‹ Des colonies françaisesChapitre 13 sur 48 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

MABBONAGB ; Di«RTKm A L^TBAffGBR.

Le cachot. — La chaîne de police. — La barre. — Les fer*. — Le carcan. — Etvmologie probable du mot marron. — Il j eut des marrons dès qu'il y eut de* esclave** — Législation atroce contre eux. — Receiewrt de marrons. — Marrons reconnus liores après plusieurs années de guerre , à la Guyane holbadajee, à la Jamaïque et à Satnt-Domingoe. — Vie des marrons. — Les trois sortes de marrons. — L'exorcisme. — Jarrets coupés. — Le marronoage dépend de la bonne ou mauvaise administration du planteur.—- Evasions.— La surveillance la plus stricte ne peut les prévenir , ni les périls de la traversée les empêcher. — Deux esclaves se faisant conduire à Anligues par leur aatatre.— Il o*est pas vrai que les nègres réfugiés veuillent revenir.— Le gouvernement anglais s'oppose à ce qu'on les enlève de force, mais non pas à ce qe'3s partent quand ils veulent. — Les esclaves Danois s'enfuient à Tortola, ceux oe Puerto-Rico à Saint-Domingue.

Après avoir parlé du fouet , complétons l'examen de la lé* gtslalion pénale des ateliers d'esclaves. Le cachot dont il a été plusieurs fois question est , sur le plus grand nombre des éta- Uissemens , une salle convenable , quelquefois pas autre chose qu'un vieux magasin abandonné -, sur d'autres, et cela particulièrement à la Guadeloupe, c'est une chambre basse, étroite, à voûte arrondie, dont le séjour doit être évidemment funeste à la santé. Le cachot dans lequel Douillard Mahaudière en* ferma Lucile pendant vingt-deux mois n'avait que quatre pieds de haut, six de large et neuf de long , avec une porte de vingtquatre pouces sur dix-sept.

Les habitudes de l'esclavage corrompent l'esprit à un point qu'on ne saurait dire, et familiarisent déplorablement le cœur avec ces détestables choses. Un propriétaire de la Martinique , vieux homme respectable et bon , que Ton étonnerait beaucoup si on lui disait qu'il commet une atrocité, tient de ses ancêtres, et conserve, sous le nom de prison, une cage en bois plein, haute tout au plus de trois pieds, véritable bière, dans laquelle on ne peut entrer qu'en rampant '. Un jeune

1 Pareille chose est tout à fait une exception à la Martinique, du

homme à qui je communiquais mes réflexions sur cet horrible boite, lui Faisant observer que l'air y pénétrait seulement au moyen de quelques trous, me répondit d'une manière tort calme : « Mais , monsieur, ils ne sont pas là pour avoir leurs aises ! » Il avait à peine vingt-cinq ans.

Gomme nous l'avons déjà expliqué, on n'use guère du cachot que pour la nuit. Généralement le planteur qui veut infliger à son esclave une longue détention, l'envoie à la geôle où il est attaché à ce qu'on appelle la chaîne de police, avec les condamnés de la police correctionnelle. Les Femmes, comme les hommes, peuvent être appliquées à cette chaîne. On les voit journellement dans les rues accouplés deux à deux, de même que nos forçats, affligeant l'oreille du grincement de leurs fers et occupés à des travaux de nettoyage sous la conduite de gardiens armés d'une grosse rigoise.

Les îles anglaises recueillent déjà plus d'un bénéfice de la liberté. Nous avons dit qu'elles n'ont plus de fouet, nous pouvons ajouter ici qu'elles n'ont plus de chaînes , ni au dedans ni an dehors de leurs prisons. On n'y entend plus nulle part ces bruits de l'enfer qui attristent encore des villes comme Brest et Toulon.

Outre le fouet et le cachot , il y a encore la barre '. Au pied d'un lit de camp est une poutre percée de trous où l'on enferme une jambe où les deux jambes du condamné, à la hauteur de la cheville. On trouve des barres sur chaque plantation, dans presque chaque maison ; c'est un meuble de ménage à l'usage des colonies. Il n'y a pas d'hôpital qui n'ait sa barre pour les nègres attaqués de mal pied que l'on veut empocher de marcher. Sous un régime de violence, tout doit revêtir des formes violentes, même le bien.

Le planteur a aussi le droit d'user de chaînes : elles sont

moins à ma connaissance. C'est justice de le dire, je ne crois pas que Ton puisse trouver dans Pile entière un endroit pareil aux tumultu assez nombreux de la Guadeloupe.

1 C'est le sepo des Espagnols , le stock des Anglais.

de diverses espèces, tantôt liées au-dessus de la cheville et retenues à la ceinture comme celles des forçats, tantôt attachées aux deux pieds , de façon à rendre toute course impossible. — Enfin on se sert du carcan, collier sur lequel sont quelquefois rivées pour les hommes dangereux , deux grandes branches ramifiées en forme de cornes de cerf , qui s'élèvent de chaque côté au-dessus de la tête, pour empêcher celui qui les porte d'entrer dans les bois.

Après ce lugubre énuméré , c'est notre devoir d'ajouter que pas une seule fois nous n'avons vu ce carcan à branches en application, et rarement les chaînes, quoique nos excursions à travers les campagnes des deux Iles aient été nombreuses. Nous ne pouvons oublier toutefois une femme, le col enveloppé d'un épais et large collier auquel étaient attachés trois énormes auneaux sans autre destination, je pense , que d'augmenter la gêne par leur balottement ! Elle n'en paraissait pas trop souffrir, et remplissait sa tâche au milieu dos rangs f. Oh ! la servitude ! la servitude!

Toute peine infligée à un coupable inspire de la tristesse ; on ne visite jamais les prisons sans avoir le cœur serré , mais ce bruit de gros fers , ce carcan au col d'une femme particulièrement , firent naître en nous des sensations bien plus pénibles que la tristesse. Il faut persister à croire que la science économique trouvera des procédés moins hideux pour réprimer les mauvais.

Le crime de cette femme était grand : elle avait attaqué en elle-même la propriété de son maître, elle était coupable de ne pas vouloir rester esclave , d'être une incorrigible marronne. On venait de la reprendre pour la troisième fois.

On appelle marron l'esclave qui s'enfuit. Aucun auteur, à notre connaissance du moins, n'a donné l'origine, ni Péty-

1 On appelle rang une série de laboureurs travaillait ensemble. L'atelier au jardin est divisé en deux, trois ou quatre rangs de douze ou quinze individus.

mologie de ce terme. 11 uous vient, sans doute à nous, des Espagnols qui appelaient eimarnm le nègre fugitif. Us appliquaient primitivement ce terme aux animaux qui , de domestiques, devenaient sauvages, lorsqu'un accident quelconque les éloignaient du milieu des hommes, et c'est pour cela sans doute qu'ils Font étendu jusqu'à leurs nègres. Puisque l'on dit cochon marron , pourquoi ne pas dire nègre marron ?

Il y eut des marrons dès qu'il y eut des esclaves \ le père Dutertre et le père Labat , dans leurs histoires des premiers établissemens coloniaux , en parient beaucoup. Le père Dutertre cite, dès 1639, une évasion d'esclaves assez considérable à Saint-Christophe, pour inquiéter l'Ile. Tous les inconvénient tous les vices , tous les crimes de l'esclavage , sont coexistans avec sa création; on les voit naître avec lui et se perpétuer à travers les atrocités légales ou illégales que commettent les maîtres pour les prévenir.

Tout le monde a entendu parler du fameux arrêté du conseil de la Martinique, en date du 13 octobre 1671, qui permettait aux habitons de faire couper le jarret à ceux de leurs nègres pris en récidive d'évasion *. L'édit de 1685, connu sous le nom de Code noir, trouva le moyen bon, et régla , comme suit, la pénalité du marronnage : « Le nègre, marron pendant un mois , aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lys sur l'épaule gauche $ s'il récidive, il aura le jarret coupé et sera marqué sur l'autre épaule; enfin, la troisième fois, il sera puni de mort. » Le Code noir prononce aussi la peine du fouet, de la marque et delà mort, contre tout attroupement de nègres de différens maîtres, soit chez l'un des maîtres, soit sur les grands chemins.

Les Espagnols, quoi qu'on en veuille dire aujourd'hui, n'étaient pas moins hideusement cruels que nous. Ils pendaient l'esclave dont l'absence s'était prolongée au delà de six mois *.

* Annales de la Martinique.

• Ordonnance de Philippe II , 1571 .

Ible regardaient comme un pestiféré moral qui avait contracté, sous les arbres de la forêt, la maladie de l'indépendance, et la pouvait communiquer aux autres.

L'article du Gode noir, qui nous épouvante, ne parut cependant pas assez énergique. Le 1er février 1743, une déclaration du roi y ajouta la peine de mort contre tout esclave surpris en marroonage, porteur d'armes blanches ou à feu !

On ferait presqu'un volume avec les dispositions réglementaires , les arrêtés de police, les actes des autorités locales et métropolitaines rendus au sujet de la fuite des esclaves ou contre ceux qui les cachaient, appelés par les décrets du nom de rcctleurt.

La pénalité pour le recel des esclaves est la môme que pour le vol, elle prononce de plus une indemnité en faveur du maître, de 15 francs par jour pour tout le temps qu'il est demeuré privé de sa chose. « J'ai vu, dit un vieux magistrat, qui nous est connu , un père et un frère ainsi condamnés pour avoir caché, l'un, sou fils, l'autre, son frère. Les deux receleurs qui avaient acquis quelques biens furent entièrement ruinés. »

Dans la loi coloniale du to juin 1802, il est dit : « S. M. a ordonné et ordonne que les nègres libres qui cachent dans leur maison des esclaves fugitifs, recèlent ce qu'ils volent, ou sont complices de leurs méfaits, seront privés de leur liberté et vendus conjointement avec leur famille / » Lorsqu'on n'étudie pas ses actes, on ne peut imaginer tout ce qu'il y avait de barbarie et d'iniquité dans le cœur du grand Napoléon.

Mais rien peut-il vaincre l'esprit de liberté dans certaines âmes. Aucune colonie n'a échappé au fléau du marronage, c'est un des mille maux attachés à leur constitution coloniale. On voit, en parcourant les annales des Antilles, que les marrons, réunis en bande, furent à (ouïes les époques, pour le repos du maître, des ennemis dangereux , quelquefois cruels, toujours habiles et redoutables.— La configuration montagneuse des iles, et les forêts encore inexplorées dont leurs pics sont couverts, offrent aux fugitifs des retraites impénétrables.

— lùé —

Il ne fieui *dm qu'un pan occupé d'eaokmnge pmr nvoir qn'a Surinam et a te Jamaïqne. ta uiatm» dtinuml ■ pnbaan* que te Hollande et I Angleterre, malgré leur science de la {narre et toute te forae de nunilatanjalinupca réglées ne purent ta réduire, et obliges à te fin de traiter avec eux, leur firent une pan en remnnategant leur

1*JG. r&. 1T0. r4«. 1761. 1763 dan* Phtsioire de te vieille Guyane hoHaniatee. En 1751 les narra» appelé* (lucas. furent sur le poinl dedflluu le pays de te rtnminatHm européenne. Leur insurrection finit par un traite de paix signe entre ta coamunaires de la colonie et «nr capùauie* nom» L'allocution que le nègre Aiab*, Tun d eux. ik aux enmmtaaire . mérite d'être rafyortée : * Nous désirons que vous dtaàm à votre gouverneur et à votre eonaeil que «il* ne veulent plus voir de révolte, as doivent prendra partie que ta planteurs traitent miens tans aaJavea et ne ta abandonnent pas à te conduite deconHnandBuisetôriBtoidana rvrojme* qui puntesient ta nègres avec injustice , auLomeat leurs femmes «t leurs fiDes. négligent ceux qui sontmalede«v et cnassent de te aorte dans ta forêts un grand nombre d'homme? laborieux qui vous gagnent votre subsistance, sans taquete te colonie ne |«ourrait fie soutenir, et à qui enfin vu» te* trop hetrretn de venir demander ans» désagréablement te pan. >-

Il se passa dans te guerre qui avait précède ce traité un incident cuneux. 1 n détachement 4e troupes holandains stoant avance a travers te fbrtts jusqu'au près de rorènoque, ta mtttwtfrr par une trihn de nègres libres, qui en fusillèrent quelque» 4ms et tirait ta autre* »cJ»w*. S la Ici du talion pcwaii être excusée., ce serait certainement dans un cas semblable

11 sciait hume peu a peu demcne ta ctaMisnwiens boftan- 4ais ci sépare* d*eu\ par d immense* savannes* sur une étendu* d on vm m cent booo>* une série de petite* républiques

toutes totalement indépendantes, et dont le nombre des habitans était évalué en 1790 de quinze à vingt mille \

Un auteur anglais, M. Dalloz, a fait deux volumes des guer" res des marrons de la Jamaïque *. En 1722, les habitans,' après de vains efforts répétés pour dompter leurs esclaves déserteurs, transigèrent, afin de se mettre à l'abri de leurs déprédations, et leur accordèrent quinze cents acres de terrain au fond des montagnes bleues, où ils ont formé des établissemens qui subsistent encore aujourd'hui.

L'orgueilleuse Saint-Domingue , aux plus beaux jours de sa gloire et jusqu'à sa chute , ne cessa jamais d'être infestée de marrons dont les expéditions audacieuses firent bien souvent rêver les magnifiques créoles au milieu de leurs fêtes. Nous renvoyons en note une esquisse de l'histoire de ces marrons, tracée par un ancien habitant, qu'on lira sans doute avec curiosité. On y peut voir que Saint-Domingue recelait dans les montagnes de la Neyba une république de nègres indépendans, comme la Jamaïque dans les montagnes bleues *.

1 Stedman.

* Marrons's war.

* •« Je commencerai par citer Polydor, nègre intrépide et entreprenant qui, en 1703, se forma une bande de nègres marrons , avec laquelle il attaquait et massacrait impunément les blancs jusque dans leurs maisons , portant l'audace et le crime jusqu'à leur enlever leurs filles et leurs femmes. On marcha en vain contre lui , on ne put jamais le joindre. Ce ne fut qu'après sept ans des plus cruels excès qu'ayant commis un acte de violence envers un de sa bande , 11 en Ait assassiné.

» Troie ans après un autre nègre ni moins barbare , ni moins courageux, nommé Chocolat, lui succéda. Il eut bientôt formé sa bande, et il se mit à commettre les mêmes atrocités ; plus adroit et plus fin que Polydor , il les eut poussées bien plus loin s'il ne se fut noyé en traversant la rivière à Limonade , après avoir inquiété et pillé les blancs pendant près de douze ans.

» Diverses circonstances ayant conduit plus de blancs dans la colonie, les campagnes s'étaut établies , ce moyen ne parut plus praticable aux esclaves entreprenans pour exécuter leur projet. ITn nègre nomme

Les plus petites colonies eurent leurs marrons habiles et mfindMes ; la Dominique même , qu'il est facile de parcourir en tons ans presqu'en un jour, n'échappa point au fléau, et l'on y conserve encore le souvenir d'une de bamle râq cents marroav qui sortirent en 1813 du morne où ils étaient retirés, attaquèrent Roseau, la rifle capitale, et menacèrent la race Hanche de sa destruction.

Les Mes angle»*, sont désormais affranchies de ces nouvel- I» iaTOMB de barbares. Les fuyards de la servitude qui vi-

lombre, ont reparu de tous côtés au grand

■nwsiiw 3tmnmilil» hs— e profaadesMDl méchant et habile à opter Us» pyrite de *» iiwèhHti>, s'en capn aa point qu'ils portèrent poor kÉ Et ewftvt» b <niaim>if H la Teneratkm jusqu'au plus grand bna~ mua* & m* asent fcintntat que Mmcindil était enrayé tout ex- |*t* *àn wf pmr dii«iu Mb les esclaves do joug, et que dossent- Afc «star miurir pmr lau û* ne feraient que retourner dans leur

E«at»m«tte'èrll«rlhaau

T^wa ht^wmmOL ^tamà Kaaranéd cral être bien assuré de Tasprit ifc nitt*. Vf -i^HU^vs. a vwimm a m moyen d'autant pins perfide et Iffe* -*bt „ <w:tf. «ai* JUbeiàf de *Yn mranftir. Il employa au lien de ttc. k ^miiani.» ^ok w tutwaK jmnsne trace de la main qui l'avait pré- !«*• 9** ir«S ri fe de*, raugv* efiroiabks dans les Tilles et dans les ^<Mftyu*pM* !w* Kmks a* awateakat pln»qu en tremblant.

» m?wrcwtmen* |wr bwi>ttK, Mincandal loi trahi par une négresse t'Wuftr <4* «muit ami mjfere* et qu'on avait chargée de r empoisonner. iV mwajfwnaimr uMTlmf m* prtt et broie en 1758; des milliers de nèym permet 4m» ***<«**& et le» bAdaer^, et b colonie nu {wéservét

• l **$•« ^ ******* ne sr perdit point; inspirés par un chef plas to 4** »*» fc» «tira** i^wqnlil a a jamab eiè découvert et qu'il avait «« kmmïï W as* d'*nlr* i *mk le» esclaves, en moins d'un mois ils twwtffw* W d**»m lurnMe de amssacrer tons les blancs , à rinstant d* t vfcvjftw* d* U «*«* de miauÉL Cae jeune mulâtresse , qui aimak **ve* **«*«*** «a** cwmaibMm**«reai«*viiu, ce qui sauva

< **t .MMMiwmt* |>w*s*imt a U ph» grande partie trop difficiles à * \¥s^n *>«*** il t*M . W* |4w> «Wtermîne» ne soogèreut plus qu'au *Mtv**** , |*** l***l fc* mtmlajcues inarressibles de la cokMiie

jcftir de l'indépendance. La liberté n'a point de marrons. Chez noua, au contraire, comme à la Havane, il existe toujours un noyau de ces hommes perdus pour la société, que tous les moyens dont les créoles et l'autorité ensemble disposent , ne peuvent détruire. Encore aujourd'hui on fait monter pour la Guadeloupe à quinze cents et pour la Martinique à deux milles le nombre des esclaves que Ton sait dans les grands bois. Séparés en petits camps de quatre-vingt, coït , centr-cinquante, rarement plus de deux cents, établis sur la crête de pics inaccessibles, ils mènent, sous un chef plus ou moins despote,

leur offraient des ressources assurées. Il en partit un grand nombre dans la partie de l'ouest et du sud, qui infestèrent bientôt les montagnes des grands bois et de Neyba, d'où ils ravageaient également les habitations françaises, et les hattes espagnoles. Les deuxgouvernemens se concertèrent et jurent bientôt marcher des troupes de ligne et de milice contre ces brigands; mais elles ne purent jamais les découvrir, incapables même de pénétrer sur ces montagnes trop escarpées et trop éloignées pour pouvoir y porter des munitions de bouche et de guerre, et où-on marchait des jours entiers sans trouver une goutte d'eau pour se désaltérer. Les détachemens espagnols, à qui il faut moins de provisions, arrivèrent jusqu'au pied de Neyba; mais des rochers préparés et suspendus furent lancés sur eux , et tuèrent ou blessèrent un grand nombre d'hommes. On renonça des deux côtés à des poursuites démontrées inutiles et l'on traita avec ces nègres , qui , s'étant déclarés libres, sont tributaires de l'État, sous condition de ne plus souffrir de nouveaux marrons parmi eux. Cette clause du traité exactement observée, força les nouveaux marrons à se jeter dans les montagnes du Port de Paix, du Borgne, de Plaisance, du gros Morne, du Dondon, de la grande Rivière, de Vaslière , de Limonade et du Dauphin, d'où ils se réunissaient par détachemens avec d'autres retirés dans les montagnes espagnoles de Laxavon , pour aller chasser les bétes dans les hattes, pour venir échanger la viande avec les nègres des habitations, contre des vivres du pays et contre du plomb et de la poudre.

» Les choses en étaient à ce point , lorsque sous le premier intérim de M. Raynaud , les bandes des nègres marrons , devenues considérables , osèrent enlever ouvertement des vivres dans les habitations des frontières. Les milices ne cessaient de faire des détachemens contre les marrons , mais toujours sans succès. Une des principales bandes ,

une vie de «au vages avec femmes et enfin*. Echappés des gkλ à nègres, ils n'ont apporté là que k» imprearions de leur étroit passé; ils se contentent de vivre , et borneatleor existence à chasser, pécher quand ils peuvent, cultiver quelques racines, et veiller à leur sûreté. On ne saurait, en bonne justice, demander beaucoup plus à ces pauvres anciens esclaves, séquestrés dn monde entier , inquiets, privés de tout, et n'ayant de b civilisation que ce qu'ils lui peuvent vnler dans leurs excursions nocturnes. Tout fondement de quelque chose de régulier est impossible pour eux, car on les poursuit de temps à autre, elle

r nmnumdee par le nègre Toussaint, se trouvait cantonnée dans h monlafrne noire , dépendante de mon quartier. Prasieun de met nègres *^ étaient retirés. Quoique très-jeune , j'obtins , comme ofiàer de M. dr Raynand , un ordre de chasse contre cette bande.

»< Elle était composée de pris de cent nègres. Je pris avec moi soixante mulâtre* détermines , et je me portai au heu de leur retraite , que j'avais su découvrir. 11* firent une vigoureuse résistance ; mais leur chef ayant eie tue , ainsi que «s principaux soutiens, une grande partie blesse* . le reste voyant fondre sur eux les intrépides mulâtres le sabre a la main, prireni In fuite: on en prit quatorze à la course, et neuf qui ctaicii! restes sur le champ de bataille, avec le chef et six autre* tue* ; sep! mulâtres furent Messes . mais aucun ne périt.

>• le bruit courut an rnj» que j'avais tué deux cents nègres et pris plus de ce.ni

»■ Ce succès dissipa entièrement cotte bande, et fit rentrer uns les marrons chc? leurs maîtres. Mais les autres bandes n'en continuèrent pas moins leurs ravages dans les autres quartiers, jusqu'en 1774.

•• Il s'en forma trois bandes considérables dans les quartiers do Dauphin, des l.ercvi*scs et de\ aslicrc. qui portèrent V audace au point de faire justement craindre une révolte ouverte et générale. Le gouvernement recourut a sou movcji banal de mettre lu tête des chefs i prix : il réussit a I égard dr la bande commandée par Noël Rarocnen , qui avait osé ramper au bord des habitations; il fut trahi par un des siens , et tué )tai un ancien soldai aposie a cet effet.

•■ l a haiide se rejet» dans celles de Itanf ci surtout de Tang qui groa- M^^triii «^Miq ne jour, ei qui passaient déjà pour avoir plus de quinze rente »<W<«ts Ces «W\ fondes devinrent phis acharnées depuis la mort de \ool, o\ <acin«occjii pnhliquemeni des ânes de xiolenec à main ar-

premier acte des blancs qui dépistent un retraite de nègres , est de brûler les cases, abattre les bananniers et ravager les champs de manioc et de patates qu'ils rencontrent. Le camp , ainsi attaqué , laisse sur la place quelques uns de ses morts , s'enfonce plus avant dans l'obscurité des forêts encore vierges, où on ne peut l'atteindre, et tout est à recommencer d'une et d autre part On les découvre à la Qn, parce qu'ils rie peuvent faire le vide autour d'eux , mais ils ont une adresse extrême à savoir se préserver des surprises ; leur place pour cela est toujours bien choisie, leurs approches sont hérissées de pièges mortels,

née tur les habitations. M. d'Ennery, qui gouvernait alors la colonie, mit sur pied toutes les milices du lieu, fit faire continuellement des patrouilles et des chasses.

» Mais tandis qu'on cherchait les nègres d'un côté, ils pillaient les habitations d'un autre'. Plusieurs détacheraens étaient tombés dans leurs pièges et s'étaient estropiés. La chose parut devenir plus sérieuse que jamais : c'était le sujet de toutes les conversations du pays, et tout le monde était dans la persuasion qu'il y avait plus de dix mille nègres dans ces deux bandes seules. Dieu sait comme les faits étaient exagérés sur les lieux mêmes !

» Après la mort de M. d'Ennery je partis pour la nouvelle Angleterre. Six mois après les nègres recommencèrent d'aller marronner par bande, et ces bandes se formaient déjà dans plusieurs quartiers. Le corps des chasseurs était rentré dans le néant , avec le souvenir de ses services. On en avait formé deux compagnies de la milice du quartier, on les fit marcher sous les ordres de leurs capitaines blancs, contre les marrons; mais lorsqu'ils voulaient gravir les montagnes où ils pensaient rencontrer les nègres, les capitaines à demi-morts de fatigue s'y refusaient. . .

» La bande la plus considérable se forma sous la direction du nommé François, nègre très - intelligent , et capable également par son courage des plus grandes entreprises. Sa bande assassina, par ses ordres, plusieurs blancs français et espagnols, et pillaient les habitations et les hattes. »

( Observations sur la situation politique de Saint-Dominque , par 31. de Pons, habitant, 1790.)

et faute de pouvoir les anéantir en masse, il a ftfiu sedéôder à les laisser jusqu'à ce que s'élève parmi eux un homme de génie qui, les faisant passer à l'état d'agresseurs, provoqua ait une lutte générale et décisive. L'affranchissement, nous respérons avec confiance, préviendra ces sanglantes conséquences du fait esclave.

II y a, Ton peut dire, trois sortes de marrons s leur caractère est tort distinct. Le premier est l'homme énergique, aux passions ardentes, à l'esprit résolu qui n'a pu se plier à la discipline de l'atelier, qui n'a pu supporter l'anéantissement de toutes facultés volitives, l'abnégation à laquelle un esclave est condamné. Celui-là s'enfuit pour toujours, son maître peut le regarder comme perdu. Il médite long-temps le projet, combine son départ, assure ses moyens de salut, se Jette dans les bois, et sait à des marques amies, trouver la route d'un de ces camps dont nous parlions tout-à-r heure.

L'autre marron est l'esclave qui s'échappe pour un sqjet quelconque, la crainte d'une punition, un moment de lassitude, un vague besoin de liberté ; et qui , la cause cessant, revient de lui-même à la grand case au bout d'un certain temps : huit jours, quinze jours , un mois, deux mois. Il se nourrit de ce qu'il pille et des provisions qu'il reçoit la nuit des autres esclaves, car il conserve toujours ses relations. Lorsqu'il veut se rendre, il va assez généralement, pour éviter la punition méritée, chez un ami du maître qui le ramène ou le renvoie même avec un simple billet, demandant pour lui un pardon que les usages des planteurs entre eux défendent de refuser jamais, lies hommes de cette nature constituent une propriété difficile, mais pas essentiellement mauvaise. Ce sont des animaux d'ailleurs bien apprivoisés, qui ont des caprices. Il y a, par exemple, des nègres qui ne manquent jamaisdes'en aller marrons sitôtque le propriétaire s'absente et met un géreur à sa place, puis qui reparaissent dès que le propriétaire reparaît. Ils sont actifs, intelligens, bons travailleurs, lorsqu'ils s'y mettent, et il suffit de les gouverner avec adresse, de savoir leur procurer un emploi

de leur goût pour les garder. Un planteur de la Gi grand amateur de chasse et de bois, nous disait un jour : « Le nègre qui m'accompagnait daiis mes courses vient de mourir ; il faut absolument que j'achète quelqu'enragé marron. » Une habitation au point de vue physiologique, offrirait des études curieuses. Pourquoi les romanciers ne vont-ils pas aux colonies, ils y trouveraient mille types tout à fait originaux.

Il est une troisième sorte de marron, c'est celui auquel les rigueurs de l'esclavage sont trop lourdes, qui n'a pas la force de les endurer, et qui, d'un autre côté, n'est pas doué de Fénergie nécessaire pour savoir prendre une résolution et s'exiler tout à fait. Ce malheureux est véritablement à plaindre ; il s'enfuit parce qu'il souffre, parce qu'il n'a pas assez de désespoir pour se suicider ; mais il n'a rien prévu, il se traîne sur la lisière des chemins, le long des plantations, aûn d'y voler quelque chose à manger $ il dort et se cache dans les broussailles, dans les cannes, en proie aux angoisses de la peur \ il errede côté et d'autre, toujours près des lieux habités , il végète, et souvent repris il expie toujours par de cruels châtimens les quelques instans de douloureuse liberté dont il n'a pas su jouir.

Il est de ces pauvres gens qui ne comprennent pas eux-mêmes leurs désirs de fuite. Ils s'en trouvent fort coupables ; ils voudraient être de bons esclaves bien réglés, bien assidus à l'ouvrage ; ils s'accusent avec sincérité de ne pouvoir résister ; il ne se rendent pas compte des victoires que l'instinct remporte sur leurs volontés -, ils croient qu'on leur a jeté un sort, et avec l'incomplète éducation chrétienne qu'ils reçoivent, ils viennent demander naïvement au maître de faire dire des messes sur leur tête pour chasser l'esprit du mal, pour les empêcher d'être marrons* lies créoles , qui ne sont guères moins superstitieux que leurs nègres, ne manquent jamais de leur accorder une telle grâce; et ce que Ton aura peut-être peine à croire, les curés se montrent assez ineptes ou assez fripons pour prêter leur ministère à des conjurations auxquels eux seuls gagnent quelque chose. Le résultat de ces messes, en effet est facile à ,

— llî —

prévoir; te ptovre nègre devient plus narrai que jamais, car ë se repose sur rfwhaHtancnt, ne demande phs rien à sa ?o» kmé pour ae corriger, et part bientôt, emportant avec loi toos tes exociimm powahlf &.

La légîsialioDbarfaarede Louis XIV Ait réformée par Pontonnanoe de Louis XVI du 15 octobre 1786. Quelques très Tiens nègres ont bien encore les oreilles coupées, on arrêt portant peine des Jarrets tranchés fut bien encore rendu et exécuté à Saint- Pierre Martininique le 4 décembre 1815 ■ , mais cela ne peut empêcher de dire que les peines de la mutilation et de la marque sont abolies et inappliquées aux Des depuis longues années \ Un arrêté local de la Martinique du 2 floréal an xiqui condamne à la peine des galères l'esclave pris en marramage pour la troisième fois, est tombé en désuétude. La loi coloniale est entièrement désarmée aujourd'hui contre tesdéeertionsàFétranger et contre le marronnage. Le maître n'a plus que ses vingt-neuf coups de fouets avec le cachot et les chaînes i discrétion : c'est encore trop vis-à-vis d'hommes coupables seulement

1 Arrêt du 1" décembre qui condamne Victor, esclave de démence; Mie, esclave de Perpignan ; Charlery, esclave de Rachel , i assister i l'exécution de Manette et de Joseph, qui auront le jarret coupé par l'exécuteur de la haute justice , et seront ensuite remis à leurs maîtres ; Manette, pour vol avec effraction et évasion, Joseph pour vol et évasion, Charlery, Elie, Victor, pour s'être évadés et avoir volé à leur| maître le prix de leur valeur.

Exécuté a été l'arrêt ci-dessus en présence des officiers de la sénéchaussée de Saint-Pierre, sur la place ordinaire des exécutions , le lundi 4 décembre 1815 , à dix heures du matin.

Signé Borde.

[Gazette de la Martinique , 15 décembre 1815.)

On ne peut imaginer tout ce qu'il y a d'atrocité dans l'ancienne législation coloniale. Un arrêt du conseil de la Martinique, du 90 octobre 1670 , condamne un esclave à avoir la jambe coupée et attachée à la potence afin de servir d'exemple , pareeque cet esclave avait tué un aiion !

* l'ne ordonnance du 30 avril 1855 porte de nouveau abolition de m peiucH.

d'avoir échoué dans la conquête de leurs droits. Des habitans cruels ont eu l'infernale idée de battre et maltraiter les enfans du nègre échappé, pour l'obliger à revenir.Cet affreux expédient n'a pas mieux réussi et ne pouvait pas mieux réussir que le reste. Le marronnage comme le poison est une plaie congéniale de la servitude, pour laquelle il n'y a de remède que dans l'émancipation.

Au-dessus des observations que nous venons de faire, et en accordant aux caractères tranchés ce qu'il faut toujours leur accorder, il est permis d'avancer en général qu'il n'y a de nègres marrons que chez les planteurs mauvais ou incapables. L'excès de la faiblesse comme l'excès de la sévérité amènent les fuites d'esclaves -, on connaît des habitations sur lesquelles on n'en vit jamais. C'est un habitant, M. Alphonse Bouvier, qui a dit : « Le marronnage est l'échelle à laquelle on peut mesurer l'administration douce, inintelligente, sévère ou crueUe d'une propriété. » Nous ne pouvons rien ajouter à cela.

11 est une autre sorte de marronnage auquel l'affranchissement des colonies anglaises vient de donner lieu. C'est la désertion i l'étranger 1. A peine les esclaves ont-ils su qu'ils ne seraient plus esclaves, s'ils parvenaient à toucher la terre voisine, qu'ils ont avidement saisi tous les moyens d'y fuir, et les évasions aux Iles émancipées se répètent chaque jour. Malgré la confiance que l'on feint d'avoir maintenant à cet égard, l'impuissance de la répression est douloureusement proclamée par les créoles eux-mêmes, on fatigue en vain la troupe de ligne « en l'associant à la surveillance des côtes confiée aux milices et i la gendarmerie. » Les postes multipliés du littoral ne suffisent pas, le gouverneur de la Guadeloupe est obligé de « de-

1 II en existait quelques exemples autrefois, mais ils étaient fort rares et punis avec une rigueur inouïe , s'ilfaut en juger par un arrêt du Conseil supérieur, du 30 novembre 1 815 , conGrmatif de la sentence des premiers juges, qui condamne le mulâtre Elise, esclave de Farque , à être pendu pour s'être évadé de la colonie. Dans la Gazette de la Martinique qui enregistre le jugement le 15 décembre 1815 , il est dit : Exécuté a été l'arrêt le 4 décembre.

AiaiiuuBsnoa qà ont eiè fixés par les anéfr fflwnw. B*y serootcii- «cmtraia, défit parte. <Tai 1s ne pourront w mÉb. Hare de as huiiu, Ai Battre. I/aofeorisatîon de «i flHi a m cmlwrcadèFe de AtéL oe pnrt être accorde raveniear etc., etc. • da svcie, ces neeres ne se font plus atteinte a la propriété, » selon Texde h Goadesonpe * en cherchant à se sauver. Race natnreUemenl

Sans oe savons s'il est exagéré, mais on estime à cinq milles le raifcre des esclaves que nos deux Iles ont déjA perdus par eiaaîou. Hélas! on ne les retrouve pas tons chez les Anglais. Fias de la moitié des fugitifs périssent dans les hasards d'une traversée sans guide et sans boussole; engloutis par les flols qui submergent, en grossissant tout-à-coup, leurs barques fragiles, ou tués par la faim lorsque le voyage se prolonge \ Nous

' Discours d'ouverture du Conseil colonial de la Guadeloupe , 48 juin 1840.

• Même discours.

- Voici les renseignement que nous avons pu nous procurer sur le

avons vu, nous nous le rappelons, au pénitentier de File Sainte- Croix , trois pauvres nègres français qui s'étaient échappés quinze jours auparavant de la Basse-Terre, dans l'intention de gagner Antigues. Ils étaient quatre alors qui se mirent dans un canot avec unedame-jeanne d'eau et quelques pains. Dès le

" commencement de la nuit ils perdirent un de leurs avirons, et ne pouvant résister à des courans ils tombèrent en pleine mer, où ils voguèrent sans direction, jusqu'à ce que le hasard les vint échouer le douzième jour sur les côtes de Sainte-Croix. Ils

' étaient tous quatre privés de connaissance lorsqu'on les recueillit, on crut que la chaloupe n'apportait que des cadavres. Ils tarent déposés à l'hôpital, ou l'un d'eux expira le lendemain. Les trois autres à force de soins revinrent à la vie, mais faut-il s'en réjouir? Lorsqu'ils furent rétablis on les jeta en prison, et le gouverneur général des possessions danoises écrivit au gouverneur de la Guadeloupe : « Quatre esclaves français, de tels noms, ont échoué sur nos côtes, l'un est mort, je suis prêt à vous rendre les trois autres. Vous jugerez, je l'espère, que les souffrances endurées par ces malheureux , sont une punition suffisante de leur faute, et vous obtiendrez de leurs maîtres qu'ils ne soient pas punis. Je désire, M. le gouverneur, que vous voyez dans ce que je fais aujourd'hui une nouvelle preuve de mon zélé à maintenir la bonne harmonie qui existe entre nos deux cours. »

. M. Jubelin aura repris les trois nègres en promettant leur grâce, les maîtres ne les feront pas moins châtier pour l'exemple général, et n'alourdiront pas moins la chaîne pour leur sécurité personnelle; trois hommes de plus seront esclaves, mais la France et le Danemark resteront amis. Ne voilà -t-il pas des échanges de bien beaux et bien nobles procédés entre deux puissances civilisées, entre deux peuples libres! C'est toujours une sottise de dire : « Si j'étais à votre place je ferais cela », mais je dirai pour mon compte : « Si j'étais gouverneur d'une

nombre des émigrés Français : à la Dominique de 7 à $00 , à Sainte - Lucie 600 , à Antigues 600.

colonie, même d'une colonie esclave, je fermerais certainement les yeux sur de pareilles fautes. » Quand on vient écrire que la bonne harmonie de deux cours voulait qu'on rappelât à la vie, pour les rejeter en servitude , trois misérables déjà délivrés de leurs fers, et que ces trois pauvres hommes qui s'étaient exposés à la mort pour fuir l'esclavage (basent rendus i l'esclavage, il nous semble entendre parler de deux cours do temps des Babyloniens ou de nations Barbares, qui échangent amicalement le crime.

Ni la vigilance , ni les périls connus, ne peuvent arrêter las farta vfa; les insatiables désirs de liberté qui sont en l'homme, leur font tout affronter, et leur suggèrent des inventions admirables pour atteindre leur but. On nous a raconté en ce genre su irait ai original , qu'il mérite d'être conservé, il nous vient de la bouche même d'un habitant.

Q*q ittfres de la Guadeloupe forment un projet d'évasion 4s «ito de la pointe dWntigues, deux d'entre eux manquent TOttwr Jq rvnta-TOïK. et voient en arrivant leurs trois compfcr** qan par crainte d'une trahison, sont déjà en mer. Aus- «Ml <fr <vurir chef M. X leur maître, « Maître voyez , trois sqprw $~*thapp«nL » M. X donne un coup de rhum aux ♦èftftr detwnriateuis « se jette avec eux dans une chaloupe et ***** Ac rames sur les évadés: mais, quelqu'elTort que ftssmi Vos deux rameurs, ils ne peuvent toujours que tenir en vu* ta barque fugitive. « Maître, ils sont trois contre deux. » M* X Ote sa veste blanche, il se met à ramer aussi. Enfin en arrive à Antigues, les trois nègres abordent les premiers, M. X touche A son tour, mais alors ses deux hommes: « Bon maître, nous ne savions comment foire pour rtjoindre la pirogue que nous avions manquée , vous nous avat amenés vous m&ne^ merci !» et ils s'entaient. M. X lit «les dttnarvtw*. demanda l'extradition , et bien entendu ne put rien obtenir. Ije lendemain, il fut piteusement obligé de Khhmt du monde, alin do retourner à la Guadeloupe !

lVur des intermédiaires entre lliomme et la brute, le

tour n'est il pas boa ? Dites donc encore après cela, que les nègres ne sont pas suffisamment préparés pour la liberté! Voilà pourtant deux nègres, dont l'un au moins est un homme de merveilleuse ressource, qui seraient restés esclaves toute leur vie si l'Angleterre n'avait prononcé l'affranchissement! Ne fut-ce que pour sauver des hommes comme ceux-là des horreurs de la servitude, il n'y aurait pas à regretter les 500 millions de francs qu'elle a donnés à l'abolition.

Nous avons vu beaucoup de noirs, réfugiés à la Dominique etAAntigues, ils s'y conduisent bien. On en trouve quelquesuns sur les habitations , plusieurs ont formé de petits établissemeos sur lesquels ils cultivent des vivres , mais nous ne voulons pas le cacher, ils se tiennent plus volontiers dans les villes où ils s'emploient comme canotiers, ouvriers, garçons de magasins et domestiques. Voici ce que MM. Sturge et Harvey Y disent de ceux qu'ils ont rencontrés à Sainte-Lucie : a A notre retour nous remarquâmes les cottages et les jardins de quelques-uns des réfugiés de la Martinique. Un d'eux, a une petite plantation de cannes dont il fait du sucre, avec un petit moulin grossièrement construit. Il y a six cents réfugiés à Ste-Lucie, et tout le monde s'accorde à dire qu'ils contribuent à la prospérité de l'Ile. Ils ont introduit à Gastries la fabrication des tuiles et des jarres porreuses, dont l'usage est si étendu dans les West-Indies '. »

Las créoles disent que leurs nègres évadés aux colonies anglaises, sont ptus malheureux dans l'indépendance que sous le joug; qu'ils voudraient revenir, et que s'ils ne le font pes,^'est qqUs en sont empêchés par le gouvernement anglais. Singulier aveuglement que nous donnent nos préoccupations, étrauge faiblesse de l'esprit qui nous fait toujours croire ce que nous souhaitons, en dépit de ce qu'y peuvent objecter le bon sens et la logique. D'un côté , les nègres émigrés voudraient revenir parce qu'ils meurent de faim faute d'ouvrage , et du côté opposé, les colonies anglaises sont perdues , parce que les pro-

1 The We$l-lndie*% in J851, Lonthn.

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que hait oa dix nâens maîtres , de î>srJavage après :. mus c'est na fait ooaBpIcÉcmcut exceptionexpskjDer par le wml ém pmp* qui peot arriver le ueçie a une puissance d'exaltation extraordinaire , par «Ta^tir abandonne une femme aimée on par quelques antres causes semblables : et ces causes, en raison même de nature, doivent être fort rares.

le rfuet

1 On interroeeait a la Dominique, je crois, un réfugié presqu'au ■paient de son débarquement. D'où Tenez-vous? Comment étes-vous arrive id ? Par quels moyens ? etc., etc. Les réponses étaient évasives; mal sur encore du terrain, U avait peur de se compromettre et ne convenait pas surtout qu'il eut pris un canot. Et parbleu ! ne voyez-vous point, dit quelqu'un, qu'il a passé par terre... Le root resta , et les nègres rappliquent aux réfugies dans une acception on peu injurieuse; car on a donné à ces pauvres esclaves des notions si étranges du juste et de l'injuste, que plusieurs regardent comme un crime de se sauver. Ils estiment que l'esclave marron ou fugitif, est un homme qui vole son corps à son maître.— Les nègres ne sont pas si stupides qu'ils n'aient compris même les plus bizarres idées qu'on a voulu leur inculquer.

Quant aux cmpôchemens que les administrations locales mettraient au retour d'un réfugié, c'est une erreur depropriétairts, blessés qu'on ne veuille pas leur rendre ce qu'ils appellent leur propriété. Le gouvernement de la Grande-Bretagne s'oppose à ce qu'un maître français puisse saisir son esclave sur les terres de la Grande-Bretagne , rien de plus. Les réfugiés , pour quitter l'Ile où ils se trouvent, n'ont à remplir que les con ditkns imposées aux indigènes , aucune restriction particulière ne leur est appliquée , et le colon français qui aurait un exemple catégorique à opposer à ce que nous venons de dire, nous mettrait en mesure d'accuserde déloyauté M. le major Mac Phail , gouverneur d'Anligues, et vingt planteurs anglais dont nous tenons nos renseignemens sur la matière. Une preuve , eo tous cas, qui appuie ces renseignemens d'une manière assez forte, c'est que bien que le nombre des nègres français arrivés à Antigues monte au moins à six cents -, il n'en reste guère que deux cents. Ces hommes hardis et d'humeur. entreprenante, se laissent embaucher pour Demerara, où on leur promet plus d'argent , lorsqu'ils ne s'embarquent pas de nouveau pour la Dominique, Saint-Christophe et la Trinité, où ils trouvent des populations noires dont la langue et la religion leur sont familières.

On a vu que toutes les îles à esclaves, à quelque nation qu'elles appartinssent , ont leurs marrons -, elles ont toutes de même leurs déserteurs à l'étranger. Chez les Danois , où l'esclavage est d'une mansuétude extraordinaire , on a peine à empêcher les évasions qui se font sur Tortola , tajit il est vrai que si bien dorés que soient les barreaux de la cage , le captif aime encore mieux le grand air. Les propriétaires de Saint-Thomas et de Sainte-Croix disent , à la vérité , que les mauvais sujets seuls s'enfuient , mais ils tiennent apparemment beaucoup à leurs mauvais sujets , car ils insistent auprès du gouverneur pour que les navires en station fassent bonne garde, et les côtiers viennent de tuer, en novembre 1840, des déserteurs qui refusaient de se rendre.

mufe «9UKa£ *&rt lire, que aera-donc pour BcariB asÉiAe dMeda xvu* siècle ?

i- je :«£ ctntt de faite par mer,

r}açaq« g Afwartîlla, ils cherchent m matai» Sfticû-lKiiftXQçiie. qu'en leur a dit devant r Mnœu: saie âe reues chaloupes, presqu'au hasard, «1 rarement échappent à la mort sur cette

oemêl fe ne savent pas kre les chemins tracés à la Quelquefois après avoir erré plusieurs jours sur

rencontrent terre, s'y précipitent joyeusement

tes ont vaincus . la mer les a trompés , ib sont re-

Poerto-Rico Après le désespoir d'avoir échoué, ils

jusqu'à la dernière rigueur en présence des ateet malgré l'apparat de ces violences qui épouvan- , il faut toujours recommencer les exécutions, les tentatives de fuite recommencent toujours. Lors de ne séjour à Puerto-Rico (janvier 1841) , un complot d'esvenait encore d'être découvert à Guaniila, qui consistait a s'emparer de deux petits navires , alors dans le port, et d'oies patrons à conduire les vainqueurs à Saint-Domingue, de cent cinquante esclaves étaient compromis dans cette entreprise , découverte et dénoncée par un homme 4t couleur libre. Dix ou quinze, sans doute, y laisseront leurs lia», mais ils auront des successeurs qui un jour réussiront ! Ce n est pas d aujourd'hui que les esclaves affrontent des ^^ers presqu'insurmontables pour reconquérir la liberté. 3*ruy, dans sa lettre à Berlin, du 19 janvier 1775, dit en par- Mft des nègres de Bourbon :

v leur patrie Madagascar: est k deux cents lieux d'ici. Us s'im^mrnt cependant, entendre le chant des coqs, et recontgRr» la famée des pipes de leurs camarades. Ils s'échappent fjdiuelbis au nombre de douze ou quinze, enlèvent une piro- « s'abandonnent sur les flots. Ils y laissent presque tou- >fc vt*% et c'est peu de chose lorsqu'on a perdu la liberté. »

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