vulgaires, même lorsqu'on n'y croit pas soi-même , de crainte de passer pour esprit fort; mais ne vous abandonnez pas à de telles faiblesses , laissez-les aux imbécilles;

« Complot pis fo passé wanga. » — Un complot est plus fort qu'un wanga. — A la vérité tout ce que je vous dis ne sert à rien , mes conseils même peut-être vous deviendront funestes ,

« Quand moune Uni malheu sepent modé li pa la queue. » — Lorsque quelqu'un a du malheur , un serpent le mordrait par la queue.

* J'ai trouvé ce dicton à la Martinique , Ile que les Espagnols n'ont jamais possédée, il est dés lors assez singulier qu'on le retrouve pareil dans leur langue. • Cuaudo la barba de tu vecino vieres pelar hecha la luya à remojar, • Quand tu verras la barbe de ton voisin peler, mets tremper la tienne.

** Conjuration cabalistique.

«(Quand milatestini iun vieux chouvalyo dit négresse pas maman yo.» — Quand les mulâtre» ont un vieux cheval (dès qu'ils possèdent quelque chose ), ils disent que les négresses ne sont pas leurs mères.

Les noirs se vengent par bien des mots semblables de l'incompréhensible mépris que la classe de couleur a pour eux. C'est ainsi qu'ils disent encore , avec grande injustice du reste ,

* Milate* qua battent cabriles qua morts. » — Les mulâtres se battent , ce sont les cabris qui meurent. — Un duel, plumez les canards. Et ce sera après quelque trait d'orgueU bien blessant d'un mulâtre en guenille, qu'ils auront trouvé

« Capaud vanté, bonda li toute nu. » — Le crapaud se vante , et il a le bonda tout nu.— Les hommes de couleur intelligens ne se fâchent pas de ces leçons , ils blâment trop eux-mêmes les prétentions de beaucoup de leurs frères. îls les voudraient d'une ambition plus raisonnable.

« Cbouval rété nen zécurie , milete nen savane. »— Que le cheval reste à l'écurie et le mulet dans la savane.— Chacun sa condition. Ils savent que dans leur état aetuel, ils n'ont rien à gagner à la société des blancs.

« Zefs pas doite rentrer nen calenda roches. «—Les œufs ne doivent pas entrer dans la danse des pierres. — Ils savent surtout qu'il faut être modeste et ne pas vouloir paraître plus qu'on est.

« Croquez macoute * oué ti main ous ça rivé. » — Accrochez votre macoute où votre main peut arriver, peut atteindre-

« Rende sevice, baillé chagrin. » — Rendre service, donne du chagrin ; — soit par la jalousie que ce service excite parmi vos autres amis , soit par l'abus de la chose prêtée , soit par le châtiment que l'obligeant reçoit quelquefois à la place de l'obligé.

Cette triste idée est exprimée avec énergie dans

« C'est bon kior crabe qui La cause li pas Uni téte. » — C'est le bon cœur de la crabe qui est ta cause qu elle n'a pas de téte Enfui notre cruel axiome : charité bien ordonnée commence par soi-même , se retrouve tout entier ici.

« Chaque coucouille clairé pour tête li. » — Chaque mouche à feu

' l* macoute est un grand sae de paille , quelque chose comme noire cabo. " Voici comment , du moins d'après la tradition que les nègres en racon-

éclaire (fait de la lumière) pour sa propre téte. — Ah dain! c'est que nous vivons dans un temps mauvais, les protestations ne manquent pas.

« Parole pas chage. » — Les paroles ne chargent pas, — elles ne coûtent pas grand'chose , mais eu réalité chacun n'est occupé que de soi et de ses intérêts;

« Piti mi tombé, ramassé li, chrétien tombé, pas ramassé li. » — On se donne la peine de ramasser le plus petit grain de maïs qui tombe, mais un chrétien tombe-t-ii, on le laisse-là.

Au milieu de l'esclavage chacun pouvait s'attendre à rencontrer beaucoup de ces formules d'égoisme et d'amertume, le malheur rend insensible , quoique disent ceux qui n'ont pas connu les étreintes d'une grande infortune , aussi le lecteur ne s'étonoera-t*il pas du sens de ce dicton,

« Moin pas qua prend di thé pou la fiève li. » — Je ne veux pas prendre du thé pour sa fièvre, — je ne veux pas m'occuper de son embarras ; mais il s'étonnera de retrouver dans le langage de ces nègres qu'on lui avait présentés comme des animaux domestiques , quelque chose de semblable au fameux : « J'ai mal à votre estomac. »

lent. Tous les animaux furent créés sans téle par les anges. La [tête étant la partie la plus importante du corps , Dieu s'était réservé de la fabriquer luimême. Quand vint le jour de la distribution tous les animaux accoururent , et Dieu donnait il chacun une téle qu'il prenait dans un grand panier , placé h côté de lui. Il y avait presse , on craignait d'en manquer ; les anges n'avaient pas su faire de pied» aux serpens , Dieu pouvait bien ne pas savoir faire de télés pour tout le monde ; en un mot, on avait peur. La crabe très bonne personne de sa nature, se trouvait par hasard au premier rang, mais voyant l'inquiétude générale, elle céda son tour jusqu'à la fin parce que chacun l'en priait. Cependant quand tout le monde eut passé, elle se présenta, le bon Dieu fouilla au panier , hélas ! plus de têtes , il s'était malheureusement trompé de compte en fabriquant , il ne lui en restait plus une seule : « Ma foi , dit-il à la crabe , ous qu'a vini tard trope, moin té donné toutes têtes là à gens là, moin ben fâché chai pilite. » Ma foi , vous venez trop tard , j'ai donné toutes les têtes à ces gens-là , j'en suis bien fâché, chère petite. Dieu n'était pas trop rassuré, lui et les anges s'attendaient à ce que la crabe lui fil de grands reproches et poussât des cris terribles. Loin de là , b douce créature répondit doucement: € T'en prie, chai bon Dieu , fais pas lo chagrin pou ça , ça pas va lé la peine • , et elle s'eo alla sans téle. Voilà pourquoi elle ne marche jamais droite devant clic , mais toujours

de côté.

Allons, allons, dépêchez -vous.

« Pressé pas fait jou l'ouvri. » — Se presser , ne fais pas ouvrir le jour, — lever le soleil. Trop de presse n'avance à rien.

Que dites-vous, insolent ! répétez-moi un peu.

« Pai pas coutume prêché dé fois. » — Père ( le curé ) n'a pas coutume de prêcher deux fois. Et d'ailleurs , je me garderais bien de repéter ce que j'ai dit. Vous me cherchez une querelle pour me trouver un tort.

« Ous vlé batte pai pou prend robe li. » — Vous voulez battre le curé pour prendre sa robe.

Allons , trêve de commentaires, remuez-vous un peu, avançons la besogne.

« Guidi, guidi, pas fait vile. * — Guidi • ne fait pas vite.— S'agiter n'est pas aller vite.

Eh bien ! et ce coin là , vous le laissez donc ?

« Chien gagné quate pattes, mais li pas capable prend quate chi mins. — Le chien a quatre pattes, mais il ne peut prendre quatre chemins. — Je ne puis tout faire à la fois.

Ce sont là des mots de paresseux, vous feriez mieux de vous rap peler que

« Bœf qui douvant boit bon quiau. » — Le bœuf qui est devant (qui arrive le premier à la marre) boit la meilleure eau. — Encore une fois plus d'observations , à l'ouvrage.

« Sac qui vide pas save rété dbout. — Le sac vide ne peut rester debout. — Celui qui a le ventre vide ne peut travailler.

« Chien maige rété en haut trois pieds. » — Le chien maigre reste sur trois pieds, — il traine la patte.

Comment ! chien maigre et ventre vide! n'avez-vous pas eu hier double ration à propos de la féte ?

« Vente plein, pas graisse. » — Le ventre plein n'est pas de la graisse. — Un bon dîner par hasard n'est rieu. Et puis la morue salée est une très bonne chose, sans doute, mais

« Zos bouqué chien. » — Les os même fatiguent un chien. —Toujours du pâté d'anguilles !

Vous n'êtes que des fainéans , au lieu de me débiter vos sometteé ,

* Quidi est le m miillcincui d une étoile , le mouvement d'une flanme. Le* nègres expriment merveilleusement par ce mot une agitation continue.

vous feriez mieux de suivre l'exemple de l'atelier voisin. — De* fainéans !

« Bon savane, bon bœf. » — La bonne savane fait le bon bœuf. — Là où il y a bonne nourriture il y a des nègres vigoureux. Des fainéans , nous !

« Ça qui mange zœfs pas save si bonda poule fait li mal. » — Ceux qui mangent les œufs ne savent pas ce que la poule a de mal à les pondre. — Le maître qui prend les fruits ne s' inquiète guêres des peines de l'esclave qui les cultive.

Encore des proverbes ; en vérité vous êtes d'insupportables bavards,

« Bouche a ous pas Uni dimanche. » — Votre bouche n'a pas de dimanche,— votre langue ne se repose jamais ; cependant nous verrons bien , allez. Je vous ferai tous châtier.— C'est cela, tous ,

« Quand yo manque pice, yo pen pinaise. « — Quand ils manquent la puce , ils prennent la punaise. — Lorsqu'une faute est commise et que le maître en ignore l'auteur, sa rigueur atteint tout le monde.

« Mouton qua boit, cabrite qua saoul. — Le mouton boit, on dit que c'est le cabri qui est saoul ; — les innocens paient pour les coupables,

« Rates, mangé cannes zanolis * mouri innocens. » — Les rats ont mangé les cannes, les anolis meurent innocens *\ — Pauvres nègres que nous sommes ! quelle vie î et même au tombeau nous emportons le chagrin de laisser un pareil sort à nos fils et à nos filles

« Bœf mouri, quitté misai pourcui li.— Le bœuf en mourant lègue la misère à son cuir. — N'importe, soyons fermes , il a menacé de nous punir tous, ne dénonçons personne.

„ Ça ous pedi nen feu ous va touve nen cende. » — Ce que vous

* Petit lézard très rommun aux Antilles.

" Lorsque le» rats ont dévasté un champ de canne» au point que la récolte on serait nulle, on y met le feu, et les anolis tiraient avec les canne*, tandis que les rats b'<

Tous ce* proverbes ont bien d'autres acceptions que nous no pouvons indi

-vérité

quer. Dans celui-ci, les nègres voient encore la ligure de celte qu'au milieu de la guerre entre les grauds, c'est toujours le menu penple qui souffre davantage. Aussi pour le dire en passant , trouvons-nous d'une imper «ineocc fort inhumaine le raisonnement des riches qui prétendent que le» pauvres n'ont rien a pe«^c d™» '<* **™irc* ™"ï»™Me* de» révolution», aux. quelles l'égoîsme général entraîne fouvent les sociétés.

avez perdu dans le feu, vous le retrouverez bientôt dans la cendre. — Un bienfait n'est jamais perdu ;

« Bon pas sote. » — Bonté n'est pas sottise.

C'est bien, voilà de généreuses pensées, j'oublie tout et sans peine , car je vous aime. — Oui.

« Lèpe dit aimé ous pendant li ronge (laite ous. » — La lèpre (qui s'attache à vous) dit qu'elle vous aime, pendant qu'elle vous ronge les doigts.

Ingrats ! est-ce que je ne vous nourris pas bien ?

« Dio passé farine. » — Il y a dans ce que vous nous donnez plus d'eau que de farine é.

Est-ce que je ne soigne pas vos enfans ? — Nous les soignerions bien nous mêmes.

« Cônes pas lou pou bœf . » — Les cornes ne sont pas lourdes pour le bœuf. — Les enfans ne sont jamais un fardeau pour leurs pères.

Allons-donc, ne voyez-vous pas que l'esclavage est utile pour le nègre?

« Ça qui pas bon pou sac pas bon pou macoute. » Ce qui n'est pas bon pour le sac ne doit pas être bon pour la macoute. — Ce qui ne vaut rien pour vous, ne vaut rien pour nous.

Bah ï qu'est-ce que vous feriez de la liberté, vous autres ?

« Ça qui bon pou zoie bon pou canard. » — H existe aussi peu de différence entre l'oie et le canard qu'entre le nègre et le blanc, ce qui convient à l'un convient à l'autre.

Quoi! vous osez vous comparer aux blancs !

« Toute bois c'est bois, mes enfans, mais Mapou pas cajou. » — Tout bois est du bois, mais le Mapou n'est pas de l'Acajou.

Vous dites cela parce que

« Nege esclave, c'est poule bequé. » — Parce que le nègre est la poule du blanc,— sa vache à lait.

Non pas , consultez le curé, il rectifiera vos idées la-dessus. — Le

* Pour bien comprendre ceci , il faut se rappeler que la farine de manioc (le pain des Antilles) se mange en l'humectant d'un peu d'eau. On applique «** veut dan» les colonies ce proverbe à un nomme ivre , il a bu plu* qu'il n'a

*' Le Mapou est un arbre des bords de la mer, très tourmenté par les brise* qui le rendent torlu.

curé est un blanc comme vous, quand on est de la même caste, on se se soutient,

« Main gauche lavé main drete. » — La main gauche lave la main droite,

« Panier couvri panier. » — Le panier couvre le panier *. — Les vicieux, ceux qui profitent ensemble d'un abus s'excusent les uns les autres.

Tenez, je vous laisse la place, car je me mettrais en colère.

Alors un vieux qui n'avait pas encore ouvert la bouche jusque-là se mit à dire : Enfans, je vous trouve bien hardis de parler ainsi au maître, n'y revenez pas.

« Quand ous mangé avec diabe quimpé cuiai ous longue. » — Quand vous mangée avec le diable, tenez votre cuillère longue, — quand vous avez affaire à un grand, soyez circonspect. Restez à distance.

« Si ous pas vlé gagné pice pas badiné avec chien. » — Si vous ne voulez pas avoir des puces, ne badinez pas avec les chiens. — On ne gagne jamais rien de bon à jouer avec plus fort que soi.

Mais les autres ne l'écoutèrent pas et se mirent à danser.

« Chate pas là , rate fait calenda. » — Le chat n'est pas là , les rats font féte.

Croyez-moi ménagez-les , ils sont misérables, faibles, abattus, mais songez-y

« Fourni tué boef. » — Les fourmis peuvent tuer un bœuf.

« Piti hache coupé gros bois. » — Une petite hache coupe un gros morceau de bois , — avec de 1« patience , on vient à bout de tout. L'instinct de la liberté se réveille souvent en eux, vous le savez, et les pertes qu'ils font à le manifester, ne les lasseront pas. Vous pouvez saisir cette pensée dans cette inflexible parole

« Quand iun bâtiment cassé , ça pas empêché zautes naviguer. » — Lorsqu'un bâtiment se brise , ça n'empêche pas les autres de naviguer.— Vous avez pendu ce révolté, cet empoisonneur, cela n'empêchera pas les autres de se révolter ni d'empoisonner.

« Bité pas tombé. » — Buter n'est pas tomber, — ils ont échoué une fois ils peuvent réussir une autre.

' Le» panier» dit» caraïbes , sonl deux panier* semblables , tient l'un sert de couvercle à l'autre.

« Gna pas rien qui chaud qui pas frète. • — U n'y a heu de chaud qui ne se refroidisse. — Leur tour viendra.

" lia ton qui batte chien noir batte chien blanc. — Le bâton qui bat le chien noir peut battre le chien blanc. — Ne vous laissez pas éblouir par votre prospérité.

« Gagné pas l'empêché manqué. » — Avoir (être riche) n'empêche pas de tomber dans le besoin. — La fortune est changeante.

« Joncha pou ous , demain pou moin. • — Aujourd'hui pour vous, demain pour moi.

« Soleil levé là li couché là. » — Le soleil se lève d'un côte et il se couche de l'autre. — J'en conviens, le sort ne leur a pas été favorable jusqu'ici, ils peuvent s'écrier que pour eux

« Soleil couché, malheu pas jamais couché. » — Je sais aussi qu'ils semblent prendre leur parti en disant après un gros soupir.

« Si pas té gagné soupir nen mou ne , moune ta touffe. » — Si Cou n'avait pas donné le soupir aux hommes, ils auraient étouffé. • — - Cependant, malgré ces accès de découragement, ces apparences de résignation, veillez toujours, je vous le conseille.

« Quand ous mangé petite tige pas dourai dur. » — Quand vous avez mangé le petit d'un tigre ne dormez pas dur. — Ne vous laissez •pas prendre non plus à l'insouciance qui vous semble une garantie.

« Dents par kior. » — Les dents ne sont pas le cœur. — Le rire qui découvre les dents ne prouve pas toujours que le cœur soit satisfait

« C'est iunique couteau qui save ça qui dans kior à gname. » — Le couteau seul sait ce qu'il y a au cœur de l'igname * — quand on l'y plonge pour la partager, celui qui tient le couteau n'en sait rien. Nous ne voyons que l'extérieur, et leurs desseins nous sout cachés.

« Chacun save ça qu'a bouilli nen canari li. » — Chacun sait ce qui bout dans sa marmite.

Ma foi , mon cher , c'est votre faute si votre femme vous a trompe, voilà ce que c'est que de l'avoir trop négligée.

« Jadin loin, gombos gâtés. » — Lorsque le jardin est loin, les gora bos ** se gâtent, — parce que le maître ne les soigne pas assez. Je le disais bien aux autres , il a tort d'abandonner sa femme pour courir après Francillia,

* Gros tubercule qui sert tic pain.

** Fruil des colonies.

« U té nen bon case , mauvais case fait li signe. » — 11 est dans une bonne case, une mauvaise case lui fait signe, — il quitte une bonne jwsition pour une mauvaise. En tous cas vous n'avez pas le droit de vous plaindre, il fallait faire attention.

« Cila qui gagné piti mi dehors vié la plie. » — Celui-là qui a du maïs dehors doit veiller à la pluie.

Mais c'est précisément celui que j'avais chargé de.... Ah! ma Toi, si

« C'est chatte ous mettez pou gadé zavocats. » — * Si c'est un chat .que vous mettez pour garder des avocats %— je ne ne m'étonne phis.

Après tout, en êtes-vous sûr? Une calomnie est bientôt dite, et vous savez :

« Coup de langue pis mauvais piqûre sepent. » — Un coup de langue est pire qu'une piqûre de serpent.

Hélas ! je ne puis même avoir cette ressource

« Si zié pas vot kior pas fait mal. — Si les yeux ne voient pas , le cœur ne souffre pas **.

Son infidélité vous fait donc grande peine ?

• Ah! la fiève pas maladie , c'est jalousie qui maladie. »— La fièvre n'est pas une maladie , c'est la jalousie.

Mais puisque vous la regrettez si fort pourquoi n'avoir pas pardonné lorsqu'elle s'est montrée repentante.

« Padon , pas guérit malaingue. » — Demander pardon ne guérit pas le mal qu'on a fait.

Allons , prenez courage , c'est le destin commun ,

« Toute cabinete tini maragouin. » — Toute chambre a des maringouins. — Tout le monde a ses chagrins. Et puis, qu'est-ce que ça vous fait? C'est un préjugé de s'affliger ainsi.

Vous en parlez bien à votre aise,

* L'avocat est un fruit des colonies dont les chats sont très friands.

" Lafonlaine n'a-t-il pas dit quelque ebose de semblable ! Nous n'avons pas besoin de répéter que tous ces proverbes s'emploient dans millo autres acceptions que celles où nous les avons placées afin d'en donner une idée générale. Celui-ci par exemple exprime encore pour les nègres ^"uc les malheurs arrivées au loin font peu d'impression sur ceux à qui on les raconte. Il est certain que nous sommes plus émus par la mort d'un malheureux couvreur que nous venons de voir tomber, que par le massacre de dix mille Chinois que le journal nou* raconte. Sizvé pas vol, kior pas fait mal.

« Moin pas qu'à nourri chou val pou bali z'officiers pou. monter. » — Je ne nourris pas de chevaux pour les donner à monter aux officiers. — Je ne prends pas soin de ma femme pour que les autres en jouissent. Je ne puis oublier non plus combien les premiers temps de notre ménage avaient été heureux.

Que voulez-vous , pauvre ami , vous savez la chanson :

« Entrée pas mal, c'est soti qui mal. Commencer est facile , c'est finir qui est difficile.

Ah ! si j'en avais cru mes presse ntimens avant le mariage ! J'avais bien deviné quelque chose de mauvais en elle, mais il était trop tard, j'étais engagé.

Pitoyable raison , mon ami.

« Riviai peut empêcher ous passé, li pas empêche ous touné. * — La rivière peut vous empêcher de passer, elle ne vous empêche pas de retourner. — Votre femme vous a-t-elle au moins rendu ce que vous lui aviez donné. — Non, pourquoi ?

« Dabo caïman pas bon , bouillon li pas bon. » — D'abord que le caïman est mauvais , son bouillon est mauvais. — Puisqu'elle vous juge indigne d'elle, vos cadeaux doivent lui paraître aussi indignes. — Vous avez, vous, d'indignes idées. — Que n'épousez-vous en manière de consoliation Hersilia.' — Parbleu, vous me donnez là un beau conseil

« Lavé main suyé terre. » — Ce serait laver mes mains et les essuyer dans la crotte.

Pourquoi pas? Elle n'est plus jeune, mais elle a des qualités. — Sou.

« Si zanolis té bon viande, li pas té ça drivé. »— Si les anolis étaient une bonne viande , on n'en verrait pas tant courir de tous cotés. — Si elle valait quelque chose elle aurait été plus recherchée.

J'avais cependant toujours entendu dire

" Bisoin hider aimer. »— Le besoin aide à aimer.

Portez cette excuse aux jeunes gens qui épousent de vieilles femmes riches , aux malheureuses filles obligées de se donner pour de l'argent : quant à moi on ne me prendra plus au mariage ,

« Trapé montré connaît. «—Attrapé enseigne connait,— être attrape nous donne de l'expérience . Chat échaudé craint l'eau chaude, et vous m'avez tout l'air de me vouloir jeter dans un guêpier, heureusement,

« Malice ous nen c a rafle. » — Votre malice est dans une caraffe , —

elle est cousue de fil blanc. Au reste, il ne m'étonne pas que vous preniez peu de part à mon chagrin.

« Case camarade pas nen mâché. » — La maison d'un camarade n'est pas au marché, — les amis sont rares , on ne les trouve pas sur la place publique.

Que n'allez-vous revoir votre ancienne maîtresse ?

« Vieux tison pend feu pis vite passé bois sec. » — Un vieux tison prend feu plus vite que du bois sec,— on revient plus facilement à une ancienne maîtresse que Ton n'en prend une nouvelle.

Quelle idée ? — Mais , oui.

« Vieux canari* fait bon soupe. »— Un vieux canari fait de bonne soupe. — Les vieilles connaissances ne sont pas à dédaigner. Laissez-moi, laissez-moi !

« Temps allé pas vini encore. » — Le temps passé ne revient plus.

Il faut convenir que son fils n'est pas beau. 11 n'en conviendrait pas : « Macaque pas jamais touvé iche li laide. » — Le singe ne trouve

jamais ses petits laids. — Un père trouve toujours ses enfans gracieux. Alors il devrait bien le traiter un peu plus doucement. — N'ayez

pas peur,

« Chien pas jamais mode petite li jouque dans zios. » — Le chien ne mord jamais ses petits jusqu'aux os.

A la vérité, ça me paraît être un assez mauvais garnement que son fils.- C'est possible.

« Ous féte petit ous pas fait Kior tS. »» — Vous faites l'enfant , vous nefaites pas son cœur.

En tous cas, ce qu'il a entrepris pour lui me parait bien extravagant.

— Ne jugez pas si vite.

« Macaque connaît que bois li monté. » — Le singe sait sur quelle branche il peut monter. — Chacun connaît son affaire. Mais je parle là de lui , est-il vrai qu'il vient de s'en aller marron ?

— C'est vrai ,

« Bons pied sauvé mauvais corps. » — De bonnes jambes sauvent un mauvais corps.— Comment ?— Oui, lorsqu'un nègre doit être chAtié, son

* C'est le chaudron de tous nos ménage» de paysan».

corps se trouve dans une mauvaise position , c'est alors un mauvais corps, et ses bonnes jambes en fuyant, le sauvent.

Oh ! il n'est pas excusable, son maître passe pour si bon. — » Hum !

« C'est soulié qui save si bas Uni trou. » — C'est le soulier qui sait si le bas a des trous.

Pensez-vous donc que ce soit la faute du maître? — Peut-être, il a blessé ce pauvre diable dans la seule chose qui lui tint à cœur; les hommes peuvent supporter beaucoup, il faut avoir assez d'adresse pour ne point attaquer tel ou tel point qu'ils reservent.

« Badinez bien avec macaque , mais n'a pas magné queue a ti. • — Jouez avec le singe, mais ne touchez pas à sa queue.

Qu'est-ce que c'est que son maître? — Un de ces grands braillards qui sont quelquefois utiles dans les partis; ils ne tireraient pas un coup de fusil, mais ils savent enflammer les autres;

« Cabrite pas connaît goumé, mais cui li batte la chage. «> — Le cabri ne sait pas aller au feu, mais son cuir sert à battre la charge.

Et vous croyez que les partis font bien d'user de pareilles gens ! — Pourquoi pas ? Le tout est de savoir employer les hommes , de se servir à propos de ce qu'ils ont de bon; pourvu qu'on ne les avilisse pas, la morale n'a rien à dire.

« Parroquet pas connaît goumé plumes li nalté nen la guai. » — Le perroquet ne sait pas se battre , mais ses plumes font très bien à b guerre.

Pour revenir au pauvre homme dont nous parlions : Ne craignezvous pas qu'il ne tombe dans quelqu embuscade ? Non , c'est un fin matois.

« Cochon marron save que bois li frotté. » — Le cochon marron sait contre quel arbre il se frotte.

« Toute moune connaît gens yo. » — Chacun connaît son monde, on sait à qui l'on s'adresse.

Mais que va-t-il faire, au milieu des bois? Ça ne m'embarrasse guères.

« Bon coq chanté dans toute poulailler. » — Les hommes vigoureux se montrent dans toutes les circonstances, et ils ont des ressources que nous ne connaissons pas.

« Chien connaît comment li fait pou mangé zos. » — Le chien sait comment il s'y prend pour manger des os.

Ma foi, à le voir, je ne l'aurais pas cm capable de tant de résotulion.— Oui?

« C'est douvant tambour na connaît zamba. » — C'est devant le tambour qu'on connaît le devin. — A l'œuvre on connaît l'ouvrier.

Je suis fâché qu'il soit parti s c'était un joyeux conteur, il m'a quelquefois bien amusé avec ses prouesses du temps de la guerre. — Oh ! il n'en faut pas tout croire ,

« Nen temps la guai , nen temps menti. » — Temps de la guerre, temps de mensonge.— -Celui qui a été à la guerre en raconte toujours plus qu'il n'a fait. Celui qui revient de loin à beau jeu pour mentir.

Mais qu avez-vous donc? Vous paraissez distrait, inquiet.

Non. — Si! je vous dis , voilà plusieurs fois que vous vous êtes levé pour aller regarder sur la route, et moi aussi fais-je des proverbes.

« Quand moune couri si li pas deyai queque chose, queque chose dey ai li. » — Quand un homme court, s'il n'est pas derrière quelque chose , il y a quelque chose derrière lui. — On ne fait rien sans motif.

Dois-je vous l'avouer ? J'ai envoyé mon garçon pour avoir des nouvelles du fugitif. — Eh bien! attendez tranquillement. — Je ne puis.

« Quand ous voyé moune, pied ous posé, kior ous pas posé. » — Quand vous avez envoyé quelque part , vos pieds se reposent, mais votre cœur ne se repose pas.

Oh ! les maudits marrons , ce sont eux en définitive qui nous donnent ces inquiétudes, qui excitent ainsi les meilleurs nègres à la désertion. Malheur à eux !

Vos imprécations ne sont pas bien redoutables.

« Zyié rouges pas boulé savannes. a— Les yeux rouges, les yeux en feu ne brûlent pas la savane. — La fausse où la vaine colère ne fait pas de mal , cependant ayez plus de réserve, les marrons sont à craindre

« Avant traversé riviai, pas juré maman caïman. » — Avant de traverser la rivière, n'injuriez pas la mère du caïman *. — Ne maudissez pas l'homme dans les mains duquel vous pouvez tomber.

* Les nègres , comme nous Pavons dit , oui une vénération profonde pour leurs pareo» ; ;la plus grande injure que l'on puisse faire à un noir , c'est de mal parler de sa mère. Aussi voit-on qu'il leur parait bien plus dangereux d'insulter la mère du caïman , que le caïman lui-même.

Eh l tiens, le voilà ce pauvre garçon ! Par où diable as-tu passé?" Au milieu même de ces imbécillesde gendarmes. Imbécilles — Mai», oui, puisqu'ils m'ont laissé passer.

« Toti qui soli en di liau li dit ous caïman tint mal zié, crois li. » — Croyez la tortue, qui vous dit en sortant de l'eau que le caïman a mal aux yeux.

Vous avez-là un triste outil, mon cher ? — On se contente de ce qu'on peut avoir,

« Bout gambette mio passé zongues. » — Un morceau de lame de couteau vaut mieux que les ongles.— Les malheureux comme nous sont obligés de faire beaucoup avec peu.

« Peau gname fé gnames. » — La peau (les épluchures) de l'igname produit d'autres ignames.

« Iun douaite pas jamais mangé calalou. » — Un seul doigt ne p«ut pas manger du calalou \

C'est ici votre case ? Oui. On peut entrer n'est-ce pas? Ah î bon Dieu, quelle misère. Quoi ! vous n'avez que ce grand couï ** ?

« Grand qua quhnbé ptit. » — Le grand contient le petit. — Un grand vase peut aussi bien contenir une faible qu'une grosse portion .

Mais vous ne pouvez inviter un ami avec un seul plat.

« Pauve moune ba déjeuné dans kior. » — Les pauvres gens donnent à déjeuner dans leur cœur.

Tiens vous n'avez qu'une natte pour dormir ? Pourquoi n'achetezvous pas un lit?

« Capaud pas gagné chimise ous vlé li poté caleçon. » — Le crapaud n'a pas de chemise et vous voulez qu'il porte des caleçons ?

Si moin te gagné moussa , moin te mangé gombo. » — Si j'avais de la moussa (pète de maïs), je mangerais des gombos (fruits de dessert . Si j'avais le nécessaire, je me donnerais le superflu.

Mais on emprunte, mon cher. Merci du conseil.

« Ci la qui dit ous acheté chouval gros vente, li pas hidé ous pou

Le calalou est une soupe fort liquide et composée d'herbes, et très aimoc de tout le monde aux Antilles.

*' Plat eu ralebasse.

nourri li. » — Celui qui vous conseille d'acheter un cheval qui a un gros ventre , ne vous aide pas à te nourrir.— Quand vous m'aurai engagé dans une mauvaise affaire , ce n'est pas vous qui viendrai pour m'en tirer. Au reste de quoi vous mélez-vous ?

« Ci la qui vlé couvé , couvé su zef yo. » —Que ceux [qui veulent couver couvent leurs propres œufe. — Occupez-vous de vos affaires et pas des miennes ,

n Zaffai cabri te pas zaffai mouton. » — Les affaires du cabri ne sont pas celles du mouton. — Et de plus sachez une chose : vous n'êtes pas très habile , mais le fussiez-vous davantage

« Mouché connaît tout, pas connaît tout. » — Monsieur je *aû, ne sait pas tout. — Le plus savant ignore bien des choses.

Je vois que vous êtes un paresseux mon cher, — Paresseux ! Tenez

« Quate zié contrés, menti cabas. »• — Quatre yeux se rencontrent, le mensonge est fini ,— entre quatre yeux on se dit ses vérités. Je veux vous en dire quelques-unes.

« Palé français fait pas l'esprit. » — Parler français n'est pas avoir de l'esprit. — On peut être blanc et être un imbécille. Vous m'en donnez la preuve , car si vous aviez le sens commun vous sauriez que

« Clé bois pas ouvr scru fer. » — Qu'une clé de bois n'ouvre pas une serrure de fer, — que ce n'est pas d'aussi bas que nous sommes , que nous pouvons nous élever, vous sauriez que

« Giromon pas donné calebasse. » — Que le giromon ne donne pas de calebesse. — Que l'homme esclave ne peut faire œuvre d'homme libre. Vous vous montreriez moins rude à juger les abrutis de la servitude, vous sauriez que

« Misai gâté vaillant. » Que la misère 'gâte, abat les plus vaillant, les pms forts. — Vous avez toujours le mot justice à la bouche, vous autres blancs, mais vous n'êtes pas justes.

« Toute ça qui poté zéperons pas maquignons. » — Tous ceux qui portent des éperons ne sont pas maquignon*. — Vous nous appelez paresseux, et vous ne dites rien de nos maîtres qui se balancent du matin au soir dans leurs hamacs, ou qui viennent à cheval voir si nous travaillons bien ;

« Toute poisson mangé moune requin seul |*#té mauvais nom. « — Tous les poissons mangent des hommes, le requin seul a une mau vaise réputation. — .Vous sommes le bouc eminsaire sur la tMe diujutJ I. 2H

vos pareils ont mis les péchés de la tribu entière. 11 y a long-temps que cela est ainsi et long-temps encore on vous croira , car

« Ravete pas jamais tni raison douvant poule. » — Le ravet * n'a jamais raison devant la poule. — La raison du plus fort et toujours la

niciiicUi c .

• Coleoptère , plu» connu en Europe sous le nom de cancrelat. Il» échappent rarement au* poule*.

LETTRE {b), P46E 305.

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