‹ Des crises générales et périodiques de surproductionChapitre 21 sur 100 · II. — Allemagne · texte numérisé non relu

II. — Allemagne

En Allemagne, l'industrie électrique, la construction des chemins de fer d'intérêt local, bientôt suivies par l'industrie minière et métallurgique, l'industrie du bâtiment, dans une certaine mesure par l'industrie textile, donnèrent le signal de la reprise. Il n'est pas jusqu'à l'agriculture allemande qui n'ait ressenti le contre-coup, tantôt heureux, tantôt nuisible, d'un essor par ailleurs essentiellement industriel.

Certaines découvertes : transport de la force électrique à grande distance, courants de haute fréquence, utilisation progressive de l'électricité comme force motrice ou comme mode d'éclairage (2o6) amenèrent un développement rapide de l'industrie électrique.

Jusqu'en 189o on ne comptait en Allemagne que 32 sociétés s'occupant d'électricité, dont le capital atteignait 156.085.800 Mk. En 1900, on en compte 131 avec un capital de 891.344.800 Mk. (297).

Les grandes usines électriques, telles que l'Allegemeiae Elektrizitrcts-Gesellschaft, l'Union, la Schuckert, etc., s'occupèrent d'opérations jusque-là réservées aux banques (2,:>8) .

Le directeur de la A. E. G. imagina de créer des « sociétés filles » (Tochtergesellschaft). Ces dernières recevaient tous les capitaux nécessaires, machines et outillage de la société fondatrice, et elles soldaient cette dernière en actions. Pendant un an environ, la société-mère gardait en portefeuille les actions de la nouvelle société; après quoi, elle les jetait sur le marché, où l'annonce d'un beau dividende leur permettait de trouver preneurs à des cours élevés. Le profit d'entreprise des sociétés électriques se doublait ainsi d'un profit de spéculation (2oo).

(296) Pour ces perfectionnements techniques, Cf. Lœwe, Die elektrotcchnische Industrie. Publications du Verein fur SozialpolitiU, t. CYII, p. 79-81. Kreller, Die Enticickelung der deutschen elektrotechnischen Industrie. Leipzig, Dunker et Humblot, p. 1 s.

(297) Cf. Lœwe, op. cit., p. 77 et 78.

(298) Kreller, op. cit., p. 77 et 78.

(299) Lœwe, op. cit., p. 120.

De pareilles émissions d'actions nécessitaient cependant la collaboration de procédés financiers destinés à capter la confiance des capitalistes. On eut recours à 2 types principaux : l'omnium (Massenuntèrnehmung), qui consistait à réunir sous une raison sociale un bloc d'entreprises de tramways ou d'usines électriques, et le trust (n'ayant du trust américain que le nom), véritable banque d affaires électriques (3o°).

L'avantage de ces trusts résidait dans leur force en capital : créés avec un capital actions de 10, 20, jusqu'à 30.000.000 Mk, ils pouvaient émettre des obligations à un taux d'intérêt assez bas, en tout cas moins élevé que celui qu'on eût exigé d'une petite société.

Pour accélérer la production on a recours aux heures supplémentaires de nuit, on embauche des ouvriers peu qualifiés (tailleurs, manœuvres). Pour régulariser les prix on crée des cartels. En 1898, sur l'initiative de Siemens et Halske, toutes les grandes Sociétés s'entendirent pour provoquer- sur les produits fabriqués une hausse proportionnelle à celle des matières premières.

Les moyens de transports, soit terrestres, soit maritimes, se développent eux aussi.

La loi du 28 juillet 1892 donne une vive impulsion à la construction des chemins de fer d'intérêt local. En Prusse, d'après les données du ministère des travaux publics, au 1er octobre 1892, on ne comptait encore que 90 chemins de fer avec 1.034,8 km. de rails. Au 31 mars 1901, leur longueur atteignait 8.454,9 km. (3o1). L'une des sociétés les plus actives dans cette branche d'activité fut l'Allegemeine Kleinbahnges. De 1893 à 1900, elle distribua de beaux dividendes. Mais les constructions maritimes' jouèrent un rôle plus décisif.

(300) Voir la liste des trusts appartenant aux différentes grandes entreprises électriques allemandes. Lœwe, op. cit., p. 12i. La Siemens et Halske possédait deux trusts, fondés l'un en 1896, l'autre en 1S97; l'Allegemeine E. G., un, fondé en 1805; l'Union E. G., quatre, dont la création s'échelonne entre 1894 et 1896, etc., etc.

(301) Erler, Die Vorgœnge im Gebiete des Klcinbahnwesens. Publications du Verein fur Sozialpolitik, t. CVIII, p. 205.

De 1893 à 1896, l'Allemagne ne dispose pas encore dô chantiers de constructions navales perfectionnés. En 1893, la Hamburg Amerika commandait encore deux grands navires aux chantiers anglais Harland et Wolf. A partir de 1896, de grands chantiers allemands se sont outillés, favorisés par l'exemption de droits de douane et l'abaissement des tarifs de transport de leurs matières premières.

Page 1