‹ Des combinaisons de l'hydrogène avec les métalloïdes. ThèseChapitre 3 sur 3 · AVEC · texte numérisé non relu

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Parmi les corps qui ont le plus spécialement attiré l’attention des chimistes depuis le commencement de ce siècle, on doit compter les combinaisons de l’hydrogène avec les métalloïdes. Datant, pour la science, de la découverte de l’acide hydrosulfurique et de la décomposition de l’ammoniaque, elles ont donné lieu à des théories qui font époque dans son histoire, et par leur importance, et parce qu’elles ont eu pour adversaires et pour défenseurs les chimistes les plus habiles et les plus célèbres. Passer en revue les principaux faits dont se composent nos connaissances sur ce sujet j les classer, et en tirer de nouvelles conséquences , ou plutôt confirmer quelques-unes

de celles qui ont été entrevues : tel est le but de cette thèse.

Lorsqu’on examine les propriétés des combinaisons de l’hydrogène avec les métalloïdes, on est frappé de l’analogie qu’elles semblent présenter avec les oxides métalliques. Comme eux, elles nous offrent des corps acides, indifférens et basiques. Seulement l’oxigène étant le plus électro-négatif de tous les corps que nous connaissons, tandis que l’hydrogène est éminemment électro-positif par rapport aux métalloïdes , les composés des deux classes qui se correspondent par leur composition doivent jouir de propriétés directement opposées. En effet, l’oxigène s’unit à un métal, atome à atome, pour former une base, et l’hydrogène, en s’unis* sant à un métalloïde, atome à atome, produit un acide. Avec une proportion d’oxigène plus considérable,un oxide métallique devient faiblement électro-positif, souvent même électro-négatif; et une combinaison métalloïdique où l’hydrogène prédomine devient faiblement électro-négative ou bien électro-positive : c’est ce qui a fait dire à M. Dumas « qu’il est naturel d’admettre que l’hydrogène, en se combinant aux corps simples, peut constituer des acides ou des bases selon que les propriétés prédominent ou succombent en face de l’élément antagoniste. »

Nous voyons ainsi un volume d’hydrogène fournir des acides puissans, quand il se combine avec un volume de fluor, de chlore, de brome, oüd’iode sans condensation; des acides dont l’énergie semble décroître successivement lorsque , sans changer d’état, il n’absorbe qu’un demi-volume de tellure, de sélénium ou de soufre; enfin un corps éminemment indifférent lorsque la combinaison a lieu avec un demivolume d’oxigène.

L’oxigène et l’hydrogène , qui, pour les métalloïdes, occupent les deux extrémités de l’échelle , se neutralisent donc si complètement, que le composé qui résulte de leur combinaison ne jouit par lui-même d’aucune propriété ; il appartient au premier corps assez puissant pour lui en communiquer une : il deviendra acide vis-à-vis des bases, basique vis-à-vis des acides.

Immédiatement après l’eau viennent se placer les composés d’hydrogène et de carbone ; je ne veux parler ici que de ceux qui se présentent à nous dans la nature sous forme d’hydrates bien déterminés dans l’esprit de bois, l’alcool et l’éthal. Nous aurons, dans le cours de cette dissertation, occasion de revenir sur divers hydrogènes carbonés , qui se comportent comme de véritables bases dans diverses circonstances, mais ne peuvent trouver

leur place parmi les composés dont il est ici question.

La combinaison d’hydrogène et de carbone, qui sert de base aux hydrates que je viens de nommer, s’écarte du principe que j’ai développé : car elle présente un exemple d’élémens unis atome à atome pour former une base. Mais cela s’explique facilement, si l’on pense que le carbone a des propriétés peu prononcées ; et que la quantité d’hydrogène qui entre dans l’atome basique est assez considérable pour lui imprimer son cachet.

Il est encore plus digne de remarque que l’éthalène, l’éthérène et le méthylène, formés des mêmes élémens en même proportion, ne diffèrent que par l’état de condensation dans lequel ils se trouvent, état qui influe seul sur leur capacité de saturation.

Enfin, comme si dans ce singulier groupe de corps tout devait être anomalie, ses propriétés basiques ne se manifestent par aucun des caractères qui les décèlent ordinairement, et les sels qu’ils forment échappent aux lois dédoublé décomposition. Ces exceptions, qui s’expliquent jusqu’à un certain point par l’insolubilité dans l’eau et la non-conductibilité pour l’électricité de l’hydrogène carboné et de la plupart de ses combinaisons, ont fourni de graves objections aux chimistes qui se sont refusés et se

refusent encore à admettre le point de vueadopté par MM. Dumas et Boullay fils.

Viennent ensuite les combinaisons de trois volumes d’hydrogène avec un volume d’arsenic , de phosphore, d'azote, qui doivent former et forment en effet des bases puissantes ; car si l’analogie seule permet de le prévoir pour l’hydrogène arseniqué, l’expérience a mis le fait hors de doute pour l’hydrogène phosphoré. Quant à l’hydrogène azoté, il est rangé depuis long-temps au nombre des alcalis les plus puissans : son action sur les couleurs végétales n’a jamais permis d’en douter.

Si maintenant nous' comparons les rapports des hydracides avec les hydrobases, avec ceux des oxacides avec les oxibases, nous trouverons encore une analogie marquée. Même action sur les couleurs bleues avant la combinaison, même neutralité au papier réactif après. Mais pour qu’il y eût identité parfaite, il faudrait que les hydracides pussent s’unir aux oxibases, les oxacides aux hydrobases, sans que de nouveaux phénomènes vinssent compliquer la réaction ; c’est ce qui n’a pas lieu.

Si nous mettons un hydracide en contact avec un oxide, il abandonne au métal son principe électro-négatif, et au lieu d’un sel c’est une nouvelle base qui le forme , tandis que l’oxigène s’unit à l’hydrogène pour former de l’eau-

Telle est du moins la théorie généralement admise aujourd’hui.

Avec les oxacides les hydrobases peuvent former des sels ; mais ces sels contiennent toujours un atome d’eau, que l’on ne peut en séparer sans les décomposer, et lorsqu’on met en présence les corps dont il s’agit sans cet intermédiaire indispensable, il y a bien encore combinaison , mais le corps produit n’est plus un sel ; il appartient à cette classe si intéressante dont nous devons le premier type, l’oxamide, au génie de M. Dumas.

Il n’est pas sans intérêt de passer en revue les recherches qui ont conduit à établir d’une manière générale les faits que je viens d’esquisser et les conséquences que l’on a cru pouvoir en tirer.

L’analogie qui existe entre la potasse, la soude et l’ammoniaque , les a fait ranger depuis longtemps dans un même groupe, et désigner sous un même nom, celui d’alcali. Ces trois corps avaient même été regardés comme contenant l’azote au nombre de leurs élémens par Lavoisier, ce savant illustre qui mourut victime d’une révolution politique, après avoir été le chef d’une révolution dans la science. Toutefois, on ne voyait généralement que des corps simples dans la potasse et la soude, lorsque Davy montra que ces alcalis sont des combinaisons d’oxi-

gène et de métaux, qu’il parvint à isoler sous l’influence de la pile. Ce chimiste, si justement célèbre, poussa les conséquences de cette découverte j usqu’à regarder l’ammoniaque elle-même comme un ç>xide, malgré l’analyse de Berthollet. Seulement l’oxigène lui parut uni à un radical composé dans l’alcali volatil, à un radical simple dans les alcalis fixes. MM. Berzélius et Pontin aperçurent ce nouveau radical à l’état d’amalgame dans la décomposition des sels ammoniacaux par la pile, et Davy, ayant obtenu le même corps par l’action directe du potassium dissous dans le mercure, le désigna sous le nom d’ammonium.

L’amalgame d’ammonium fut analysé par MM. Gay-Lussac et Thénard, qui le trouvèrent composé de mercure, d’ammoniaque et d’hydrogène. Cette composition pouvait permettre d’ajouter foi à l’opinion de ces habiles chimistes sur le potassium, qu’ils regardaient comme une combinaison de potasse et, d’hydrogène.

Mais Y hypothèse des métaux , appuyée sur, des preuves plus convaincantes, fut bientôt généralement admise, l’ammoniaque exceptée.

Plus tard, Berzélius, cherchant à faire disparaître cette exception, regarda l’azote comme l’oxide d’un radical inconnu qu’il désigna sous le nom de nitricum, ce qui rentrait dans la première idée de Davy. Renonçant ensuite à

cette manière de voir tout hypothétique, il admit, avec M. Ampère, l’existence de l’ammonium comme métal composé d’hydrogène et d’ammoniaque. La théorie des hydrures trouvait ainsi une application fort juste.

La composition de l’ammonium, la présence de l’eau dans les oxisels, l’état anhydre des sels produits par les hydracides, semblent indiquer en effet que, dans les différens composés dont il est ici question, l’hydrogène s’unit à l’ammoniaque pour former un métal dont toutes les combinaisons correspondent parfaitement à celles des corps simples auxquels on le compare. L’isomorphisme, qui existe entre quelques sels dès métaux alcalins et quelques sels ammoniacaux, vient ajouter aux nombreuses présomptions qui appuient cette séduisante théorie. Un seul composé semblait la contredire , c’est celui que forment l’ammoniaque et l’acide carbonique secs ; mais aujourd’hui la difficulté est levée, et nous savons que nous pouvons lé considérer comme une amide.

La même question se présentait sous d’autres formes dans l’étude de l’alcool, lorsque MM. Thénard et Boullay père eurent considéré ce corps comme jouant le rôle de base dans les éthers composés, lorsque Saussure eut fait entrevoir sa véritable composition.

M. Gay-Lussac, le premier, a fixé les es-

prits d’une manière exacte sur les rapports qui existent entre l’alcool et l’éther, et a montré qu’on peut les considérer comme deux hydrates d’une même base, l’hydrogène carboné.

Mettant à profit la belle analyse de l’éther chlorhydrique de MM. Robiquet et Colin, dont les conséquences avaient pris un caractère de généralité depuis la découverte de l’éther iodhydrique, M. Chevreul donna une nouvelle extension au point de vue indiqué par M. Gay- Lussac, en. voyant dans les corps gras de véritables sels neutres, dans les éthers composés des hydracides, des combinaisons salines et anhydres d’hydrogène carboné; dans les éthers, des] oxacides et des acides végétaux, des sels hydratés formés d’acides, d’hydrogène carboné et d’eau, dans la liqueur des chimistes hollandais, et l’iodure correspondant des combinaisons analogues aux chlorures métalliques. Ces rapprochemens étaient établis avec tant de logique], qu’Hennell, dans son analyse du sulfovinate de potasse, n’hésita pas à penser que l’hydrogène carboné entre comme base dans ce sel, autorisé d’ailleurs qu’il était à admettre cette opinion par la combinaison directe de ce gaz avec l’acide sulfurique qu’avait cru observer M. Faraday.

Lorsque MM. Dumas et Boullay eurent démontré que les oxacides et les acides végétaux,

mis en contact avec l’alcool, se combinent avec les élémensde l’éther hydratique, deux théories se présentèrent à leur esprit pour l’explication de ce fait. La première consistait à regarder l’éther comme une base salifiable, l’alcool comme un hydrate d’éther, et les éthers composés des acides végétaux ou des oxacides comme ne différant de cet hydrate qu’en ce qu’un volume de vapeur acide remplace un volume de vapeur aqueuse.

Mais ces chimistes préférèrent attribuer le caractère alcalin à l’hydrogène carboné, comme l’avait fait M. Chevreul, parce que cette manière de voir s’accordait mieux avec les faits qu’ils avaient observés, et permettait d’envisager sous un même point de vue tous les composés qui appartiennent à cet ordre.

En effet, la formule rationnelle assignée au corps que M. Dumas nomme aujourd’hui oxaméthane (i) ne pouvait alors se concilier avec aucune autre théorie ; elle offrait un exemple d’un sel anhydre formé d’acide oxalique d’ammoniaque et d’hydrogène carboné, sel dans lequel les deux bases présentaient la même

(i) On sait qu’aujourd’hui M. Dumas regarde ce corps comme une combinaison d’oxamide et d'éther oxalique. 11 ne peut dope plus être un argument en faveur de la théorie qu’il paraissait appuyer lorsqu’il a été découvert.

capacité de saturation. Cette analogie avec l’ammoniaque devenait encore plus frappante par la comparaison des combinaisons correspondantes.

Les hydracides se combinent avec ce gaz à volumes égaux, et forment des sels anhydres.

La combinaison a lieu également à volumes égaux, et produit aussi des sels anhydres avec l’hydrogène carboné.

Un atome d’acide est saturé par quatre volumes d’ammoniaque, et le sel retient toujours un atome d’eau qu’il ne peut perdre sans se décomposer.

Les éthers des oxacides sont formés de quatre volumes d’hydrogène carboné, d’un atome d’acide et d’un atome d’eau ; et cette relation s’observe aussi bien dans les sels doubles, comme les sulfovinates, que dans les sels neutres.

La propriété de saturer les acides, attribuée d’une manière si positive à l’hydrogène carboné, corps qui ne jouit d’aucun des caractères qui distinguent ordinairement les bases, devait soulever une vive opposition. MM. Berzélius, Robiquet, combattirent l’opinion soutenue par MM. Dumas et Boullay fils. On s’appuyait, ponr la repousser, sur la neutralité complète du gaz au papier réactif, sur l’impossibilité de démontrer dans les éthers la présence

des acides qui les ont formés, par les réactifs à l’aide desquels on les reconnaît ordinairement, enfin, sur la difficulté que l’on éprouve à opérer la combinaison de deux corps auxquels on attribue cependant des affinités si puissantes, qu’une fois réunis, ils résistent plus qu’aucun autre sel aux actions qui tendraient à les séparer.

M. Berzélius reproche en outre à cette théorie de conduire à regarder les combinaisons sous un point de vue uniforme et borné ; il me semble que ce devrait être plutôt un motif pour l’admettre que pour la repousser. La chimie n’est une science que parce qu’elle se compose de faits qui se rattachent les uns aux autres : c’est cette absence de liaison de ce genre qui avait fait penser à l’illustre chimiste de Stockholm que la chimie organique ne pourrait pas se prêter aux règles des proportions définies, tandis que nous voyons se réaliser tous les jours l’opinion contraire de M. Chevreul, qui a avancé qu’à mesure que les corps Seraient mieux connus, ils viendraient se grouper sous cet ordre de loi.

Le plus grand nombre des objections que nous venons de rapporter a perdu beaucoup d’importance depuis qu’elles ont été faites.

Ainsi, on sait aujourd’hui que dans ungrand nombre de circonstances les éthers composés se comportent comme les sels minéraux; les sulfo-

vinates distillés avec des cyanures, des sulfures, ont produit de nouveaux éthers et des sulfates. La réaction est encore plus tranchée avec le sulfate de méthylène et un grand nombre de sels. Ce sont là assurément des phénomènes de double décomposition : ils n’ont lieu, il est vrai, que sous l’influence de la chaleur, comme la décomposition du sel ammoniaque par le carbonate de chaux ; mais enfin ils ont lieu, et cela en suivant les lois si bien précisées par Berthollet : la réaction qui s’établit est la conséquence de la fixité de l’un des sels et de la volatilité de l’autre.

Si l’hydrogène carboné n’a aucune action sur les couleurs végétales, l’absence de ce caractère s’explique assez bien par les circonstances dans lesquelles il est nécessaire de se placer pour obtenir ses combinaisons, combinaisons dont la stabilité et la neutralité attestent d’ailleu rs des propriétés basiques fort énergiques.

M. Ber^élius, adoptant d’abord des formules indiquées par MM. Dumas et Boullay, comme moyen ingénieux de retenir la composition des corps, proposa, afin de les rendre plus simples, de désigner sous le nom d’éthérine la combinaison C 8 H 8 , et de la représenter par la lettre E.

Conduit ensuite à admettre complètement que les éthers composés sont de véritables sels neutres, les sulfovinates et les phosphovinates

des sels doubles, le chimiste suédois assigna à l’alcool et à l’éther une composition en harmonie avec les idées qu’il avait émises sur la disposition des atomes dans la nature organique.

Il considéra donc ces deux corps comme des oxides à radical composé, et les représenta l’un par C 8 H 6 + O, l’autre par C 8 H 10 + 0 ; C 3 H 3 était le radical de l’alcool, C 3 H 5 celui de l’éther. L’esprit de bois, qui, d’après l’analyse deLiébig, pouvait être représenté par C 3 H ? +0, devenait un sous-oxide du radical ; mais comme cette analyse n’est pas exacte, l’analogie indiquée cesse d’exister.

Les vues que nous venons de rapporter sur la composition de l’alcool comme oxide, reposaient principalement sur les analyses des phosphovinates et des sulfovinates ; elles n’ont plus aucun fondement, maintenant que l’on ne saurait admettre que les élémens de ce corps entrent dans ces sels sous une forme qui lui serait propre. Les objections se presseraient d’ailleurs en foule contre cette manière de voir, et, pour ne citer qu’une de celles faites par Liébig, comment admettre qu’un acide aussi faible que l’acide acétique puisse décomposer un oxide, puisse forcer une partie de ses élémens à se séparer à l’état d’eau, si cette eau n’était pas déjà formée ?

Liébig, en adoptant du reste l’opinion de

Berzéliussür la composition de l’éther, regarde l’alcool comme un hydrate de l’oxide du radical C 8 H 10 , qu’il désigne sous lé nom d’éthyle. Cette théorie, qui rappelle tout-à-fait celle que MM. Dumas et Boullay ont rejetée, a l’avantage de se rattacher aux considérations dont les sels ammoniacaux ont été l'objet, et de rendre par conséquent plus évidente encore la comparaison que les chimistes français avaient établie entre ces sels et les éthers. Aussi doitelle suivre la fortune de la théorie de l’ammonium , et doit-on repousser ou admettre l’une et l’autre en même temps, comme M. Dumas l’a dit lui-même avec impartialité.

D’un autre côté, M. Dumas a apporté de nouveaux faits en faveur de la théorie des hydrates.

Dans le composé désigné par Liébig sous le nom de chloral, parce qu’il est le résultat de l’action du chlore sur l’alcool, les trois quarts de l’hydrogène qui paraissent combinés au carbone sont remplacés par du chlore. Tout l’hydrogène que l’on peut considérer comme existant à l’état d’eau disparaît sans remplacement. Rien de plus élégant et dé plus ingénieux qu’une pareille démonstration (i).

(i) Lorsqu’on suit pas h pas cette réaction, on conçoit facilement que l’eau , qui joue dans la combinaison le rôle

L’action des acides sur l’esprit de bois, étudiée par MM. Dumas et Péligot, a fait connaître l’existence d’un nouvel hydrogène carboné

de principe électro-négatif, soit immédiatement remplacée par l’oxigène au moment où son hydrogène est. entraîné par le' chlore. Jusqu’ici la manière de voir de M. Dumas est rigoureusement d’accord avec les faits.

Mais l’oxide d’hydrogène carboné , que nous avons vu se produire , a la même composition que l’éther acétique ; et on sait, en effet, que les premiers produits de l’action du chlore sur l’alcool contiennent des proportions assez considérables de>cet éther. Cette réaction a, d’ailleurs, été mise hors de doute par une expérience directe.

Si l’on admet que cette production d’éther acétique sert de transition à la formation du chloral, il faut avouer que ce corps se trouve en opposition directe avec la loi qu’il a servi à établir; car pour qu’il fût d’accord avec cette loi, il faudrait que l’atome d’eau qui existe dans l’éther acétique perdît son hydrogène sans remplacement, comme cela a lieu pour le sucre dans la transformation en acide oxalique.

Au reste , je ne présente pas cette objection comme méritant une attention sérieuse; car M. Dumas y a répondu d’avance eu n’admettant pas que la production d’éther acétique précède nécessairement celle du chloral.

Je ferai observer ici seulement que cette formation d’éther acétique, par l’action du chlore sur l’alcool, ainsi que la réaction que présente la liqueur des chimistes hollandais eu contact avec l’eau, me semblent présenter des objections puissantes en faveur de l’opinion soutenue par M. Robiquet. Ce sont des faits auxquels j’avoue qu’il me paraît difficile de répondre d’une manière satisfaisante.

formé des mêmes élémens que le gaz oléfiant, et ne présentant avec lui de différence que dans l’état de condensation, qui est moitié moins grand, et dans la capacité de saturation, qui * varie dans le même rapport. Cet hydrogène carboné , qui a été désigné sous le nom de méthylène (i), se combine avec l’eau en deux proportions, et fournit ainsi un nouvel argument en faveur des considérations qui conduisent à regarder l’alcool et l’éther comme des combinaisons d’eau et d’éthérène. Enfin, l’action de l’acide phosphorique sur l’éthal a prouvé que, dans ce composé, l’oxigène et l’hydrogène peuvent être regardés également comme existant à l’état d’eau , ainsi que l’avait pensé M. Chevreul, dont les recherches si admirablement exactes permettaient de prévoir d’avance la constitution de l’éthalène.

On pourrait encore citer la glycérine, car on sait qu’elle peut aussi être regardée comme un hydrate d’un hydrogène carboné particulier.

M. Pelouze, qui s’occupe de l’action des acides sur ce corps, nous dira sans doute bientôt, avec cette précision qui caractérise tous ses beaux travaux, si l’on doit admettre la composition que lui a assignée M. Chevreul, ou celle

CO On sait que M. Dumas désigne les combinaisons d’hydrogène et de carbone par la terminaison ène.

qu’indiquent les expériences intéressantes de M. Lecanu.

Quoi qu’il en soit, il faut avouer avec M. Dumas que dans l’état où se trouve actuellement la question, de quelque parti que l’on se range, des objections assez puissantes se présentent.

Considère-t-on l’éther et l’hydrate d’ammoniaque comme des oxides? alors on est arrêté par l’action du chloi’e sur l’alcool. Les nouveaux hydrates d’hydrogène carboné viennent encore rendre ce point de vue moins admissible en compliquant la question.

D’un autre côté, si on attribue les propriétés basiques à l’ammoniaque et à l’hydrogène carboné , si l’on considère ces corps comme saturant de la même manière les oxacides et les hydracides, on est réduit à admettre comme un fait inexplicable la présence de l’eau dans les combinaisons salines formées avec les uns, son absence dans celles produites avec les autres. L’isomorphisme de quelques sels ammoniacaux et de quelques sels des métaux alcalins nous présentent de nouvelles difficultés. Le sel ammoniac et ses analogues sont encore des problèmes dans la théorie des chlorures, surtout lorsqu’ils entrent dans des combinaisons doubles. Et, sous ce rapport, le mercaptan de Zeize doit nous donner beaucoup à penser.

La composition de ce corps singulier, la ma-

nière dont il se comporte avec les oxides, les faits analogues dont se compose^l’histoire des sels ammoniacaux, semblent nous faire entrevoir comme un fait général que leshydracides, en s’unissant aux hydrobases, donnent naissance à de nouvelles bases.

Si aucune des théories proposées ne répond à toutes les objections, il faut nécessairement en conclure, avec M. Robiquet, qu’une partie du voile qui nous cache le mystère de ces combinaisons reste à soulever. Cependant, comme chacune d’elles résout une partie de la question, peut-être sont-elles destinées toutes les deux à l’éclaircir complètement.

Lorsqu’on considère attentivement et sans prévention les efforts que l’on fait pour assimiler l’éther et l’hydrate d’ammoniaque aux oxides métalliques, on est frappé de cette tendance à déduire le mode de combinaison de corps que nous connaissons de celui de corps que nous ne connaissons pas. C’est procéder de l’inconnu au connu. On suit ordinairement une marche contraire.

Au lieu de faire de l’éther et de l’ammoniaque hydratée des oxides, n’est-il pas plus juste de les regarder comme des combinaisons dans lesquelles l’eau entre sous la forme qui lui est propre en venant apporter aux hydrobases, auxquelles elle est combinée, la propriété de

B’unir aux oxacides pour former des sels j tandis que les hydrogène^ carboné, phosphore, azoté, présentent le même résultat par leur réunion directe avec les hydracides. Si nous voulons expliquer les rapports qui existent avec les oxides métalliques, pourquoi ne les considérerionsnous pas eux-mêmes comme des hydrates?

pourquoi n’admettrions-nous pas que la potasse, par exemple, est l’hydrate d’un radical analogue à l’ammoniaque, si ce n’est l’ammoniaque elle-même dans un état différent de condensation? Comme cet état établit seul une distinction entre le méthylène, l’éthérèneet l’éthalène, ne nous est-il pas permis de penser que les métaux ne diffèrent entre eux que par de semblables modifications.

Le potassium deviendrait alors un hydrure analogue à l’ammonium (i), et la découverte de l’éthyle, dont l’existence est probable, avancerait fort peu la question.

En adoptant ce nouveau point de vue, tous les phénomènes s’expliquent facilement . La théorie des chlorures devientsurtout d’une grande simplicité , du moment que nous ne voyons plus dans les oxides que des hydrates dont l’eau est remplacée par un hydracide, de même que les hydracides les plus faibles sont à leur tour dé-

(i) Cette manière de voir n’a pas échappé à Davy qui y voyait même un retour vers la théorie de Stahl.

placés par les plus forts. Les combinaisons des hydracides avec l’ammoniaque, loin d’être des anomalies,des faits inexplicables, doivent servir au contraire de type à cette classe de composés; et l’alcool acquiert de nouveaux rapports avec les bases inorganiques : car, comme lui, l’hydrate de potasse perd la moitié de son eau en présence des oxacides, et la perd tout entière en présence des hydracides.

Il est un grand nombre de faits fournis surtout par les belles recherches physico-chimiques de MM. Gay-Lussac et Thénard, par les mémoires deDavy, que je pourrai présenter àl’appuide l’hypothèse que je soutiens ici . Je pourrais également mettre à contribution les observations de M. Dumas sur l’isomérie; mais j’éviterai d’entrer plus avant dans une pareille discussion : car je ne me dissimule pas qu’une théorie sur un sujet aussi important ne mérite de confiance qu’autant qu’elle est appuyée sur des faits décisifs , et qu’il n’est permis de l’aborder avec les armes seules du raisonnement qu’aux chimistes célèbres qui agitent entre eux cette grande question. Aussi me serais-je bien garde de la traiter ailleurs que dans une thèse; et même si j’exprime ici ma manière de voir, c est que je n’y vois que le développement d’une opinion deDavy, qu’une interprétation d’une grande pensée d’Ampère et de Berzélius,

qu’une variante de l’opinion que M. Dumas a puisée dans les faits remarquables dont il a enrichi l’histoire des combinaisons de l’hydrogène carboné.

Il est un certain nombre de combinaisons d’hydrogène et de carbone que l’on est parvenu à unir aux hydracides , sans pouvoir atteindre le même but avec les oxacides : telles sont les huiles essentielles de citron, de térébenthine. Cette différence ne pouvait être expliquée d’une manière satisfaisante, lorsqu’on regardait l’hydrogène carboné comme susceptible de jouer le rôle de base à l’égard des uns et des autres. Dans la théorie que j’ai développée, on conçoit parfaitement la formation des camphres artificiels, et l’on conçoit parfaitement aussi que les oxisels ne peuvent se produire dans les mêmes circonstances. Il est probable, pour ne pas dire presque certain, qu’on en obtiendrait avec les cristaux que MM. Dumas et Peligot ont trouvés dans l’essence de térébenthine et quelques autres huiles volatiles, cristaux qu’ils ont reconnu être un hydrate de C 8 H 10 .

Toutefois les oxacides, surtout lorsqu’ils sont anhydres, peuvent s’unir directement aux hydrobases en donnant naissance à de l’eau et à des corps remarquables que l’on connaît sous le nom d’amides. Lorsque la réaction

a lieu entre deux atomes d’acide et un atome de base, le composé formé jouit de réactions acides, comme cela a lieu pour l’acide beuzosulfurique, pour l’acide sulfonaphtalique, qui probablement doit trouver sa place ici ; enfin, pour l’acide sulféthérique de Magnus, qui, selon Liébig, doit naissance à une réaction analogue : on sait d’ailleurs qu’il a été obtenu en faisant passer de l’hydrogène carboné sur l’acide sulfurique anhydre, ce qui est une preuve convaincante. Lorsque la réaction a lieu atome à atome , alors la combinaison est neutre comme l’oxamide, quelquefois alcaline comme l’urée.

Tantôt ces combinaisons sont anhydres, ainsi que les deux substances que je viens de citer ; tantôt aussi on ne les connaît qu’à l’état d’hydrates, comme l’asparamide, la sulfamide : telle est du moins la manière dont M. Dumas envisage la composition des corps formés par l’union d’un acide anhydre et d’ammoniaque sèche, lorsqu’on ne parvient pas à séparer de l’eau. Ce qui me paraît fort juste.

Il ne l’est peut-être pas autant de regarder la combinaison hydrogénée qui existe dans les amides comme électro-négative , par rapport à l'élément opposé. Il est vrai qué c’est une manière ingénieuse de les rapprocher des chlorures , qui paraît appuyée par ce principe :

que dans toute combinaison susceptible de dé-

composer l’eau, le corps électro-négatif s’empare de l’hydrogène, et le corps électropositif de l’oxigène. Mais cette loi est-elle applicable aux combinaisons binaires ? et ne trouverions-nous pas ici un exemple du contraire ?

En effet, l’hypothèse de M. Dumas nous conduirait à admettre que Toxigène et le carbone forment un composé moins électro-négatif que celui que produisent l’azote et l’hydrogène ; ce qui n’est pas probable : que le soufre et l’oxigène , les deux corps les plus électro-négatifs que nous connaissions , peuvent devenir électro-positifs vis-à-vis du corps dans lequel cette propriété est caractéristique ; ce qui me paraît impossible.

Nous ne connaissons pas d’amide d’hydrogène carboné parfaitement neutre (i) que nous puissions produire à volonté. Mais la nature nous offre des composés qui en sont peut-être de nombreux exemples; car si nous adoptons pour la composition des corps gras celle des théories vers laquelle semble pencher M. Chevreul, ils représenteraient des combinaisons d’acide anhydre et d’hydrogène carboné. C’est cette idée que nous traduisons aujourd’hui dans une nouvelle langue. S’il en était ainsi, il est facile

(0 Voir la noie A.

, de prévoir que les composés que l’on entrevoit la possibilité de produire en mettant en contact des sulfoglycérates ou des sulféthalates avec des margarates, des stéarates, différeraient aussi sensiblement de la cétineetde la stéarine, que l’asparamide de l’aspartate d’ammoniaque.

L’hydrogène phosphoré paraît susceptible de produire une amide, quand on le met en présence de l’acide sulfurique anhydre ; mais cette combinaison a été plutôt aperçue qu’étudiée.

Quant à l’hydrogène arseniqué, on ne connaît de lui aucune combinaison analogue ; mais il est probable qu’on pourrait en produire. Dans ce cas, on aurait isolé à l’avance le radical de ce composé ; car on sait que M. Soubeiran, dans son intéressant travail sur les combinaisons de l’arsenic et de l’hydrogène, a fait bien connaître un composé que l’on peut considérer comme tel d’après la composition qu’il lui a assignée.

Enfin les amides paraissent susceptibles de s’unir entre elles et de former ainsi des combinaisons doubles ; ainsi peuvent être considérés les corps désignés par M. Dumas sous les noms d’oxaméthane, d’uréthane : ce qui me semble plus juste que de les regarder comme des composés d’amides et d’éthers d’oxacide, deux corps qui n’ont aucune relation. Dans le cas dont il est ici question, la réunion aurait lieu entre hydrates.

L’oxaméthane me paraîtrait donc devoir être représentée par la formule suivante, que l’on appliquerait à ses congénères.

C’ 0’ H 4 Az’ + H’0)

Pour résumer la discussion des faits qui ont été examinés dans cette thèse, je dirai que s’il est rationnel de rapprocher les hydrobases des combinaisons métalliques, il ne l’est nullement de les considérer comme se transformant en oxides dans leurs oxisels , tandis qu’on devrait peut-être considérer les oxides comme les hydrates.

S’il est juste de regarder les hydrobases comme jouant le rôle de base vis-à-vis des hydracides, il ne l’est nullement de vouloir leur attribuer cette propriété vis^à-vis des oxacides. Leurs hydrates seuls en jouissent, .seuls peuvent se combiner avec eux. C’est un fait dont no us trouvons la preuve dans les nombreux travaux de M. Dumas.

On doit par conséquent se trouver conduit tout naturellement à établir trois grandes classes de sels.

Les combinaisons des hydracides avec les hydrobases doivent servir de type à la première, dans laquelle viennent se ranger toutes les com-

binaisons des métaux que l’on nomme aujourd’hui binaires. Une partie de ces combinaisons compose le groupe que Berzélius nomme sels haloïdes (i).

Il est bien digne de remarque que ces composés forment des bases d’autant plus énergiques que l’hydracide est plus faible.

Dans la seconde elasse se trouveraient tous les sels formés par l’union des corps de la première avec des acides. Mais pour qu’ils se forment inévitablement, il faut que le corps simple électro-négatif soit commun aux deux composés en présence. C’est pour cela que les hydrobases ne s’unissent aux oxacides qu’après s’être combinées avec l’eau qui joue, dans ce cas , à leur égard le rôle d’un hydracide dont l’élément électro-négatif est l’oxigène. Ainsi un oxacide se combinera inévitablement avec un oxide, un chloride avec un chlorure.

La combinaison pourra encore avoir lieu, le corps électro-négatif n’étant pas commun ; mais alors il faut que l’acide ait des affinités moins énergiques que celui qui sature le radi-

( 0 La définition que Berzélius donne de ses sels haloïdes n’a pas satisfait un grand nombre de chimistes, et il faut avouer qu’elle n’était pas de nature à faire admettre ses idées sur cette classe de composés. Elles me paraissent mieux établies dans la théorie que je propose.

cal. Ainsi l’acide hydrochlorique ne se combinera certainement pas avec un sulfure ; mais l’acide hydrosulfurique pourra se combiner avec un chlorure. L’acide chromique pourra se combiner avec un chlorure j il n’en sera pas de même de l’acide sulfurique.

Enfin la troisième classe contiendrait Ce que nous nommons aujourd’hui les sels doubles, c’est-à-dire les combinaisons des composés de la seconde classe, les uns avec les autres.

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